I. — MOLIÈBE D.\>S SA VIE PRIVÉE, A PaRIS
-459. Plan et description du quartier des Halles, avec ses rues et ses limites. ./. /J. Scotia sculp. In-8.
C'est dans le quartier des Halles que s'est passée la première jeunesse de Molière, (^ui y était né, comme la plupart de ses ancêtres et de ses parents. Son père, marchand tapissier, avait eu sans doute sa boutique sous les piliers dos Halles, ancienne rue d»» la Tonnellerie, mais il a demeuré, depuis 1622 jusqu'en 1G37, dans une maison qui faisait le coin de la rue Saint-Honoré et de celb' des Vieilles-Étuves. BefTara a rectifie ainsi une erreur «jui existait depuis deux siècles. Voy. sa Dissertation sur J.-H. Pof/ueiin-Molièrr (Paris, Vente, 1821, iii-8). Antérieurement à ces recherches, Alexandre Lcnoir, ('ailhava, et de La Porte, Mjuflleurde la Comédie-Française, avaient fait apposer, le i novembre 1790, l'inscription suivante sur la maison qui portait le n° 3 dans la rue de la Tonnellerie :
.î<-an-Haptisti' Poqu'din d<' Molièr** rst n»' dans cltr nuii.soii, rn
195 ICONOORAl'HIK
1620. •• Cette inscription était gravée au-dessous d'un buste de Molière. Plus tard, on avait ajouté à l'inscription cette devise : Cnstiyat ridencio tnore.s.
L'opinion de Beffara fut confirmée par la découverte d'un Catalogue manuscrit contenant les noms des propriétaires et des locataires de la rue Saint-Honore, avec la taxe due par chacun d'eiix. On y trouve ce précieux rensoignom^^nt : « Année 1637. maison où pend pour enseigne le Pavillon des Cifiyes, appartenant à M. Moreau et occupé par le sieur J. Pouquelin, maistre tapissier. Klle con.<iste «-n un corj)s d'hostel, bouti(jue et cour, faisant le coin de la rue des Kstuvees. Taxée à huit livres. »> Voy. ci-dessus, chap. III, les Vues de la maison natale de Molière.
■itîO. Plan et dcscriplion du quartier de Saint-Eiistaeho, avec ses rues et ses liiniles. J, li. Srotin sculp. In-S.
L'église fie Saint-Kustache était la paroisse de la famille Poquelin. C'est dans cette église que furent célébrés le mariage et les obsè(|Ues du père et de la nière de Molière ; c'est dans cette église <|ii«» Molière avîut été baptise, et (jiiand il mourut dans la maison <|u'il hal)itait, rue de Richelieu, on ramena son cori>s sur la paroisse de ses ancêtres, pour le déposer au cimetière, sans l'avoir présenté à l'église.
Voici son acte de baptême tel qu'il était inscrit sur les registres de la paroisse Saint-Eustache, aujourd'hui détruits, dans lesquels Heffara l'avait découvert en 1821, (juoicjue tous les biographes «le Molière, à lixcoplion de lîrrt, l'eussent fait naître en 1620 ou en 1621 :
« Du samedi. 15 janvier 1622, lui baptisé Jean, Hls de Jean Vowgu«din (viV), tapissier, et de Marie Crese [sir), sa femme, demeurant rue îSaint-Honore ; le parrain. Jean Pouguelin, porteur de grains; la marraine. Denise Lescacheux, veuve do feu Sebastien Asselin. vivant marchand tapissier. »
Ib'lTara ajotite celle observation : « Le parrain, Jean Pougiielin. était aieul paternel de Molière. Le véritable nom «le celle famille était Poyt'KLix ; mais les registres do l'Ktat civil, fort mal tenus alors, portent tantôt Pnuf/urlin, et tantôt Pocf/urlin. Pttgneltn, Pof/urli/i, Pocffuclin, et nuMue Puclin, Poclnui et Pauifuelin. *>
itil. S* Eustache estoil autrefois une rhappellc dédiée à Sainte-Agnez, fondée par un boin-geois de Paris nommé .Mais, et depuis a esté faite paroisse et est maintenant une «les \)\u^ ^^an(les de la ville : l'an l.'^.'^i, elle a esté
MoLIÉRESgli:. ii»;
accreiie et rebâtie comme on la voit représentée. Grande pièce gravée par Van Merlen.
Molière, marié sur la paroisse de Saint-Germain l'Auxerrois, où il avait fait baptiser son premier enfant, revint, pour faire baptiser le deuxième et le troisième, à la paroisse où il avait été baptise luimême et où il n'était pas connu à titre de comédien. Voici les actes de baptême de ces deux derniers enfants, d'après les registres de Saint-Eustache, qui sont aujourd'iiui anéantis:
« Du mardy 4 aoust 1665, fut baptisée Esprit Magdeleyne, fille de Jean Baptiste Pouguelin Maulier {sic\ bourgeois, et Armande Gresinde, sa femme, demeurant rue wSaint-Honoré. Le parrain, messire Esprit de Remon (sic), marquis de Modène ; la marraine Magdel. Bezart (sic), fille de Joseph Besart (.ç/''\ vivant procureur. »
(< Du samedy, premier octobre 1672, fut baptisé Pierre Jean Baptiste Armand, né du jeudy 15 du mois passé, fils de Jean Bajitiste Pocquelin ^lolière, valet de chambre et tapissier du roy, et Armande Claire Elisabeth Béjart, sa femme, demeurant rue île Richelieu. Le parrain, messire Pierre Boileau, conseiller du roy en ses Conseils, intendant et contrôleur général île l'argenterie et des menus plaisirs et affaires de la chambre de S. M. La marraine, Catherine Marguerite Mignard, fille de Pierre Mignard, peintre du roy. »
Des trois enfants que Molière avait eus de sa femme, l'aîné mourut en bas âge, et le troisième, 25 jours après sa naissance. La fille seule survécut à son père et se maria en 1705 au sieur Rachel île Montalani.
Molière a tenu sur les tonts. à Saint-Eustache, plusieurs enfants nés sur la paroisse ; bornons-nous à citer l'acte de baptême suivant, découvert par A. Jal :
« Dud. jour, 12e décembre ('1672), furent baptizée (sic) Marie Catherine et Claire Elisabeth, née {sic) dud. jour, filles de Charles Varlet, sieur de La Grange, bourgeois de Paris, et de Marie Raguenot (sic), sa femme, demeurant rue Saint-Honoré : le parrain «le Marie Catherine, Jean Baptiste Pocquelin de Molière, valet de rhambre du Roy ; la marraine, Catherine Leclero, femmo d'Edme \'ilcain (sic), bourgeois de Paris; le parrain de Claire PJlisabeth, Achille Varlet, bourgeois de Paris ; la marraine, Armande Gresinde Bejard {sir), femme de Jean-Baptiste Pocquelin, sieur de Molière, valet de chambre du Roy. •> Suivent les signatures.
46:2. Collège de Louis le Grand. Vue sur la rue. — Principale cour du Collège. iJossiitr et grarr ^jnr Martin' f
IM 1 C o M ) G K A l ' 1 1 1 1 :
(1781). "I petites estampes sur la mOme feuille. (H. 70'°'". L. 86.)
