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THÉÂTRES DE MOLIÈRE

Vues et plans des salles de spectacle où Molière a joué et fait jouer ses pièces ; mise en scène et décorations, ctc.

231 . Salle de spectacle de l'ancien Jeu de Paume de la rue Mazarine, autrefois sur les fossés de la Porte de Nesle, où Molière fit ses débuts de comédien, vers 1643.

Cette salle existait encore en 1817, sur l'emplacement actuel du passage du Pont-Neuf, qui fut percé quelques années plus tard, et

C^ ICONOGRAPHIK

qui amena la destruction du Jeu de Paume. Elle avait conserve son ancienne phvsionomie, en pardant sa première destination. C'était là certainement le Jeu de paume «les Métayers, dans lequel l'Illustre- Théâtre fut installé au mois de décembre 1643. Voy. les Rechcrrhrs sur Molière et sur sn famille, par M. Eud. Soulié, page 29. Le dessin à la plume que j'avais esquissé de mémoire, pour essayer de reproduire l'aspect de ce Jeu de Paume, qu'on appelait alors, par tradition, le théâtre de Molière, a fait partie de la grande collection de plans de théâtres, réunie par M. de Filippi et achetée pour la Ville de Paris en 1861 : mon dessin a été brûle dans l'incendie de l'Hôtel-de-Ville, mais on en avait fait plusieurs copies, qui existent. m"a-t-on dit, dans les portefeuilles des amateurs, et il peut être gravé un jour ou l'autre. Le Jeu de Paume, en forme de carré long, offrait sur trois côtés, dans toute sa longueur, trois étages de loges trèsvastes et très-profondes, dont la décoration extérieure se composait d'attributs de théâtre peints sur toile, très-enfumés et très-dégradés. La scène, qui avait dû occuper une partie du quatrième côté de la salle, était remplacée par un mur, dans le haut duquel on avait ouvert deux grandes baies, pour éclairer le Jeu de Paume. Il faut se rappeler que l'Illustre-Théâtre avait été créé, dans le but de représenter destragédies ou des comédies héroïques, et non des pièces à machines et à décorations.

•23^2. Musée royal des Antiques, i" et ii* vues de la salle des Cariatides. Civeton del. Hibon se. In-i en largeur.

Ces deux gravures au trait ont été faites pour le Musée de sculfjtare antique et moderne, par le comte de Clarac (Paris, Victor Texier, 1826-53, 6 vol. in-8, avec 6 vol. in-4 de planches). Elles se trouvent dans le premier volume de cet ouvrage.

Cette admirable salle des Cariatides, au vieux Louvre, construite par Pierre Lescot, sous le règne de Henri H. n'est autre que l'ancienne salle des Gardes, nommée autrefois le Tribunal et ornée des sculptures de Jean Goujon, dans laquelle la Troupe nomade de Molière, appelée à Paris par ordre de Monsieur, joua devant le roi et la famille royale, le 24 octobre 1058, sur un théâtre qu'on avait fait dresser exprès pour cette représentation. C'est là que Molière se fit entendre dans la tragédie de Sicomède et dans le Docteur amoureiLT, une des farces qu'il donnait avec le plus de succès dans la province. Louis XIV, qui avait beaucoup ri, permit ensuite à Molière de s'étal)lir au théâtre du Petit-Bourbon, avec sa Troupe, (pii jtrit le titre de Troupe de Monsieur.

Il y avait probablement, au Louvre, une autre salle de sjiectacle, dans laquelle la Troupe du Petit-Bourbon et du Palais-Royal allait souvent jouer la comédie pour Ir Roi. Voy., sur ces représentations, le chap. XI de notre Ironof/raphie, intitule : Vues des villes, loca-

HtéSy monuments, habitations, etc. y auquel se rattache un épisode de In vie de Molière.

233. Vue de la grande salle de Bourbon, à l'hôtel du Petit- Bourbon, sur le quai du Louvre, pendant la tenue des États-Généraux de 161 i. Dessin d'Ed. Wattier, d'après une ancienne estampe du cabinet de M. le chevalier Hennin; gravé sur bois par Andrew Best. In-^.

