rtrait 1)i: Molière, en pied, peint en liiTO, par
un anonyme.
Ce portrait se trouve dans un tableau que la Comédic-Franraise possèile depuis 18;{Î) et (|ui avait aj)j)artenu longtemps au c.irdinal
de Luynes, archevêque de Sens, avant qu'un amateur de cette ville^ M. Delorme, en devînt possesseur et en fît don à la Comédie, par l'entremise de M. Régnier.
Ce curieux tableau présente la scène d'un théâtre, avec le décor d'une place ou d'un carrefour, où figurent, dans le costume de caractère que chacun avait adopté, les principaux comédiens qui s'étaient fait un nom dans la farce depuis le commencement du xvii^ siècle. On lit au-dessus d'eux cette inscription dans une banderole : Farceurs français et italiens depuis soixante (ans) et plus, peints en 1670. Voici, dans leur ordre, les noms de ces comédiens, qui sont placés, dans le tableau, de gauche à droite, sur deux ou trois plans, et dont les portraits reproduisent exactement ceux qu'Abraham Bosse^ Rousselet, Huret, Leblond, Regnesson, etc., ont dessinés ou gravés : Molière, Poisson, Jodelet, Turlupin, le capitan Matamore, Gautier Garguille , GuiLLOT GoRJu , Gros Guillaume , Arlequin, le
DOCTEUR GrATIEN BaLOURD, POLICHIXEL, PaNTALON, BrIGUELLE, TrI-
VELIN, Scaramouche, PHILIPPIN. Le uom est écrit en lettres d'or au-dessus de chaque personnage. On peut supposer que la ressemblance des uns et des autres est d'une scrupuleuse fidélité, car le portrait de Poisson reproduit exactement celui que Netscher a peint et qui se trouve aussi dans la belle collection de peintures historiques de la Comédie-Française.
Peinture à l'huile, sur toile. Le personnage de Molière, placé au second plan près de la bordure du tableau, à gauche, a environ 50 cent, de hauteur.
M. Henri Lavoix décrit en ces termes ce portrait de Molière : a Debout, dans un des coins de la toile, il porte le grand chapeau à larges bords orné d'un galon d'or, la grande perruque noire, une forte moustache et l'impériale à l'avenant ; il a le costume de Y École des femmes, identique à celui que donne la gravure de la première édition de la pièce. » M. Régnier, qui a fait offrir ce tableau à la Comédie-Française, lui a consacré une curieuse notice dans le Magasin pittoresque (tome XXXII, page 369). Il diffère d'opinion avec M. Henri Lavoix^ et dit que Molière est représenté dans son costume de VÉcole des maris ;« Ce qui constate le mieux l'irrécusable ressemblance de notre portrait, c'est l'inventaire des biens et du mobilier de Molière, fait après sa mort ; document si curieux et dont l'inespérée découverte est due à la sagacité patiente de l'auteur des Recherches sur Molière et sur sa famille, M. Eudore Soulié. On trouve, dans cet inventaire, l'état des costumes de théâtre de Molière, et l'habit de Sganarelle, de VÉcole des maris, y est ainsi décrit : « Un habit, consistant en haut de chausses, pourpoint, manteau, col, escarcelle et ceinture, le tout de satin couleur de musc. » Or, cette couleur de musc, espèce de couleur brune (Dict. de l'Acad.), d'un ton jaunâtre, très en usage au temps de Molière, est celle du portrait peint ; en outre, la description de l'huissier-priseur répond de point en point à ces vers de Molière ou plutôt de Sganarelle dans VÉcole des maris :
Quoiqu'il on soit, je suis attaché fortement
A ne démordre point de mon habillement;
Je veux une coiffure, en dépit de la mode,
Sous qui toute ma tête ait un abri commode ;
Un bon pourpoint bien long^. et fermé comme il faut ,
Qui, pour bien dijrérer, tienne l'estomac chaud ;
Un haut de chausses fait justement pour ma cuisse ;
Des souliers où mes pieds ne soient point au supplice ;
Ainsi qu'en ont usé sagement nos aïeux,
Et qui me trouve mal n'a qu'à fermer les yeux.
