SÉPULTURE ET TOMBK\U DE MOLIÈRE
544. Cimetière S^ Joseph (en 1673). Le tombeau de Molière, composé d'une grande pierre plate, au premier plan. Reyn. del. Champin lith. In-8.
Cette lithographie a paru dans le tome II de Paris historique, par Ch. Nodier, A. Régnier et Champin (Paris, F.-O. Levrault, 1838, 3 vol. in-8). Le tombeau se composait d'une longue pierre plate, qui, deux ou trois ans après la mort de Molière, fut fendue par le milieu, à cause du grand feu qu'on fit sur cette pierre, pendant un rude hiver, avec les cent voies de bois que la veuve de Molière avait fait porter au cimetière pour chauffer les pauvres du quartier. Un ancien desservant de la chapelle de Saint-Joseph avait dit à Titon du Tillet, qui a consigné le fait dans son Parnasse françois, que Molière n'était pas inhumé sous cette tombe, mais « dans un endroit plus éloigné, attenant à la maison du chapelain ».
On sait aujourd'hui pourquoi le corps de Molière fut mis au cimetière S*-Joseph. Un sonnet de Les Isles le Bas, signalé pour la première fois par Taschereau (Hist. de la vie de Molière, 1863, 5« edit., in-8, p. 230), ne laisse aucun doute à cet égard. Le cimetière de SWoseph était destiné spécialement à la sépulture des enfants morts-nés, c'est-à-dire non baptisés, des suicidés et des fous, comme le dit le méchant poète, « escrivain », qui composait des tragédies et des comédies détestables, et que Molière avait sans doute rencontré en parcourant la Normandie avec sa Troupe :
Molière baptisé perd l'effet du baptême, El dans sa sépulture il devient un niori-né.
Alpxandrp Lenoir rapporte, au sujet de la mort de Molière {Musée (les Monuments français, tome V, p. 198), une anecdote que nous n'avons vue citée nulle part : « Le refus que le Clerpé fit d'enterrer Molière causa un grand scandale dans Paris. Le roi Louis XIV, informé de cet abus du pouvoir ecclésiastique, fit venir le curé de S^Eustache (Molière était de cette paroisse) et lui ordonna d'enterrer le poète, lorsque celui-ci s'excusa sur la profession de come<lien, (pi'il exerçait, ajoutant qu'un tel homme ne pouvait être enterre en terre .çai/j/f. « — Jusqu'à quelle profondeur la terre est-elle sainte? demanda ingénument le Roi au curé inconsecjuent. — Jusqu'à quatre pieds, Sire. — Eh bien, enterrez-le à six pieds, et qujl n'en soit plus question ! » répondit le Roi, et il tourna le dos au cure de Saint- Eustache. >•
Il est certain que Molière fut inhumé, au milieu du cimetière, «« au pied de la Croix, ■> dit l'auteur anonyme de la lettre à l'abbe Boyvin, docteur en théologie, lettre où il raconte l'enterrement qui eut lieu, sur les 9 heures du soir, le mardi 21 février 1673. On lui fit « une tombe, élevée d'un pied de terre », dit La Grange, dans son Registre de théâtre. Mais, comme l'affirmait un ancien desservant de la chapelle de i>^-Joseph , cette sépulture avait été déplacée plus tard et transportée loin de là , près de la maison du chapelain , avec le cercueil de La Fontaine, qu'on avait mis à côté de celui de son ami. « Vers l'année 1750, dit La Borde dans ses Essais sur la musique (1780, in-4, tome IV, p. 252), on creusa une fosse dans le cimetière; on trouva leuri cercueils et on les transporta dans l'église où ils sont encore. » Ces anciens cercueils étaient sans doute en })lomb et devaient, selon l'usage, porter une inscription gravée sur le métal.
Il faut supposer que les deux cercueils avaient été remis à leur place dans le cimetière, car c'est là qu'on les chercha et qu'on les trouva en 1792, celui de Molière, à l'endroit indique par la tradition, " près les murs dune petite maison située à l'extrémité du cimetière, >» et celui de La Fontaine, « au pied ilu Crucifix. <>
Voy. les procès-verbaux d'exhumation, en date du 6 juillet et du 21 novembre 1792.
Bibliogr. moliér., n** 1093.
645. Jardin Elysée (qui faisait partie du Mii>6c des Monuments français aux Petits-Auguslins). Vue du tombeau de Molière. Lenoir inv\ (ttii/ot s. ln-8.
