II. — MoLiÈRi-: i:t lIllustrk Tiikatre a Paris
-482. Paris. A" Iti.'i-i. Plan t«)p()^raphi«iiic , sans aucun nom d'artiste. Gravé à Frandorl, pour la 7opnfjrajjhia de Zeillcr, en 1655, sous la direction de Mathieu Merian. Dans le haut de l'estampe, t^ gauche, armes de France; à droite, armes de la Ville. Les n"' des renvois
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se rapportent à la légende détaillée, qui est imprimée en français dans l'édition latine comme dan< l'édition allemande. Gr. in-fol. carré.
Avec ce beau Plan, dans lequel les monuments sont représentés et les rues indiquées avec leurs maisons, il est aisé de suivre, en quelque aorte, la vie de Molière dej)uis sa naissance jusqu'à son départ pour la province en 1646 ou lt)47. Nous signalerons seulement, au Tï° 20, la rue des Jnrdins-Saint-Paul, où il logeait en 1645, et au n** 21, la rue des Barrés, où l'Illustre Théâtre avait été transporté, des Fossés de Nesle et du Jeu de Paiime des Métayers, dans le Jeu de Paume de la Croix-Noire, Nous suivrons ensuite, n» 521, l'Illustre Théâtre rue de Bucy, à la Croix-Blanche, où il ferma définitivement, et plus tanl , lors du retour <1 ^' ^ i^^ avec sa Troupe, nous 1»» retrouverons au Petit-1 . et au quai de l'Ecole (n» 521), où il avait pris un logement, à in BeHe-Imagfy en 1659.
4R3. Plan et description dn quartier de Saint-Germain des Prez, avec ses rues et ses limites. ./. /?. Scntin scuip. In-i.
M. Eud. Soulié, dans les Hrchrrchc.^ sur }folth'e et sur sa famille, a rassemblé et commenté avec beaucoup d'ingéniosité les documents découverts ilans les arcliives des notaires de Paris stir l'origine de l'Illustre Théâtre. « Le 28 décembre 1643, dit-il, Denis Beys, Germain Clerin, Jean-Baptiste Poquelin, Joseph Béjart, Madeleine Malingre, Catherine des Urlis, Geneviève Bejart et Catherine Bourgeois, tous associes pour faire la comédie sous le titre do Vlllustre TlK^iUre, demeurant fauxbourg Saint-Germain des Prés lez l'aris, proche la Porte de Nesle , » passent un marche avec Léonard Aubry, paveur des bâtiments du Roi, pour faire et parfaire douze toises de long sur trois toises de large de pavé « au devant du Jeu de Paume, où ils vont jouer la comédie, sis aux faux-bourgs Saint-Germain proche la Porte de Nesle. « Le nouveau théâtre ouvrit sans doute le 31 décembre 1643, dans le Jeu de Paume des Métayers, situe entre la rue Mazarine et la rue de Seine, qui n'étaient encore que des chenuns non j)aves. Les documents publies par Eud. Soulie établissent d'une manière à peu près certaine que les associes de l'Illustre Théâtre prenaient le titre de comédiens de S. A. R. Monseigneur Gaston d'Orléans, (|ui leur payait ou qui avait promis de leur payer une pension assez modi(|Ue. L'Illustre ThoAtre eut donc beauct>up «le peine à se soutenir pendant une année, et quand la Troupe, ch.argee de dettes, résolut «l'emigrer pour aller faire la comédie dans le quartier Saint-Paul, il est probable qu'elle comptait sur d'autres protecteurs, tels que le duc de Guise et le duc de la Meilleraie, etc.
La Troupe de l'Illustre Théâtre n'en continua pas moins à toucher la subvention que Gaston d'Orléans avait attribuée à ses comédiens ordinaires, qui allaient encore donner des représentations . dramatiques (tragédies, comédies et balletsl, au palais du Luxembourg; mais les comédiens de Son Altesse Royale n'en furent pas beaucoup moins pauvres.
481. Plan géométral de la Tour et delaPortedeNesle, calque sur le dessin original de Louis Levau, levé en 1665. (Archives, lll'' cl. n*" 710.) In-i, en largeur.
Ce Plan, qui fait partie de la planche 1 des Dissertations archéologiques sur les anciennes enceintes de faris, par A. Bonnardot (Paris, J.-B. Dumoulin, 1832, in 4), représente exactement la Porte de Nesle et les « anciens murs des logements de l'hostel de Nesle», le long desquels subsistaient encore les fossés de l'enceinte , oii se trouvait le Jeu de Paume des Métayers où fut établi d'abord l'Illustre Théâtre.
Voici comment Élomire hypocondre (acte iv, scène 1) raconte la formation de la Troupe des Bejart :
Je cherchay des acteurs qui fussent, comme moy,
Capables d'exceller dans un si grand employ.
Mais, me voyant sifflé parles gens de mérite,
Et ne pouvant former une Troupe d'élite,
Je me vis obligé de prendre un tas de gueux,
Dont le mieux-fait estoit bègue, borgne ou boiteux.
