‹ Iconogaraphie moliéresqueChapitre 119 sur 159 · Scène de l'Avare ; dessiné et grav6 par Berlin · texte numérisé non relu

Scène de l'Avare ; dessiné et grav6 par Berlin

Cette gravure se trouve sur le titre de V Avare, mis en vers par Mailhol, en 1775.

Bibliogr. moliér., n» o22.

Selon le Bolxnnn de Monchesnay, « M. Despréaux préféroit YAvnre de Molière à celui de Plaute, (^ui est outré dans .plusieurs endroits et entre dans des détails bas et ridicules. Au contraire, celui du Comique moderne est dans la nature et une des meilleures pièces de l'auteur. C'est ainsi qu'en jugeoit M. Despréaux. »

Nous apprenons, par une des Historiettes de Tallemant des Réaux, que le succès de VAvare au théâtre fut d'abord très-contcsté :

« Molière lisoit toutes ses pièces à M^c Honorée de Bussy, et quand VAvare sembla être tombé : a Cela me surprend, dit-il. car une demoiselle de très-bon goût, et qui ne se trompe guères, m'avoit répondu du succès. » En effet, la pièce revint et plut. »

G64. Scène de VAvare (iv*' acte, scène 7), où Harpagon se prend le bras en criant : «. Arrête! rends-moi mon argent... coquin. » Eau-forte. Morin (sculps.). In-S.

Cette gravure est en tête de la publication suivante : V Avare y comédie en cinci actes de J.-B. P. Molière, mise en vers par M. L. F. A {Paris, G ladij frères, 1875, gr. in-8).

665. Scène de VAvnre ; dessiné et gravé à l'eau-forle, par Blaisot. In-8.

666. George Dandin; dessiné par Fragonard, lilhogr. Lomercier. (H. •iOO™'". L. P. 11.)

L'abbé de La Porte, dans ses AfiPcdofrs f/mïtwtir/Jtrs, r:\cnr\io wno anecdote qui n'avait pas été recueillie avant lui et dont l'authenticité est assez contestable, mais elle est plaisante et conforme au caractère de Molière :

« Lorsque Molière se préparait à donner sa comédie do Georf/n Dandin ou le Mari confondu, un de ses amis lui fit entendre qu'il y avait dans le monde un Dandin qui pourrait se reconnaître dans la pièce et qui était en état, par sa famille, non-seulement de le décrier, mais encore de lo desservir dans le monde : « Vous avez raison, dit Molière à son ami ; mais je sais un moyen sûr de me concilier l'homme dont vous parlez ; j'irai lui lire ma pièce. » Au

t» ICONOGRAPHIi:

spectacle, où il était assidu, Molière lui demanda une de ses heures perdues pour lui faire une lecture. L'homme en question se trouva si honore de ce comi»!iment. que, toutes affaires cessantes, il donna parole pour le lendemain, et il courut tout Paris pour tirer vanité de la lecture de cette pièce. «» Molière, dit-il à tout le monde, me lit ce soir une comédie ; voulez-vous en être ? »« Molière trouva une nombreuse assemblée et son homme qui présidait. La pièce fut trouvée excellente, et, lorsqu'elle fut jouée, personne ne la faisait mieux valoir que celui qui aurait pu s'en fâcher, une partie des scènes que Molière avait traitées dans sa pièce lui étant arrivées. »

667. Scène de Pourceaugnac y pc'inic par W'atteaii, gravée :\ Teau-forte par le C. C. ((Mimle de Caylus), terminée au au burin par E. Jollain. (H. -J61»^. L. 363.)

Le tableau original de Watteau, après avoir appartenu au comte de Bruhl, a passe dans la collection de l'Hermitage À Saint-IVtersbourg. Voy. plus loin le n» 749.

66S. Autre >ct>ne de Pourcenugnac, ancienne gravure, san> indication (Haut. 1H9»°, Long. !257).

669. Scène de Momipxir de Puurcemignac {ticio ii,sc. 9). M"""* Bellecour, Ilourret et M''*" Nus, dans les rôles de Nérine, Pourceaugnac et Lucette. Gravure coloriée, d'après les dessins de FoCch, de Bàle, et Whirsker. In-S.

Cette gravure a paru en 1S2Î>, dans les Souvenirs et regrets au vifil amateur dratnatiffue, réimprimes sous le titre de V A/hum dmtnalit/ue, souveuir de tancicn Thédtre- Français (Paris, 1820, in-8).

