‹ Ici l'on aimeChapitre 12 sur 15 · PIERRE CAYOT. H · texte numérisé non relu

PIERRE CAYOT. H

Je crois avoir lu, dans les charmants portraits littéraires de M™e la comtesse Albrizzi, que l'eau avait joué un grand rôle dans la vie aventureuse de lord Byron. Plus d'une fois, nous dit-elle, on vit le noble poète partir du golfe de Gênes et s'avancer en pleine mer avec l'audace tranquille d'un vieux marin. Pour résoudre une difflculié ridicule, il traversa le Tage, dont le courant rapide l'exposait à un véritable danger. Un soir, à Venise, il sortit d'un palais dii grand canal, et, au lieu d'entrer tout simplement dans sa barque, il se jeta dans les flots, pour regagner sa demeure à la nage. Le lendemain, il voulut, en renouvelant sa folie, échapper aux rames des gondoliers qui avaient efl"rayé l'intrépide touriâle de la veille; il se mit donc à traverser le même canal, en nageant avec le bras droit; et en tenant de la main gau«;he une petite lanterne qui éclairait sa rout3 au milieu d3s vagues et des gondole^. Enfin, sans avoir une Héro, une belle prêtresse de Vénus, qui l'attendit amoureusement, le poétique nageur traversa l'HellespOnt, dans

la seule pensée d'en flnir avec les discussions des savants sur la réalité des rendez-vous de Léandre.

Si elle écrivait aujourd'hui les spirituels souvenirs dont je parle, l'aimable comtesse n'aurait plus à regretter pour Child-Harold labsence d'une Héro nouvelle, à demi cachée dans les ombres lointaines du rivage. Elle connaîtrait sans doute une mystérieuse aventure, que bien des personnes ont racontée en Angleterre, et qui se rattache à la prouesse nautique de lord Byron dans les Dardanelles.

A son premier voyage à Constantinople, lord Byron s'arrêta, un matin, à une petite distance du château d'Abydos. Il était accompagné de Stefano et de M. Ekenhead, lieutenant dans la marine royale. Le poëte portait, ce jour-là, un costume bien singulier pour un gentilhomme de son espèce et de son orgueil : il avait un pantalon blanc, une veste de nankin et une toque de velours noir à la Raphaël 1... Stefûno et le lieutenant allumèrent leurs tchiboucks ; Byron s'assit tristement sur une large pierre presque brisée, dont les fentes étaient couvertes de brins d'herbe et de petites fleurs. Il regarda longtemps l'immensité éblouissante que le ciel, l'eau et la verdure, étalaient devant lui ; il murmura des stances qu'il improvi^it sans doute; il baissa la tête et il rêva.

Le spectacle qui se déroulait { ux pieds de lord Byron était magnifique et tout à fait digne d'un grand poëte : il pouvait contempler à la fois, de près ou de loin, le mont Olympe, les plaines d'Asie, Constantinople, les îles des Princes et le Bosphore. Dans les stances qu'il venait d'improviser en l'honneur de ce panorama splendide, Byron parlait, ce me semble, du paradis terrestre; l'improvisateur ébloui avait raison : il n'y a pas d'autre paradis que celui-là sur la terre... quand on n'a pas vu l'île de Scio ou l'île de Rhodes ^

— A quoi songez-vous? milord, s'écria le lieutenant Ekenhead, après avoir doucement frappé sur l'épaule de son noble compagnon de voyage.

— Pardieu! je ne songe ni à l'Angleterre, qui me maudit, ni à ma femme, qui me hait, ni à mes amis..., qui ne m'aiment pas !

— Vous pensez à la gloire, milord?

— Oui, précisément... je pense à la gloire amoureuse du beau Léandre! Nous voici peut-être à la place même de l'ancienne Abydos ; sur ce rivage, l'heureux amant d'une prêtresse de Vénus s'élança dans la mer, et, près de toucher au bonheur, il se noya comme le plus maladroit des hommes; il n'y a pourtant pas bien loin d'ici à l'autre rive; le détroit est large d'un mille environ, et quelque robuste nageur pourrait le traverser aisément, n'est-ce pas ?

— Essayez, milord I...

— Foi de gentilhomme? j'essayerai...

— Quand ?

— Ce soir, dans un instant, tout de suite... Je vous le jure!

