LE COW-POX
Le Cov-pox est une maladie spontanée de la Tache.
(DERNIEn RAPPORT, 1857).
Un médecin italien, Sacco, a donne la première image du cow-pox, découvert sur le continent, dani son ouvrage sur la vaccination {Trallalo di vuccinazione, — Milan, 1S09. — Tavola prima) ; d'autres vaccinatcurs l'ont copié, et cependant il n'a donné qu'un cow-pox arlificici, c'csl-à-dirc produit par l'inoculation des eaux.
Hcring a profile de l'abondance du cow-pox dans le Wurtemberg, en 1829, pour nous en offrir un dessin, d'après nature, qui ne ressemble pas à celui de Sacco.
Celui de Robert Cccly représente une éruption n'ayant de commun avec les deux autres que le nom.
Dans sa notice sur le cow-pox découvert à Passy, le 22 mars 1836, le D' Bousquet décrit les pustules accidentellement inoculées à la femme Fleury, par ses rapports avec sa vache malade ; — pus- Iules ayant un diamclre de trois à quatre lignes, demi-sphériques, aspect jaunâtre ou purulent jusqu'à leurs bords qui étaient violets ainsi que leurs aréoles. ■ — Les pustules réflétaient la teinte bleuâtre de Jenner.
La matière de ces pustules transportée sur plusieurs enfants donna dî superbes boutons de vaccine.
M. Bousquet visita la vache qui avait fourni le cow-pox ; c'était trop tard ; il ne restait , dit-il , sur les trayons que des croûtes sèches, brunes, tirant un peu sur le rouge (1).
Pour trouver le cow-pox, dit le D"" Bousquet, il ne faut que chercher; — j'ai l'espoir d'indiquer à mes confrères de campagne comment il faut chercher, en leur faisant l'histoire vraie, naïve jusqu'à l'aveu de mes incertitudes et même de mes omissions , du cow-pox de Briguais-
Le vrai cow-pox, — je veux dire le cow-pox inoculable est encore une rareté en France ; je n'ai pu en compter que sept cas, depuis son importation par Woodville, avec transmission accidentelle à des sujets de l'espèce humaine, savoir, dans l'Eure en 1838, par MM. Danzel; — dans la Scine-Inféncurc, par M. Hcllis; — dans la Haute-Vienne, par M. Chabrol, et dans le Cantal par M. Darnès, dans le courant de la même année 1839 ; enfin, dans la Côte-d'Or, en 1841, par M. Saunois.
Dans quatre autre cas seulement, publiés par MM. Bousquet et Fiard (de Paris), Autin (de la Somme) et Lambert (de la Drômc) ,
(1) Une belle gravure des boulons de vaccine de l'ancien (1800) et du nouveau virus (1 836) accompagne cette notice, insérée dans les Mémoires de l'Académie royale de médecine, t. V, p. 600.
il a été possible de recueillir immcdiatcmenl du fluide dans les puslulcs même des vaches altcintes du cow-pox, pour pratiquer des inoculations qui ont donné lieu ullérieurcment à une vaccine de belle apparence.
De 1850 à 1860, je n'ai connu que quatre cas incomplètement heureux; un dans la Franche-Comté; deux à Lyon et celui que je vais rapporter.
Il est probable que cette rareté du vrai cow-pox ne lient qu'à un concours de circonstances défavorables à sa rencontre, à son éliologie ou à son mode d'inoculation.
Plusieurs médecins-vétérinaires m'ont dit avoir observé plus ou moins de fois des éruptions au pis de la vache, sans s'inquiéter da leurs caractères différentiels, pour distinguer la source primitive, dans les dix variétés dc^faux cow-pox, admises et décrites par Héring.
M. Robellct , médecin vétérinaire à Briguais , a rencontré , dans l'intervalle de treize années, dix fois environ des éruptions varioliformcs sur la vache. — En 1848, par exemple, il fut mandé à Vourics (Rhône) pour donner des soins à une vache, chez laquelle le travail pustulaire était accompagné d'une forte réaction fébrile. La nommée Bonnard, vieille femme sexagénaire, à laquelle appartenait cette bête malade et qui la trayait, fut inoculée accidentellement et lui montra, sur sa main droite, deux pustules d'une remarquable grosseur et qui lui donnèrent également la fièvre.