670. O^i'ilre scènes de /*ourcenugfiaCy disposées en rond dans un cercle qui porte la légende; chaque scène remplissant un (juart de cercle. Sans nom de graveur.

On peut mentionner ici, en une scène du Snui rau Pmtr-

ceau(jnac. Tony Jofinnriot drl. li — ... */ scuifA. iu-8,dans les Œuvres de Scribe, édil. d'Aimé- André, tome I", p. 97.

671. Le Bourgeois gentilhomme ; destiné par Fragonard, lithogr. Lomercier. (H. 406»». L. 311.)

t)72. Costume et physionomie du liourfjeois fjentilhoinme. Gravure anonyme. In- 18.

Cette gravure est en tête du Comédiana, de Cousin d'Avalon. Bihliofjr. moliév., n" 1118,

673. Le Bourgeois gentilhomme. Trois gra\'ures sur bois, par Thompson, d'après Granville.

Ces gravures accompagnent un article, intitulé : De la prochaine inauguration du Monument de Molière , dans V Illustration, journal universel, 1844, in-fol.

674. Psyché. Scène de la pièce. F. Ertinger inv. et fecit. In-1^2.

Cette estampe se trouve, en tête de cet opéra, dans le tome II du Recueil général des Opéra (Paris, Ballard, 1703, in-i2).

675. Psyché. Comédie- Française y août 1862. Gravé sur bois, par Best, Cosson, Smeten.

676. Les Festes de l'Amour et de Uachus. Scène du ballet. F. Ertinger inv. In-1'2.

Cette estampe se trouve en tête de cot opéra, dans le tome I"^ du Recueil général des Opéra ^Paris, Christ. Ballard, 1703, in-12i.

677. Scène des Femmes savantes (la lecture du sonnet, acte III, se. 2). Coypel del. Dngneau fec. Tiré du cabinet de M. iJenon. Lithogr. In-i, en travers.

Fac-similé d'un dessin de Coypel, même composition «jue la gravure de la Suite d'estampes des principaux sujets des comédies de Molière, gravées par Joulain. Cette lithographie est tirée au-dessuus du portrait de Molière, attribué à Seb. Bourdon, par Denon, et que M. Mahérault a reconnu être de Coypel,

Cette estampe a été publiée dans le grand recueil intiiule : Monuments des arts du Dessin chez les peuples tant anciens (jue modernes, recueillis par le baron Vivant Denon, lithogra})hif.» par ses soins et sous ses yeux, etc. {Paris, Brunet Denon, 1821», impr. F. Didot. In-fol., tome IV.)

Bussy-Rabutin. qui était un des admirateurs du génie de Molière,

ino ICONOGKArUIK.

a porté un jugement excellent sur la comédie des Femmes savnntes, dans une lettre du 24 mars 1G73 :

M Pour la comédie des Femmes savantes, je l'ai trouvée un dos plus beaux ou^Tages de Molière. La première scène des deux sœurs est plaisante et naturelle ; celle de Trissotin et des Savantes, le dialogue de Trissotin et de Vadius, le caractère de ce mari qui n'a pas la force de résister en face aux volontés de sa femme, et qui fait le méchant quand il ne la voit pas, le personnage d'Ariste, homme de bon sens et plein d'une droite raison, tout cela est incomparable. Cependant, comme vous le remarcjuez fort bien, il y avoit d'autres ridicules à donner à ces Savantes , plus naturels que ceux que Molière leur a donnés. Le personnage de Belise est une foible copie d'une des femmes de la comédie des Visionnaires. Il y en a d'assez folles pour croire que tout le monde est amoureux d'elles, mais il n'y en a point qui entreprennent de le persuader à <iuelqu'un malgré lui.

« Le caractère de Philaminte avec Martine n'est pas naturel. Il n'est pas naturel (ju'une femme fasse tant de bruit et entin chasse sa servante, parce qu'elle ne parle pas l>ien franrois, et il l'est encore moins que cette servante, après avoir dit mille méchants mots, comme elle doit dire, en dise de fort bons et d'extraordinaires, comme quand Martine dit :

L'esprit n'est point du tout ce qn'il faut en ménage. Les livres quadrent mal avec lo mariage.

<« Il n'y a pas de jugement à faire dire le mot quadrer, par ime servante, qui parle fort mal, quoiqu'elle puisse avoir du bon sens. Mais enfin, p(»ur parler juste de cette comédie, les beautés y sont • grandes et sans noml)re, et les défauts rares et petits. »

678. Les Femmes savantes (scène de la lecture du sonnet (le Trissotin). C. /L Lcslic, /{. A . pinxit. P. Ughifoot scuip\ ln-(.

