‹ Iconogaraphie moliéresqueChapitre 106 sur 159 · III. — Molière en province, avec la troupe des Béjart · texte numérisé non relu

III. — Molière en province, avec la troupe des Béjart

488. Profil de la ville de Rouen. Cum priuilegio Régis. Gravé par Le Meusnier, d'après le dessin de Silvestre. (H. 275°^°^. L. o65.)

On a découvert, dans les Archives de la Cour d'Appel de Rouen, un registre des minutes des notaires de la ville, où se trouve un acte notarié qui porte les signatures autographes de Molière et de toute la Troupe de l'Illustre Théâtre, en 1643. Cet acte, qui n'a jamais été publié et qu'il n'est pas facile de déchiffrer, a été exposé au Musée-Molière (voy. no7 du Catalogue). Malheureusement, nous n'avons aucune indication sur la nature de l'acte, que sa date (si elle est exactement indiquée) rendrait bien intéressant pour les éphémérides de la vie de Molière, car A parait être antérieur à l'ouverture de l'Illustre Théâtre au Jeu de paume des Métayers sur les fossés de Nesle. On peut supposer que la Troupe des Béjart serait allée à Rouen pour y donner queb^ues représentations, en attendant que les travaux de la transformation du Jeu de Paume des Métayers en salle de spectacle fussent achevés.

489. Vienne. Sans aucun nom d'artiste. Gravé sous la direction de Mathieu Merian , pour la Topograp/n'a de Zeiller, à Francfort, en 1655. Au bas de l'estampe, légende en français, avec renvois aux principaux édifices. In-fol.

Le séjour de Molière et de sa Troupe à Vienne est signalé, de la manière la plus explicite, dans les Mémoires de Chorier sur la vie de Boissat, écrits en latin. On y trouve une anecdote très-curieuse sur les rapports de Molière avec Boissat, qu'il avait connu probablement chez Gaston d'Orléans, dont Boissat avait été gentilhomme avec le titre de secrétaire ; mais il est difficile de fixer ré|»0(|ue du premier passage de la Troupe de Dufresuc et dos Bejurt a Vienne.

214 ICONOGRAPHIB

Taschereau le rapporte à l'année 1646 ou 1647. Au reste, on peut aftîrmer que Molière fit plusieurs voyages dans cette ville, où il était connu comme «• acteur distingtie et excellent auteur de comédie », selon l'expression de Chorier. Il y était encore notamment en 1654.

Bibliogr. moliér., n" 1070.

490. Bordeau.x. Vue et perspective. Sans nom d'artiste. Gravé sous la direction de Mathieu Merian, pour la Topngraphia de Zeiller, à Francfort, en 1G55. In-ful., en largeur.

On n'a pas encore découvert un document certain qui prouve l'arrivée et la résidence de la Troupe des liejart à Hordeaux. «« On pense, dit Taschereau, dans son Histoire de la vie de Molière (5« édit., in-8, p. 12}, fju'il se rendit d'abord ^en (juiltaut Paris) à Bordeaux, où le duc d'kpernon, alors gouverneur de la Guyenne, l'accueillit avec une grande bienveillance. Si l'on en croit une ancienne tradition à laquelle Montesquieu accordait une entière confiance, il y tit représenter une tragédie de lui, qui avait pour litre la Théboide, et dont le malheureux sort le détourna à propos du genre tragique. Il est, à la vérité, impossible de fournir une preuve bien positive à l'appui de cette assertion. » Taschereau ajoute en note : « Nous jlevons dire «pie cette tradition si ancienne et si constante du passage de Molière et de sa Troupe à Bordeaux au commencement de 1646, vient d'être combaUue par M. .\rmand Detcheverry, archiviste de la Mairie de cette ville, pages 12 et suivantes de son Histoive des thét)tres de Bovdeaujc (Bordeaux, 1860, in-8). • Les notes manuscrites d<» Nicolas de Trallagt-, citeos par les frères Parfaict, d'après un recuçil de la Bibliothè(iue di* Saint-Victor, nous apprennent cependant qne Molière fut mandé, en 1647, par le duc d'Ki>ernon, gouverneur de Guyenne, qui aimait beaucoup le théâtre et qui entretenait une Troupe de comédiens à Bordeaux.

491. Description de la renommée et ancienne ville de Nantes. A Amsterdam, chez C. Danckerts, HiiT). Grande pii'^ce gravée, en i fcuill., avec description explicative en frant:ais et en latin.

n On sait qu'en 1648 Molière se trouvait à Nantes, dit T--- ' r.\iu {liist. de la vte dr .Wo/irrr, j' édit., in-8, p. 14). l'n des i de

la Mairie le montre, à la date du 23 avril, venant d- au

Corp» de ville, pour lui, pour le sieur Du Fn^sne et leur» . le»,

la permission de monter sur le theAtre et d'y représenter leurs comédies ^Molière e^l nomme Vor/ior, dans le registre de la Mairie).