Mon regret d'avoir manqué un cow-pox aussi démonstratif, — dans mon voisinage, — ne fut pas de longue durée.
Le 6 mars 1850, dans la soirée, le même médecin-vétérinaire vint m'apprendrc qu'une espèce de variole s'était manifestée sur le pis de plusieurs vaches, appartenant à M. Girod, propriétaire à Briguais.
Le lendemain, j'allai visiter deux établcs, petites et contigucs, dans chacune desquelles étaient deux vaches laitières, d'un bon âge, d'e9pècc suisse et premier choix.
Dans la première ctable se trouvaient les deux vaches primitivement atteintes ; l'éruption datait de six semaines environ ; on voyait, sur leurs pis, des pustules complètement cicatrisées, d'autres à l'état de dcsquammalion et quelques imes encore ulcérées et soignantcs.
Une troisième vache, la dernière contagionnéc, était dans l'autre ctable.
L'aspect des pustules, à l'état complexe d'invasion, d'éruption et de sécrétion virulente ; le caraclèrc contagieux de l'exanthème ne me permirent aucun doute sur sa nature ; c'était bien le cow-pox, — vrai ou faux? — grave question à étudier et à résoudre.
A l'instant même et en présence du valet de ferme et de sa femme, j'inoculai l'humeur de ces boutons, par six piqûres, sur les deux bras d'une petite bergère, âgée de dix ans, et ne me présentant aucune cicatrice vaccinale.
9 mars et le soir. — Quelques prodromes chez la bergère ; les piqûres marquent sons les doigts, je reconnais un peu d'induration ;
— not' fille est mal en train, me dit sa maîtresse.
Je visite la vache pour découvrir quelques nouveaux boutons ; — rien encore, — la fermière m'apprend que les boulons avaient été gros au commencement de l'épidémie, mais qu'ils diminuaient en se renouvelant ; qu'ils mûrissaient plus vite nt qu'ils s'en allaient de même. — Ce fut une raison pour moi de les surveiller avec plus d'assiduité.
10 mars. — Chez la bergère, fièvre, inappétence, nuit tourmentée, envies de vomir, impossibilité de vaquer à ses occupations.
— Quelques uns des points rougeâtres ont un peu gagné en surface et en saillie, — une aréole se dessine.
Sur la vache, je peux recueillir du virus épais et lactescent ; je le place entre deux verres ; je détache aussi quelques croûtes, qui sont trcs-hcrmétiquemsnt mises en réserve dans un large tube.
11 mars. -- L'éruption de la bergère est stationnairc, l'aréole pâlit, la fièvre se calme.
Voici, sur la vache, une élevure nouvelle, sans presque de changement de couleur à la peau ; en la pressant, je perçois un peu d'engorgement; la bêle, quand je la touche, s'agite et s'impatiente.
— La fermière, dirigée par sou esprit d'observation, me dit que ce durillon sera bon à piquer, le surlendemain ; en même temps, clic me consulte, pour son enfant, âgé de seize mois, qui a passé une mauvaise journée et qui présente, sur son visage et même sur son corps, de pelits boutons rouges.
12 mars. — L'enfant présente une variolide; les pustules ont pris ua développement rapide pendant la nuit ; d'autres poussent et lui couvrent le ventre, le dos et même le cuir chevelu.
Cet enfant avait été vacciné l'année précédente par un médecin de Momans ; — cinq pustules sur six piqûres ; étaient-elles bonnes?
Le durillon de la vache a grossi et au risque de ne pas réussir, je le pique plusieurs fois et j'obtiens un liquide clair et visqueux ;
— plus visqueux que le vaccin, ce qui me gêne, pour le recueillir dans des tubes capillaires. — Une autrefois, j'essaierai avec des lubesplus larges et je piquerai plus tôt la pustule, moins appréciable à la vue qu'au toucher chez la vache, parce qu'elle est située plus profondément et que le tissu cutané qui la recouvre, en raison de son épaisseur et de sa texture plus dense, subit peu ou point de changement, par suite du travail d'évolution sous-cutanée.
Le soir du même jour, — l'enfant a beaucoup de fièvre, il continue il pleurer, à s'agiter ; la variolide est conflucnte ; sa face est rouge, congestionnée, l'œil droit ne peut plus s'ouvrir par la pousse de deux pustules sur la paupière supérieure.
Chez la petite bergère, éruption avortée, plus de fièvre, elle a pu sortir.