Cette eau-forte a eto publiée dans le Musée des Monuments français, (V WoxnwWe Lenoir, tomç V, 1806.
Les ostcmcntj de Molière et de La Fontaioe, lort de rexhumn-
MOLlERE^SgUE. »9
tion faite en 1792 par les soins de l'administration municipale du 3^ arrondissement, avaient été placés séparément dans deux caisses de bois de sapin, chacune de 2 pieds de long sur un pied de large et six pouces de haut, avec ces inscriptions étranges : Caisse de Molière et Caisse de Jean La Fontaine. Ces deux caisses lurent déposées dans la cave de la chapelle et ensuite dans une chambre au-dessus du corps de garde établi dans cette chapelle; elles y furent tellement oubliées, qu'il fallut un article inséré dans le Magasin enq/clopédique de Millin (3^ année, l'an cinquième, 1797), pour appeler l'attention publique sur les précieux restes de Molière et de La Fontaine : w II serait digne du Gouvernement, disait le rédacteur, de s'occuper de donner à ces deux hommes célèbres une sépulture digne d'eux. » Alexandre Lenoir, le fondateur du Musée des Monuments français, eut l'idée de créer dans le jardin de cet établissement, au couvent des Petits-Augustins , un Elysée oii seraient réunis les tombeaux des hommes illustres de la France. Il écrivit donc au ministre de l'intérieur, le 2 germinal an VII, pour obtenir l'ordre de faire transporter au Musée les ossements de Molière et de La Fontaine. Il y eut, à ce sujet, un arrêté du Directoire exécutif, en date du 15 floréal an VII.
Les membres du Conseil municipal du troisième arrondissement, ayant reçu l'ordre de délivrer à Alexandre Lenoir les deux caisses qui contenaient les ossements de Molière et de La Fontaine, « témoignèrent le désir de contempler ces ossements. » Lenoir s'empressa de répondre à ce vœu, et la caisse de Molière fut ouverte. tt Nous remarquâmes, dit-il, tous les ossements d'un corps humain, entassés, qui, à l'examen, nous parurent être ceux d'un homme d'une stature médiocre et d'une faible constitution, de l'âge de cinquante ans. La tête surtout nous a paru d'une forme agréable, ayant le front uni et bien fait. ^
La nouvelle sépulture de Molière fut donc placée dens l'Elysée des Monuments français, près de la tombe de La Fontaine et de celle de Boileau. Lenoir avait fait exécuter un sarcophage en pierre dure, creusé dans son intérieur et porté sur quatre pilastres aussi en pierre dure, le tout orné de masques comiques et des attributs de la Comédie, avec cette inscription : Molière est dans ce tombeau; le tout entouré de myrtes, de roses et de cyprès. « Une coupe de marbre, dit la Description du Musée (tome V, p. 197), surmonte le monument, le premier qui fut élevé au père de la philosophie, et l'on remarque avec plaisir que les oiseaux viennent se jouer 80u\ent dans cette coupe et s'y désaltérer. »
5i6. Molière. Tombeau vu de ln»is-quarls. Dess. et lit/i. pai' T. de JoUwont. Lith. de Lanyliuné. In-i.
Publ. dans les Mausolées français,... dessinés d'après nature, lithographies et décrits par F. -G. -T. de Jolimout , ex-employé au cadastre (Paris, imjtr. Firniin Didot, 1821 \
MO ICONUGUAPUIE
Molière devait encore une fois changer de sépulture. Le Gouvernement de la Restauration n'eut rien de plus pressé que de faire disparaître le Musée des Monuments français, sous prétexte de restituer les monuments, qui s'y trouvaient conservés et sauvegardes, à des églises qui la plupart n'existaient plus. Le transport des corps de Molière et de La Fontaine au cimetière du Père-Lachaise eut lieu, le 6 mars 1817, en vertu d'un arrête de M. le préfet du département de la Seine. Les corps furent remis à M. Caperon, économe de l'Hôtel de Ville, e» présence de témoins qui signèrent au procès-verbal, et transportes immédiatement à leur nouvelle destination. Plus tard, les mausolées qu'Alexandre Lenoir avait fait exécuter allèrent au cimetière «le l'Est reprendre possession des deux petits cercueils de ploml) (jui renfermaient les restes de Molière et de La Fontaine. Voy. le Musée des Mutiuments français, tome VIIL p. 171.
.')17. T(nnbeaux de MoUhe et de La Fontaine. Dessiné et gravé par Auibroise Tardieu. In- 12.