— Entre nous, mon pauvre Léandre, il faut que vous Eoyez.amoureux fou d'une charmante Héro ?

— Amoureux, non pas d'une prêtresse de Vénus, mais de Vénus elle-même !

— Le nom de cette divinité mystérieuse des Dardanelles?

— Je n'en sais rien; nous l'avons aperçue, Stéfano et moi, il y a huit jours; nous l'avons suivie et nous l'avons admirée, voilà tout. Plus tard, je me suis souvenu de cette ravissante créature, si bien que je voudrais la voir encore... parce que je l'aime !

— C'est une Vénus... turque?

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— Grecque... née dans l'île de Scio, au milieu de toutes les magnificenoes du ciel et de la terre!

— La déesse est-èlle servante ou grande dame, libre ou mariée?

— Elle est mariée...

— A Vdlcain?

— A un homme plus affreux, plus haïssable que le vilaLi forgf ron du ciel mythologique; mariée à un ancien marchand de 1 lie de Rhodes, à :\n stupide paresseux qui passe sa vie à oublier sa femme et ^ manger de l'opium... Je le punirai.

Ekenhead se mil à rire de la fe,\^lante indignation du poète.

— Stéfano ! s'écria de nouveau lord Byron en s'adressant à son fidèle serviteur, écoute-moi, pour bien m'obéir : mes bijoux, de l'argent et une barque I Je traverserai le détroit à la nage, et tu me suivras de loin dans la pirogue; en touchant à l'autre rive je demanderai l'hospitalité à ce vilain mangeur d'opium : je verrai sa f3mme, je lui parlerai, je m'agenouillerai devant elle... et tu attendras mes ordres dans la cabane charitable de quelque paysan de l'endroit.

Le lieutenant eut beau dire; son noble ami résolut de pousser l'obstination jusqu'à l'imprudence la plus romanesque. Lord Byron s'était avisé de jouer, bien des fois, des rôles qu'il avait dérobés à l'histoire des célébrités poétiques de tous les peuples; il essaya de représenter, sur le théâtre de l'Hellespont, le charmant personnage de Léan dre, un peu gâté par le souvenir de don Juan et de Lovelace.

Enfin, on se soumit, en le grondant, aux enfantillages de ce gentilhomme bel esprit, crédule comme un écolier, enthousiaste comme un poète, orgueilleux comme un pair

d'Angleterre. La barque et les provisions furent prêtes : le lieutenant se retira seul à bord de sa frégate; lord Byron se jeta dans l'eau, tout habillé; le pauvre Stéfano se mit à ramer, avec une inquiétude qui le rendait habile, et durant toute la traversée, il récita une prière, les yeux fixés sur la tête de son maître.

En arrivant à terre, lord Byron était bien faible, tremblant, épuisé de fatigue; il se sentait malade; il avait la fièvre : il se trouva fort heureux d'accepter l'offre d'un pêcheur qui le suppliait de prendre un peu de repos, à J'ombre de sa misérable cabane.

Le pauvre Turc ne se doutait guère du rang, de la noblesse, du génie de son hôte; il ne jugeait de son état ou de sa fortune que par les simples apparences de sa personne. Par bonheur pour le gentilhomme qui portait un pantalon blanc et une veste de nankin, le pêcheur aperçut, aux doigts de lord Byron, des bagues, des anneaux, des pierres précieuses; et puis, le respect apparent de Stéfano pour son compagnon de voyage ajoutait à ses yeux quelque chose d'étrange au mystère qu'il ne devinait pas encore; il lui sembla qu'il avait affaire à un grand visir, à un ministre du sérail, qui samusait à visiter le peuple de l'empire, sous le costume équivoque d'un petit marchand ou d'un a\%iturier d'Italie, il eut honte de la misérable hospitalité qu'il venait d'offrir a un pareil visiteur : il sortit secrètement de sa maisonnette, et il se hâta d'aller apprendre cette aventUi'c à un riche propriétaire du voisinage. Le propriétaire se nommait Bacri; c'était un ancien négociant de l'île de Rhodes, qui possédait une immense fortune et une femme admirable : cette belle Grecque avait nom Catha, et lord Byron songeait à sa beauté merveilleuse, quand il disoit tout à l'heure devant nous : Ce n'est pas une prêtresse, c'est Vénus elle-même I...