Ce théâtre était dressé sur des tréteaux dans un Jeu de Paume, qui existait encore il y a peu d'années. Molière n'y fut pas heureux ; très-suivi d'abord, il eut à subir la concurrence redoutable d'un Vénitien, nommé Segalle, qui montrait des marionnettes. »

Le séjour de Molière à Nantes en 1648 et en 1G49 est depuis longtemps constaté par la publication des extraits de vieux registres du Corps municijjal de Nantes. Ces extraits sont relevés plus soigneusement et cités in extenso dans le curieux travail de M. Benjamin Fillon : Recherehes sur le séjour de Moli've dans l'ouest de la France (Fontenay-le-Comte, 1871, in-8). On voit que Dufresne, qui avait sa famille à Nantes, s'était fait le régisseur de la Troupe des Béjart. Cette Troupe tîxa sa résidence à Nantes pendant les deux années les plus turbulentes de la Fronde, et elle allait donner des représentations dans les villes environnantes. Au reste, le nom de Molière n'est mentionné nulle part dans les documents où il est question de sa Troupe. On a lieu de croire qu'il craignait encore d'éveiller les poursuites des créanciers de l'Illustre Théâtre et qu'il avait pris un autre nom à titre provisoire.

Bibliogr. moliér., n» lOGG.

AdH. Dessin ;i la plume, représentant la rue uù était le théâtre de Molière, à Nantes, par Hawke. In-i.

Ce dessin a figuré dans la 2c partie de la vente du Cabinet de feu M. de Lajariette, ancien receveur des finances à Nantes {Catalogue de la collection d'estampes anciennes et modernes, rédigé par Vignëres, 1861, n" 60Uj. La gravure, faite d'après ce dessin, porte le n» 69, parmi les estampes (\m ornent Vllistoire de Nantes, par Guépin.

M. Benjamin Fillon {Recherches sur le séjour de Molière dans Foucst de la France, pp. 7 et suiv.) pense que l'inscription commémorât ive, placée en 1837 sur la façade d'une nouvelle maison qui occupe l'emplacement du Jeu de Paume de la rue Saint-Léonard, pourrait bien n'être pas justifiée par des preuves certaines. Selon lui, le Jeu de Paume où la Troupe de Dufresne et des Bejart avait établi son théâtre serait celui qui a subsiste, jusqu'en 1663. dans les doures ou fossés de la ville de Nantes, entre la grosse tour du Papegault et l'Eperon, vis-à-vis le couvent des Cordeliers.

493. Vue de Fontenay-le-Comte (Vendée). Lithographie. 18(t>. In-K.

M. Benjamin Fillon a retrouvé un acte de procureur, qui jjrouve (jue la Troupe de Dufresne et îles Bejart a dû venir donner des représentations à Font<'nay-le-Comte {Rerhn-rhrs sur le yéjour de Molii-re dans l'ijurst dr la France, p. i). C'est une reijuête, au nom de Ciiarles

Dufresne, adressée au lieutenant particulier de la ville, en date du 9 juin 1648, Lodit Dufresne, étant à Nantes avec la Troupe qu'il dirigeait en qualité de régisseur, avait « pris à loyer de Louis Benesteau, maistre paulmier, le logis où tient le Jeu de Paulme de cestc ville de Fontenay-le-Comte, pour vingt et ung jours, qui commenceront courir le quinziesme de ce présent mois de juing, à raison de sept livres tournoys par jour , y compris les dimanches et festes estant en iceluy temps, (jui faict en tout la somme de cent quarante sept livres. ■ Dufresne avait donné des arrhes, et, par conséquent, on peut affirmer (|ue le Jeu de Paume qu'il avait loué fut mis à sa disposition, mais deux ou trois 'ours après le terme convenu.

494. Angoiilesme. Engoulcsnie. Vue en perspective. Sans nom d'artiste. Gravé sous la direction de Mathieu Merian, pour la Topographia de Zeiller, h Francfort, ou 1G55. Au-dessous d'une Vue de Blois. In-fol., en largeur.