Ces estampes se trouvent dans \e tome III de YHistoire de Pai'is, par Béjruillet et Poncelin (Paris, 1779-81, 3 vol. in-4 ou in-8).
Martel, qui est l'auteur «le la l'rfl'ace do l'édition des (Pauvres de Molière, de 1682. a recueilli des faits précis sur les cinq années qu«' le jeune Poquelin passa au collège : « Il fit ses humanités au Collège dp Clormont (devenu le C<dléfre de Louis le Grand, apKvs la mort de Molièrei, et comme il eut l'avauta^re <le suivre Monsieur le prince de Conty dans toutes ses classes, la vivacité d'esprit qui le dislinguoit de tous les autres, luy fit acquérir l'estime et les bonnes jçrâces de ce Prince, tjui l'a toujours honoré de sa Itienveillance et lie sa protection. Le succès «le ses utu«les fut tel qu'on pouvnit l'attendre «l'un génie aussi heureux que le sien. S'il fut fort bon humaniste, il devint encore meilleur philosophe. »
u Le Collège de Clermont, dirigé par les Jésuites, dit Taschereau dans son Histoire tir In Vif rie Molière (S** édit., in-8, p. 3), reçut comme externe l'entant «jui devait être un jour l'immortel auteur du Tartuffe. •>
■. Pendant que Chapelle était au collège, dit Lcfèvre «le Saint - Marc ilans les Mémoires sur la vie de ('hapelle (en tête de l'etlit. de ses Œuvres, Ln Hnije et Paris, Quillnu, [17)î), in-lG), il s'etoit lie «l'une amitié (jui devoit être pour la vie, avec deux jeunes gens destines ù «levenir célèbres chacun «lans son genre: Molière et Dernier. Il «djtlnt de Gassendi «ju'ils fussent adniis aux le«;ons tju'il lui donnoit, et tous trois, animes d'une noble émulation, profitèrent également des instructions de cet excellent philosophe. Chapelle (ne en 162Gi avoit donc seize ans, lorsijue Gassendi voulut être son maître. »
463. Plan et description du (juartier de Saint-Denis , avec ses rues et ses limites. ./. //. Scotin srnipAu-^, en hauteur.
C'était ilnns la rue Mauconscil, près «le la rue Montorgueil, «jue l«» théâtre «le rH«Jtel de Bourgogne se trouvait établi depuis le milieu du xv!" siècle, où les confrères de la Passion cédèrent r«'Xploitati«)n «le ce théâtre à une troupe «le comé«liens, «)ui jouaient des pièces profanes, «les tragédies, des comédies et surtout «les tarée*. Ces come«lien8 formaient la Troupe royale, au moment ou le jeune Molière, qui achevait ses humanités nu Collège de Clermont, assista pour la première fois à des représentations theAtrales. lli>trou, Pierre Corneille, Mairet et leurs in ~ avaient «lej;i
reg««neré la scène; mais, h c«jte de leurs ch< ivre, on repré-
sentait encore avec le même succès ce» farces plaisantes, souvent
MULIËRË8QUK. 199
libres et toujours grossières, qui divertissaient le has peuple et quelquefois aussi des spectateurs plus raffinés.
u Le grand-père maternel du jeune Poquelin, raconte Taschereau {HL>t. Je la vie de Molière, o^- édit., in-8, p. 3), l'avait pris en affection et le menait quelquefois aux représentations de l'Hôtel de Bourgogne, auxquelles Bellerose, dans le haut comique, Gautier Garguille, Gros Guillaume et Turlupin dans la farce, donnaient alors un grand attrait. » La vocation du jeune Poquelin se prononça de bonne heure : <« Le père, qui appréhendoit que ce plaisir (du théâtre) ne dissipât son lils et ne lui ôtât toute l'attention qu'il devoit à son métier, demanda un jour à ce bon homme ])Ourquoi il menoit si souvent son petit-tils au sj)ectacle : « Avez-vous, lui dit-il avec un peu d'indignation, envie d'en faire un comédien? — Plût à Dieu, lui répondit le grand-père, qu'il fût aussi bon comédien que Bellerose ! » Cette réponse frappa le jeune homme. » Vie de VAuteuv, par Bruzen de La Martinière, en tète de ses éditions des Œuvres de Molière, 1725 et années suivantes.
46 i. Veiie et perspectiue de la Chapelle et Maison de Sorbonne, du costé de la court; faict par monsieur le Mercier, architecte du Roy. Israël ex. Gravé par Marot, d'après le dessin de Silvestre, avec les figures de La Belle. (U. 130'"'". L. :2i5.)
Nous ne nous expliquons j>as jiourquoi Taschereau n'accorde pas de confiance <> à l'assertion isolée de Tallemant <^^'S Reaux, dit-il, qui tendrait à jtersuuder (jue notre premier comi(|ue, destiné par ses parents à l'état ecclesiasti(jue, étudia avec succès la théologie, mais que, devenu amoureux de la Béjart, alors actrice dans une Troupe de campagne, il quitta les bancs de la Sorbonne pour la suivre ». Il est très-probable, au contraire, que Molière, avant d'être admis aux leçons particulières de Pierre Gassendi, avait suivi les cours de philosophie et de théologie à la Sorbonne ; ce qui netait pas une raison déterminante pour entrer dans les ordres. Tallemant des Reaux avait là sans doute de bons renseignements, par un poète, associé à l'Illustre Théâtre, Desfontaiues, qui dédia, en 1645, « à très-généreuse, très-noble et très-vertueuse (lame madame de Talniant», la tragédie de Saint Alexis ^ou l'Illustre Olympie. Au reste, la note relative à Molière n'a été écrite sur les marges du manuscrit de Tallemant des Reaux (ju'en IGGi ou 16G4, a()rès le mariage de Molière. Voici cette note ^/« Historiettes, edit. de Monmenjue et Paulin Paris, tome VU, p. 177) : « Un garçon, nommé Molière, (juitta les bancs de la Sorbonne, pour la suivre (la Bejartj ; il en fut longtemps amoureux, donnoit des avis a la Troupe, et enfin s'en mit, et l'espousa. Il a fait des pièces où il y a Ih res|)rit. ('e n'est pas un nitTvi'ilbiUX acteur, si ce n'est pour N*
-.>««) icoNuGRAriiii:
ridicule. Il n'y a que sa Troupe qui joue ses pièces ; elles sont comiques. » Ajoutons que Talleraant , dont la femme était fille du financier Rambouillet, se trouvait être beau-frère du marquis de la Sablière, chez (|ui Molière faisait des lectures de ses pièces, avant de les mettre au Théâtre.
i65. Veùe et perspectiue d'Orléans. Dessignée par I. Syluestre et fjrnuée par F. Cullùjnnn. A Paris, chez Pierre Mariette. Estampe en {[(^xw feuilles. (H. 27K""°. L. 1,157.)