13 mars, — J'inocule, pour la seconde fois, le cow-pox recueilli
sur la troisième vache, sur l'enfant du sieur Niel, cantonnier, — bel enfant de vingt mois et déjà vacciné ; — insuccès.
La bergère d'abord soupçonnée d'avoir été vaccinée, sine vaccinit, me monlrc une vingtaine de petits boutons sur le visage, la poilrinc et les bras. — Sera-ce une variole, une variolidc ou seulement une varicelle? — nous l'apprendrons plus tard, — du reste, pas plus de fièvre, pas le moindre malaise.
J'ai pu recueillir deux demi-tubes de cow-pox assez limpide sur la même vache.
La première vache, désirant le veau, avant et pendant l'cruplion n'a pu le prendre ; (elle en a déjà fait plusieurs).
14 mars. — L'éruption de l'enfant et celle de la bergère marchent régulièrement; la dernière n'est qu'une varicelle qui commence à pâlir.
16 mars. — La vache malade va de mieux en mieux; — plus de boutons nouveaux, ce qui est un désappointement pour moi.
Les jours suivants, je fis de vaines démarches auprès de plusieurs propriétaires, pour obtenir la permission d'inoculer leurs vaches — sept semaines après, une génisse fut mise à ma disposition, je lui pratiquai deux inoculations, sans rien obtenir.
Ce résultat négatif m'étonna peu ; sur un total de 100 cas de cow-pox, relevé par M. Verheyen, trois génisses seulement furent atteintes ; — d'ailleurs, mon procédé d'inoculation me jiarut défectueux ; je n'avais pas piqué assez profondement dans le trayon et je n'avais pas eu le soin de laisser ma lancette en place assez de lomps, pour permettre aux vaisseaux l'absorption du virus.
Pendant le mois de mai, j'inoculai avec des croûtes , cinq enfants, à Vcrnaison ; je ne fus pas plus heureux ; — un seul enfant, le nommé Rocca (Bastion)', offrit une éruption consécutive sur ] liisieurs parties du corps et de la face ; — espèce de scarlatine que les premiers inoculatciu's d'Angleterre appelèrent Itosh-vaccine.
Il reste à savoir si le cow-pox de Briguais était vrai ou faux ; — tlans le premier cas, quelles furent les obstacles à sa transmission (le la vache à l'homme, d'une vache à une autre. — Dans le second cas, il faut expliquer la fièvre vaccinale et l'éruption consécutive à l'inoculation du faux cow-pox sur la bergère, sur le petit Rocca et même la variolide concomittante de l'enfant de la fci-mièrc.
Quel est Viticonnu, la raison d'être, la cause déterminante du cow-pox*? — Ceci est et sera longtemps, peut-être, un mystère, malgré les hypothèses éliologiqucs de MM. Ilcring et Verhcycn.
Contrairement à l'opinion de Jenner et d'un grand nombre d'autres vaccinalcurs, le cow-pox, dont je viens de donner l'historique, ne peut pas être attribué, ni au grease, ni à une contagion varioliquc quelconque ; attendu qu'il n'y avait aucun cheval sain ou malade dans la ferme ; — que les vaches pâturaient dans une prairie close — et qu'il n'y avait pas un seul cas de petite vérole à Brignais et même dans le canton de Saint-Genis-Laval.
Comme pour le cow-pox spontané, la période d'incubation ne fut pas appréciable; passons à celle de son invasion et étudions-la.
L'on a dit, avec raison, que les premiers troubles fonctionnels qui précèdent le travail éruptif , passent presque toujours inobservés, parce que le propriétaire d'une vache malade, ne réclame les soins du vétérinaire, que lorsque la fièvre vaccinale est assez intense, pour agiter la bête, lui ôtcr l'appétit et compromettre la sécrétion laiteuse. — Les éruptions mammaires sont, du reste , assez communes, pour ne pas étonner ni même inquiéter ; et à'Brignais , par exemple , ce ne fut qu'à l'occasion de la seconde vache contagionnéc, que la fermière crut devoir parler à son maître , d'un mal qui se donnait, et celui-ci fit appeler le vétérinaire.
L'éruption fut facile à suivre, parce que l'évolution des pustules n'était pas simultanée; les pustules se succédèrent à de'longs intervalles et durèrent plus longtemps que l'a dit Sacco.