M. Benjamin Fillon {Recherches sur le séjour de Molière dans C ouest de la France) ne doute pas (pie la Troupe de Molière et des Béjart n'ait poussé ses tournées dramatiques jusqu'à AngouU^me, en 1648 ou 1649, lorscju'elle avait, en (juelque sorte, etaldi son quartier général à Nanlos. « Quant à la Condcsse d'Escarhaytias, dit-il, elle est si bien de l'Angoumois, que je la soupçonne fort de ne faire qu'un avec Sarah de Perusse. fill«» du comte d'Kscars et femme du sieur Jousherl Tison, (jui s'intitulait, on ne sait trop pouripioi, comte de Baignac. De l'assemblage des noms de R«Mgneurie des deux époux : Escars et liaif/nnc , Molière aura fait Escnrhaynas... Ainsi en a-t-il été pour les adorateurs plébéiens de la lière Comtesse, qui, de Ucrpin et Thihaudinc, noms portes par tant de gens depuis les bords de la Charente jusqu'à ceux de la Loire, sont devenus, sous la plume du grand comique, Ilarpin et Thibaudier. »

4ÎKS. Vue de la nouvelle Porte Antoine, ;\ Agen. Sans nom d'artiste. Dessiné et gravé i\ l'aquatinlc, par Louis Urion. In-S.

("tte gravure sp trouve <lans le tome VIII du Wii/ai/r dans les départrnicns de la Fra/jrr, par J. Lavalb'e (Paris, Drimi, 1791, in-8).

On ne pouvait pas douter cpio Molière et la Troupe de Dufresne et des Bejart eussent fait la comédie, comme ils disaient , à Agen, dans un de leurs voyages en Guyenne et en Languedoc, mais on n'en avait aucune preuve écrite. M. Adolphe Magm a retrouvé la mention suivante, dans un vieux registre de l'hôtel d.- \illf intitulé : Journal pour l'année 1649, Unissant en 1G52

« Le treiziesme dudict (mois de février), suivant l'ordre de Monseigneur nostre Gouverneur, avons faict faire dans le Jeu de Paume ung teatre pour les comédies et une gualerie pour mondict soiL'-neur, où il i a esté emploie des tables et autres pièces, qui a esté prins de chez (en blanc).

« Le mesme jour, le sieur du Fraisne, comédien, est venu dons la Maison de ville nous rendre ses devoirs de la part de leur fompaignie et nous dire ([u'ils estoient en cette ville par l'ordre de Monseigneur nostro Gouverneur. »

Bihliorjr. moUér,, n" MOi.

i96. Plan de la ville de Tholose. A Paris, chez Mclchior Tavemier, en 1631. Au bas de Testampe, légende et renvois aux monuments de la ville. In-fol. max.

C'est seulement en 186i qu'on a découvert enfin un document qui prouve le passage de Molière à Toulouse; M. Emmanuel Raymond (L. Galibert) a publié ce document dans le Journal de Toulouse, du 6 mars 18Gt: « IG may 1649, payé au sieur Dufresne et autres comédiens de sa Troupe la somme de soixante et quinze livres, pour avoir, du mandement de messieurs les Capitouls, joué et fait une comédie, à l'arrivée en cette ville du comte du Roure, lieutenant général pour le Roy en Languedoc. »

iî)7. Narbonne. Vue et perspective. Gravée par Perelle. A Paris, chez Pierre Mariette, rue S^ Jacques, à l'Espérance, avec privilège du Roy. Au bas de l'estampe, à droite et h gauche, légende descriptive en latin et en français, avec renvois aux lieux remarquables, entre les deux textes. In-fol. max., en largeur.

<» On retrouve Molière et Du Fre.sne à Narl)onne. au commencement do IGiJO, dit Taschereau (//A7. dr lu vie de Molii'rr^ jc é<lit., iii-8, p. 14). Le 10 janvier, Molière figurait comme parrain, dans une paroisse de cette ville, à l'acte de baptême de l'enfant d'une demoiselle Anne. Il était dans cette ville, avec ses Comédiens, dont l'accouchée était peut-être l'Ingénue, et ils y donnèrent des représentations. »

Lo passage do Molière à Narbonne est donc constaté par cet acte de baptême, déroiivert,;i la date du 10 janvier l(jr>0, dans les regi.stres de l'église iSaint-i'aul. « .Molière, dit M. Rrochoux «lans les Origines du Théâtre de Lyon (page 29), y est inscrit comme parrain d'ui\ l'ufant dénommé : « lils d'.Vnne, n<' sachant le nom du père. »>

tn ICONOGRAPHIE

S'agissait-il alors de cette Anne Reynis, qui fut mariée, le 29 avril 1655, à Foulle-Martin, par le vicaire de Sainte-Croix (à Lyon), en présence de J.-B. Pucjuelin et de ses camarades de théâtre?