La Gran^'c, ou plutôt Marcel, dans la Préface de l'édition des (Kuvres de Molière, publiée en 1G82. tlit formellement (jue Molière 86 fil recevoir avocat. Grimarest dit la même chose, d'après le témoignaf,'e de la famille même de Molière. Le lioulanj^'cr de Chaslus.say, qui certainement connaissait bien Molière, le fait parler ainsi dans la comédie aristophanesque iVÉiomire hypocouHre :
Kn (juarantr» (IClO) ou quolnu-? peu di'V.iut.
Je sortis «lu coUépe et j'en sortis savant; iMiis, venu d'Orléans où je pris mes licences, Je me fis avocat, au retour des vacances-, Je suivis le barreau pendant cinq oa six mois
Plus loin, un autre personna{;e de cette même comédie reproduit pros(jue textuellement le sens de ces vers :
Eu «quarante, ou fort peu de temps auparavant. Il sortit du coIU^ffe àne comme devant ; Mais .son père .nyaul su <|ue, moyennant finance. D.ans Orléans, un une ohteniMt sa licence, Il y mena le sien, c'est-à-dire ce tieux ijun vous voyez ici, ce ro«juo audacieux. Il l'endocOir.i dt>nc, moyennant sa pécune. Et croyant qu'au ^.irreau (■<• tils ferait fortmif. Il le fit avocat...
Dans les Recherches sur In vie de Molière, M. Kud. Soulié s'est attaché à démontrer (p. 22 et stiiv.) ((tie le récit A'Klntnirr fi tire était exact et que, suivant toute apparence. Molière av;i. son exauïen de licence, i\ la Faculté de Droit d'(lrb*ans.
M. Fournier des Ormes, dans un article intitule Molière nvocnt, et inséré au Cnnatihttionnel du 30 juin 1852, a très-bien soutenu l'opinion qui veut que Molière ait étudie le Droit, pour se faire avocat. Voy. liihliotjr. tuoliér., n® 1478.
Nous avons lu, quelque part, (|ue Molière, à l'époque où il s'intéressait aux succès littéraires de Racine, lui avait donne le conseil de s'essayer dans le ^'cnre conii(|ue. en lui proposant de traiter le sujet des Plniileurs, pour le théâtre du Palais-Koyal.
MOLlKKKSQUi:. SOI
Il ne faut donc pas désespérer de trouver quehpie jour la TLèsp de Molière, ornée peut-être d'un portr..it gravé, et imprimée, selon la coutume, sur satin blanc ou de couleur. Ces thèses de satin se distribuaient alors en assez grand nombre, non-seulement aux examinateurs de la Faculté de- Droit, mais encore aux personnages de distinction et même aux dames, Boileau, dans sa satire X, a dépeint ainsi l'usage que la lieutenante-criminelle Tardieu faisait de ces thèses offertes à son mari :
Peindrai-je son jupon bigarré de latin , Qu'ensemble composoient trois Thèses de satin, Présent qu'en un procès sur certain priviléjre Firent k son mari les régens d'un collège, Et qui sur cette robe, k maint rieur encor, Derrière elle faisoit dire : Argumentahor?
Nous supposons (jue ce n'est pas la même lieutenante-criminelle qui taisait servir les Thèses de satin au même usage, mai<; «jui les tenait cachées sous sa robe. Il s'agit d'un caleçon et non d'un jupon, et le poëte anonyme, qui a célébré ce caleçon en vers excellents, nous apprend cpie Mazarin, devenu premier ministre ù la mort de Richelieu, avait son portrait sur les plus belles thèses de ce temps-là. Cette pièce, que nous croyons inédite et qu'on peut dater de 1G59, était digne de mettre en évidence la Thèse de Molière :
Une certaine magistrale,
Depuis le genou jusipi'au flanc,
Couvroit sa cuisse délicate
D'un calesson de satin blanc, Mais satin dune Thèse en profonde science. Dont un docteur avoit honoré l'Eminence, Et que cette profane à son ventre appliqua De sorte qu'on put voir, au moment do sa chute, A l'endroit qui chez elle a tant fait do dispute ;
fjueslio physica. Qtie si de ce grand Juif on y voit la figure. Il ne le prendra pas. s'il lui plaît, on injure. A présent qu(! la Paix est faite par ses mains. Il pouvoit être lii, connue on pla(;oit Mercure Sur tous les grands chemins.
40)0. Veùe de la Cour et de la (iallerie Dauphine du Palais, fi Paris. Dessinée jjnr Silvestre et f/ruucc par Perelle. A Paris, chez Pierre Mariette, rue S.Jurqaes, à i'/:spf'rnnre. Aîiec priuiiege du Ruij. (H. 117'"'". L. l.'iT.)
L'étude raisonnée ((ue nous avons faite *VÉlomire hypocotulrc nous a convaincu que la plupart des détails qui concernent Molière dans cette comédie anecdotiqu»' jn-uvent êtn' acceptés comme vrais,
•.>(!.' KoNooKArnii-:
on tenant corapt»» pourtant de l'exagération à laquelle l'auteur se laisse entraînor p.ir o^prit tlliostilité et de «léni^'i-ement. On peut affirmer que Le IJoulanper de Chalussaj" ava»t connu Molière et tout son entouraf^e dramatique, à l'époque de l'Illustre Théâtre. Nous n'hénitons «lonc pas à croire, comme le dit l'auteur (VË/nmire /it/fntrniidr»', (|U<' Molière avait commencé son sta^'eau barreau d<* Taris. \*oici les vers (|ui conJirmenl ce fait :
Tuis, v«>nu (l'Orloans où je pris im-s li«'cnr<»«,
Ji« in<* (is avocat, au retour «le» vacances.
Je suivis lo barreau, pondant t'in«i ou six mois.
où j'appris à plein fond l'ordonnance et les loix.
Mais, quelque temps après, me voyant sans pratique.
Je quittay là Cujas et j(> luy fis la nique.
Me voyant sans emploi, je sonjre ou je {Hiuvois
Bien servir mon pays des talens rju«» j'avois ;
Mai.s. ne voyant fioinl ou, que dans la comédie
Pour ipii je me sentois un merveilleux f.'énie.
Je fnrmay le dessein de faire en ce mestier
Ce qu'on n'avoit point veu depuis un siècle entier,
Cest-à-dire, en un mot, ces fametïses merveilles
Dont je charme aujourd'huy les yeux et les oreille!».
