‹ Iconogaraphie moliéresqueChapitre 59 sur 159 · MAISONS ET MEUBLES DE MOLIERE · texte numérisé non relu

MAISONS ET MEUBLES DE MOLIERE

Sa Maison natale ; la Maison de son père ; la Maison où il est MORT ; sa Maison de campagne a Auteuil. Ses Fauteuils , ses Tapisseries et ses Tableaux.

219. Poteau cornier de la maison natale de Molière, rue Saint-Honoré, au coin de celle des Vieilles-Étuves. Sculpture en bois du xv° siècle. Bureau del. Guyot sculps. In-8.

Ce poteau sculpté, qui faisait l'encoignure de cette maison, démolie vers 1800, avait été recueilli, lors de la démolition, dans le Musée des Monuments français, sous le no 557 . La gravure qui le représente se trouve à la p. 27 du tome III du Musée des Monuments français, par Alex. Lenoir, administrateur de ce Musée (Paris, impr. de Guilleminet, 1802, in-8}. On y voit des singes qui grimpent sur un arbre et qui secouent les branches pour faire tomber les fruits, que ramasse un vieux singe, qui a le profit de la récolte sans en avoir le travail. « Je ne suis pas éloigné de penser, en examinant ce morceau antique et curieux, dit Alexandre Lenoir, qu'il n'ait été le motif d'une fable charmante sur le pouvoir électif, dont La Mothe est l'auteur, et dont voici la fin :

On dit que le vieux singe, affaibli par son âge,

Au pied de l'arbre se campa ;

Qu'il prévit, en animal sage, Que le fruit ébranlé tomberait du branchage ,

Et dans sa chute il latlrapa.

Le peuple à son bon sens décerna la puissance :

L'on n'est roi que par la prudence.

« On a cependant laissé perdre le vieux poteau cornier, dit M. Edouard Fournier dans le Roman de Molière (p. 174). Au mois de nivôse an X, quand la maison fut détruite, on le recueillit, et il fut porté au Musée des Petits-Augustins. Il se perdit où on avait voulu qu'il se conservât. Lorsqu'au mois de janvier 1828, M. Beffiira voulut le voir et le faire dessiner, on lui répondit « quil avait été détruit et employé dans les bâtiments». Maintenant, pour s'en faire une idée, il "faut recourir à la gra^ire du tableau de Vincent, sur le président Mole. La vieille maison est représentée, au fond. 11 faut relire aussi la fable de La Motte, les Singes ou le Pouvoir électif. C'est le poteau-enseigne, (pii en inspira le sujet. »

2:20. hue de la Tonnellerie {maison dite de Molière). Lalanne ciel, et se. Imp. Delôtre. Gr. in-S.

Cette belle eau-forte a paru dans la Gazette des Beaux-arts, tome XV, 1863.

Il y a des épreuves avant la lettre, sur papier de Chine.

C'est une eau-forte pittoresque, où il n'est pas facile de reconnaître, au milieu de deux rues, ce que l'artiste appelle la Maison des Poquelin.

« La maison qu'habitait le père de Molière, au moment de la naissance de celui-ci, dit Sainte-Beuve, se trouvait à l'angle des rues Saint-Honoré et des Vieilles-Etuves. Cette maison, entièrement reconstruite, porte le n» 96 de la rue Saint-Honoré et le n» 2 sur la rue des Vieilles-Etuves. » Cette vieille maison des Poquelin, qui fut démolie au commencement de ce siècle, s'appelait la Mnùon fies s'mrjcs, à cause du poteau sculpté qui en faisait l'encoignure. Voy. l'article précédent.

On sait aujourd'hui, grâce aux Recherches sur Molière et sur sa famille, par M. Eudore Soulié, que la maison de la rue de la Tonnellerie n'est pas celle où naquit Molière. Jean Poquelin, après son second mariage avec Catherine Fleurette, en 1633, acheta cette maison, située sous les piliers des Halles, devant le Pilori, et ayant pour enseigne l'image de saint Christophe. En 1668, Molière, apprenant que son père était gêné et ne pouvait faire face aux dépenses exigées pour la réparation de sa maison, lui fit prêter une somme de 8,000 livres, par Jacques Rohault, à charge de payer 400 livres de rente annuelle, qu'il ne paya jamais. Voy. l'ouvrage de M. Eud. Soulié, page 216. ('ette maison a disparu, lors du percement de la rue de Rambuteau.