Ce fut la fermière qui m'inilia à leur élude; elle m'indiquait tel point de la mamelle où pousserait wn boulon ; le lendemain, c'était comme une piqiirc de puce qui s'élargissait, s'élevait, prenait comme racine , sous la peau , se colorait ; s'entourait quelquefois d'une faible aréole et devenait pustule. — Il y eu avait de trèspetites, comme une lentille et de très- grosses comme une moitié de noisette. — Plusieurs dégénérèrent en ulcères vraiment phagcdéniques ; — très-douloureuses et saignantes au moindre frottement : celles de la première vache durèrent trois mois environ.
Etait-ce une dégénérescence sui gene7'is, comme le pensa Jcnner ; ou devait-on l'attribuer seulement à des traites lourdes, maladroites? A ceci, je répondrai que la fermière prit toutes les précautions voulues , pour éviter le moindre tiraillement.
Les boutons étaient disséminés sur toutes les mamelles , sur le corps et à la pointe du trayon.
Au sujet de la sécrétion virulente, je crois devoir le répéter, — vu l'imporlancfi de la remarque, — il faut être bien au courant des évolutions de la pustule, pour y puiser le fluide préservateur, dans sa plus grande pureté et énergie.
Ai-je procédé à ce puiscment trop tôt ou trop tard?
Trop tôt? — Non, le fluide virulent est d'autant plus actif, qu'il est inoculé à une époque plus rapprochée du début de l'éruption.
Trop tard? — Oui... excepté le puisemcnt du 13 mars, tous les autres me fournirent une lymphe plus ou moins dénaturée par la purulence.
J'ai pu observer toutes les nuances de coloration particulières aux croûtes du cow-pox : teinte opaline, jaune plus ou moins foncé, bleu d'ardoise, enfin brun noirâtre; — j'ai pu également vérifier, plusieurs mois après la guérison des vaches , la cicatrice des plus grosses pustules , — peau plus blanche et rayonnéc de stries fibreuses.
Voilà bien l'ensemble des divers phénomènes de la vaccine primitive ; — son invasion, son début, son siège, la forme des boulons , l'aréole, le liquide seerélé, les croûtes, l'altération de la sécrétion du lait, la sen^ibité des mamelles ; — phénomènes assez caractérisés, pour ne pas les confondre avec ceux qui sont propres aux dix variétés de faux coiu-pox, admises et décrites par Héring.
Mais à la simple vue, il n'est presque pas possible de déterminer sa nature intime, il faut avoir recours à un autre moyen d'investigation et de contrôle, — l'inoculation.
J'admets , avec Stcinbrenner, deux ordres de phénomènes dans la vaccine : les symptômes locaux et la fièvre éruptive. — « Les sjTnptômcs locaux, dit-il, ne donnent point la mesure des effets préservatifs, puisque, presque nuls dans quelques cas, où la réceptivité variolique fut parfaitement éteinte, on on a vus très-prononcés sans que la prédisposition à contracter la variole fût tout-à-fait anéantie.»
C'est la fièvre éruptive, d'après M. Mignon , ce sont les phénomènes généraux, qui traduisent très-exactement le degré de neutralisation de l'aptitude du sujet pour la variole. — Comment admettre qu'une action locale, bornée, limitée à quelques points de l'écorce du corps, puisse détruire une aptitude toute vitale, et comme telle, ne siégeant précisément nulle part , mais résidant partout? — On ne peut espérer un semblable résultat que de la fièvre : expression la plus vraie, la plus complète d'une lutte de tout l'organisme, d'une intervention de toutes les puissances de la vie (1),
Chez les enfants auxquels j'ai inoculé le cow-pox de Briguais, les symptômes locaux furent à peine percevables ; de petites élevures rougcâtres sur quelques points d'insertion , pendant les premiers
(I) Dit cow-pox ou vaccine priviilive, par J. Mignon, p. 45.
jours ; — mais il y eut, chez trois, une fièvre vaccinale bien prononcée cl une érupliou varioliformc conscciitivo, je d'rai même dépendante de mon inoculalion. — Celte coïncidence de la fièvre et de l'exanthème fut-cUc favoral)lc à la préservation des cnfanls ? — Aujourd'hui, je suis en droit de penser au moins qu'elle ne leur fut point contraire, puisque deux onlrésislé, depuis dix ans, à plusieurs contre épreuves de la revaccination (2),
Donc, le cow-pox de Briguais était vrai, quant à son essence préservalrice ; — s'il n'a pu se propager par voie de contagion , c'est qu'il y eut plusieurs causes pom* la rendre insuffîsanle et même inefficace; telles sont, par exemple, un trouble dans le travail d insertion, une altération du virus ou un procédé défectueux d'inoculation.