Pultl. dans les Promenades aux Cimetirres de Paris, avec 48 dessins, i)ar M. P. de S. A. {Paris, Panckourke, 1825, in-12}.
En ces derniers temps, beaucoup d'écrivains s'autorisèrent du doute que le savant baron W'alckenaer avait émis, dans son Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine, sur la tradition séculaire, (|ui voulait (jue La Fontaine eut eié enterre au cimetière de Saint-Joseph, dans l'endroit même où Molière fut inhume vingtdeux ans auparavant. Cette tradition, recueillie et affirmée par l'abbé d'Olivet dans la Suite de V Histoire de f Académie françoise, par Pellisson, était certainement authentique, et le baron Walckenacr, (jui l'a combattue, en repre.sentant l'acte mortuaire de La Fontaine, où il est dit que le corps du défunt est enterré au cimetière des Innocents, ne savait pas alors que l'abbé d'Olivet avait eu entre les mains tous les papiers (Xo La Fontaine et tous les «locuinents de famille, qui lui turent confiés pour la publication des Œuvres de La Fontaine, im|)rimées à Paris par P. Didot en 1729. Ce n'est pas tout ; l'abbé d'Olivet était eu communication journalière avec d'anciens amis do La Fontaine, et il tenait d eux les renseignements dont il a fait usage. Il faut donc en revenir a la tradition ei supposer que La Fontaine avait demande, en Uiourant, a l'hôtel d'Hervarl, rue Platriëre, chez des amis qui étaient aussi ceux de Molière, à être inhume auprès de cet illustre ami. Ses dernier» voMix furent religieusement remplis par ses exécuteurs testamentaires, et l'on porta son corps au cimetière de Saint-Josejih. qui n'était plus alors destine seulement à recevoir les morts-nes et les Ruiciiles, comme du temps de Mi>lière. On n'a donc aucune raison de repous.ser une tradition, qtii selait conservée ji Paris. et «pie le» guides ou conducteurs de» étrangers se tran»mettaient l'un a l'autr*.
MOLIERESQUE. Wl
jusqu'au jour où l'exhumation ries restes de La Fontaine suivit de près celle de Molière en 1797,
548. y/® Vue du cimetière de l'Est. Les tombeaux de La Fontaine et de Molière occupent la moitié de la planche. Boisselier del. Noiinand fils se. In-fol., en largeur.
Cette belle gravure a paru dans les Monuments funéraires choisis dans les Cimetières de Paris... Dessinés, gravés et publies par Normand fils, 1832, in-fol.
oiO. Paris (Seine). Vue prise du Phre-la-Chaise. Les tombeaux de Molière et de La Fontaine sont au premier plan, à droite. Lith. par Tirpenne et Monthelier. D'aprh le croquis fait sur les lieux par Tirpjenne et Monthelier. Impr. lith. de Knech Senefelder. A Paris. Chez Benard, passage Vivienne, n° 49. In-fol., en largeur.
550. Vue dans le cimetière du Père la Chaise. Paris, n° 9. Le tombeau de Molière et celui de la Fontaine sont, h gauche, sur le premier plan. W. Purrott del. Lith. Hiyo f* et C'°, rue Richer, 7. Publié à Paris, par F. Sinnett. à la Rotonde, Gallerie Colbert. In-fol., en largeur.
551. Molière, La Fontaine, Abeilard, IJéloise : [vois tombeaux (au cimetière du Père-Lachaise), par Ghalloy. Impr. lith. de Becquet à Paris. A Paris, chez Prosper (1855). In-i.
55:2. Tombeaux de La Fontaine et de Molière. Ils sont entourés d'une grille; celui de Molière est en avant. Fe7'at del. Boullemier se, Impr. Delamain et Sarazin, rue Git-le-Cœur, Paris. Gr. in-8.
553. Tombeaux de Molière et de La Fontaine, au cimetière du Père-La-Chaise. Lith. de C. Motte, r. des Marais. lu-i, en largeur.
set ICONOGRAPHIE
55 i. Tombeaux de La Fontaine et de Moli^^e, au Pi'^re-La- Chaise. A. Deroy. Gravure sur bois. In- 1.
Cette gravure a reparu dans la Mosaïque, p. 220 du volume de 1875, après avoir figuré dans V Illustration.
555. Tombeau de Molière, entouré de deux branches de lauriers et surmonté d'une flamme. C. Meryon f. 185i. Impr. r. n'' S^ Etienne du Mont, n° iH). In-S.
Cette gravure emldeinatique forme lo cul-de-larape du troisième et dernier cahier des oaux-furtes de C, Mervon.