« Ajoutons enfin que, sauf un changement insignifiant dans la coifTure, le costume de notre portrait est identiquement semblable à celui de Sganarelle gravé en tête de l'édition princeps de Y Ecole des maris. »
Il est à désirer que ce tableau soit gravé. Au reste, ce n'est peutêtre pas l'original qui se trouve aujourd'hui à la Comédie-Française, car quelques bons juges ont cru y voir les caractères d'une copie. L'exécution, dans tous les cas, n'est pas aussi peu soignée qu'on l'a dit. On sait qu'il existe, de ce tableau précieux, une répétition tout à fait identique, mais moins ancienne, puisqu'elle est datée de 1681, chez M. de la Pilorgerie, à Laval.
M. Gondar, expert du Musée de Nantes, a comparé cette copie avec le tableau de la Comédie-Française, et il assure que Tune et l'autre sont de la même main.
Bibliogr. moliér., no 1417.
Une autre répétition presque semblable de ce tableau, laquelle appartient à M. Arsène Houssaye, avait été exposée, en 1873, au Musée-Molière. Voy. n» 31 du Catalogue de ce Musée.
15. Portrait de Molière, à mi-corps, en 1672, ancien tableau.
Ce tableau, qui figurait dans le premier Catalogue de vente de Soleirol en 1861, sous le n» 287, et qui ne fut vendu que 49 fr., n'était pas aussi méprisable qu'on l'a dit, au moment de la vente. C'était, d'ailleurs, bien réellement un ancien tableau, qui représentait Molière dans les dernières années de sa vie. « Ce n'est, nous écrit néanmoins M. Mahérault, qu'une mauvaise copie du portrait de Mignard, gravé parNolin, qu'on a cherché à déguiser, en modifiant la perru(jue, le costume et la pose du corps. »
On nous fait remarcjuer (pie ce tabh^au était sous crasse, en trèsmauvais état, lors(|u'il a été vendu. Ce serait plutôt une cojiie directe d'un portrait peint par MignanI, (jue du j)ortrait gravé par Nolin. La figure est altérée et amaigrie, comme elle devait l'être après la grande maladie de Molière en 1671 ; l'expression en est triste, sévère, mais calme ; la perruque, très-ample, à grosses boucles, est
d'un châtain cendré el cache une paiiio Ja lïout. Le costume se compose d'un pourpoint boutonné, avec une grosse cravate nouée négligemment; le manteau tombe sur les bras et les couvre à demi.
Peinture à l'huile, sur toile.
16. Portrait de Molière, en miniature, peint par Drujon en 1673.
Ce portrait, qui se trouvait en 1829 chez un ami de Beffara, ne nous est connu que par cette description qu'il en a donnée dans une lettre à M. de Soleinne : « Sur un papier collé au dos est écrit : Donné par Boileau, qui le tenait de Molière lui-même, nu P. Sanlecque, et par le petit-neveu de ce dernier, itispecteur des études, à M. L. F. {Louis Fockedey), comme prix de poésie latine en 1779. Molière est représenté écrivant, la joue gauche appuyée sur la main et le coude sur deux volumes in-4o ; il est revêtu d'une robe de soie verdàtre doublée de soie rose ; deux ou trois lignes illisibles sont inscrites au haut d'un papier et au-dessus de sa plume. » Le nom du peintre Drujon est absolument inconnu, et la miniature, qu'on lui attribue, rappelle beaucoup le tableau de Coypel.
Cette miniature appartenait, en dernier lieu, à M. Miller, de l'Institut, bibliothécaire de l'Assemblée nationale ; elle a disparu en 1871, lorsque les fédérés, pendant le règne de la Commune, ont envahi et occupé l'appartement de M. Miller, au palais du Corps Léi^islatif.