Molière étant avocat, on s'expiicjue pounjuoi il ne s'est jamais mo(|ue du harreau dans ses c(tmedie8. Voy. Hibliufjr. violiér., M"» 1 iJ.'l. 1478 et 1479. On nous permettra «le faire, à cet ég^ard, une su|)p<)sition qui ne rejxtse cjue sur des probabilités. Nous savons maintenant ({Ueiles poursuites acharnées les créanciers de l'Illustre Théâtre exercèrent contre Molière, qui fut emprisonné au (.'ranil Châtelet et qui y serait resté longtemps prisonnier pour dettes, .si le lieutonant civil Dreiix d'Aubray n»» lavait « mis hors des jtrison», à sa caution juratoire ». Ceci se passait en mai llU;». Voy. les Herhrrr/irs sur Molièrr, par Kud. Soulié, pp. 44 et 45. Mais toute la bienveillance du lieutenant civil et tous les efforts des sieurs lira mjutUrs t/u Valais! n'auraient pas réussi à l'empêcher il'étre arrête et emprisonne de nouveau j»our les ilettes de l'Illustre Theâtr»'. Il fut pendjint trois mois sous la menace d'un nouveau procès et «l'un nouvel emprisonnement. Nous supposerons «lonc «|ue, pendant ces trois mois, il selait reru^i»' <lans l'enceinte du Hailliace du Palais, où il pouvait braver ses créanciers et les amener à tin arran^remenl amiable, sans craindre d'être recomluit aux prisons du Châtelet. L'enceinte du Talais était, en (|uelque sorte, un lieu d'asile, dans lequel les officiers «le la justice «ivile et coustdaire n'avaient j»as le droit de poursuivre un débiteur insolvable. Nous ne voyons pas trop, en effet, «jue Molière ait pu se soustraire autrement i»ux conséquences des poursuites (pie plusieurs créanciers très-âpres el très-tenaces avaient intentées contre lui. Ce fut seulement à la fin d'août (|UG ses camarades de théAtre se j»ortéreir , pour faire
un emprunt qui assurait sa liberté. Nous rappi' - de ces cir-
constances encore assex obscures l'existence presque ignorée d'une
.M()MKKl-:S(jUi:. -'03
épilre dédicatoire anonyme, .jui avait été faite pour la première édition du Dépit amoureux en 1660, et qui ne se trouve pas dans la plupart des exemplaires de cette édition. Il faut croire qu'elle fut supprimée avec soin, car aucun biblio^'raphe ne l'a citée. Nous ne l'avons pas nous-méme mentionné dans la Bihlioyraphie moliéresque, et cependant elle est reproduite ilans l'édition des (Eu\Tes publiée en 1666, où l'on n'a plus song^é à la faire disparaître. Voici cette épitre, qui, selon nous, témoigne de (quelque granil service rendu à Molière, pendant les premières années de sa vie théâtrale :
A monsieur Hourlier, écuyer, sieur de Méricourt, conseiller du Roy, lieutenant-général civil et criminel au Bailliage du Palais, à Paris.
Monsieur, Si cette pièce n'avoit receu les applaudissemens de toute la France, si elle n'avoit esté le charme de Paris et si elle n'avoit esté le divertissement du plus grand monarque de la terre, je ne prendrois pas la liberté de vous l'offrir. Il y a longtemps que j'avois résolu de vous présenter quelque chose qui vous marquast mes respects ; mais, ne trouvant rien qui fût digne de vous estre offert et qui fût proportionné à vos mérites, j'avois toujours différé le juste et respectueux hommage que je m'estois proposé de vous rendre, et j'eusse peut-estre encore tardé longtemps à le faire, si le Dépit amoureux de l'Autheur le plus approuve de ce siècle ne me fût tombé entre les mains. J'ay creu. Monsieur, que je ne devois pas laisser échapi>€r cette occasion de satisfaire aux loix que je m'estois imposées, et que tous les gens d'esprit demandans tous les jours cette pièce, pour avoir le plaisir de la lectur»', comme ils ont eu celuy de la représentation, ils seroient bien aises de rencontrer vostre nom à sa teste. Pour moy, Monsieur, ma joye sera tout à fait grande de le voir passer, non- seulement dans plusieurs mains, mais encor dans la bouche des plus charmantes personnes du monde. C'est alors que chacun se souviendra de toutes les belles et avantageuses qualités que vous possédez, que les uns loueront vostre prudence, les autres vostre esprit, les autres vostre justice, les autres la douceur (jui est inséparable de tout ce que vous faites, et tjui est si vivement dépeinte sur vostre visage, cju'il n'est personne qui puisse douter que vos actions en soient remplies. Jugez, Monsieur, quelle satisfaction j'auray de sçavoir que l'on rendra à vostre mérite ce (^ui luy est deu, que l'on vous donnera des loilanges que vous avez si légitimement méritées, que l'on m'estiniern d'avoir fait un si juste choix, et si glorieux pour moy, vi cjue ri)n louera le zèle et le respect avec lequel je suis,
Mon.sieur,
Vostre très-hunible et très-ob.'is.<;int serviteur
Cette épître anonyme, que nous attribuons à quelque ami de Molière, n'a été réimi>rini»'.' que dans r.rljtion de M. Kugène Despois.
■.»<»l ICnNnCKAriIIi:
i67. Vue exl(^rieure i\q l'Église Saint-Paul ((^ap^^s un dessin original du xviii* siècle). Sans nom d'artiste. Gravé à l'aqua-tinta, pour l'atlas du Tableau de Paris, de J. B. de Saint-Victor. In-i, en hauteur. (H. 205"°'. L. 150.)
On n'a trouvé dans les re^'istres de 1 Ltai civil (aujourd hui brûlés) de la paroisse de Saint-Paul, iju'un seul acte où tijrure le nom de Molière, qui, au sortir du Collège de Clermont et durant ses cours de philosophie et de droit, avait vécu sans doute dans Tintimité de la famille Bejart, etaMie depuis 25 a 30 ans sur cette même paroisse et demeurant tour a tour, rue de Jouy, rue Neuve- .Saïut-Paul, rue C'ulture-Sainle-Catherinc, etc. Jal a donne, dans Kon Uictiontiairc critique de biographie et d'histoire, un article des plus complets et des plus intéressants sur cette famille de vieille bourgeoisie parisienne, «|ui se consacra presque tout entière au théâtre, mais à laquelle Molière n'en était que plus attaché par tant de liens d'affectitin et d'intérêt. On sait que les Béjart avaient une sépulture de famille dans leglise SaiMl-Taul. T'est laque lurent enterres Joseph lîejart, en 1659 ; sa mère Marie Hervé, àgee de 80 ans, eu 1670; sa sœur Madeleine, en 1672, etc. Molière a signe l'acte constatant le transport du corps de Madeleine Bejart a l'église Saint-Paul et son inhumation sous les Charniers de cette église. Il faut remarquer (jue la plupart îles membres de celle famille Bejart étaient des comédiens et qu'ils avaient même déjà joué la cometlie sur la paroisse Saint-Paul, lorsque la Troupe de lllluslre Théâtre vint s'y fixer, pour donner la comédie dans le Jeu tle Paume de la Croix-Noire, sur le port Sainl-Paul. Les bâtiments de ce Jeu de Paume subsistent encore, au coin de la rue des liarrés, el sont occupes par un hôtel garni, qui conserve l'ancien nom d'Hôtel de l'Etoile.
ir>S. Église Royal., Collégial, et Paroissiale de Saint Germain Lau.xerois à Paris. / Siluestre delin. et srulp. Israël ex. cum prim'l. Hegis. (H. 90 ■». L. \\{\.)
Ce fut dans cette église (|ue fut célébré le mariage «le Molière avec Armande Hejart, le lundi 20 février 1662.