Il y a un dieu pour les touristes, pour les poètes, pour les amoureux, pour tous les insensés de ce monde ; lord Byron, qui s'était endormi dans la cabane d'un pêcheur, se réveille dans une salle dont le luxe réalisait toutes les fantaisies de l'opulence orientale. Bacri lui présenta une pipe et du tabac parfumé, en lui disant, en langue italienne , que c'était là un préservatif contre la peste. La maîtresse de logis, qui était assise sur le divan, se leva bien vite pour lui offrir des conserves. Des domestiques lui apportèrent du café, des parfums et de l'eau. Couché sur un large coussin, et les regards à demi tournés vers sa jolie hôtesse, lord Byron se rappela L'S consolantes paroles que Mahomet daigne adresser à la convoitise amoureuse de ses fidèles ; «; Les roses sur lesquelles s'assiéra le vrai croyant; les palmiers, les orangers, les arbres embaumés qui le couvriront de leur' ombrage éternel; les fontaines qui jailliront avec un murmure aussi doux que le bruit de la musique; tout cela n'est rien, auprès des ravissantes houris qui l'attendent!... » Lord Byron se voyait déjà dans le délicieux paradis du prophète : rien n'était comparable à cette houri profane qui se nommait Cathal

Une jeune fille entra dans la salle et déposa sur le tapis, aux pieds de son maître, une potion que Bacri se mit à boire avec un sourire de plaisir ineffable. Il s'étendit mollement; il dit adieu à sa femme, en lui envoyant des baisers; il salua son hôte; il murmura, d'une voix émue, d'une voix plaintive :

— C'est l'heure de mon voyage dans le monde des rêves I La pâleur et l'immobilité soudaines de Bacri effrayèrent

lord Byron; mais Catha, qui se moquait de la surprise et de l'épouvante du jeune homme, lui dit en souriant :

— Le danger n'est pas grand, monsieur... ne craignez rien ! N'avcz-vous pas deviné, à l'aspect de sa figure si

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jaune, si livide, qu'il appartenait à la classe des thériaquistes?... Chaque jour, à la même heure, il prend une forte dose d'opium : il se jette sur le divan, sur le tapis, ou dans le jardin, au milieu des fleurs; il ne dort pas encore... il ne veille plus... et le voyage commence î Ce sont des rêveries et des extases ravissantes; en ce moment, peut être, l'imagination lui envoie les songes les plus magnifiques : l'amour, la richesse et la puissance! Il gouverne, sans doute, l'empire et le monde tout entier ; il dispose à son gré des trésors, des honneurs et des beautés qui lui plaisent ; le harem de cet homme qui rêve est aussi vaste que la ville de Constantinople, et chaque fleur enchantée de ses jardins est une femme?... Mais le réveil arrive, et le rêveur se trouve bien seul, bien désolé, bien misérable : il souffre, et il se couche; il ne peut plus dormir, et il fume; enfln, il se lève, avec l'espérance de retrouver, au fond d'un verre, les illusions et les délices !

— Et vous, madame, que faites-vous?... A quoi pensezvous, dans la maison de cet infatigable rêveur?

— Ah ! signor caro, s'écria la jeune femme, ce que je fais, à quoi je pense? Je pleure et je songea mourir !

— Quel âge a votre mari, madame?

— Devinez... Oh! vous ne devinerez jamais!

— Il a soixante ans, au moins...

— Il en a trente!... Mais il se glorifie d'avoir vécu des siècles, en rêvant, et il se console ainsi d'être un vieillard avant l'âge. Du reste, Bacri n'est pas méchant : il est généreux, humain, hospitalier; il accueille les malheureux et les étrangers qui viennent frapper à la porte de notre richo demeure; ce soir encore, il vous a reçu dam-: sa maison, sans hésiter, sans réfléchir, au premier mot d'un pêcheur de ce village : vous êtes son protégé, son hôte, et vous

pouvez rester chez lui, aussi longtemps qv*il vous plaira, mossieur I

— Bacri n'est donc pas jaloux, madame?

— A quoi bon de la jalousie contre une pauvre femme, quand on adore, dans un rêve, toutes les beautés du ciel de :>Iahomet? ^

— Est-il juste qu'il apprenne, de vous ou de moi, notre rencontre d'il y a huit jours?