Cette gravure se trouve à la p. 317 du tome VIII du Magasin pittoresque, année 1840.

La grande salle de Bourbon servait aux représentations théâtrales de la cour et surtout aux ballets du roi ; elle fut modifiée et décorée à nouveau pour l'usage temporaire des troupes nomades qui obtenaient le privilège de donner quelques représentations à Paris. C'est là, par exemple, que les Comédiens espagnols et italiens vinrent, à diverses époques, essayer leur répertoire devant le public parisien. Cette salle de spectacle n'était pas louée, mais prêtée gracieusement, par ordre du roi, aux troupes qui y jouaient la comédie ; elle avait dû subir des remaniements successifs, mais elle conservait cependant sa forme et son caractère d'architecture, avec son premier rang de loges, ses deux étages de galeries, et son parterre, lorsque les Comédiens italiens et la troupe de Molière y furent établis à demeure en 1658.

234. Fêtes théâtrales représentées au Petit-Bourbon, i\ Paris, en cinq planches, 1645; par Jacq.Torelli deFano.

On a supposé, avec beaucoup de vraisemblance, que la troupe de V Illustre Théâtre, dirigée par les Béjart et Molière, venait donner, en 1645, des représentations extraordinaires sur le magnifique théâtre du Petit-Bourbon, qui n'avait pas de troupe permanente, excepté celle des Comédiens italiens dont les représentations n'avaienl lieu que trois fois par semaine. Les autres jours étaient consacrés à des pièces françaises, tragédies, ballets et opéras, qui servaient de prétexte à l'exhibition des décors et des machines, inventés par le fameux Jacques Torelli, l'impressario de la troupe italienne. Ces représentations sont parfaitement indiquées dans les Stances adressées au duc de Guise, qui avait fait don de ses habits, en 1645, aux Comédiens de toutes les Troupes :

Et dedans le Petit Bourbon, Le lustre de ton escarlatte Rendra le Capiian beaucoup plus fanfaron.

235. Décorations et machines de la [ri\'j:6(]\o iVAnrlronifde,

représentée sur le théâtre royal de Bourbon; en trois planches. F. Chameau fecit. 16oi. Gr. in-i.

On ne possède aucun détail sur la représentation de l'Andromède de Corneille, en 1650, au théâtre du Petit-Bourbon, et l'on ignore absolument quelle fut la Troupe qui avait monté cette grande pièce à machines ; mais on sait que Molière était à Paris, en 1650, et (^u'il jouait plus tard la tragédie à'Ajidromèdey avec la troupe des Béjart, puisqu'on a retrouvé, dans la bibliothèque de M. de Soleinne, un exemplaire de cette tragédie imprimée à Rouen, en 1651, sur lequel Molière a fait lui-même la distribution des rôles entre les acteurs de sa troupe, en se réservant le rôle de Persée. Voy. Bihliofji'. moliér., n» 1646. On peut croire que les relations de Molière avec Pierre Corneille et François Chameau datent de là.

236. Andromède, tragédie représentée avec les machines sur le théâtre du Petit-Bourbon. Au bas de l'estampe : F. C. in. et fe. Eau-forte. Gr. in-i.

Cette estampe de Chauveau représente la scène m du 4^ acte, lorsque la reine d'Ethiopie, Cassiope, entourée de sa cour, assiste à la délivrance d'Andromède, que Persée, sur un cheval ailé, vient de sauver en tuant le monstre. On voit, sur les flots, les trois Néréides, qui célèbrent la victoire de Persée, et Neptune traîné dans une conique de nacre par deux chevaux marins. Les machines et les décorations inventées par Torelli sont décrites dans la tragédie de Pierre Corneille.

On sait, d'après la distribution des rôles sur un exemplaire do cette tragédie (Catalogue Soleinne, tome l^r, page 251) représentée en 1650 ou 1651, que Molière a joué le rôle de Persée et Madeleine Béjart celui d'Andromède. Les trois Néréides étaient M'if» de Brie, Menou et Magdelon.

