XXXII ETUDE
daire peut-être, mais ce jour-là en face d'un tel original, s'est trouvé transformé. Ce visage est celui d'un grand révélateur, et non pas moins celui d'un créateur. La \'igueur mâle y est incomparable avec un grand fonds de bonté, de loyauté, d'honneur. Rien de plus franc, de plus net. La lèvre est sensuelle et le nez un peu gros, trait bourgois que le peintre a cru devoir ennoblir avec quelque peu de dentelle. A quoi bon? On n'y songe pas. L'intensité de la vie qui est dans cet œil noir absorbe, et l'on ne voit rien autre. »
Eh bien ! ce portrait peint a été copié par Mauzaisse, pour le Musée de Versailles, et la copie ne reproduit ni le dessin ni la couleur du tableau original. Ensuite Mauzaisse a lithographie ce même portrait, et il n'a rien conservé de Molière, dans cette Hthographie, quoique le type soit incontestablement le même que celui du tableau du Louvre. Desenne, le célèbre dessinateur de vignettes destinées à l'ornement des livres, a prouvé encore mieux que, sous le crayon d'un dessinateur trèshabile et très-consciencieux, la ressemblance d'un portrait, exécuté d'après un original, pouvait n'être plus qu'une chose vague et imparfaite. Desenne n'a dessiné qu'un seul portrait de Molière, mais ce portrait a été gravé quatre ou cinq fois par de bons artistes, et tous ces portraits ne se ressemblent pas entre eux ; il n'en est pas même un seul qui ressemble au portrait-type que l'artiste a prétendu reproduire.
Ces réflexions préliminaires étaient indispensables pour diriger le lecteur intelhgent, au milieu de tous les portraits de Molière, peints, dessinés, gravés et lithographies, que nous avons mentionnés ou décrits dans notre Iconographie. Nous croyons devoir y ajouter une sorte d'essai de classement chronologique des portraits peints, qui ont servi de modèles aux portraits gravés, et un relevé systématique des principaux types qui ont été adoptés par la gravure. Notre classement serait plus complet et plus méthodique, si nous avions pu réunir sous nos yeux tous les portraits peints, et même si nous nous étions donné la lâche de bien étudier ceux qui se trouvaient dans la collection Soleirol ou qui ont figuré, en 1873, au Musée-Molière, dans lequel on avait rassemblé à la hâte tant de précieuses rehques de notre grand comique.
SUR LES PORTRAITS DE MOLIÈRE. xxxiii
Portraits peints ou dessinés d'après nature.
1640. Molière, à 19 ans, au sortir du collège; miniature; chez M. A. Audenet.
1645. Molière, fondateur de l'Illustre Théâtre; miniature; chez M. A. Vitu.
1646. Molière, à 25 ans ; miniature. (Elle était chez M. Soleirol, et il l'a fait graver pour son ouvrage.)
1652. Molière, à 30 ans; dessin de Roland Lefèvre; chez M. Walferdin.
1655. Molière travaillant, miniature; chez M. A. Vitu.
1656. Molière, à l'âge de 35 ans; peinture de Sébastien Bourdon ; chez M. A. Vitu.
— Autre peinture, du même peintre; dans la collection Ingres, au Musée de Montauban.
1658. Molière, couronné de lauriers, dans le rôle de César, de la Mort de Pompée ; peinture attribuée à Mignard ; à la Comédie- Française.
1661. Molière méditant; peinture attribuée à Lebrun et qui pouvait être de l'époque de la Fête de Vaux. (Elle était chez le général Despinoy.)
1662. Molière, avec le costume de Sganarelle, de VÉcole des mains, dans le tableau des Farceurs italiens et françois ; à la Comédie-Française.
1664. Molière, à l'âge de 42 ans, peinture attribuée à Mignard et qui rappelle le Molière couronné de lauriers ; chez M. le docteur Gendrin.
1665. Molière, en robe de chambre, son carnet à la main, « portrait en petit ; » peinture attribuée à Mignard ; à la Comédie- Française.
1666. Molière, dans le rôle de Lycas, de la Pastorale comique; peinture anonyme; chez M. A. Vitu.
1667. Molière, à l'apogée de son talent et de sa gloire, après la représentation du Misanthrope ; peinture de Mignard. (Ce portrait, aujourd'hui perdu, était chez la comtesse de Feuquières, en 1730.)
1668. Molière, dans le rôle d'Harpagon de l'Avare; dessin de Mlle Chéron. (Il était chez M. Soleirol, qui l'a fait graver pour son ouvrage.)
1669. Apothéose de Molière, après la représentation du Tartuffe; tableau allégorique attribué à Lebrun. (Brûlé dans l'incendie de l'Hôtel de Ville en 1871.)
— Molière, à l'âge de 47 ans, après la publication de George Dandin, peinture attribuée à Nicolas Loir; chez M. A. Vitu.