On a fait un tirage de cette estampe, avec ces mots au bas : r« Juirs Hrmtunrdy Paris, pour les Turquoises, poésies, contes et nouvflb's. piibl. |»ar le bibliophile Jacob (Paris, librairie veuve Jules Kniouanl, ISOO. in-4).

r»71). Les Femmes savantes, dispute de Vadius et Trissotin ; lithogr. d'après le tableau de Puterlel. In-4.

L'auteur du Cnrpmterinym (Boscheron) nous permet d'afllrmer que, si Molière n'a pas songe A IIlAtel de Rambouillet en mettant au iheAtre les hécietises ridinilrs, il s'est attaqué aux véritables précieuses dans les Femmes snvnntes :

<t Molière a joué, dans ses Femmes savantes, l'Hôtel de Ram-

MuLIEKEiiQUE. 301

bouillet, qui étoit le rendez-vous de tous les beaux-esprits. Molière y eut un grand accès et y étoit fort bien venu ; mais, lui ayant été dit quelques railleries piquantes de la part de Cotin et de Ménage, il n'y mit plus le pied et joua Cotin sous le nom de Trissotin et Ménage sous le nom de Vadius, (jui, à ce que l'on prétend, eurent une querelle à peu près semblable à celle que l'on voit si plaisamment dépeinte dans les Femmes savantes. Cotin avoit introduit Ménage chez M°ic de Rambouillet. Ce dernier allant voir cette dame, après la première représentation des Femmes savantes, où elle s'étoit trouvée, elle ne put s'empêcher de lui dire : « Quoi ! Monsieur, vous souffrirez (jue cet impertinent de Molière nous joue de la sorte? » Ménage ne lui tit pas d'autre réponse (juc celle-ci : « J'ai vu la pièce; elle est parfaitement belle; on n'y peut rien trouver à redire ni à critiquer. »

Les ennemis de Molière avaient essayé inutilement de le brouiller avec Pierre Corneille ; ce dernier lui restait toujours attaché par des raisons d'intérêt, plutôt encore que j)ar des liens de sympathie mutuelle. Pierre Corneille ne pouvait se dissimuler ([ue Molière, en donnant à la comédie un éclat inusité, avait mis dans l'ombre la tragédie, qui perdait de jour en jour ses plus fidèles partisans. De là le succès froid, sinon contesté, des pièces nouvelles que Corneille consentit à donner au théâtre du Palais-Royal. On peut juger, d'après cet extrait de la Lettre sur les affaires du tliéàtre, attribuée au comédien de Villiers, des moyens perfides qu'on employait pour irriter la jalousie du grand Corneille contre Molière :

« Il y a au Parnasse Uiille places de vides entre le divin Corneille et le comique Elomire (Molière), et l'on ne les peut comparer en rien, pui;?quc, pour ses ouvrages, le premier est plus (ju'un Dieu, et le second est auprès de lui moins ([uun Iiomme, et qu'il est plus glorieux de se faire admirer par des ouvrages solides que de faire rire par des grimaces, des turlupinades, de grandes perruques et de grands canons. Le nom de M. de Corneille, (jue nous pouvons justement appeler la gloire do la France, est adoré dans t«>ul«* l'Europe, et comme il a travaille pour la postérité, tout le monde publie hautement (^u'il mérite de l'encens et des statues; ses copies sont plus estimées que les originaux qu'Elomire nous veut faire passer pour des chefs-d'œuvre beaucoup plus difficiles que des ouvrages sérieux. Lorscju'il dit qu'il les peint d'après nature, il confesse qu'il n'y met rien du sien, ce qui ne le doit pas tant faire admirer ([u'il s'imagine. Il veut encore nous persuader, jiour rendre sa cause bonne, (jue les F'rancois n'aiment (ju'à rire, mais il fait voir par là qu'il les estime peu, puisqu'il ne les croit pas capable de goûter les belles choses. » Ce fut donc un coup de maître, do la part de Molière, (jue de solliciter la collaboration de Pierre Corneille pour la comédie de Psyché; Corneille se trouva, *y\\ quelque sorte, subordonne à Molière, lors<|u'il accepta de travailler sur un plan (jue Molière avait fait ; ce dernier trouva là une occasion de

venir pënéreuRement on aide à l'illustre poëte. qui arrivait à la vieillesse par le chemin de la pauvreté. Voltaire, dans ses Remarques sur Sertorius, cite un mot de Molière, que lecho des rivalités littéraires avait peut-être porte à l'oreille de l'auteur (V Attila : <« Molière disait de Corneille, qu'il y avait un lutin, qui tantôt lui faisait ses vers admirables et tantôt le laissait travailler lui-même. «

680. Le Malndi' imaginnire (rcproscnl(^ devant le Roi). I^pautrc sculpsit, d'après Fr. Chaiiveaii, 1676. In-folio oblong.

