Le Tombeau de Molière, exécuté en liège par M. Lelong
Ce petit modèle, qui appartient à M. Ballande, a été exposé au Musee-Molière, à l'occasion du Jubilé de Molière, en 1873. Voy. le 11» 45 du Catalogue de cette Exposition.
La Requête, adressée par la veuve de Molière à l'archevêque de Paris pour obtenir que le défunt fût inhumé et enterré dans l'église de Saint-Kustache, sa paroisse, a ete publiée pour la première fois dans le Conservntexir ou Recueil de morceaux inédits d'histoire y etc., tirés des portefeuilles de N. François de Neufchàleau (Paris, impr. de Crapelet, an VllI, 2 vol. in-8, tome II, p. 384). Cette Requête, qui contient le récit détaillé des derniers moments de Molière, est très-interessante, quoiqu'on puisse avoir «juelques doutes sur l'authenticité de certains faits qu'elle contient. Elle est certifiée véritable par deux témoins : Levasseur aîné, le notaire de la famille Poquelin, et Aubry, beau-frère de Molière. On trouve à la suite l'Ordonnance de l'Arthevèijue pour l'enterrement. Ces ileu\ pièces, qui avaient ete découvertes dans les Archives du ChAtelet, furent communiquées à François de Neufchdteau. par Palissot. Nous avons vu, il y a vingt ans, les copies ai: , ' |uelles lesdiles
pièces avaient ete imprimées; elles v\ - les mains de
M. Championnière, et nous nous rappelons quelles se trouvaient i \ d'autres documents sur le même objet, documents que
1 d.' Ni'ufchàteau n'avait pas juges <iignes de l'impression.
Ce dossier pnvieux a ete enlevé ou détruit, f Poccupation
du village de Montlignon, parles troupes pn; s.
Grimarest, dans la Vie de Moiière, avait donné, sur la mort et sur l'enterrement de ce grand homme, d'amples détails qu'il tenait de Ilaron, et que de Vise, dans sa Lettre critique sur l'ouvrage de Grimarest, déclara très-insuffisants. Le hasard a fait retrouver, en Vendée, une lettre ou plutôt un fragment de lettre adressée « à
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Louis Boyvin, prestre, docteur en théologie, ♦> et qui renferme un récit plus circonstancié de cet enterrement. M. Benjamin Fillon, à qui nous devons la découverte de cette lettre précieuse, l'a publiée dans un de ses savants ouvrajjes et en a envoyé l'autographe à M. Jules Taschereau, comme un hommage au plus fidèle et au plus ardent moliériste de notre temps. Voici la teneur de cette lettre anonyme :
c Mardi, 21 febvrier (1673), sur les neuf heures du soir, l'on a fait le convoy de Jean-Baptiste Poquelin Molière, tapissier valet de chambre du Roi, illustre comédien, sans aucune pompe, sinon de trois ecclésiastiques : quatre prestres ont porté le corps dans une bière de bois, couverte du poelle des Tapissiers ; six enfans bleus portant six cierges dans six chandeliers d'argent ; plusieurs laquais portant des flambeaux de cire blanche allumés. Le corps, pris rue de Richelieu, devant l'hostel de Crussol, a esté porté au cimetière Saint-Joseph et enterré au pied de la Croix. Il y avoit grande foule du peuple ; et l'on a fait distribution de mil à douze cents livres aux pauvres qui s'y sont trouvez, à chacun cinq sols. Ledit Molière étoit décédé le vendredy au soir, 17 febvrier. M. l'Archevesque avoit ordonné qu'il fust ainsi enterré sans aucune pompe, et mesm« défendu aux curés et religieux de ce diocèse de faire aucun service pour luy. Néanmoins, on a ordonné quantité de messes pour le deflfunt. »
La Gazette a gardé le silence sur la mort de Molière, et pourtant nous sommes fondé à croire que cette mort, qui avait été la grande préoccupation de Paris pendant plusieurs jours, se trouvait annoncée dans un numéro de la Gazette ou des Nouvelles ordinaires, que l'Autorité aura fait supprimer, car un manuscrit contemporain, contenant les Gazettes de l'année 1G73 (Bibl, de l'Arsenal, H. F., 134 bis, in-12, fol. 47 v**), a conservé le paragraphe suivant ;
« Le s»" Molière estant mort et son curé faisant difficulté de l'enterrer, sa veuve fut se jetter aux pieds du Roy, qui la renvoya à M. l'archevesque, lequel ayant assemblé les docteurs et entendu la déposition de deux témoins qui asseuroient que Molière avoit par deux fois demandé un prestre, a permis de l'enterrer, mais de nuict et sans cérémonie, ny faire de billets. Il est enterré dans le cimetière de Saint-Joseph, annexe de Saint-Eustache. »
Brossette, dans une note sur l'épître VII de Boileau, nous a donné le résumé des renseignements qu'il avait recueillis dans ses entretiens avec Boileau lui-même, au sujet des funérailles de Molière :
« Molière étant mort, les Comédiens se disposoient à lui faire un convoi magnifique, mais M. de Harlai. archevêque, ne voulut pas permettre qu'on l'inhumât. La femme de Molière alla sur-le-champ à Versailles se jeter aux pieds du roi, pour se plaindre de l'injure que l'on faisoit à la mémoire de son mari, en lui refusant la se-
JM ICONOGRAPHIE
pulture. Mais le roi la renvoya, en lui disant que celte affaire dépendoit du ministère de M. l'archevêque et que c'étoit à lui qu'il talloit s'adresser. Cependant Sa Majesté fit dire à ce prélat, qu'il Ht en sorte d'éviter l'éclat et le scandale. M. l'archevêque révoqua donc sa défense, à condition que l'enterrement seroit fait sans pompe et sans bruit. H fut fait par deux prêtres qui accompagnèrent le corps, sans chanter, et on lenterra dans le cimetière qui est derrière la chapelle de Saint-Joseph, dans la rue Montmartre. Tous ses amis y assistèrent, ayant chacun un flambeau à la main. La Molière s'écrioit partout : « Quoi ! l'on refuse la sépulture à un homme qui mérite des autels ! »•
C'est donc bien à tort qu'on accuse Louis XIV d "être resté indifférent aux tristes excès d'intolérance reli^'ieuse, que l'archeque de Paris ne craignit pas d'autoriser contre l'auteur du Tnrtufff. Le grand Roi regretta sincèrement le grand comicjue et le grand écrivain, sinon le grand philosophe. Grimarest, dans sa Réponse à In Critique de In Vie de Molière, s'est fait l'echo de ces regrets qui honorent Louis XIV : «« Il n'y a pas un an (1706) que le Roi eut l'occasion de dire qu'il avait perdu deux hommes qu'il ne recouvreroit jamais : Molière et Lully. Ces paroles assurent la réputation et le mérite de Molière contre la malignité de la Cour. ■