N'oici leur acte de mariage, «l'après les registres «le Saint-Oermain l'Auxerrois, qui ont péri dans les incendies allumes par In Commune en mai 1871 :
• Jean-Baptiste Poquelin, fils de sieur Jean Poquelin et de feue Marie Crese (.»ic^ d'une part, et Arman«le Oresinde Bejart, fille de feu Joseph Béjart et de Marie Hervé, d'autre part, tous deux de cette paroisse, vis-à-vis le P."\lais-Royal, fianres et maries, tout en-
semble, par permission de M. de Comtes, doyen de Notre-Dame et grand vicaire de monseigneur le cardinal de Retz, archevêque de Paris, en présence dudit Jean Poquelin. père du marié, et de André Boudet, beau-frère du marié ; de ladite Marie Hervé, mère de la mariée ; Louis Béjart et Madeleine Béjart, frère et sœur de ladite mariée. »
Cet acte est signé J. B. Poquelin (c'est Molière) ; J. Pocjuelin (c'est son père) ; Boudet (son beau-frère) ; Marie Hervé ; Armande- Gresinde Béjart; Louis Béjart, et Béjart Madeleine), sœur de la mariée. {Dissertation sur Molière, par Beffara, p. 7.)
Molière qui avait demeuré sur le Quai de l'École, à la Bct/r- Iniagp, lorsque sa Troupe partageait la possession du théâtre du Petit-Bourbon avec la Troupe italienne, demeurait alors rue Saint- Thomas du Louvre, dans la maison qui faisait l'encoignure de cette rue, près de la place du Palais-Roval.
Ce fut encore à l'église de Saint-Germain l'Auxerrois qu'il lit baptiser son premier enfant, lorsque le roi, pour le venger des calomnies qui le poursuivaient, à l'occasion de son mariage avec Armande Béjart, offrit d'être le parrain de cet enfant, que le comédien Montfleury avait osé dénoncer comme le produit d'un inceste.
Voici l'acte de baptême du filleul de Louis XIV et de Madame, Henriette d'Orléans, relevé sur les registres de Saint-Germain l'Auxerrois, qui n'existent plus :
« Du jeudi, 28 février 1G64, fut baptisé Louis, fils de M. Jean Baptiste Molière, valet de chambre du Roi, et de damoiselle Armande Gresinde Béjart, sa femme, vis-à-vis le Palais-Royal ; le parrain, haut et puissant seigneur, messire Charles, duc fie Crequy, premier gentilhomme de la chambre du Roi, ambassadeur a Rome, tenant pour Louis quatorzième, roi de France et de Navarre ; la marraine, dame ('olombe le Charron, épouse de messire César de ChoiseuK maréchal du Plessy, tenante pour Madame Henriett»* d'Angleterre, duchesse d'Orléans. L'enfant est ne le 19 janvif-r audit an. » Sif/?it' Colombet.
Cet enfant mourut le 10 novembre 166i : « Louys, fils de Jean- Baptiste Molière, comédien d»^ Son Altesse Royale, [»ris rue S* Thomas (du Louvre^ fut enterré j)ar un convoy de six prestres. (pu coûta huit livres. »
460. Plan et dcsciiplioii du quartier du Louvre nu de Saint-Germain l'Auxerrois, avec ses rues et ses limites. y. B. Scotin sculp. /Jail/eulie Jeune scrijt. lu-i.
Molière, après avoir logé sur le Quai de l'Ecole, a demeuré pendant onze années, avec sa femme, rue Saint-Thomas du Louvre, dans une grande maison qui faisait le coin do la place du Palais- Royal. Geneviève Béjart, mariée à Léonard de Lomenie, sieur d»* La Villaubrun, ♦t Madeleine Béjart, qui n'avait pas voulu se met-
206 ICUNUOlîAl'lil K
tre en puissance de mari, habitaient la même maison. Madeleine se contentait d'un Incrément composé de cincj pièces, au 4^ étape. C'est là qu'elle mourut le 17 février 1672. pendant que ses deux sœurs Geneviève et Armande. ainsi que Molière, étaient à Saint- Germain-en-Laye, avec la Troupe «lu Palais-Royal. Peu de semaines avant sa mort, se trouvant déjà fort malade, elle avait fait son testament, en nommant son exécuteur testamentaire M. de Chateaufort, conseiller du roi et auditeur en la chambre des comptes, lequel n'accepta pas sans doute et fut remplace par Charles C.-irdé, conseiller du roi et tn-sorier du .sceau en la chancellerie de Paris.
Les registres des paroisses Saint-Germain l'Auxerrois et Saint - Paul <lc Paris contiennent deux actes relatifs à l'inhumation de la défunte.
<« Le ven<lredi 19 février 1072, le corps de feue damoiselle Marie- Madelaine Béjart, comédienne de la Troupe du Roi, pris hier dans la place du Palais-Royal, et porté en convoi en cette église, par permission de monseigneur l'Archevêiiue, a été porté en carrosso en l'église de Saint-Paul. » Signe Cardk, exécuteur testamentaire, et de Voulges.
<« Lo 17 février 1672, demoiselle Magdelaine béjart est décédée l>aroissc de Saint-Germain l'Auxerrois, de laquelle le corps a été ai)porté à l'église Saint-Paul, et ensuite inhume sous les Charniers de ladite église, le 19 dudit mois. >• Signe Bkjakd l'Eolisk,
.T. lî. P. MOLIKRE.
170. Plan L't description du quartier du Palais -Uoyal, avec ses rues et ses limites. J. B. Scotin sculp. Bailleul le jeune scripsit. In-fol., en largeur.
Depuis que Molière, à la fin de l'année 1660, eut transporté son theiitre du Petit-Bourbon au Palais-Royal, il demeura. jus({u'à sa mort, dans le quartier du Palais-Royal, qu'on appelait alors le quartier Saint-Honoré, d'abord rue Saint-Thomas du Louvre, où il se maria, et ensuito, après la mort de Madeleine Béjart. rue de Richelieti, où il mourut, sur la paroisse de S.iint-Rooh. Ses enfants .Tvaient été baptisés, le premier à Saint-Gemiain-l'Auxerrois, et les • leux derniers à Sainl-Eustache.
Molière avait dans son voisinage Lully, <|ui fil bâtir, dans la rue des Petits-Champs, aii coin de la rue Sainte-Anne, une belle maison, laqmdle ne lui C(»ùta pas moins «le ."»0 mille livres. Ce fut à Molière (pie Lully emprunta im<\ partie de la somme nécessaire pour payer le terrain et la c«»nstrurtion, confiée à .Îean-Baptisie Prcdo, architecte et maître maçon. Cette maison, dont l'architecte Huet, surnommé Gittard, avait donné les dessins, subsiste encore avec sa décoration d'attributs de musique ; elle est, disait Germain Brice, ■• ornée par le dehors di* grands pil.isires romp(»Hite)< et «le
M(JLIKKESQUE. 207
quelques sculptures qui ne font pas mauvais effet. >» Le prêt de onze mille livres constituait, au profit de Molière, une rente de 550 livres, hypothéquée sur la maison ; cette rente fut rachetée, par Lully, à la veuve de Molière, le 22 mai 1673. Voy. Recherchci sur Molièrr pt mr sn famille^ par Eud. Soulié. p. 00.
i71. Veue et plan de l'Église de Saint Hoc. Jean Marot fecit. P. Mariette excucL In-i oblong. (H. 121°". L. 255.)