221. Maison de Molière. Piliers des Halles, n° 3. Régnier del. Champùi lith. In-8.

Cette lithographie est dans le tome I de Paris historique, promenades dans les rues de Paris, par Ch. Nodier {Paris, Levraulty 1837, 2 vol. in-8).

Ch. Nodier soutient que la maison où naquit Molière était bien la deuxième maison, à gauche de la Vieille-Friperie, en quittant la rue Saint-Honoré, et cela, contre l'opinion de Beftara. Cette maison a été démolie en 1839, tandis que celle, qui fut bien réellement la maison natale de Molière, avait disparu depuis 1800.

liihliof/r. moliér., n° 1062.

222. Maison de Molière (rue de Richelieu, n** 34). Régnier del. Chain pin lif/i. In-S.

Cotte lithographie n pjiru dans \o toni»- H de Paris /lisfuriffuc.

promejiades dons; les rues de Paris, par Charles Nodier, Augic Régnier et Champin {Paris, F. -G. Levrault, 1837, 2 vol. in-8).

C'est la maison que Molière habitait rue de Richelieu et dans laquelle il est mort. Elle porte aujourd'imi le n» 42, et non 34. Dans le dessin de Régnier, on voit à droite la fontaine telle qu'elle existait, au coin de la rue Traversière-Saint-Honoré, avant l'érection du Monument de Molière.

Voy. le bail fait à Molière, par René Baudellet, « tailleur et valet de chambre ordinaire de la Reine et bourgeois de Paris, « en date du 26 juillet 1672, dans les Recherches sur Molière et sur sa famille, par Eud. Soulié {Paris, Hachette, 1863, in-8, pp. 258 et suiv.j,

223. Maison de Molière, à Auteuil. Constant Bourgeois ciel. Felice Cai^dano sculp. In-8.

Cette estampe, qui fait partie de la pi. 118 contenant 4 sujets, a été gravée pour le grand ouvrage d'Alexandre de Laborde : Description des nouveaux Jardins de la France et de ses anciens Châteaux (Paris, impr. Delalance, 1808, in-fol. max.). Une gravure sur bois dans le texte représente, en outre, l'entrée du temple, qu'on avait fait élever sur l'emplacement même de la maison de Molière.

Cette maison de Molière, qui a subsisté^ presque intacte, jusqu'à la Révolution, derrière la vieille église d'Auteuil, avait complètement change d'aspect, depuis que le peintre Hubert Robert en devint propriétaire, et la fit reconstruire à la moderne. Elle fut acquise ensuite par le comte de Choiseul-Praslin , qui avait fait bâtir une nouvelle maison de campagne et qui l'habitait en 1821. Voy. Mes Voyages aux environs de Paris, par J. Delort {Paris, Picard-Dubois, 1821, 2 vol. in-8, tome II, p. 297).

« Plein de respect pour la mémoire du grand homme qui y a séjourné, dit A. Girault de Saint-Fargeau dans son grand Dictionnaire géographique et historique de toutes les Communes de la France (Paris, Dutertre, 1851, impr. Firmin Didot, 3 vol. in-4i tome V^^, p. 199), les propriétaires de cet hôtel ont fait transformer en temple la maison qu'il occupait. On arrive à ce temple par les jardins : quatre marches conduisent à une rotonde en briques, précédée d'un péristyle formé par quatre colonnes d'ordre dorique, qui soutiennent un fronton, au-dessus duquel on lit : Ici fut kl maison de Molière. Dans ce fronton , on a représenté en relief une figure de Thalie éplorée laissant tomber son masque. Dans l'intérieur de la rotonde est un beau buste de Molière, qu'accompagnent ceux de! La Fontaine, de Boileau, de Corneille et de Racine. »

M. Eudore Soulié fait remarquer, dans ses Hec/terchcs sur Molièi^e et sur sa famille (p. 282), que Molière louait sa maison d'Auteuil, appartenant à un sieur de Beaufort, au prix de 430 livres par an, et que la tradition a mal indiqué sans doute l'emplacement de cette maison. « Les héritiers du sieur de Beaulort, dit-il, possédaient encore

64 ICONOGRAPHIK

cette propriété en 1789, et il est très-douteux que la tradition soit exacte, en plaçant la maison de Molière, dans une propriété, possédée autrefois par le duc de Praslin et qui appartient aujourd'hui (1863) à M. Baraud. »

22 i. Fauteuil de Molière, chez M. François Astruc, à Pézénas. Vu de trois quarts, tourné à gauche. Lith. de Boehm, à Monipellier. In- S.

