JULIETTE
A M. le comte de Tercy, à Paris.
• « Je suis à Paris depuis trois jours, monsieur le comte .
j'ai voulu m'agenouiller, en priant, sur la tombe de moi
fils; mais il paraît que mon fils n'a pas de tombe : on l'a
jeté dans la fosse commune des chrétiens malheureux; que
Dieu vous le rende !
1» J'arrivai donc à Paris , par la barrière d'Enfer, dans la matinée du 28 juillet : précisément, l'on se battait dans toutes les rues, sur toutes les places publiques, et je me laissai dire 'lue le peuple s'amusait à faire la cbasse à un gouvernement; je ils comme le peuple, monsieur le comte, et je m'armai d'un fusil.
» Les combattants se précipitèrent pêle-mêie, à travers les rues du faubourg Saint-Germain. A deux heuret environ, chacun de nous cheminait à petits pas, tout le long des murailles, dans la rue Saint-Dominique. Un coup, deux, coups, trois coups de feu se firent entendre : on tirait sur le peuple, des bords d'une petite fenêtre, d'une espèce d'œilde-bœuf, dans une riche maison qui portait le n» 25. Je me cachai derrière une grande tonne pleine ù'eau : en jetant les yeux sur cette fenêtre qui servait de meurtrière à un ennemi, j'aperçus bien ou mal un jeune homme qui se masquait dans la draperie d'un rideau, et même il me sembla le reconnaître!... j'allongeai mon fusil : j'ajustai l'ennemi en question; la balle siffla!... Et soudain, monsieur le comte, je vis tomber lourdement, sur le mur d'appui de la croisée, une tête, un homme frappé à mort, qui ressemblait, à s'y tromper, à votre fils, au vicomte de Tercy, au mystérieux assassm de Jean-Louis, à l'infâme séducteur de ma fille Marianne!...
> Voilà le dénoùment de notre commune histoire, monsieur le comte; nous sOxTimes quittes!
y> Je me trompe; nous ne sommes pas quittes. Je vous dois un fils, mais vous me devez deux enfants : nous réglerons notre compte de lamille devant Dieu !