Il ne serait pas impossible que la troupe des Béjart et de Molière fût revenue exprès, de province, à Paris, pour jouer au Petit- Bourbon la tragédie d'Andromède avec les machines de Torelli. En tous cas, Molière semble s'être rappelé son succès dans le rôle de IVrsée, car on voyait chez lui une « tenture de tapisserie à personnages, fabrique d'Anvers, représentant l'histoire de Persée et d'Andromède. » Recherches sur Molière et sur sn famille, par Eud. Soulié, p. 270, 233 et 352.

237. Décorations et machines aprestées aux Noces de Tetis, ballet royaU représenté en la salle du Petit-Bourbon, par Jacques Thorelli, inventeur : dédiées à rEininentissime prince cardinal Mazarin. F, Francart dcl. Israël

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Silvestrefecit. AParis, 1654. Dix planches in-4, avec frontispice.

Voy. la description de ces 11 planches, dans le Catalogue raisonné de toutes les estampes qui forment l'œuvre d'Israël Silvestre, par L.-E. Faucheux (Paris, Renouard, 1857, in-8, page 203 et suiv.).

Le ballet des Noces de Pelée et de Thetis, par Benserade, avait été d'abord dansé par le roi et les princesses et dames de la cour, en 1654 ; il fut ensuite transporté au théâtre du Petit-Bourbon, où l'on en donna plusieurs brillantes représentations avec les décors et les machines de Jacques Torelli. Ces représentations précédèrent de peu d'années l'arrivée de Molière et de sa troupe à Paris, en 1658, et l'on sait que les décors et les machines, qui remplissaient les magasins du théâtre, furent employés, simultanément, par les comédiens de la troupe italienne, et par la troupe de Molière, jusqu'à la fermeture et la démolition de la salle en 1660.

Après la représentation donnée devant le roi et la cour, dans la salle des Gardes, au Louvre, le 24 octobre 1658, la troupe de Molière obtint la permission de s'établir à Paris et de jouer dans la salle du Petit-Bourbon : « Cette salle, dit Taschereau (5° édition de VHist. de Molière, p. 30), était déjà occupée par la troupe des comédiens italiens que dirigeait Torelli. En s'y établissant, elle avait fait des dépenses, dont les nouveaux venus allaient profiter : ceux-ci eurent à lui compter une somme de quinze cents livres. Il fut convenu, de plus, que les Italiens conserveraient leurs jours de représentations, auxquels ils devaient tenir, car c'était ce qu'on appelait les jours ordinaires : les mardi, vendredi et dimanche, ceux où jouaient également le Marais et l'Hôtel de Bourgogne, les seuls où l'on eût l'habitude d'aller à la Comédie ; aux arrivants furent dévolus les jours extra^ordinaires, les lundi, mercredi, jeudi et samedi. » D'après le Registre de La Grange, la somme de 1,500 livres, attribuée à la troupe italienne, fut rendue avec usure, en janvier 1662, à la troupe française^ par ordre du roi, quand la première, revenant d'Italie, obtint de partager avec la seconde le théâtre du Palais-Royal.

La salle du Petit-Bourbon, où la troupe de Molière donna ses représentations jusqu'au mois de septembre 1660, était condamnée à disparaître : a Le lundi, 11 octobre, dit La Grange dans son Registre manuscrit, le théâtre du Petit-Bourbon commence à être démoli, par M. de Ratabon, surintendant des bâtiments du Roi, sans en avertir la Troupe, qui se trouva fort surprise de demeurer sans théâtre. On alla se plaindre au Roi, à qui M. de Ratabon dit que la place de la salle étoit nécessaire pour le bâtiment du Louvre, et que les dedans de la salle, qui avoient été faits pour les ballets du Roi, appartenant à Sa Majesté, il n'avoit pas cru qu'il fallût entrer en considération de la Comédie, pour avancer le dessein du Louvre. »

!238. Ouverture du Théâtre du Palais-Cardinal. Mirame, tragi-comédie (par J. Desmarets). Paris, Henry le Gras, 16il, pet. in-fol., titre gravé et fig. de La Bclla.