Cette litho^'raphie, sans nom d'artiste, a été faite pour accompagner la Notice sur le Fauteuil de Molière (Pézénas, impr. Gabriel Bonnet, 1836, in-8).

Bihliorjr. moliér., n» 1088.

225. Fauteuil de Modère y conservé à Pczénas, peint sur les lieux, 1836. Nap. Thomas. IJth. Caboche et C^\ place de la Bourse, 8, n Paris. In -S.

Publié dans le Monde dramatique, tome III.

Bihliorjr. moliér., n" 1090.

Un autre fauteuil de Molière, dit Fauteuil du Malade imaginaire, subsiste encore et appartient à la Comédie-Française, quoique Taschereau et d'autres aient soutenu qu'il avait été brûlé dans l'incendie de rOdéon en 1799. M. Edouard Fournier a prouvé, d'après l'opinion de M. Régnier, (pie le fauteuil fut sauvé des flammes et «jue la Comédie possède encore cette vénérable relique du théâtre «le Molière. Voy. le Roman de Molière^ pp. 177 et suiv.

226. Une Tapisserie des Amours de Gombaut et de Macée, dont il est parlé dans YAvai^e, et ayant appartenu à Molière, suivant son inventaire après décès.

Cette curieuse Tapisserie, qui a été retrouvée par M. Achille Jubinal, fut exposée, en 1873, au Musée-Molière (voy. le n» 4 du Catalogue) ; mais, comme l'a fait remarquer M. Eud. Soulié, l'Inventnire après décès de Molière ne mentionne pas cette Tapisserie, (pli provient de l'ancien Garde-meuble de la Couronne.

Une autre Tapisserie représentant le même sujet, laquelle se trouve au Musée de Saint-L('), fut envoyée à l'Exposition universelle de 1867. Voy. Bddiof/r. moliér., n» 142!.

227. Tapisserie représentant les Amours de Gombaut et de Macée, gravure. In-8.

Cette gravure, exécutée à Grenoble, accompagne une notice de M. Gariel, sur cette Tapisserie.

Bibliogr. moliér., n" 1420.

228. La Sainte-Famille , tableau de Sébastien Bourdon, ayant appartenu à Molière.

Ce tableau, qui a passé dans le cabinet de M. Viardot et qu'on a pu voir au Musée-Molière en 1873 (n» 2 du Catalogue), fut découvert, à Paris, au mois de mars 1840. « Une marchande de vieilles peintures de la rue Dauphine, Mme L. Deleuze, raconte M. Edouard Fournier dans le Roman de Molière, pp. 148 et suiv., le gardait depuis quelque temps, sans beaucoup s'inquiéter de sa valeur qui ne lui paraissait pas considérable. Cette toile, de 18 pouces de haut sur 15 de large, où la figure de saint Jean-Baptiste domine dans une Sainte Famille, n'était, pour elle et pour ceux à qui elle l'avait fait voir, qu'une assez faible composition dans la manière la moins soignée de Sébastien Bourdon. Elle n'avait pas trouvé d'acheteur et gardait le tableau. Un jour, en le nettoyant, elle arracha sur le revers quelques bandes de papier qui tombaient en lambeaux, et mit ainsi à découvert, sur la traverse supérieure, un fragment de parchemin, portant quelques lignes écrites à la main. Elle se hâta de lire et voici ce qu'elle lut :

Do?mé par mon ami Seb, Bourdon peintre du Roy et Directeur de l'Académie de peinture.

Paris, ce vingquatrieme de Juin mil six cens septante.

J. B. P. Molière.

K C'était un cadeau que Bourdon, depuis longues années l'ami de Molière et plus tard son voisin (rue de Richelieu, Molière logeait près de V Académie des peintres), lui avait fait, le jour de sa fête, à la Saint- Jean de 1670. »

On ne soupçonnait pas, lors de la découverte de ce tableau, qu'il pouvait être mentionné dans l'inventaire après décès de Molière, que M. Eud. Soulié ne publia qu'en 186.S dans ses Recherches sur Molière et sur sa famille. On y trouve, en effet, cette mention (p. 273 de l'ouvrage) : « Item. Un grand tableau couché, de quatre pieds de long, d'une Famille de Jésus. » Les dimensions du tableau, données par M. Edouard Fournier (18 pouces sur 15), sont nécessairement fausses, si l'on veut reconnaître ce tableau dans celui que décrit l'inventaire, en lui attribuant quatre pieds de long. M. Eud. Soulié fait aussi remarquer que Sébastien Bourdon a bien été recteur de