— Non!... répondit en rougissant la belle Catha.

— Vous semble-t-il raisonnable de lui apprendre que j'ai eu l'audace...

— L'audace?...

— De vous suivre et de vous adorer de loin?...

— Non !

— Enfin, madame, lui dirai-je qu'un gentilhomme amoureux a osé, aujourd'hui même, traverser l'Hellespont à la nage?...

— Vous, monsieur!... Et pourquoi?

— Pour s'écrier, en s'a genouillant aux pieds d'une femme : Catha, je vous aimel

— Taisez-vous, taisez- vous... vos paroles d'amour ont chassé les songes heureux de mon mari !

Bacri exhala un profond soupir, et il se réveilla presque aussitôt, après avoir été tour à tour, par la grâce de l'opium, capitan- pacha, grand visir, sultan et prophète.

Le lendemain, à l'heure où Bacri se laissait aller, dans les esprces du septième ciel, aux illu-icns de sa rêverie extatique, la causerie intime continua entre la jeune Grecque et lord Byron.

— Maintenant, lui disait Catha, vous voilà guéri de votre frayeur et de voire fièvre; il vous reste quelque chose à m'apprendre, n'est il pas vrai? N'avez-vous aucune conôdencvi à me faire? Parlez-moi sans crainte... Je vous écoule.

— Madame, répondit lord Byron, malgré les apparences modestes de mon costume, ja ne suis pas un de ces pauvres diables que le hasard entraîne chaque jour sur les grandes routes ou sur les marchés de l'Europe : je ne suis ni un vagabond ni un marchand; j'appartiens à une famille riche, noble et puissante; je suis un gentilhomme, un pair d'Angleterre et un poëteî Selon moi, voir, c'est avoir... et j'ai pris bravement un bâton de voyage, pour visiter, pour posséder le monde, pour faire encore de l'observation, de l'art et de la poésie ! Mes pressentiments ne m'ont point trompé, madame : j'ai parcouru l'Orient; j'ai admiré votre soleil, vos monuments et vos femmes; pour comble de .bonheur, j'ai foulé les ruines d'Abydos; je me suis souvenu de Léandre; j'ai failli mourir en passant le détroit à la nage... et la seule espérance de vous voir m'a sauvé !

Après ce bel exorda, lord Byron se crut obligé de raconter, à grands frais d'invention, de sentiment et de tristesse, l'histoire de sa vie tout entière ; il parla beaucoup, et assez poétiquement pour un poëte qu'il était. La naïve attention de son hôtesse lui donna de l'esprit, de la vanité, de l'audace, et il s'avisa de chanter, en prose, les illusions perdues, les songes rapides, les douleurs factices, tout cet enfer imaginaire dont les tortures rêvées causent tant de plaisir à la jeunesse de tous les temps. Catha eut la bonté de le laisser dire, et plus d'une fois, elle ss prit à soupirer, à s'émouvoir, à essuyer une larme, à ce beau récit des infortunes fantastiques d'un grand poëte.

Les femmes les plus distinguées, raisonnables ou sensibles, froides ou enthousiastes, se laissent prendre à l'étalage pompeux de ces chagrins de convention, de ces belles douleurs menteuses. Placés à propos et avec quelque esprit, les désenchantements de la jeunesse attirent d'ordinaire la sympathie, les consolations et l'amour : c'est là une petite

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marchandise qui vaut presque toujours au bienheureux marchand une adorable clientèle.

Des confidences que l'on échange aux sentiments que l'on partage, il n'y a guère qu'un soupir, une larme, une promesse ; ce qui résulta de l'intimité quotidienne, du babillage dangereux de nos deux amis, vous le devinez sans doute : le diable voulut avoir sa part dans le bénéfice de cette histoire romanesque, et le sceptique lord Byron devint amoureux... véritablement amoureux de la jolie femme du thériaquiste!

Chose bien rare dans ce poète que ses amis ont surnommé un fat sublime! Si Catha le regardait tristement, sans mot dire, elle lui faisait peur, tant sa beauté lui semblait impo-* santé et surnaturelle; quand elle lui parlait, il se sentait tout ému, attendri, presque tremblant, tant sa parole était mélodieuse, plaintive et remplie de caresses; quand elle riait, il était joyeux avec elle; quand elle pleurait, il aurait voulu prendre au fond de son cœur la moitié de sa peine, aux bords de ses yeux la moitié de ses larmes; quand elle lui tendait sa main à baiser, il avait le frisson, il avait le vertige du plaisir... Il était fou.