Registres de Saint-Roch. « Du 10 septembre 1GG9, Jeanne Catherine a esté l)aptisée, fille de Romain Toutbel. marchand, et d'Antoinette Droict... Le parrain, M. Jean Baptiste Poclain {skj Molière, valet de chambre du Roy, demeurant rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Germain ; la marraine, Catherine du Rozet, femme d'Edme de Brie, officier du Roy, mêmes rue et paroisse. »
Molière demeurait alors rue Saint-Honoré, parce (ju'il avait (juitté momentanément le domicile conjutral, qui était toujours rue Saint-Thomas du Louvre, où Armande Bejart conservait son lo^rement dans l;i mémo maison (pio ses sœurs Madeleine et Geneviève, La séparation des éjjoux dura deux ou trois ans, et M"e Je Brie, qui pendant cette brouille de ménagée avait été la consolatrice de Molière, eut le bon iront de se retirer au faubouri.'" Saint-Germain avec son mari.
-i72. Coupe du Palais de Versailles , prise au milieu du Palais et de la Cour de marbre. On y voit la moitié de la
' chambre de Louis XIV. Grave sur bois. Sans nom d'artiste. (H. 90"^°^. L. ilO.) — Chambre à coucher de Louis XIV, qui est représenté recevant le duc du Maine chevalier de S' Louis. Clœirrier se. (H. 70°°*. L. 1 Ki.)
Ces deux gravures sur Ijois se trouv^-nt aux pag«*s 92 et Id.'i de l'ouvrage du comte Alex, de Laborde : Versailles ancien rt modi'rjie (Paris, Gavard, 1839-40, in-8, avec 800 gravures, dont l<* )»lus grand iKmibre a ete tire sei)arement .-^ur papier de Chine i.
La chambre de Louis XIV nous rappelle deux anecdotes d«* la vie de Molière, (jui nous paraissent également vraies, quoique la dernière, un peu exagérée sans doute par la tradition du Pal.us de ^*ersailles, ait été vivement contestée, en passant au c<jntrôle de la critique moderne. Il faut, pour apprécier la valeur de ces anecdotes, ne pas oublier que Molière, en sa «lualile de valet de chambre-tapissier du rtji, «levait aider le premier valet de chambre iN- ^el•vice à fairtî le lit du roi, b)rs(|u'il était de semaine à la cour. Ou d<'if nu>si te reiidri' <-r.iii|it.' d.' I;i t';i\.'iir •'xiivt<irdin:iire (pm ^foli^re
H)6 ICONOGRAI'HIE
s'était acquise auprès de Louis XIV, malgré sa profession de comédien.
Citons d'abord le récit de Titou du TilU-t. dans le Parnasse français :
« Voici un trait que jai appris de leu Beliocq, valet de chambre du roi, homme de beaucoup d'esprit et qui laisoit de très-jolis vers. Un jour que Molière se présenta pour faire le lit du Uoi, R***, aussi valet de chambre de Sa Majesté, qui devoit faire le lit avec lui, se retira brusquement, en disant (ju'il ne le feroil point avec un comédien. I3elloc(i s'approcha dans le moment et dit : « Monsieur de Molière, vous voulez bien <iue j'aie l'honneur de faire le lit du Roi avec vous ? » Cette aventure vint aux oreilles du Roi, qui fut très-mécontent du procède de R*** et lui en tit de vives réprimnndes. »
Ecoulons maintenant ce que dit M""^ Campan, dans ses Mémoires :
« Voici une anecdote que mon père tenait d'un vieux médecin ordi nnire de Loui.s XIV. Ce médecin se nommait Laf«>8se ; c'était un homme d'honneur et incapable d'invent*'r cette histoire.
a Louis XIV, ayant su que les officiers de sa chambre temoijrnaient par des dédains offensants combien ils étaient blessés de njauf:er. à la table du contrôleur île la bouche, avec Molière, valet de chambre du roi, parce qu'il jouait la comédie, cet homme célèbre s'abstenait de manger à cette table; Louis XIV, voulant faire cesser des outrages qui ne devaient pas s'adresser à l'un des plus grands génies de son siècle, dit un matin à Molière, à l'heure de hon petit lever : « On dit (|ue vous faites maigre chère ici, Molière, et que les officiers de ma chambre ne vous trouvent pas fait pour manger avec eux ? Voiis avez peut-être faim ; moi-même, je m'éveille avec un très-bon ap|)etit. Mettez-vous à cette table, et qu'on me serveinon En-rns de nuit! •> (Tous les services de pri}voyance s'appelaient des En-ras.) Alors le roi, coupant sa volaille et ayant ordonné à Molière de s'asseoir, lui sert une aile, en prend ♦•n même temps une ])our lui, et ordonne cjue l'on intro<luise \es entrées familières, (|ui se composaient d<'s personnes b*s plus marquantes et les plus favorisées de la Cour. « Vous me voyez, l.Mir «lit-il, occupe à faire manger Molière, que mes valets de chambre ne trouvent pas assez bonne compagnie pour eux. » De ce moment, Molière n'eut plus besoin de se présenter A cette table de HtTvice ; toutr la Cour s'empressa de lui faire des invitation». ■
i73. Profil (lu dedans de IKgli.sc cl monastère de l'Abbaye royal, du Val de Grare, bali par la Heyne .\nnc d'Autriche. /. Mnrot fecit. In-4, en largeur.
«•n \n\{, d.iiis celte estampe, la dispo>ition d<'> printurc." dr la Coupole par Pierr»' Miguard.
u Molière a fait en vers, dit Germain Brice, dans sa Description nouvelle de In ville de Paris (Paris, Nie. le Gras, 1698, 2 vol. in-12, tome II, p. 146), une belle description de la peinture de ce dôme, qu'il présenta en 1669 à la Reine-mère, qui receut de grands éloges à la Cour. »
Pierre Mignard, qui, revenant de Rome à Paris quelques mois seulement avant Molière, en 1659, avait été précédé par la grande réputation qu'il s'était acquise en Italie, fut accueilli avec enthousiasme à la Cour de France, et l'on n'épargna rien pour l'empêcher de retourner à Rome, qu'il avait adoptée comme sa seconde patrie. « Ce fut alors, dit l'auteur de la Vie de Pierre M i fj un r d {F aris, Jean Boudot, 1730, in-12, p. 76) que la Reine-mère vit enfin, au gré de ses souhaits, le dôme du Val-de-Grâce élevé. Persuadée qu'il ne raanqueroit rien à la magnificence de cet édifice, si elle en faisoit peindre la Coupole par le sçavant maître que Rome avoit rendu peu d'années auj)aravant à la France, cette princesse confia ce grand ouvrage à Mignard, qui le finit en. huit mois... Je ne m'étendrai sur la capacité avec laquelle Mignard a montré qu'il scavoit appli- (|uer les préceptes les plus profonds de son art : Molière l'a fait dans son poëme. »
On peut supposer qne Molière allait souvent visiter les travaux du grand peintre, avec lequel il fut toujours lié d'une amitié si sym])athique. Mais ce n'est que plus tard qu'il eut l'idée de les décrire et de les louer dans ses vers, car Mignard, après avoir achevé ses peintures du Val-de-Grâce, retourna, non pas en Italie, mais à Avignon, où il passa plus de deux ans. Il ne revint qu'en 1664, à Paris, où il avait laissé la place à son rival Charles Lebrun, qui se fit nommer premier peintre du roi, en 1662. Mignard se tint à distance de la Cour et ne consentit pas, sans beaucoup de difficultés, à peindre à fresque une chapelle de l'église de Saint-Eustache, pendant c^u'il peignait un salon et un cabinet dans l'hôtel d'Hervart (ancien hôtel d'Epernon, rue Platière). Molière, dans son poëme du Vnl-de-Grdce, parle en même temps des peintures de la Coupole et de celles de la Chapelle des fonts de Saint-Eustache, cette même chapelle où Mignard fut le parrain du troisième enfant de son illustre ami, en 1672.
