‹ Iconographie calvinienne :Chapitre 130 sur 221 · Revue numismatique, 1851, XNI, p · texte numérisé non relu

Revue numismatique, 1851, XNI, p

2. Le pouvoir spirituel « géminé jusque-là avec le pouvoir temporel » avait eu ses médailles officielles : « Les profils des papes avaient été accolés à ceux de puissants empereurs. » (Champfleury, Æistoire de la caricature sous la Réforme et la Ligue, p. 87.) C'était bien le symbole du moyen-âge, de l'idée génératrice du moyen âge, à savoir l'idée de l'union, il faut dire de la confusion des deux pouvoirs.

3. Revue numismatique, p. 42. — Je laisse de côté les autres médailles analogues. — 4. Jbid., p. 47, 48.

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D’après M. Cartier, la médaille ferait allusion à l’expulsion de Calvin de Genève, en 1538! (Cela nous paraît fort douteux.) Et les légendes devraient être paraphrasées ainsi: Jean Calvin, le pire des hérésiarques, puisqu'il a été banni même par les siens, et vous fous, soyez donc quelquefois sages, puisque vous voyez où le libre examen conduit ! (Cela nous paraît non moins douteux.) — Que les catholiques aient dit : Calvin est le pire des hérésiarques, et l’aient représenté avec un bonnet de fou; puis, que, s’adressant à ses disciples, ils leur aient crié : Soyez donc sages, et non fous comme lui, voilà qui paraît intelligible, naturel et suffisant. Pourquoi penser ici à l’exil de 1538? Il ne dut pas émotionner beaucoup la chrétienté romaine. — Nous avouons ne pas bien comprendre pourquoi on a conservé les figures du pape et du cardinal.

Ce qui paraît de la part de M. Cartier une conjecture plus juste, c’est que la légende, souvent mise sur les médailles protestantes : stulli aliquando sapientes, ne peut guëre se comprendre que comme une réponse à la première légende : s/ulli aliquando sapite. De telle sorte que la médaille catholique a précédé, a provoqué la médaille protestante et lui a servi de modèle.

Il est intéressant de voir ce fait mis en lumière par un auteur aussi catholique que M. Cartier. « Si j'attribue en cela aux catholiques la priorité sur les protestants, ce n’est pas pour leur en faire un mérite ; l’injure est un mauvais moyen pour défendre la vérité; c’est une épée qu’il faut

aussi remettre dans le fourreau afin de ne pas périr par l’épée !. »

4. Et, en effet, à partir de ce moment, les médailles satiriques publiées par les protestants se multiplièrent. Klotz dit que les médailles satiriques, — à double tête, — des protestants parurent entre les années 1537 et 1547, et qu’elles sont attribuées (ut dicunt) à Amsdorf ?, un des amis intimes de Luther.

M. Cartier adopte cette idée, et, selon lui, la « médaille protestante la plus ancienne * » est une médaille en argent plutôt ciselée que frappée : on dirait la pièce d’essai des suivantes.

C’est toujours un pape et un cardinal; mais leurs figures sont devenues grimaçantes. Au rebours, le pape a des cornes de bouc, et le cardinal a un bonnet de fou. La légende est:

ECCÉESIA ‘PERVERSA. TENET. FACIEM.

DIABOLI (lEglise perverse a la figure d’un diable), et sur le revers : STULTI. ALI- QUANDO. SAPIENTES (les fous, sages quelquefois).

Je laisse de côté une série de variantes du même type. L’une porte le chiffre 666, le chifre

de la bête dans Apocalypse. — Deux autres portent, non pas swlti aliquando sapientes, mais et stulti aliquando sapile. — Une autre porte : effeminati dominabuntur eis, etc.

« Ces légendes sont évidemment une réponse aux légendes catholiques. Le passage d’Esaïe, ILE, 4, effeminali dominabuntur eis (les efféminés seront leurs maitres), est opposé au texte du psaume XLIV, 17, conslitues eos principes super omnem terram (vous les établirez princes sur toute

la terre). Il y a donc ici une nouvelle preuve de l’antériorité des médailles catholiques #. »

1. Revue numismatique, p. 47. — 2. Christl. Adolphe Klotz, Opuscula nummarïia, 1772, dans le traité intitulé : De numis coutfumeliosis et satiricis, p. 115. 3, Revue numismatique, p. 49. — 4, Jbid., p. 53.

3. Enfin les protestants ne se bornèrent pas à battre leurs adversaires avec les armes que ceux-ci leur fournissaient, ils en forgèrent de nouvelles.

Une médaille allemande présente un cardinal (au rebours, un fou) avec la légende:

DER BAPST. GEBOT.'IST. WIDERSGNRE MDXLIIT. (la domination du pape est contre Dieu).

Le revers présente une femme tenant un

glaive et un livre (?) sur lequel est une sorte

de croix (?) ou des clefs en sautoir; elle est assise sur un pape renversé qui tient une coupe. FALSGHE. LERE. GILT. NIGHT. MEHR. MDXLII (la fausse doctrine ne prévaut plus).

M. Cartier voit dans cette femme la grande prostituée de Babylone (sujet qui se trouve en effet sur des médailles protestantes). Mais la femme ne nous paraît pas du tout représenter une prostituée. C’est plutôt une très honnête bourgeoise, simplement habillée, et elle fait plutôt penser à la vraie Eglise, qui tient à la main l’épée de l'esprit. Le livre (?) serait le livre de la vérité et les clefs (?) les clefs du vrai royaume. Mais le livre est peut-être une sorte de plateau, et les clefs ressemblent à deux os mis en croix. Serait-ce la vraie Eglise qui présenterait les ossements

de ses martyrs ?