Le premier séjour de Molière à Narbonne avait eu lieu en 1642, lorsqu'il dut suivre Louis XIII en voyape, pour y remplacer son père, en qualité de tapissier-valet de chambre du roi. Celait la im singulier enj[)loi pour un jeune élève des jésuites, qui avait étudie la philosophie sous Gassendi, avec le prince de Conti, Armand de Bourbon, et qui venait peut-être d'être reçu avocat, après avoir passé son examen de licencié en droit, à la Faculté d'Orléans I

40S. Lu^Mliinnin. Lyon. Plan topitjzi'apliifuip. Saii^ atirmi nnm d'arlislc. (iravé sous la diriMlinn de Malhicii Mrrian, pnur la Tnjmgraphia de Zciller, à Francfort, on l»>5.'). Ail l)a> de l'oslampe, Icpende en français, avec renvois aux monuments et aux localités. In-fol. max., en largeur.

On trouve, au n» 16, l'église paroissiale de Sainte-Croix, où Molière a tenu sur les fonts l'enfant d'un de ses comédiens, et. au n" 2."), la Douane, qui touchait au Jeu de Paume, dans lequel la Troupe de Dufresne et des Hejart donnait la comédie.

Pendant ses voyages dramatiques dans le midi de la France, Molière est venu plus d'une fois à Lyon. C'était un fait acquis depuis la publication «le r«Mlition de ses (Kuvres en 1082. oij on lisait (lans la l'reface : " Il vint à Lyon en 105.1, et ce fut l.i qii'il exposa au public sa première comédie; c'est celle de V Etourdi. »» On a lieu de s'étonner (jue La Orange, qui avait revu celte Préface, s'il ne la pas écrite, ait laisse passer une fausse date, que son Registre de theAlre lui eût permis «le corriger, et «|ui a ete répétée deptiis par tous les historiens de Molière et dans tout» •* les éditions de notre auteur.

N'oici, en effet, la note textuelle ipii .•»•• trouve on tête »le ce t'ameux Registre, <|ue nous allons avoir enfin imprime, par les soins «le la Comédie-Française cl de M. ÉdouanI Thierry, son ancien administrateur :

« LKslourdy, comédie du S' Molière, jiassa pour nouvelle à Paris, eust un grand siiccès et produisit de p.irt, pour cha«jue acteur (du 3 nov, 1038 jusqu'à Pa(jues 1050), soixante et djx (listolles. Celle pièce de theastre a este représentée pour la première fois à Lyon. l'an 1055. »

Samuel Chajipuzeau était à Lyon juttemenl à l'époque où V Étourdi y fut ropre.<«ente avec gran«I succès. Il n'en a pas parle dans ses ouvrages, du moins «l'une manière spéciale ; mais dans l'ouvrage intitule Lyon dans son lustre, qu il publia en 1656 à Lyun même, un

MOLIERESQUE. 229

trouve ce passage qui se rapporte à la Troupe de Molière : « Le noble amusement des honnêtes gens, la digne débauche du beau monde et des bons es])rits, la Comédie, pour n'être plus fixe comme à Paris, ne laisse pas de se jouer ici, à toutes les saisons qui le demandent, et par une Troupe, ordinairement, qui, toute ambulatoire qu'elle est, vaut bien celle de l'Hôtel (de Bourgogne, à Paris) qui demeure en place. »

^99. Montpellier. Sans aucun nom d'artiste. Gravé sous la direction de Mathieu Mcrian, pour la Topor/rophia de Zeiller, h Francfort, en IGoo. In-fol. max., en largeur.

La Troupe de Molière, qui était à Vienne en 1654, fut appelée à Montpellier, par le prince et la princesse de Conti, pour Touvertur»' des États de Languedoc, fixée au 7 décembre de cette année-là. On ne s'explique pas comment plusieurs des historiens de Molière ont pu nier (ju'il ait donné des représentations jjendant la tenue des États. C'est à Montpellier que lut imprimé, chez Daniel Pecli, imprimeur du Roi et de la Ville, avec la date de IGiio, le Ballet des Ificompfitifjles , à huit entrées , dajisé à Montpellier devant Monseigneur le prinee ft madame la jjn'nces.^e de Conti. Molière est incontestablement l'auteur de ce ballet, dans lequel il jouait un rôle. Béjart l'aîné, qui fit imprimer, à Lyon, en 1655, le Remeil des titres, qualités, blasons et artnes fies seigneurs barons des Etats généraux de Languedoc, tenus par S. A. R. 3/S'' le prince de Conti en la tille de Montpelliei l'année 1654, dit dans l'épitre dédicatoire de la seconde partie de cet ouvrage : » L'honneur que Vostre Altesse Serenissime daigna faire à l'ouvrage quej'osay luy présenter l'année passée m'a donné la hardiesse de luy en offrir la continuation... J'avoue qu'elle me rendit confus, lorsqu'elle eut la bonté de vouloir lire d'un bout à l'autre le livre qu'elle me commanda de luy faire voir, et qu'elle en fit son divertissement durant les entractes de la comédie qu'on représentoit devant elle. »

Bihliogr. moliér., n» 188.