Pour des femmes, j'eusse eu les plus belles du monde,
Mais le mesme refus de la brune et la blonde
Me jette sur la rousse, où, malgré le gousset.
Grâce aux poudres d'alun, je me vis satisfait...
Donc, ma Troupe ainsi faite, on me vit à la teste,
Et, si je m'en souviens, ce fut un jour de feste,
Car jamais le parterre, avec tous ses échos.
Ne fit plus de ah! ah! ny plus mal à propos.
Les jours suivans n'estant ny festes ny dimanches.
L'argent de nos goussets ne blessa point nos hanches.
Car alors, excepté les exempts de payer,
Les parens de la Troupe et quelque batelier,
Nul animal vivant n'entra dans notre salle.
Grimarest, dans la Vie de Molière, dit positivement que ces comédiens, qui étaient enfants de famille, jouaient la comédie gratis : « C'étoit assez la coutume, dans ce temps-là, de représenter des pièces entre amis. Quelques bourgeois de Paris formèrent xuw. Troupe, dont Molière étoit; ils jouèrent piusi^nirs fois pour se divertir. Mais ces bourgeois ayant suftisamment rempli leur plaisir et s'imaginant être de bons acteurs, s'avisèrent de tirer profit de leurs représentations. »
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Ces représentations eurent pourtant quelque vogue, car Tallemant des Réaux,dans ses Uistoriettcx, constate le succès que Madeleine Béjart avait obtenu dans une trapi-comédic, faite pour elle probablement par son ami et allie François Tristan l'Hormite, la Mort de Sénèrpie, imprimée eu 1615, mais représentée sans doute l'année précédente : « 11 faut finir par la Béjart, dit Tallemant des Réaux. Je ne l'ai pas vue jouer, mais on dit que c'est la meilleure actrice de toutes. Elle est dans une Troupe de campagne. Kilo a joué à Paris, mais c'a été dans une troisième Troupe qui n'y fut que quelque temps. Son chef-d'œuvre, c'etoit le personnage d'Kpicharis, à qui Néron venoit de faire donner la question. »»
4K.*i. Plan et description du qnartier de Saint-Paul ou de de la Morlcllerie, avec ses rues et ses limites. J. H. Scotin scu/j). In- 1.
I/IUustre Théâtre, (jui avait ouvert à la fin de décembre 1G13, au Jeu de Paume des Métayers, sur les fossés de Nesle, n'eut qu'une année «l'existence, et ferma au mois de décembre 1644 : les comédiens de Son Altesse, comme ils s'intitulaient, étaient chargés de dettes et se voyaient forces de «juitter la place. La protection de Gaston d'Orléans n'avait pu compenser le peu de succès de leurs représentations dans le faubourg Saint-Oermain. Ils empruntèrent, à gros intérêts, 1700 livres, et firent transporter les loges, portes, barrières et tous les bois de leur salle de sj»ectacle dans le Jeu de Paume de la Croix-Noire, situe rue des Barres, près le couvent de l'Ave Maria, et ayant issue sur le quai des Ormes, ou quai Saint- Paul. C'est là que l'Illustre Théâtre fut installé le 8 janvier 1645. Voy. Rrcherrfifs sur Molière rt sur sn fanii/lr, par Kud. Soulie, p. 39 et suiv. La troupe des Béjart avait trouve de nouveaux protecteur», entre autres Charles de la Porte, duc de la Meilleraie, grand-maitre de l'artillerie, qui exerçait une sorte do juridiction féo<Iale sur tout le (juartier de l'Arsenal. Ce quartier, voisin de la place Royale, était, d'ailleurs, le centre de l'aristocratie; les familles nobiliaires y avaient leurs hôtels, et beaucoup de personnes distinguées appartenant à la société des beaux-esprits s'occupaient volontiers de littérature dans leurs salons. Molière n'avait «lonc pas compte sur les mariniers ilu port Saint-Paul, pour remplir son théâtre. Il était venu loger au coin de la rue des Jardins-Saint-Paul, dans une maison qui subsiste encore. Mais ses espérances furent encore une fois trompées : l'Illustre Théâtre fut oblige de fermer ses portes vers le milieu de 1645, et Motirre, qui avait repondu de tou(e.H les dettes de •es associes, se trouva aux prises avec les procureurs et les sergents à verge du Châtelet.
La répertoire de l'Illustre ThéAtre, au Jeu de paume de la Croix- Noire, n'est pas connu; on sait seulement que VArtaxerce, tragédie
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de Magnon, y fut représentée en 1644 et imprimée l'année suivante. On y jouait donc de nouvelles pièces, entre lesquelles on peut citer deux tragédies de Desfontaines qui était un des associés de la Troupe : Saint Alexis, ou f Illustre Objmpie, et l'Illustre Comédien, ou le Martyre de Saint-Genest. Ces deux tragédies furent imprimées en 1645, quelques mois après avoir été représentées à l'Illustre Théâtre.
