FEMME DE MOLIÈRE
274. Madame Molière, en costume de théâtre, manteau rouge à collet bleu. Au-dessus de sa tète, en lettres d'or : Mademoiselle Molière. Ancienne miniature.
Miniature sur vélin, appliquée sur bois. H. 19 cent. L. 15.
Ce portrait, qui appartient à M. Auguste Yitu, est le pendant d'un portrait de Molière, qu'il possède aussi. Voy. plus haut, n** 35.
Molière, lui-même, a fait un charmant portrait de sa femme, dans le Bourgeois gentilhomme (acte 111, se. 9), où elle jouait le rôle de Lucile, fille de M. Jourdain.
« Elle a les yeux petits. — Cela est vrai ; elle a les yeux petits, mais elle les a pleins de feu, les plus brillants, les plus perçants du monde, les plus touchants qu'on puisse voir. — Elle a la bouche grande. — Oui, mais on y voit des grâces, qu'on ne voit point aux autres bouches ; et cette bouche, en la voyant, inspire des désirs, est la plus attrayante, la plus amoureuse du monde. — Pour sa taille, elle n'est pas grande. — Non, mais elle est aisée et bien prise. — Elle atfecte une nonchalance dans son parler et dans ses actions. — Il est vrai ; mais elle a grâce à tout cela, et ses manières sont engageantes, ont je ne sais quel charme à s'insinuer dans les cœurs. — Pour de l'esprit... — Ah! elle en a, du i)lus fin, du plus délicat. — Sa conversation... — Sa conversation est charmante.
— Elle est toujours sérieuse. — Veuï-tu de ces enjouements épanouis, de ces joies toujours ouvertes? Et vois-tu rien de plus impertinent que les femmes qui rient à tout propos? — Mais enfin elle est capricieuse autant que personne au monde. — Oui, elle est capricieuse, j'en demeure d'accord, mais tout sied bien aux belles, on soutire tout des belles... »
Quand Molière esquissait de main de maître ce portrait d'Armande Bejart, en 1670, il était encore brouillé avec elle, mais il n'avait pas cessé de l'aimer. Ce fut peut-être le portrait qui amena une réconciliation.
Un autre portrait, non moins ressemblant, a été tracé d'après nature, cinquante ans plus tard, par Mi»e Poisson, qui était, avec la veuve de Molière, à la Comédie-Française.
u Elle avoit la taille médiocre, mais un air engageant, quoyque avec de très-petits yeux, une bouche fort grande et fort plate, mais faisoit tout avec grâce, jusqu'aux plus petites choses, quoiqu'elle se mist très-extraordinairement et d'une manière presque toujours opposée à la mode du temps. »
Le ménage de Molière avait toujours été malheureux, comme on peut le voir dans la Fameuse Comédienne, où Armande Bejart nest pas représentée sous des couleurs trop favorables. On peut donc faire la part de la malveillance systématique de l'auteur anonyme. Ce qui constate cette malveillance, c'est que la veuve de Molière vécut très-honorablement, après la mort de son mari, et, devenue la femme de Guérin d'Etriché ou de Trichet, (qu'elle aimait depuis longtemps, elle ne fit jamais parler d'elle, d'une manière fâcheuse, jus(|u'à ce qu'elle se retira du théâtre, en 1G94, à l'âge de 51 ou 52 ans. Elle avait eu trois enfants de Molière; elle en eut un seul de son second mariage. Ce dernier mourut en 1708, âgé de trente ans environ. Des trois enfants de Molière, il ne resta qu'une fille, Esprit- Madeleine, née en 1665, qui avait épousé, en 17U5, Claude de Rachel, sieur de Montalant, et qui ne laissa pas de famille.
PoRTiLViT d'Armande Bejart, peinture du temps, sur toile.
Ce tableau, qui appartient à M. Arsène Houssaye, a été exposé en 1873, au Musée-Molière. Voy. n'' 26 du Catalogue.
Armande Bejart, que sa sœur Madeleine avait fait élever en province, fut destinée au théâtre dès qu'elle entra dans la maison de Molière, et celui-ci se chargea de faire son éducation dramatique. Elle avait à peine dix-sept ans, lorsqu'elle parut pour la première fois sur la scène, dans le prologue des Fârkeiis, représentes au château de Vaux, devant le roi et la cour, le 16 août 1661. Au milieu de vingt jets d'eau, un rocher se transforma en coquille qui s'ouvrit, et l'on en vit sortir une naïade dans le costume peu vêtu de son rôle. La Fontaine, dans une lettre à Maucroix, raconte ainsi
cette gracieuse apparition, qui fut accueillie par des murmures de surprise et de plaisir :
D'abord, aux yeux de l'assemblée, Parut un rocher si bien fait Qu'on le crut rocher, en effet, Mais insensiblement se changeant en coquille, Il en sortit une nymphe gentille Qui ressemblait à la Béjart;
Nymphe excellente en son art Et que pas une ne surpasse.
La ressemblance d'Armande Béjart avec sa sœur aînée donna lieu à bien des commentaires, mais, peu de jours après, à la seconde représentation des Fâcheux^ qui eut lieu à Fontainebleau, on chantait un couplet, que le Recueil de Maurepas donne ainsi :
Peut-on voir nymphe plus gentille Qu'estoit la Béjart l'autre jour ?
Dès qu'on vit ouvrir sa coquille, Tout le monde crioit à l'entour :
Voicy la mère d'Amour !
Depuis ce jour-là, les galants de la cour se mirent à la poursuite de la naïade à la coquille. Molière ne les découragea pas, en épousant.
276. — Mademoiselle Molière. Comédie francoise. i66'2-I673. Fr. HillemacJier se. 1857; d'après un portrait du temps, peint à l'huile, sous l'habit de Dircc. In-8.
Ce portrait a été gravé à Veau-forte pour la Galerie historique de la Troupe de Molière, publ. par M. Hillemacher.
277. — Mademoiselle Molière, à l'âge de 20 ans environ. Tiré du cabinet de M. de Soleirol. Impr, Drouart à Paris. Gravure à Teau-forte. Gr. in-8.
Ce portrait a été gravé, pour l'ouvrage de Soleirol : Molière et sn Troupe, d'après un portrait peint à l'huile, de grandeur naturelle, représentant Armande Béjart dans le rôle de Dircé, une des nymphes qui figurent dans le prologue de la Princesse d'Elide.
On trouve, dans l'Inventaire de Molière, la description du costume même de la Princesse d'Élide, que jouait aussi Armande Béjart : u Une jupe de taffetas couleur citron, garnie de guipure ; huit corps de différentes garnitures et un jietit corps en broderie et en argent tin, de l'habit de la Princesse d'Elide ; prisé vingt livres.» Eud. iSou- LiÉ, p. 279.