l'Académie de peinture, mais non directeur. Ce ne serait là qu'une confusion de titre, qu'il faudrait rapporter à une erreur de Molière. L'inventaire signale, en outre, dans une autre chambre de l'appartement, sept tableaux peints sur toile, dont quatre couchés et les trois autres en hauteur, avec leurs bordures vernies; parmi ces derniers, on trouve une Vierge, qui pouvait être aussi une Sainte Fnmille, non désignée, il est vrai, dans l'Etat des biens de M^c Molière, en 1705, mais l'inventaire après décès du mari de celle-ci, Claude Rachel, sieur de Montalant, mentionne non-seulement ta Vierge et l'Enfant Jé^tis, mais encore une Sainte Famille , qui lui venait sans doute de la succession de sa femme.

Bibliogr. moliér., n^ 1645.

H^^. Tableau, peint sur toile, représentant une scène de V École des Maris, ayant appartenu à Molière.

Ce tableau, qui n'a pas encore été retrouvé, s'il existe encore, est mentionné dans l'Inventaire après décès de Molière. Voy. les Recherches sur Molière et sur sa famille, par M. Eud. Soulié, |)age 273. On le voit reparaître dans l'Etat des biens de damoiselle Marie- Madeleine-Esprit Poquelin de Molière, avant son mariage avec Claude Rachel, sieur de Montalant, en 1705. Voy. ibid., page 334. 11 est encore bien indiqué, en 1738, dans l'inventaire aj)rès décès du sieur de Montalant. Voy. ibid., page 353. Le sieur de Montalant avait laissé son héritage à Pierre Chapuis, comme ayant épouse une demoiselle Poquelin. « Il ne serait pas impossible, dit M. Eudore Soulié, que quelque descendant de cette famille possédât encore, sans en connaître la source, quelque revenu, quelque vieux meuble, quelque portrait de famille, peut-être même le tableau de V École des Maris, transmis d'héritier en héritier jusqu'à nos jours. »

Ce tableau n'étant pas décrit, on ne peut (^ue faire des conjectures sur le sujet qu'il représente. Nous croyons que ce sujet n'est autre que celui que François Chauveau a gravé lui-même, d'après une de ses compositions, pour la première édition de l'Ecole des Maris, achevée d'imprimer le 20 août 1661, deux mois après la première représentation. Cette gravure nous donne une idée de ce qu'était le tableau.

t230. Tableau représentant rEnlôvement d'Europe, ayant appartenu à Molière.

Ce tableau n'est pas mentionne dans l'inventaire après décès de Molière, où tous les tableaux, excepté celui de VEcole des Maris, sont cités d'une manière vague et incomplète ; mais dans l'inventaire du sieur de Montalant, (jui avait conservé tous les meubles de sa femme et par conséquent ceux de Molière, on remarque,

entre six petits tableaux miniature, le premier, représentant V Enlèvement de Proserpine. Ce n'est pas l'Enlèvement de Proserpine, mais bien l'Enlèvement d'Europe, que ce tableau devrait représenter, si nous attribuons à Madeleine Béjart (le juré-priseur, Jacques Taconnet, a pu se tromper à ce sujet) ce madrigal, qui parait adressé à Molière et qui est imprimé, avec les Stances de Boileau sur VEcole des Femmes, dans la première édition (p. 35, première partie) des Délices de la poésie galante (Paris, Jean Ribou, 1666, 3 part, in-12, avec 2 frontispices gravés).

Mademoiselle B... à Monsieur M... en luy envoyant un petit tableau sur lequel estoit représenté l'Eîilèvement d'Europe.

L'Amour, le plus petit des dieux, Qui força le plus grand, à change de nature , D'emprunter d'un taureau l'instinct et la tigure . Pour de la belle Europe avoir vu les beaux yeux , Fut trop favorable à la flamme De ce maître du firmament.

Quoi! pour un seul petit tourment, Faire dans les plaisirs nager toute son âme ? Ce Dieu ne le méritoit pas, Puisqu'il est perfide et volage :

Mais, toi, que je tiens en servage.

Et qui suis doucement son dessein et ses pas ,

Me voulant ainsi faire peindre.

Si tu fais le taureau, j'aurai toujours à craindre, Car enfln si, comme ce Dieu, Tu pouvois avoir l'avantage De m'enlever en Crète ou dans un autre lieu , Serois-tu caution que je t'y verrois sage?

Ce madrigal cache un reproche de femme jalouse, qui tient en servaye un amant : il mériterait d'être commenté, dans la biographie de Molière, à l'aide de la lettre de Chapelle à Molière.

Page 1