Le virus était-il , transmis à la troisième vache , ce qu'il s'élail montré sur la première ? remarque faite par le médecin vétérinaire et même par la fermière.
Le même virus pouvait aussi être atténué , dilué , affaibli par le tempérament lymphatique de la bcle qui l'avait fourni , comme le virus de 183S, 1841 cl 184/1.
De même que la vaccine vient plus belle, plus vive sur des enfants forls et bien porlants que sur les faibles et les malsains et qu'ils sont néanmoins tous préservés ; — de même, le cow-pox doit, par l'effet de plusieurs transmissions ou sous une influence pathologique et même simplement physiologique de la vache, varier dans ses manifestations éruplivcs, sans, pour cela, se désister de sa
(l)' Les parents de Rocca n'ont pas voulu consentir à une rcvaccinalion, parce que leur enfant avait clé trop éprouvé, la première fois. — D'après mes renseigucmeuls de cette année, ce jeune gars grandit et se porte très-bien.
propriété temporairement préservatrice, — s'il y a fièvre, — après son inoculation.
Celle assertion de ma part, basée sur l'analogie et sur un commencement d'observation , mérite d'être vérifiée par de nouvelles expériences ; — si elle est vraie, — on comprendra la nécessité de savoir pourquoi telle vache fournit un cow-pox plus ou moins expansif que telle autre ; afin de faciliter et même d'assurer la transmission virulente de la vache à l'homme, quand on pourra choisir entre plusieurs bêtes malades.
Les meilleures vaches laitières se reconnaissent à quelques signes extérieurs , auxquels jusqu'à présent l'on n'avait accordé aucune attention, étrangeis qu'ils sont à l'organe mammaire.
Les vaches dépositaires du cow-pox le plus actif se reconnaîtront également, un jour.
Entre plusieurs vaches atteintes de vaccine primitive, je choisirai, pour l'inoculation , la première malade, spontanément ou non, — jeune, — primipare, — de race Charollaise et du pelage le plus fonce.
Un voyage autour du coio-pox ne se fait pas sans risques pour rexpéricnce et même périls pour l'cxpcrimentatcur , faute de précautions qu'il me reste à signaler.
Un des organes les plus impressionnables de l'animal, c'est la mamelle; ceci <;st tellement vrai, même pour une vache, que la sécrétion quantitative de son lait est sous l'influence de la main douce ou rugueuse, chargée de la traire.
Celte sensibilité de la tétine s'accroît par son état inflammatoire et compromet le plus souvent les essais de vaccination sur la vache. M. Ilering dit à ce sujet, à la fin de son ouvrage : Bucltimpfung von menschen auf Kuh rjelingl scinuer.
Au lieu de renverser sur son dos, la vache porteuse du cow-pox, — ce qui réclame le concours de plusieurs personnes , — je fais
simplement tenir et soulever par un aide, la jambe opposée àu trayon que je dois piquer ou palper : celte précaulion usitée par le marcchalferrant, l'empêche de ruer et m'a permis d'opérer, en toute sécurité.
En résumé, je ne connais qu'un moyen pour dclruirc la variole, dans un avenir donné cl pour atténuer, en altcndant, la fréquence et la gravité de ses épidémies : puiser la vaccine à sa source primitive, le plus souvent possible, et pour cela, adopter les mesuras proposées par M. Steinbrenner, pour profiter du cow-pox, toutes les fois qu'il apparaîtra, en France.
L'iconaulographie va compléter cet opuscule par quelques antres portraits et autographes oubliés dans ma collection Jcnnérienne.
C'est, d'abord, le portrait de lady Monlague; — quelle femme plus remarquable par sa beauté et par son esprit ! — Elle connaissait six langues ; ses voyages, ses poésies ont été publiés en France et en Angleterre. C'est elle qui introduisit l'inoculation de la petite vérole en Europe. — Son portrait est une copie de la charmante toile de Godfrcy Kneller.