300. Pezenas. Sans nom d'artiste. Gravé sous la direction de Mathieu Mcrian, pour la Topoyrap/iin dv Zcillcr, :\ Francfort, en 1(155. In-fol.

La Troupe de Molière et des Bejart donnèrent des représentations à Pezénas, pendant la tenue des Etats en 1655. <> Estant commandez pour aller aux Kstats, dit Dassoucy dans ses Avcfitures^ ils me menèrent avec eux à Pezénas, où je ne saurois dire combien de grâces je receus ensuite de toute la maison. On dit que le meilleur frère est las, au bout d'un mois, de donner à manger à son frère; mais

«30 KJONOGRArni

ceux-cy, plus généreux que tous les frèrrs qu'on puisse avoir, ne se lasseront pas de me voir à leur table tout un hiver... Quoique je fusso ch<'/, f'ux, jo pouvois bien «lire (jue j'estois cht-i moi. Je ne vis jamais tant (lo bonté, tant de franchiso, ny tant d'h(»nnesteté que parniy ces j,'ens-là, bien dig^nes de représenter réellement dans le monde les personnages des Princes qu'ils représentent tous les jours sur le théâtre. » Les Ktats do Languedoc, ouverts, à Pé/enas, par le prince do Conli, le 4 novembre IU5."», furent clos le 22 février IG5G. La Troupe de Molière avait eu, [lour rémunération do ses services pendant les plltats, une assignation de 5000 livres sur le fonds des étapes de la i)rovince. Cette assignation, faite par le prince de Conti au nom dos Ktats, notait pas revêtue do tontes les formali' >•-

•saires. Molière et Madeleine Hejart ofl'rirent donc leur > va l'entrepreneur des étapes, Marlin-Melchior Dufort, et à un sieur Joseph C!assaigncs, (jui racceptèrent à forfait, moyennant remise «hi quart de cette créance, qui ne fut jamais payée. Voy. la singulière histoire de ladite créance dans l'ouvrage de M. Ra\'moud sur les pérégrinations de Molière dans le Languedoc.

liifjliogr. moliér., n° UOl.

C'est de Pézénas «ju'esi daté un précieux reçu autographe de Molière, (jue M. L. «le La Pijardière, archiviste de l'Hérault, a découvert d:ii\s li's archives dos Liais du Languotloc. Ce reçu d'une somme de tiOUU livres no parait pas avoir le moindre rapport avec l'assignation do 5000 livres, que Molière et Ma<leleine Hejart avaient escomptée ti Martin-Melchior Dufort et û Joseph Cassaignes. On sait que cet nulograplie est le plus important de tous ceux de Molière ^^uon ait retrouves jus(ju'ici et (jui ne présentent généralement (ju'une signature, Ln voici la teneur :

<« Jay receu de monsieur le Secq thresorier do la bource des l-'slats du Languedoc la somme de six mille livres à nous accordez par messieurs du Bureau des comptes, de laquelle somme ie le quitte. Faict à Pezenas ce vingt-quatriesme iour de febvrier 1G5G.

MoLIKKK. "

Dihliof/r. violiér., n" 1G52.

:;()l. Agdr. Lan}4iu'(lo('. N" i»il» ter. IL !.. (ialr lif/i. Iml>rnnr /xir C HuUcmandel. ln-f(tl., i*n largeur.

Cette \'uo d'Agdo. la seule que nous connnissi. ■\><\i\i' <i.ms

le graml ouvrage du l»aron 'la>lor : Voyftf/r^ /lift rf rotnnn-

tiffiirs tlnni l'nnciruue France, loiiu' IV du Languedoc.

«. De Pézénas (après la clôture des Ktats), dit Taschercau dans Vllist. tir ta vie dr Mnlif^re (5« édit., in-8, p. 19). Molière allait donner dos représentations dans les petites " *' ••illan, Ag«lo, Montagnac ; et on trouve encore, • la première do ces quatre villes, l'Ordre adressé parle prince do Conti aux

Consuls de mettre en réquisition les charrettes nécessaires pour trans- , porter le théâtre de Molière et sa Troupe, de Marseillan à La Grange (château du prince). On voit aussi, dans les arcliives de Marseillan, qu'une contribution fut établie sur les habitants, pour indemniser Molière des représentations qu'il y avait données. »

502. Vue de Montélimart. Dessiné et gravé à l'aquatinte, par Louis Brion. In-8.

Cette estampe se trouve dans le tome X du Voyage dans les dé- •partemens de la France, par J. Lavallée (Paris, Brion, an VIT. départ, de la Drôme).