Cette estampe se trouve dans la Relation des fétcs de Versailles en l'année 1G74 iPnris, Impr. royale^ 167G, in-fol.\ qui fait partie de la collection dite le Cnfiinrt du Roi. On lit. au has de la planche : « le Mnlnde imntjinnire, comédie représentée dans le jardin de Versailles, devant la Orotte. »

6SI. Lf Malade imaginaire^ d'après Troosl, grav. par II. Muys. (H. 383»». L. 482.)

682. Le Malade imaginaire (act. 1", se. 7). Gravé à l'eaiiforte ; copie réduite et en contre-partie, sans nom d'artiste, de la gravure de Cars, d'après Boucher, pour l'édition de IT.'U. (H. i:]2™™. L. 112.)

Oïl lit, au-dessous du titre :

Peut-on voir, sans i^ur i mi rn m.-, l'n homme aussi frais, aiutsi xain.

Vouloir x'usrr, rixifuer sa rie.

Pour enrichir son nifùlerin?

fju'nn lui tlnnnr <li' l'vlrhnre ; fju'il n'en prenne pas trop de fois, t'ar il faut yMi/ en reste encore Pour him <lfs t/rns tfue je amnois.

Voy. phis haut, n» (VAO, une atilre pièce qui fait partie d. In tiumiic suite, d'après Boucher.

6S3. Le Malade imaginaire, scène 0 du sirnnd acte [\d leçon de niusi(|uc). Tht'ojdnle Frag<mard (\\\\\]. Challamet (del.). Dans le haut : Itevue fies peintres^ pi. 105. Lù/i. Junca, pass. Sanhiier ^ 6. /*nris. Lithogr. in-l. (II. 122""-. L. 95.)

MOLIEREvSQUE. 303

684. Deux scènes du Malade imaginaire (acte i, se. 5, et acte II, se. 11); dessinées par Fragonard, lithogr. de Lemercier. (H. 406°^°^. L. 311.)

685. Le Malade imaginaire; dessiné par Granville, gravé par Prévost. (H. 189°»"^. L. 16-2.)

686. Le Malade imaginaire ; by A. Salomon, in the royal Academy exhibition ; scène de la consultation de Diafoirus père et fils (acte ii, se. 6). Gravure sur bois. W. Tkomassc. In- fol.

Publié dans le magazine anglais : The ilbistrnted Loiidon News, june. 22 1861.

687. M" Diafoirus père et fils, dans le Malade imaginaire, dessin de Brion, gravé sur bois par G. -Léon-Alfred Perrichon.

CeUe estampe a figuré à l'Exposition de 1864, n^ 2963 du Catalogue.

« Dans le temps que Molière composoit le Malade imaginaire^ il cherchoit un nom pour un lévrier de la Faculté, qu'il vouloit mettre sur le théâtre. 11 trouva le substitut d'un mousquetaire à genoux, armé, à qui il demanda quel but il alloit coucher en joue. Celui-ci lui apprit qu'il alloit scrinj.'-uer la beauté à une comédienne qu'il nomma. Molière, curieux, lui demanda son nom. Le j)Ostillon (l'Hippocrate lui rei)ondit ([u'il s'appelait Fleurant. Moiière l'embrassa, en lui disant : « Je cherchois un nom pour un personnage tel que vous. Que vous me soulagez, en m'apprenant le vôtre ! n Le clystériseur, qu'il a mis sur le théâtre, s'appelle Fleurant. Comme on sut l'histoire, tous les petits-maitres à. l'envi allèrent voir l'original du Fleurant de la comédie. Il fit force connoissances ; la célébrité que Molière lui donna et la science qu'il possédoit lui firent faire une fortune rapide, dès qu'il devint maître apothicaire : en le ridiculisant, Molière lui ouvrit la voie des richesses, m (Oavot de Pitaval, Eupril des conversât iuns 'ayréables, Paris, 1749, 3 vol. in-12).