Beauté et bonté se rapprochent, en parlant du duc de Larochefoucault , — de l'homme de bien , opiimus bonoi'um, — comme a dit Catulle ; qui fut le président du Comité central de Paris.
Les premiers essais de la vaccine ont été faits dans sa propriété de Liancourt.
Simple et grande physionomie ! — Dans ses veines ducales, il y a plus que le sang de ses nobles ancêtres , ce que Shakspeare appelle niUk of hutnan kindnesse.
Ce petit acier, très-ressemblant, est de Scxdcnier.
L'écriture de Larochcfoucault est celle d'un gentilhomme ; elle a de l'élégance ; clic aide, en mémo temps, à deviner la sérénité ferme de la main qui la trace, sous l'inspiration d'une pensée incessamment bienfaisante...
Sacco fit de nombreuses expériences pour inoculer la matière des eaux uiix jambes ; — son zèle pour propager la vaccine, en Itaii«, fut récompense d'une médaille que les habitants de Bologne firent frapper en son honneur.
Cette médaille est de grand module , dessinée et gravée par G. Benaglia. — La face est de profil , avec celte légende : Aloysius Sacco mediol. med. et. chir. prof.
Le revers est orné d'une couronne civique ; un serpent, symbole d© la prudence, l'enlace de ses replis ; au milieu, celte légende :
Jenneri Mmulo.
Amici Bononienses.
A. i. ab. liai, rep. cons.
La physionomie de Sacco est rayonnante d'intelligence et do loyauté ; ce fut un praticien très-instruit, populaire, toujours alerte et au service de toute idée qu'il crevait bonne et réalisable ; — il est mort, emportant l'espoir, malgré ses insuccès, qu'on peut former le vaccin de toutes pièces en inoculant aux vaches la matière des eaux.
Je trouve encore dans ma collection quelques autographes qui seraient très-instructifs mais trop indiscrets, si je me permettais de les reproduire in extenso.
C'est 1° un certificat de vaccine régulibre, écrit et signé par Husson , l'ami de Jenncr, secrétaire du comité central de vaccine, établi près S. E. le ministre de l'intérieur, etc. (22 novembre 1810), nvcc timbre du comité central. — Ecriture largement expédiée par un médecin affairé, bienveillant et convaincu.
20 Une lettre de S. de Carro (3 pages et demi in-i"), datée de
Carlsbad, à l'adresse de M. Denys, l'un de ses clients de France; il l'cnlretient familièrement d'un médecin, toujours enfoncé dans son grand dictionnaire chinois; « il n'a pas encore de malades, dit-il, et n'en aura pas , à moins qu'il ne nous arrive de Pékin, quelque mandarin ou marchand de thé, qui veuille tàtcr du S. »
Suivent des nouvelles confidentielles et détaillées sur un illustre proscrit. ..^ aujourd'hui Empereur des Français.
« Ma santé reste admirable, dit-il plus loin, quoinue je suis menacé de ma 73" année, le 8 août prochain. » — 11 faut qu'il le dise, pour le croire : son style est enjoué d'un bout à l'autre ; les lettres jetées d'un seul trait annoncent sa vivacité de conception, im esprit ardent à dire, à faire... — De Carro, le premier médecin qui ait pratiqué la vaccine sur le continent, publia, en 1801, des observations et des expériences qui constituent un véritable traité de vaccine, toujours bon à consulter.
30 Une lettre de Fiard, [datée de Paris, 1838, et accompagnant l'exemplaire d'un projet de loi sur la pratique de la médecine qu'il avait adressé à la Chambre des Députés. — Dans cette lettre, il m'apprend qu'il a fait le voyage de Paris, « pour cet objet ; » qu'il compte sur l'amitié d'un grand nombre de Députés, etc.
Pauvre confrère! il partageait mes illusions... Ça lui valut de quitter son village, la Gourchc (llIc-et-Vilainc), pour la capitale, où, à propos de quelques travaux estimables sur la vaccine, il se fit connaître et où probablement il aurait fini par se faire une place, si la mort lui en eût donné le temps.
Son écriture Irémolée est pathognomoniquc ; en la voyant, j'avais diagnostiqué une atteinte profonde des centres nerveax...
40 Une lettre de M. Bertillou, — « ce jeune volontaire de Montmorency » qui a démonté toutes les batteries du capitaine Carnot.
Ecriture irrégulière , pilloresquc, — surcharges , — ratures ; — mais lapenséc va droit au but, comme un projectile...