6. Nous citons enfin une médaille en argent, qui rappelle, par son style, le dix-huitième siècle et le monnayage de Genève.

Elle présente une double tête, sans caricature, avec un grand chapeau, dont le bord large est formé par un serpent. À rebours, elle présente une tête de moine avec une toque cornue et dont le bord donne une troisième figure, figure de diable ayant à la bouche un dard. Des lèvres de la double tête sortent les lettres EGNOSNEM ; et, si on lit à rebours, le mot MENSONGE.

La légende est HAVD. AGNOSCUNTUR.

TALES. PRIMA. FRONTE (on ne les con-

nait pas au premier abord tels qu’ils sont).

Au revers, un arbre chargé d’épines, ou entouré d’épines, selon qu’on regarde droit ou à rebours, et en légende; A FRUCTU COGNOS- CETUR ARBOR (au fruit on connaîtra l'arbre).

Le mot Egnosnem peut rappeler le mot allemand Æïdgenossen, confédéré, dont on s’est servi pour désigner les huguenots. Et la faute d'orthographe serait volontaire pour obtenir, à rebours, le mot mensonge.

Mais je ne distingue pas, placées près des cornes de la toque, les deux lettres J. C., qui seraient les initiales de Jean Calvin, d’après M. Cartier. Si ces lettres y sont vraiment, nous au-

rions là une médaille catholique tout spécialement anticalviniste.

7. Quoi qu’il en soit, on peut s’associer aux conclusions générales de notre auteur : « Les catholiques commencèrent à frapper ces médailles après la diète d’Augsbourg, tenue en 1530; ils

durent les continuer longtemps, et surtout pendant la durée du concile de Trente. Les protes-

tants émirent les leurs après la seconde ligue de Smalkalde de 1537, et lorsque le fameux Intérim de Ratisbonne, en 1541, eut augmenté leur force et leur confiance. Ces médailles furent propagées dans l’Europe par les rapports que tous les pays eurent alors entre eux. Les troupes mercenaires de l'Allemagne les répandirent en France, sous les règnes de Henri IT, Henri IV et Louis XIII. Des alliances religieuses les firent connaître en Angleterre et dans les Pays-Bas, et nous ne devons pas être étonnés d’en retrouver, cent ans plus tard, une imitation faite en Hollande contre Olivier Cromwell !. »

Et la réflexion de M. Grand-Carteret est juste aussi: « Epoque étrange où l’on vit circuler d'homme à homme, de main à main, de poche à poche, toute une monnaie de contrebande, parodie de pièces officielles, têtes doubles à l’expression grimaçante, profils de papes accolés à Satan ?. »

Mais si le groupe le plus nombreux des médailles satiriques est celui des médailles à deux

têtes, il n’est pas le seul.

1. Ici encore nous trouvons l'attaque contre l’Eglise romaine inaugurée, et vivement, avant la naissance du protestantisme. Citons seulement, parmi les médailles pour ou contre le roi de France ou le pape, la fameuse médaille de Louis XII avec l’exergue : Perdam Babilonis nomen (je détruirai le nom de Babylone) ÿ. Les protestants n’auront rien à inventer ni en terminologie, ni en violence. j

Dès le début de la Réformation, la guerre par la satire, par les images satiriques devint de plus en plus violente. On publia force images satiriques contre Luther, Reuchlin, Erasme, Hutten. Un auteur a pu intituler une dissertation : La peinture, témoin de la vérité sous la papauté *. Toutefois la papauté sentit qu’elle risquait fort à ce jeu de perdre, et beaucoup. Les défenseurs de l'Eglise s’interposèrent pour supprimer ce genre de combat. Charles-Quint intervint par un recès, à la diète de Nuremberg, 1524 : « Que tout magistrat surveille ses imprimeries et prenne toute autre mesure pour supprimer complétement à l'avenir les écrits et les images injurieuses, et les empêcher de se répandre. » Recès analogue de la diète d’Augsbourg, 1530 : « Qu’à l’avenir, on n’imprime plus rien de nouveau, soit en public, soit en secret, et surtout pas d’écrits, d'images ou de pareilles choses injurieuses. »

Des ordonnances d’Augsbourg 1548, d’Erfurt 1567, de Francfort 1577, interdirent également toute caricature, pasquille, imprimée, peinte, gravée ou fondue ?.

2. Grand-Carteret, Les mœurs et la caricature en France, 1888, p. 4. — « On n'oublia pas de composer diverses poésies, chansons et anagrammes de mesme forme, au grand mespris des gens d'Eglise, de la messe et des autres mystères de la foy, dont il se trouve encor à présent quelques pièces dignes d'estre jettées au feu. On doit mettre en ce mesme rang un grand nombre de peintures, emblesmes et médailles faites pour lors à ce mesme dessein, lesquelles n'ont peu contribué à aliéner les esprits de la doctrine catholique et des personnes ecclésiastiques. Je scay une médaille de ce temps-là où l’on void d'un costé la face du pape, etc. » G. Boule, Marseillois, conseiller et historiographe du roy ; Essay de l'histoire générale des protestans, dédié à Mgr François Ademar, archevesque d'Arles. M. DC. XLVEI., p. 23.

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