La Troupe de Molière faisait la comédie à Vienne et à Valence, en 1647. Elle y retourna sans doute plus d'une fois, car Molière s'était fait des admirateurs et des amis dans toutes les villes du Dauphiné, où l'on aimait le théâtre et les arts. On peut affirmer qu'elle y était revenue en 1655, après avoir donné des représentations à Lyon, car, le 18 février 1655, Antoine Baralier, conseiller du Roi, receveur [des tailles en l'élection de Montélimart, empnmtait à Madeleine Béjart , par acte passé devant François Vaudrot, notaire royal delphinal héréditaire de cette ville, la somme de 3,200 livres, et prenait pour caution de sa dette noble homme Julien Meindre, sieur de Rochesauve, habitant de Brioude, en Auvergne. Voy. Hrr/iei'c/irs sur Molière et sur sa famille, par Eud. Soulié, pag. 49 et 254. Cet emprunt se rapportait sans doute à dos affaires de théâtre, puisque la femme d'Antoine Baralier, nommée Françoise Le Noir, devait être sœur ou parente de François de la Thorillière, qui devint plus tard un des comédiens de la Troupe de Molière.

503. Vue de la Cathédrale et de la place du Marché, ;\ Béziers. Jaimc lith. lS3o. IJth. de Iknnrd et de liichebois aîné, me de l'Abbaye, "-2. In-fol., en hauteur.

Cette Vue se trouve, avec d'autres Vues de Béziers, dans le grand ouvrage du baron Taylor : Voyar/es pittoresques et rotnantiqiws daîis Cancienne France, t. IV du Languedoc.

La présence de Molière et (h? sa Troupe à Béziers pendant la tenue des Etats, en 1656, est un fait incontestable, et toutes les éditions de Molière répètent, depuis celle do 1682, (|ue le Ihpit amoureux a été rejjrésenté pour la première fois à Béziers en 1654. Cette fausse date n'a pas encore été rectifiée, et nous l'avons nous-mémc consacrée dans Vlronrtfjraphie molicresque , \\° 2. Pouvait-on su|)poser que La Orange, dans la Préface de l'édition de 1682, avait oublié cette note, qu'on lit en tête de son Registre :

« Le Despit amoureux, comédie du S*" de Molière, passa pareillement pour nouvelle à Paris, oust un grand succez et produisit de

t3t ICONOGRAPHIE

part, pour chaque acteur, autant que VEstourdy. Cette pièce de theastre a esté représentée pour la première fois aux Estais de Lan^ruedoc, à Beziers, l'an 1656 ; Mons' le comte de Bioule, lieutenant (lu Roy, président aux Kstats. >»

Taschereau avait pourtant corrigé, dans la 5* édit. de son Uist. de la vie de Molière, \a faute qui se trouvait dans les éditions précédentes. «« C'est dans l'année 1656, dit-il, <iue Molière en tit j<»uer (un ouvrage) hien plus digne des applaudissements ^(|ue le Màlnin volayit et \e Docteur amoureux), \eini à Beziers, avec sa Troupe, pour les Ktats, que le comte de Bioule, lieutenant général du Roi en Languedoc, fut charge d'ouvrir dans cette ville, il y donna |)our la pnmière fois son Déjtit atnourpujc. La pièce obtint un grand succès et attira la foule. » Lassemhlee des Etats n'accorda pourtant pas une graiiticalion à la Troupe de Molière, qui quitta la ville longtemps av.inl la clôture des États, laquelle n'eut lieu que le 1«" juin 1657. Voici en quels termes cette gratilication avait eie refusée, à la date du 6 décembre 1656 : « Sur les plaintes qui ont été portées aux Etats par plusieurs députes de l'Assemblée, que la Troupe de Comédiens qui est dans la ville de Beziers a fait distribuer plusieurs billets aux dej)Ule8 de cette Compagnie pour les taire entrer a la Comedi»! sans rien payer, dans lesperance de retirer quelques gratifications des Etats ; a ete arrête qu'il sera notifié, par Loyseau, archer des gardes du Roi en la prevote de l'Hôtel, de retirer let Itillets (ju'ils ont distribues, et de faire payer, si bon leur semble, les députes (pli iront à la Comédie ; l'Assemblée ayant résolu et arrête (piil n'y sera fait aucune considération ; détendant par exprès à Messieurs du Bureau des Comptes, de, directement ou indinetemeut. leur accorder aucune somme, ni au Trésorier de la Bourse, de payer, à peine de pure perte et d'en répondre a son j)ropre et privé nom. >•

C'est à Beziers que Molière improvisa, dans un rejias. une clian- Son (jue Dassoucy mit en nuisitjue. « Vous, monsieur .Molière, dit Dassoucy dans ses Aventures d'Italie (Paris, guinet, lUTJ, in-12), vous qui Utes à Beziers le premier couplet de cette chanson, oseriez-vous bien dire comme elle fut exécutée et l'honneur que votre muse et la mienne reçurent en m«^me temps? » Dassoucy avait compose le second coui)let, \'oici le premier, (pli <^st de Molière :

Ldin (le niui, loin do moi, tristoss>> ! Sanglots, Inrinos, Houpirs!