5» Une Icllrc do M. Bousquet. — Celte écriture m'a rappelé celle de Parisct. — Ne pourrait-on pas dire , avec une variante : l'ccrilurc, c'est l'homme?
6« Une lellre de M. H. Carnot, pour réfuter les arguments do M. Drulien. — Son début est un bon mouvement : « J'ai toujours une plume taillée , dit-il , pour les personnes qui s'expriment poliment et je sais faire la part des positions acquises et des faiblesses humaines. »
Écriture petite, serrée, méticuleuse et même chagrine. — Signature microscopique et veuve de paraphe. — 56 pour 1856. — Savcz-vous pourquoi? Il nous l'apprend (dans la même lettre) « Parce que rien ne me déplaît tant au monde qu'un verbiage inutile. »
Je me liens pour averti et je passe à un autre autographe.
7° Une lettre de M. Baysrd, au sujet de la vaccine; — des personnalités écrites à l'encre h\cuc noircissent quand même... Ecriture lourde et heurtée ; — M. Bayard se passionne, à tort ou à raison.
8" Une lettre de M. Ancelon, à mon adresse. — Je n'ai pas l'honneur de connaître personnellement cet honorable confrère et son livre contre la vaccine, avec ses juvéniles allures de style, aurait pu m'égarer sur son âge et son caractère.
D'après son écriture, je le crois, comme moi, du mauvais côté de de cinquante ; — nature réfléchie, correcte et méthodique, — il a dû subir la fascination des chiffres qui , dans la science de guérir, représentent trop souvent la racine carrée d'une quantité négative...
Mais, entre médecins, dissidence n'est que dislance ; la sage réflexion peut nous rapprocher, — spEnuMO !
Brignais (Rhône) , 20 mars 1860.
POST-CRIPTUM.
En cnumcrant les principales réfutations de l'hérosic de M. Carnot, j'ai omis de mcnlionner celles de 51M. Druhcn et Perrin.
A propos des ôpidrmics qui régnèrent dans le département du Doubs, depuis 1836 jusqu'en 1856, le savant vacciualeur de Besançon a examiné et a critiqué très-sérieusement, Ions les documents invoques par la siatislique et la mélliode numérique, pour établir l'identité absolue de la variole et de la fièvre typhoïde. Celle thèse, soutenue avec autant de talent que de conviction, a été l'objet d'un rapport à l'Aradémie de médecine, par Brichetcau.
M. le D"" Perrin, dans un mémoire stalisli(|ue sur la fièvre typhoïde, dans ses rapports avec la vaccine et la variole, a démontré, avec des relevés cliniques , que la fièvre typhoïde n'est en aucune manière, « ni de près, ni de loin, » une variole déplacée ou intestinale, et que la vaccine n'est pour rien dans la frvlendue fréquence de cette fièvre , et dans l'augmentation de mortalité , lors de la période féconde de la vie. En feuillc^tant le dossier de celte grosse affaire, — la vaccine , — j'ai remarqué l'attitude significative de la presse médicale française ; la très-grande majorité de nos journaux assiste à ces dcbals sans mot écrire, c'est le silence du respect !...
Le JouRSAL DES CONNAISSANCES MÉDICALES cst , commc Ic charbonnier, maître chez lui ; — son propriétaire rédacteur a pensé, lt>utc sa vie, que la ligne droite est la plus courte... pour aller à la vérité; — il a bravement accordé l'hospilalité à M. Carnot et à ses contradicteurs.
La Revue médicale a pensé voir, avec les lunettes hippocratiques de son fondateur, une résistance irrévérencieuse aux sages volontés de la nature médicatrice, dans le procédé de Jenner ; elle lui a fait une petite moue systématique, et continue à priser le bon tabac du midi que lui fournit son spirituel rédacteur en chef.
Deu.\ autres journaux , la Gazette iiEnD0)iADAu\E et I'Usion médicale se sont prononcés en faveur de la vaccine. — « Il serait prouvé, a dit M. A. Lalour, que la fièvre typhoïde est plus fréquente aujourd'hui qu'il y a soixante ans ; que la mortalité sur la jeunesse est plus considérable aujourd'hui qu'au dernier siècle, il resterait à démontrer que c'est à la vaccine qu'il faudrait attribuer ce résultat. »
Est-ce clair, M. Carnot ?