S'il faut en croire Boursaulr, dont le témoignage peut paraître suspect en ce qui concerne Molière (voy. ses Lettres nouvelles, accompagnées de fables, de contes, etc. Troisième édit., augm. Paris, Lebreton, 1709, 3 vol, in-t2), la plaisanterie aurait passé les bornes dans la scène do l'Apothicaire :

" La première fois que ].• Mnlnde imaijinairc fut joué, Beralde

a04 ICOiNOGRAPIIIE

répondoit aux invectives de M. Fleurant : «« Aller, monsieur, on voit bien que vous avez coutume de ne parler qu'à des culs I » Tous les auditeurs qui étoient à cette représentation s'en indignèrent, au lieu qu'on fut ravi à la suivante d'entendre dire : « Allez, monsieur, on voit bien (jue vous n'avez pas accoutumé de parler à des visages ! »> C'est dire la même chose, mais c'est la dire plus linement. »

688. Scène du Malade imafjinaire; dessin de G. Brion, gravé par Auguste Juliet.

Cette estampe a figuré à l'Exposition de 18G4, n® 2917 du Catalo^^e.

G8'J. Iléccplion du Malade imaf/inaire, gravure à l'eauforte, par Frédéric Uillemacher. In-S.

Celte estamjje a été faite pour la réimpression de la Horjtdo publicd unius *uvcnh inedki (L}on, impr. Perriu et Martimt , 1870, iu-8).

liiUiogr, moiiér., n® 578.

Ce fut un bruit presque général, que Molière était mort subitement pendant la représentation du Malade imaginaire. Ba\lc a rapporté ce bruit, dans son Dictionnaire historifjue et critique, mais pour le démentir, «l'après les renseignements que l'avocat Mathieu Marais lui envoyait de Paris :

(I Le principal personnage de la dernière comédie do Molière, dit-il, est un malade qui fait sembl.int d'être mort. Molière ri]!' sentoit ce personnage, et, par conséquent, il fut oblige, dans l'uni'iscènes, à contrefaire le mort. Une infinité de gens ont dit qu'il expira dans celte partie de la pièce, et que lorsqu'il fut question d'achever son rôle, en faisant voir que ce n'etoit (ju'une feinte, il ne put ni parler ni se relever, et qu'on le trouva mort eflTectivement. Cette singularité parut tenir quelque chose du merveilleux et fournit aux poètes une ample matière de pointes et d'allusions ingénieuses; c'est apparemment ce qui fil que l'on foi à ce conte. Il y eut mémo des gens «jui le t< la reflexion et qui moralisèrent beaucoup sur cet incident. Mais la vérité est que Molière ne mourut pas do celle façon ; il eut le temps, quoicpie fort malade, d'achever son rôle. Voici ce qu'on rapport»' dans la Préface, imprimée à la tête de ses Œtivres (ItiNj « Le 17 février 1G73, jour de la quatrième représentation du MtiiiU' imnijinnire, il fut si fort travaille de sa fluxion, qu'il eut de la peine à jouer son n'de ; il ne l'acheva qu'en 8oufl"ranl beaucoup, et le public connut aisément qu'il n'estoit rien moins ({ue ce qu'il avoit

voulu jouer. En effet, la comédie étant faite, il se retira promptement chez lui, et à peine eut-il le temps de se mettre au lit, que la toux continuelle dont il étoit tourmenté redoubla sa violence. Les efforts qu'il fit furent si grands, qu'une veine se rompit dans ses poumons. Un moment après, il perdit la parole et fut suffoqué, en une demi-heure, par l'abondance du sang qu'il perdit par la bouche, n Pour ne rien dissimuler, j'avertis mon lecteur, que, si Ton en croit d'autres écrivains, Molière n'eut pas la force d'assister à la représentation jusqu'à la fin ; il fallut l'emporter chez lui, avant que toute la pièce eût été jouée. »

Dans les notes du P. Baizé sur le Catalogue de la Bibliothèque de la Doctrine chrétienne (Bibl. de l'Arsenal, mss. H. F.,no841), il est dit que Molière, mortellement atteint, pendant la représentation du Malade imayinnire, ne trouva pas un médecin qui voulût le soigner et mourut sans secours : « Elle (cette comédie) est contre la Faculté, qu'il n'épargnoit pas quand il en trouvoit l'occasion ; aussi, dit-on, que aucun médecin ne voulut le voir, après l'accident qu'il eut en jouant le rôle même du Malade imaginaire. Ces messieurs auroient-ils voulu se venger si cruellement de pures badineries ? »

Page 1