Les six belles planches doubles, dont ce volume est orné, représentent la scène de ce théâtre, avec le perron à cinq marches qui y conduisaient du parterre de la salle. On voit les deux statues qui décoraient chaque côté de l'avant-scène, ainsi que les basreliefs des voussures. Sur le titre gravé, la toile est baissée, et l'on aperçoit, à droite et à gauche, un page debout, chargé d'empêcher l'accès du théâtre. Dans les cinq planches qui correspondent aux cinq actes de la tragi-comédie, l'encadrement de la scène est le même et sert de passe-partout aux sujets représentés dans les estampes.

On sait que la représentation de cette pièce (en 1639) . pour laquelle Desmarets avait prêté sa collaboration au cardinal de Richelieu, n'eut qu'un succès froid et indécis ; mais la seconde réussit avec fracas, grâce aux applaudisseurs complaisants dont on avait rempli le parterre. Nous aimons à supposer que le jeune Molière, qui avait alors dix-sept ans, assistait à l'inauguration de ce théâtre, qu'il devait, vingt ans plus tard, faire retentir d'applaudissements plus sincères et plus enthousiastes. Le théâtre du Palais-Royal, lorsque la troupe de Molière l'occupa en 16G0, était encore tel que la représentation de Mirame l'avait laissé, et n'eut à subir que des réparations peu importantes. On suppose même que tout l'ancien matériel y était resté, quoique la salle fût en assez mauvais état.

239. Louis XIII, h la Comédie, dans la Salle du Palais- Royal. Gravé par Balthasar Moncornct. In-fol. en largeur.

C'est la 4e planche d'une suite fort rare, intitulée : les Occupntiom du lioy. Le Matin, le Midij, l'Après-midy et le Soir.

La salle de spectacle est ici telle qu'elle était, après la fameuse représentation de Mirntnc, en 1639, avant que Molière eût obtenu du roi la permission d'y faire établir des loges, qu'on y avait transportées de la salle du Petit-Bourbon, en 1660, lors de la «lémolition de cette dernière salle. Voy. le grand ouvrage de M. Joseph de Filippi : Parallcle des Théâtres, pag. 7, 8 et 9.

« La troupe, qui avoit le bonheur de plaire au Roi, rapporte La Oftange dans son Registre manuscrit, fut gratifiée par Sa Majestée de la salle du Palais-Royal, Monsieur l'ayant demandée pour réparer le tort qu'on avoit fait à ses Comédiens, et le sieur de Ratabon reçut un ordre exprès de faire les grosses réparations de la salle du Palais-Royal : il y avoit trois poutres de la charpente pourries et étayées, et la moitié de la salle découverte et en ruine.

La troupe commença, quelques jours après, à faire travailler au théâtre. » L'ouverture de ce nouveau théâtre eut lieu le 20 janvier 1661.

240. Plan de l'ancienne salle de spectacle du Palais-Royal, fait immédiatement après la mort de Molière, lorsque cette salle fut donnée par le roi à Lully, pour y transporter le Théâtre de l'Académie royale de musique. Deux dessins d'architecte, à la plume. In-fol. max.

Ces deux dessins, qui datent de mai 1673, se trouvent au Cahinet des estampes de la Bibliothèque Nationale, dans la Topographie dp Paris, quartier du Palais-Royal. C'est au mois de juin 1673 que Lully prit possession de la salle, que le roi avait attribuée à l'Académie royale de musique et qui fut appropriée à sa nouvelle destination. Les représentations de l'Opéra eurent lieu dans cette salle jusqu'à l'incendie qui la détruisit de fond en comble, au mois de juin 1763.

Le plan, qui nous a conservé l'état de la salle du Palais-Royal au moment même de la mort de Molière, est complété par les annotations manuscrites de l'architecte chargé de la restauration de cette salle ; il nous a paru intéressant de les reproduire ici in exfeiisn, à cause des renseignements précieux qu'elles renferment sur l'ancienne installation de la troupe de Molière.

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