Je revois In prinresso.

Qui fait ton» iiiox deitirs.

(> cél»*»le.H plaiHirs ! Doux trauK|>or(!« d'all^greMi» !

Viens. M(»rt, quand tu voudrai, M»' donner lo trépas :

J'ai revu ma princoiset

DasNoucy avait pas»é tout Thiver à lié/iern, avec les Comédiens

qui l'hébergeaient ; il suivit Molière à Narbonne, mais il se vit forcé, pour échapper à quelque mauvaise affaire, de lever le pied tout à coup et de disparaître avec ses deux vilains pages de musi- (jue. Voici la lettre qu'il écrivit à Molière, quand il fut arrivé sain cl sauf dans une ville voisine : « Monsieur, je vous demande pardon de n'avoir pas pris congé de vous. M. Fessard, le plus froid eu l'art d'obliger qu'homme qui soit au monde, me fit partir avec trop de précipitation pour m'ac([uitter de ce devoir. J'eus bien de la peine seulement à me sauver des roues, entrant dans son carrosse, et c'est bien merveille qu'il m'ait pu souffrir avec toutes mes bonnes qualités, pour la mauvaise qualité de mon manteau, qui lui sem- ])loit trop lourd. Cela vient du grand amour qu'il a pour ses chevaux, qui doit surpasser celui qu'il a pour Dieu, puisqu'il a vu presque périr deux de ses plus gentilles créatures (les pages de Dassoucy), sans daigner les soulager d'une lieue. Je ne vous scauroîs exprimer avec (pielle grâce le plus agile de mes pages faisoit deux lieues par jour, ni les louanges qu'il a emportées de sa gentillesse et de sa disposition pour celui qu'il y a si longtemps que je nourris. Peu s'en est fallu qu'il n'ait fait comme le chien de Xantus, qui rendit l'âme pour avoir suivi son maître avec trop de dévotion. Je ne m'étonne pas si la Cour l'a député (M. Fessard) aux Etats, pour le bien du peuple, le connoissant si ennemi des charges. Je lui suis pourtant très-obligé de m'avoir souffert avec mon bonnet de nuit, n'ayant promis que pour ma personne, et suis, Monsieur, etc. C D. » Cette lettre prouve, au moins, que Dassoncy, malgré ses défauts et ses vices, n'était pas un ingrat.

itOi. Lemovicwn. Limoges. Sans aucun nom d'artiste. Vue générale pittoresque. Grave sous la direction de Mathieu Merian,pour la Topographia de Zeiller, à Francfort, en 1653. (Sur la même pi., Vue de Sancerre.) Infol, en largeur.

« Une tradition locale que j'ai recueillie à Limoges même, dit Jules Claretie, dans son charmant livre intitule : Molière , sa vie et ses œuvres (Paris, Alph. Lemerre, 1S71. in-I2, p. 48), veut que Molière ait été siftlé par le public limousin et s'en soit vengé en créant ce type rit'icule de Pourccntif/nac , qu'il eût dû, pour être logique, appeler Pourcennfpinud , car les terminaisons en nuil sont limousines, tandis ([ue les terminaisons en (jtiar sont purement gasconnes. »

Un journal local, la Voix de la Province, avait déjà dit en 1862 : u Molière, on l'a répété bien des fois, fut siftlé à Limoges, mais ce que tout le monde ne sait pas, c'est qu'il s'attira cette humiliation, jouant la tragédie ; il ne put jamais réussir dans ce tenre, de l'aveu même de ses amis »>.

.'ai ICONOGRAPHIE

505. Aviprnon. Dessinre et gravée par I. Silrestre. A Paris, chez PietTe Mariette^ nuec j/rimlegc du lioy. Au bas de l'estampe, à droite, une description de la ville en 7 lignes ; ;\ gaurhe, la niî^nie desiriptinn en latin. Entre les deux descriptions, lé^'ende en fran(;ais, avec renvois aux édilices ou lieux indiques. (11. 207°"°. L. 815.)

u Nous retrouvons la Troupe de Molière, dit Taschereau dans son Histoire de ta vie de Matière (5« édit., in-fi, p. 25), au mois de décembre 1057, installée à Avi^'non, où elle avait <!• ' «nt joué en 1653. Molière y rencontra Mijrnanl, (jui, revr; où il avait séjourné pendant 22 ans, setait arrêté dans le Comtat , pour dessiner les anticjues d'Orange et de Saint-Remi, et pour faire le portrait de la trop fameuse marquise de Gange. C'est là ([\ie se contracta entre ces deux hommes célèbres une union qui concourut, pour ainsi dire, à leur gloire nuitudle. •

.•iO»i. Veue de l'Arc d'Orange, et d'une partie du Ghasteau et de la Ville. Israël Silucstre delin. et seul/). Israël e.r. ctim priuil Hegis. (L. 187°". L. 250.)