486. Le Grand Chastelet de Paris (avant 1655). Dessiné et gravé par Israël Silvestre. Israël ex. (H. 99™°. L. 165.)
Molière avait donné sa signature à la plupart des créanciers de V Illustre Théâtre, mais ce généreux dévouement de sa part ne put conjurer la ruine de cette entreprise théâtrale, qui tomba en pleine déconfiture au milieu de l'année 1645. Alors commença une série de procès devant la justice consulaire. M. Eud. Soulié a retrouvé, dans les archives des notaires de Paris, quelques pièces de ces tristes affaires. « Le 2 août 1645, dit-il, Molière était au grand Châtelet, en vertu d'une sentence, donnée par les juges consuls, par défaut, contre lui, au profit d'Antoine Fausser, maître chandelier, faute de paiement de la somme de 115 livres d'une part et 27 livres d'autre part. C'est évidemment le fournisseur de chandelles de l'Illustre Théâtre, qui avait fait saisir le chef des comédiens. » Ce jour-là même, le procureur de Lamarre se présentait, « au nom des comédiens de Son Altesse Royale (Gaston d'Orléans) sous le titre de l'Illustre Théâtre », pour demander au lieutenant-civil, que « Jean- Baptiste Poquelin, dit Molière, soit mis hors des prisons, à sa caution juratoire, » c'est-à-dire en s'engageant à se représenter en personne au premier appel des consuls. Le pauvre Molière ne fut mis en liberté que le 13 août, Léonard Aubry, paveur des bâtiments du roi, s'étant déclaré « pleige caution repondant pour J. B. Pociuelin de Molière prisonnier es prisons du grand Châtelet. »
Voy. les Recherches sur Molière et sur sa famille, pp. 43 et suiv.
487. Plan du mur d'enceinte de Philippe-Auguste depui> le quai Conti jusqu'à la rue de l'École de médecine ; dressé sur le Plan de Verniquet. In-i, en largeur.
Ce Plan, qui fait partie de la pi. 1 des Dissertations archéoloqiques sur les nyicienncs c?iceintes de Paris, par A. Bonnanlot (Paris, J.-B. Dumoulin, 1852, in-4), nous donne le tracé de la rue Mazarine, dite rue des Fossés de Nesle, où se trouvait le Jeu de Paume des Métayers, que les Bejart transformèrent en théâtre. Mais on y voit aussi l'emplacement do la Porte Buci, située dans la rue Saint-André des Arcs, au bas de la rue Contrescarpe et à l'entrée actuelle du Passage du Commerce. On pont donc supposer que le Jeu <lo Paume de la Croix- Blanche, oii vint selablir 1 Illustre Theâtro, oi\
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quittant le quartier Saint-Paul, longeait l'ancienne muraille, à l'endroit même où furent construites depuis les premières maisons du Passage du Commerce, qu'on appela d'abord la Cour Saint-André des Arcs.
Il est incontestable que la Troupe de l'Illustre Théâtre, n'ayant pas réussi au Jeu de Paume de la Croix-Noire, rue des Barrés, et se trouvant ol)érée par les dettes quelle avait con' s
cette exploitation malheureuse, revint se fixer, vers !• ii
1645, dans le Jeu de Paume de la Croix-Blanche, près de la Porte Bucy, et y donna des représentations pendant plusieurs mois, représentations aussi peu productives que les précédentes. Mais on n'a pas encore découvert un seul document relatif à la dernière tentative de l'Illustre Théâtre. On sait seulement que la Troupe devait alors être bien diminuée, puisqu'elle ne comprenait plus que Molière, Germain Clerin, Joseph B«?jart, ses deux sœurs Ma î ' • t Geneviève, Catherine Bourg«M)is et Germain Rabel. Voy. 1« ches suj- Molière, par Eud. Soulie, p. 47. Grimarest, dans la Vte de Mulirre, constate seulement, en ces termes, le retour de Molière et de ses camarades au faubourg Saint -Germain : « Ils s'établirent dans le Jeu de Paume de la Croix-Blanche... Ce fut alors (jue Molière prit le nom «^uil a toujours porte depuis, mais lorsqu'on luy a demandé ce qui l'avoit engagé à prendre celuy-là plutôt qu'un autre, jamais il n'en a voulu dire la raison, même à ses meilleurs amis. » On a lieu de croire (jue l'Illustre Théâtre subsista, en agonisant, jusqu'au milieu de l'année 1646. C'est alors que la Troupe se décida enfin à chercher fortune en province.
La comédie d'Élomire hypocondre , qui renferme les détails les plus piquants et les plus exacts len faisant la part de la .s ;r
li'S commencements do Molière, signale l'émigration de Théâtre, après ses malheureux essais au Jeu de Paume de la Croix- Noire; c'est Élomire qui raconte ainsi ses tristes débuts :
N'accasant que le lieu d'un si fascbeux destin.
Du port Sainl-l'aul je passe au faubourjç Saiut-Gemiain ;
Mais, comme mosme effet suit tousjours mesme cause.
J'y vantois vainement nos vers et nostre prose;