Ribliofjr. moliér.y n» 217.
Voici le sonnet qui précède la Réponse anonyme au poëme de la Gloire du Vnl-f/c-Grdce, et qui no nous fait pas counaitro lauteur de cette Réponse adressée à Molière :
Le Secrétaire de la Coupe à Monsieur de Molière.
Favory des neuf Sœurs, toy qui sçais l'art do plaire, Ksprit des plus brillaiis qui soieut dnns l'univers, Tu «liras que la ('<>upe est mal «mi Sccrt-tairr Kl qu'il enteud lori p»>u le laugage des vers.
J'en demeure d'accord, et ce n'est pas merveille Que l'on soit ignorant dans le mesiier d'autruy : Nous avons sur la Coupe avanture pareille. Et j'en prends ù témoin ton podmo aujourd'hui.
Si tu fais bien des vers, tu sçais peu la peinture : Jamais dans ce bel art tu ne fus g'rand docteur. Moy, j'ijfnore du lien la règ-le et la mesure. Et je suis dans la rime un fort pauvre orateur.
Mais nous ferions pourtant un ouvrage sublime, Si nous voulions tous deux faire une liaison Car on trouve en tes vers l'éloquence et la rime, Et moy, de mon costé, j'ay toute la raison.
•474. Vcue du jardin el des berceaux de THostel de Gondé. Auec priuileye. Perelle del. et scui^j. à Pan'sj chez .V. Langlois. In-i, en largeur.
Cet Hôtel, dont le nom d'une rue nous indique l'emplacement, avait été construit, au xvi<^ siècle, pour Jean-Baptiste de Gondi ; il fut acheté en 1612 par Antoine de Bourbon, deuxième ilu nom, prince de Condé. Sous le règne de Louis XIV, l'Holel de Condé était le rendez-vous des beaux-esprits, lorsque Monsieur le Prince y résidait, surtout en hiver. On y faisait souvent la comédie, et les comédiens des différentes Troupes de Paris venaient y donner des représentations. Molière ne s'y montrait pa« seulement en qualité de comédien, comme Titon du Tillet le raconte dans son Pnrnasse français f où bien des traditions ont été recueillies de la bouche même des contemporains :
u Le grand prince de Condé, dit-il, honoroit Molière de son estime et de son amitié, et lui faisoit l'honneur de le faire manger avec lui. Il arriva qu'un jour Molière étant à la table de ce prince, les pages qm y servoient, ne cherchant <iu'à badiner et voijlant empêcher Molière de manger les bons morceaux qu'on lui presentoit, Molière, s'en étant aperçu, prit promptement une aile de penirix, (ju'on ne faisoit (pie poser sur son assiette : le page qui vint pour lui Ater son assiette, ne fut pas assoz alerte et ne retira que l'cis de celte aile de perdrix» ce qui Ht rire Molière. M. le Prince lui en demanda la raison ; il lui repondit : n Monseigneur, c'est que les pages ne savent pas lire ; ils prennent les O pour les L. » On rapporte ce petit trait d«« plai-^anterie ilo la part t\o Molière, comme une chose rare à un homme aussi grave que lui dans la conversation. »
« Monsieur le i*rince (de Conde), qui envoyoil chercher souvent Molière pour s'entretenir avec lui, en ] nés qtii
me l'ont rapporte, lui tlit, un jour : <■ !<• vous
fais venir peut-être trop souvent, je crams de vous distraire de votre travail. Ainsi, je ne vous cnvoierai plus chercher, parce que
MOLIERESQUE. 211
je vous prie, à toutes vos heures vides, de me venir trouver. Faites vous annoncer par un valet de chambre : je quitterai tout, pour être avec vous. » Lorsque Molière venoit, le Prince congédioit ceux qui étoient avec lui, et il étoit des trois et quatre heures avec Molière ; et l'on a entendu ce j^^rand Prince, en sortant de ses conversations, dire publiquement : « Je ne m'ennuie jamais avec Molière, c'est un homme qui fournit de tout ; son érudition et son jugement ne s'épuisent jamais. » (Grimarest, Réponse à la Critique de la Vie de Molière.)
\lo. Veue et perspectiue de l'Hoslel de Bautru, du dessein de M' Le Veau. Dessigné et gravé par J, Marot.Auec priuilege du Roy. Chez P. Mariette. In-i, en largeur.
Guillaume de Bautru, introducteur des ambassadeurs et membre de l'Académie française, étant mort en 1665, son hôtel fut vendu à Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des tinances et ministre d'État, qui y installa sa maison et qui l'agrandit depuis considérablement, en y ajoutant l'hôtel de Bruant des Carrières, confiscjué à la suite du procès de Fouquet.