Dans la journée, Catha se trouvait bien à plaindre : il lui était à peu près impossible de babiller et d'aimer avec le poète que le hasard lui avait envoyé. Elle économisait tout le jour les paroles, les serments et les baisers; et puis, le soir, elle apportait à son amant, avec une fidélité charmante, le doux trésor, les diverses économies de sa pensée amoureuse.

Pendant toute la durée de l'ivresse contemplative que l'opium donnait à P.acri, il se passait, chaque soir, une scène assez originale, assez poétique, au fond de cette espèce de boudoir oriental. Couché sur les coussins du divan, Bacri rêvait en dormant, et plus loin Catha rêvait sans dor-

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mir, aux pieds de lord Byron. Les songes du mari étaient le mirage de la fièvre; les rêves de la femme étaient l'extase de l'amour. Les mensonges du sommeil montraient à l'un toutes les richesses du paradis de Mahomet; l'imagination, l'esprit et la poésie montHiient à l'autre toutes les joies d'un paradis sur terre. L'indifférent époux de Catha fut bien puni par où il avait péché; les rêveries de ce stupide dormeur aidèrent à la vengeance de la beauté et de la jeunesse : le breuvage empoisonné du thériaquiste l'empêchait de voir tomber, goutte à goutte, dans le cœur de son esclave infidèle, le philtre amoureux du poëte.

Bacri avait-il enfin deviné l'intrigue secrète qui se jouait dans ma maison, à l'ombre de l'hospitalité? Avait-il cessé de compter sur la vertu de sa femme et sur l'honneur de son hôte ? Je ne sais; mais tout à coup il retira les instructions hospitalières qu'il avait données à Catha: il lui recommanda de se montrer indifférente et réservée, aux yeux de leur nouvel ami; il lui ordonna de se taire, en présence de lord Byron, et lui défendit de chercher trop souvent à le voir. — Pourquoi donc? que craignait-il? que voulait-il? à quoi pensait l'ancien marchand de l'île de Rhodes?... Dès ce moment, il devint froid et cérémonieux dans ses relations habituelles avec son noble visiteur : de rares et inutiles paroles, de simples regards, échangés en guise de salutations ; d'ordinaire, — Bonjour ! — Bonsoir! —Bonne nuit ! — Il pleut ! — Il fait chaud ! — Voulez-vous fumer ? — Voilà toute la causerie sympathique de Bacri avec lord Byron.

Un matin, le lieutenant Ekenhead vint annoncer à son ami le départ forcé de la frcgat-3 qui devait mettre à la voile le lendemain au plus tard; il fallut que lord Byron consentît à se séparer de Catha... Mais la Grecque amoureuse exigea de son amant la solennelle promesse de l'attendre.

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de la voir, de l'embra-ser une fois encore, la nuit suivante, sur l'autre rive, derrière les ruines de l'ancienne Abydos : Héro voulait faire, à son tour, une visite à Léandre !

La nuit venue, lord Byron, accompagné de Stéfano, fut exact à ee dernier rendez-vous d'amour. Ils s'assirent en silence, au bord du rivage; bientôt, une barque passa devant eux, et ils reconnurent Bacri, oui, Bacri, qui se tenait debout et immobile à côté du rameur... Presque au même instant, deux coups de feu se firent entendre, et les balles sifflèrent sur la tête de lord Byron ; la barque s'éloigna, et tout fut dit. — EtCatha?

Le lendemain, aux premières lueurs du soleil, après avoir attendu la nuit tout entière, le poëte amoureux aperçut en tressaillant, au pied des ruines di château d' Abydos, le corps d'une femme que les vagues avgient jeté sur le rivage... La vengeance de Bacri avait passé par là, et justice était faite 1

— Reconnaissez -vous cette femme, milord ? demanda tristement Stéfano.

— Oui, c'est bien elle ! s'écria Don Juan, les yeux fixés sur la ligure de cette pauvre Catha ; morte ou vivante, Héro n'a point manqué au rendez-vous de Léandre !

Fin

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