Molière et sa Troupe étaient à Avignon en 1657 : ils donnaient certainement des représentations dans les villes voisines et ils n'oublièrent pas Orange. Ce fut pour Molière une bonne occasion d'y aller, puis(|ue Pierre Mignard, son nouvel ami. y allait aussi : I. Mignard, continuant toujours ses études, dit son historien l'abbe <le Monville, dessina toutes les antiquités d'Orange et de Saint- Kemi; il n'oul)lia pas

Ces grauils el fameux hiVliinens Du Tout du G&rd et des ArcDCS, Qui nous restent pour inonumens I>cs luag^uiticoncos romaines.

{Voyagf de /iarhaumnnt et lif iftapellr.)

.. Revenu à Avignon, il y trouva Molière. " La date «lu Voyage des deux amis de .Molière, Chapelle et Uachaumont. n'a pas encore ete Ilxee d'tme manière certaine; nous croyons avoir pu établir, par des preuves inront«'StabloR, «jue ce voyage eut lieu pendant les vacances de l'année 1657, et que Ifs ileux voyageurs épicuriens se rencontrèrent avec Molière, à Avignon, à Orange et à Nimes. « Avignon nous avait paru si beau, disent-ils, que noua voulûmes y demeurer deux jours, pour l'examiner plus à loisir. » Ces deux jours-là furent passés sans doute avec Molière et Mignard.

507. Msmcs. Vue générale. Dessiné et gravé à l'aquatinte par Louis Brion. In-8.

Cette estampe se trouve dans le tome X des Voyages dans les départeynrns de la France, par J. Lavallée (Paris, Brion, an VII, départ, du Gard^.

Molière était à Ximes en lGo7, puisque Madeleine Béjart y était. Le 12 avril 1657, Pierre le Blanc, seigneur de la Rouvière et de Fournigue, conseiller et juge pour le Roi en la Cour deXismes, donnait à la demoiselle Béjart une commission concernant une créance qu'elle avait depuis plus de deux ans sur Antoine Baralier, receveur des tailles en l'élection de Montélimart, pour prêt d'une somme de 3,200 livres. Voy. Recherches sur Molière et sur sa famille, par Eud, Soulié, pp. 49 et 254. On trouvera certainement dans les registres de la mairie de Nîmes la trace des représentations de comédie à cette époque.

508. Veuô et Perspectiue d'une partie de la ville de Grenoble, du costé de la Porte de France. Israël Siluestre fecit. Israël ex. cum priuil. Rogis. (H. ISo""". L. 2i7.)

D'après le témoignage de La Grange et de Vinot,dans la Préface de l'édition des (Kuvres de Molière, publiée en 1G82. Molière avait passé le carnaval (de 1G58) à Grenoble, d'où il partit après Pâques et vint s'établir à Rouen. M. Eud. Soulié a cherché inutilement, dans les Archives de Grenoble, le nom de Molière et la trace du séjour de sa Troupe. Il a découvert pourtant, dans les registres de délibération de l'Hôtel de ville, la mention suivante, qui correspond aux représentations théâtrales données par la Troupe de Molière à Grenoble :

« Du 1^ feb' 1058. Il a esté tenu conseil ordinaire dans l'Hostel de ville, où estoient présens messieurs les quatre Consulz, ^ il a esté propozé par Monsf le p» Consul, touchant l'incivilité des Comédiens qui ont aftiché sans avoir leur décret d'approbation ; il a esté opiné et puis conclu que les affiches seront levées, et à eux rloffendu de faire aucune comédie jusqu'cà ce qu'ils ayent satisfnict à la permission qui leur doib estre donnée par mesd. S""» les Consulz et du ( 'onseil. » (Rapport sur des Recherches relatives à la vie deMolière, dans les Archives des Missioîis sciontifiquos et littéraires, deuxième série, tome l*^*", p. 485.)

M. Eud. Soulié a pu constater, en outre, que le Jeu de Paume, dans lequel les comédiens de passage faisaient la comédie, aj>partenait au duc de Lesdiguières, et que la salle de spectacle actuelle a été construite à la place de ce vieux Jeu de Paume.

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