Molière , après la disgrâce de Fouquet , qui avait été un de ses premiers Mécènes, ne se tourna pas d'abord, comme tant d'autres écrivains, vers l'astre naissant de la fortune de Colbert. Il se tint même à distance du nouveau contrôleur général des finances, qui lui sut gre de cette conduite honnête et réservée, car Colbert ne cessa de le recommander à la mimiâcence du roi. On ne peut douter que ce fut lui qui porta Molière sur la liste des pensions, en 1663. Si la pension accordée à Molière ne dépassa point le chiffre de 1000 livres, il faut s'en prendre à Chapelain, qui, dans sa Liste de quelques lettrés français vivans en 1662, composée par ordre de M. Colherty avait formulé cet étrange jugement sur le mérite de l'auteur des Précieuses ridicules : « Molière a connu le caractère du comique, et l'exécute naturellement. L'action de ses meilleures pièces est inventée, mais judicieusement. Sa morale est bonne, et il n'a qu'à se garder de sa scurrilité. » Titon du Tillet était bien instruit, lorsc^u'il a dit dans le Pat Jinsse françois : « Outre la pension de mille livres que le Roi donnoit à Molière, il lui faisoit encore, de temps à autre, des gratitications. » Voici, d'après le grand recueil des Letti^es de Colbert, publiées par Pierre Clément (voy. tome V), un relevé de ce qui regarde Molière dans les Listes des gratitications faites par le Roi aux savants et aux hommes de lettres, et l'on est fondé à croire que ces listes ue sont pas complètes :
l&U. Au sieur Mulicrc, la somme de 600 livres, que Sa Majesté lui a ordooDéo par (^raiilication 600
1665. Au Hieur Molière, par gratification et pour lui douoer moyen de continuer son application aux belles-lettres 1000
1666. Au sieur Molière 1000
1667. Au sieur Molière, par gratification 1000
1668. Au sieur Molière, par gratification, en considération de son application aux belles-lettres 1000
IGGO. Au sieur Molière, en considération de son application aux belleslettres et des pièces de tbcàtro qu'il donne au public 1000
1670. Au sieur Molière, en considération des ouvrages de théâtre qu'il donne au public 1000
1671. Au sieur Molière, en considération des ouvrages de théâtre qu'il donne au public 1000
Titon (lu Tillet rapporto aussi un trait qui fait honneur au poùt littéraire île CoUmti rt (jui n'a pas ete recueilli par les derniers biographes de Molière :
« M. de ('olbert, qui protepeoit toutes les personnes d'un mérite distinf^ué, dit, un jour, devant plusieurs personnes, à M. Perrault, de l'Acaclémie francoise, tpril étoit surpris (jue Molière ne fût pas de celte Académie. M. Perrault en parla à plusieurs de ses confrères, qui marquèrent qu'un homme tel que Molière méritoit des distinctions et étoit au-dessus des règles ordinaires, mais que s'il étoit reçu, il falloit qu'il ne jouât plus sur le théâtre (pie des riMes graves et à manteau, et qu'il renonçât aux rôles de valets, (jui sont sujets à recevoir quehiues coups. Il y a aj)pareuce qu'on en parla à Molière, mais cela n'eut point de suite. »
476. L'IIoslel d'Anpoiilesme, du roslédu jardin. Dessinô cl gravé par Israël Silvestre. Israël eu.'. (H. 1)9""". L. 173.)
(^et Hùt«'l, commencé au xv!*" siècle jiar Diane, fille naturelle do Henri II, et achevé sous le règne di^ Loiii.s XIII par Charles do Valois, duc d'Angouléme , devint l'Hôtel Lamoignon, lorsque le premier président au Parlement de Paris, Guillaume de Lamoignon, en eut fait laccpiisition. Ce magnifi(|ue Hôtel subsiste encore dans la rue Pavée. Molière n'y vint sans doute (ju'une fois, mais sa visite était bien faite pour lui laisser des souvenirs peu agréaliles. Cette visite paroit avoir eu lieu, deux ou trois jours après que le premier président eut fait signitler au\ Comédiens du Palais-Royal la défense de jouer V Imposteur, (|ui avait ete rej)resente une seule fois le 5 août 1G67.
« Toutes choses seroient demeurées dans l'elat que je viens de vous dire, rapporte Hrossette dans ses Mhnoimt sur Draprémix, si Molière n'avoit pas eti une forte envie de jotior sa pièce. «< Il me pria, m'a dit M. Despreaux, d'en parler à M. le premier président. Je lui conseillai do lui en parler lui-même, et je m'offris de le ppésonter \m matin ; nous allâmes trouver M. de lamoignon, à (|ui Molière
MOLIERESQUE. 213
expliqua le sujet de sa visite. M. le premier président répondit en ces termes : « Monsieur, je lais beaucoup de cas de votre mérite; je sais que vous êtes non-seulement un acteur excellent, mais encore un très-habile homme, qui faites honneur à votre profession et à la France, votre pays. Cependant, avec toute la bonne volonté que j'ai pour vous, je ne saurois vous permettre déjouer votre comédie. Je suis persuadé qu'elle est fort belle et fort instructive; mais il ne convient pas à des comédiens d'instruire les hommes sur les matières de la morale chrétienne et de la religion : ce n'est pas au Théâtre à se mêler de prêcher l'Evangile. Quand le Roi sera de retour, il vous permettra, s'il le trouve à propos, de représenter le Tartuffe^ mais, pour moi, je croirois abuser de l'autorité que le Roi m'a fait l'honneur de me confier pendant son absence, si je vous accordois la permission que vous me demandez. »
« Molière, qui ne s'attendoit pas à ce discours, demeura entièrement déconcerté, de sorte qu'il lui fut impossible de répondre à M. le premier président. Il essaya pourtant de prouver à ce magistrat que sa comédie étoit très-innocente, et qu'il l'avoit traitée avec toutes les précautions (jue demandoit la délicatesse de la matière du sujet; mais, quelques efforts que pût faire Molière, il ne fit que bégayer et ne put calmer le trouble oii l'avoit jeté M. le premier président. Ce sage magistrat, l'ayant écouté quelques moments, lui fit entendre, par un refus gracieux, qu'il ne vouloit pas révoquer les ordres qu'il avoit donnes et le (juitta en lui disant : <« Monsieur, vous voyez qu'il est près de midi, je manquerois la messe, si je m'arrétois plus longtemps. »>
« Molière se retira peu satisfait de lui-même, sans se plaindre pourtant de M. de Lamoignon, car il se rendit justice. Mais toute la mauvaise humeur de Molière retomba sur M. l'archevêque (M. Péréfîxe) qu'il regardoit comme le chef de la cal)ale des dévots, qui lui étoit contraire. »
477. VeiiG de rK^lise trAuleuil à une lieue de Paris. Israël Siluestrc delin. et je. Israël exe. cinn pn'uil, Kcyis. (H. 69'°°'. L. 137.)
La maison de campagne, que Molière habitait à Auteuil, non loin de celle de Doileau, et qu'il avait louée au sieur de Beaufort, moyennant 430 livres par an, n'existe plus ou du moins a été entièrement changée par suite do restaurations successives. Molière était donc un des i)aroissiens de Notre-Dame d'Auteuil. On n'a trouvé qu'une seule fois sou nom dans les registres de cette église, u 1671, 20" jour de mars, a esté baptisé Jean Baptiste Claude Jonne(|uin, fils de messire Claude Jonneijuin, officier du roy.et do Magdelene Lcscale. Son parrain, messire J. B. Poqueliu Molière, écuyer, valet de chambre du roy ; la marraine, Geneviève Jennequin,
su ICONOGRAniIK
n'ayant aucun domicile arresté. » M. Eud. Soulié suppose que Claude Jennequin était un comédien de la Troupe royale.
Ces mêmes registres de Notre-Dame d'Auteuil contiennent un autre acte «le baptême du 12 mai 1G68, dans lecjuel Racine a signé comme parrain de l'enfant d'un comédien Pierre Olivier, avec la marraine Marie-Anne Du Parc, qui avait fait partie de la Troupe de Molière, et qui était alors engagée à l'Hôtel de Bourgogne.
i7S. Le Coin des Bons hommes proche de Paris. Dessiné et pravé par Israël Silvestre. Mariette excud. (H. So"".