Klotz, P
Parmi ces médailles romaines, Klotz en signale une dont un exemplaire est au Cabinet numismatique de Genève. D'un côté, le portrait de Calvin, pas du tout caricaturé. De l'autre côté est un homme, Calvin !, en enfer, couché sur des flammes, pendant que deux démons le tourmentent : l’un lui tire la tête en arrière et lui arrache la langue, l’autre, avec un balai enflammé
lui fouaille le visage ?. (Plache XXI, 3.)
2. Naturellement les défenses n’arrêtèrent pas les réponses et les attaques des protestants.
Klotz signale une médaille protestante de 1584. D’un côté, il y a la légende : sic ruet alta Babillon (ainsi croulera la vieille Babylone), et un ange jette le soleil du ciel dans la mer; de l’autre côté, il y a la légende: fortis Dominus qui judicabit eos (c’est le Seigneur fort qui les jugera); une ville est en flammes, et le prêtre romain s’arrache les cheveux ?.
Encore une autre : un dragon à sept têtes, sur lequel est assise une femme tenant un cahier, et que deux rois adorent. La légende est: Meretrix Ba. Apocalyps. Cap. XVIL H. K. # (a
courtisane de Babylone.)
Une très curieuse médaille de la Ligue appartient à la Société des antiquaires de Caen. Le Catalogue dit : « Médaille satirique de la Ligue contre Calvin. Bronze coulé, grand module, portant la date de 1588. Buste de Calvin. Légende: Vane in sanis oculis, Joannes Calvinus XLVII. Quousque Domine. À. 1552. — Revers : Cain occit Abel. Anagr.: Jean Calvin, Vilain Cain, Joannes Calvinus onus ? insani aculei in seculo insania. Vanus in culina … 1588. » (Planche XXT, 2.)
Ainsi décrite, cette médaille demande une explication. La tête de Calvin, en effet, est belle et sérieuse, et cependant la légende qui l’entoure s’efflorce d’être injurieuse ! — Pourquoi les ennemis du Réformateur, qui attachaient à son nom des inscriptions diffamatoires, ont-ils pris la peine de conserver et de transmettre à la postérité l’image d’un adversaire abhorré ? — Pourquoi la face de la médaille est-elle ainsi en partie honorable et le revers tout à fait satirique? — Pourquoi la légende de la face est-elle absolument inintelligible ?
À ces questions embarrassantes, M. Joly va répondre : « À un examen attentif, dit-il, la plupart de ces apparentes difficultés disparaissent. Et tout d’abord on remarque que cette médaille, qui n’est pas en bronze, mais en un métal plus modeste, en simple laiton, est double en réalité. Il y a là, en effet, une médaille de 1557 et non pas de 1552, je le montrerai tout à l’heure, et une médaille de 1588... On a surmoulé la face d’une médaille de Calvin, puis à la face, ainsi obtenue, on a ajouté un revers dont l’auteur nous a donné la date 1588.
» La légende de la face telle que la donne notre catalogue : Wane in sanis oculis Joannes Calvinus XLVTIIT. Quousque Domine, anno 1552, se prêterait difficilement à une traduction quelconque. Mais regardons la médaille, nous voyons que les mots: Wane in sanis oculis, sont placés au-dessous du reste de la légende, dans le champ à gauche, que les caractères en sont tout à fait
différents, que le métal y forme comme une sorte de gros bourrelet, et cela nous doit avertir
1. Klotz dit : l'âme de Calvin. Mais cette âme a une grande barbe!
2. Cette médaille a été rééditée par M. Georges Hantz, directeur du musée des arts décoratifs qui l'a reprise entièrement au ciselet. Il pense que c'est une < médaille du seizième siècle, très probablement de travail italien. » — 3. Klotz, p. 114. — 4. Jbid., p. 115. Klotz ajoute que Juncker cite quinze médailles . Satiriques contre le pape et deux contre l’/ntérim, Bet ,
Le]
qu’ils appartiennent à un travail différent. En effet, ils ont tout à fait l’aspect, la forme et le relief des caractères de l'inscription du revers. Faisons-les disparaître, nous avons une médaille complète : un buste à gauche de Calvin, et une inscription : Joannes Calvinus ; ici une lacune produite par une addition faite dans le moule pour joindre à la médaille une petite attache, addition qui a produit une petite bosse sur la pièce et remplacé ainsi les mots: Æ. SUÆ (ætatis suæ), qui devaient s’y trouver et dont on distingue encore les premières lettres; puis la légende reprend : XLVIII, quousque Domine À. 1557. On peut lire, en effet, clairement 1557 et non pas 1552, et nous avons ainsi l'inscription tout entière : Joannes Calvinus ætatis suæ XLVIIIL Quousque Domine, anno 1557. Avec 1557, les chiffres s’accordent à merveille. La médaille avait été frappée en 1557 ; Calvin avait alors quarante-huit ans. Les mots : Quousque Domine sont le commencement d’un verset d’Esaïe ; ils se retrouvent du reste souvent dans la Bible. Ici ils sont un appel à la justice divine contre les catholiques persécuteurs des protestants.
» Nous avons ainsi la première médaille, celle qui a été l’objet d’un surmoulage. Pour faire de cette pièce, destinée à conserver le souvenir de Calvin, un monument injurieux, l’auteur de la médaille de 1588, au moyen de caractères mobiles, a ajouté dans le moule, avec un cordon perlé destiné à entourer la médaille, un anagramme du nom de Calvin : Wane in sanis oculis. Cela veut dire évidemment : homme insensé par des yeux clairvoyants. L’injure n’est pas écrasante, mais l’'anagramme n’est pas exigeant. Enfermé dans l’emploi des mêmes lettres, s’il en peut tirer un éloge ou une injure, quelque obscurs ou énigmatiques qu’ils soient, il est satisfait.
» J'ajoute, pour notre médaille, que la sophistication est grossière et frappe les yeux tout d’abord. La première inscription était d’un beau caractère romain, plein et largement espacé. La seconde est irrégulière, entassée. Les lettres épaisses et lourdes de forme, font une saillie énorme ; il est évident, au premier coup d’œil, qu’elles appartiennent à deux mains différentes.
» À la médaille ainsi obtenue, on a ajouté un nouveau revers, dans lequel on lit une inscription de huit lignes et une date. Au premier aspect, il semble qu’il y a là, sous l'inscription parfaitement lisible que cite le catalogue, une autre inscription plus ancienne et à demi effacée par un second travail, qui aurait été portée beaucoup plus vers la droite : on voit, en effet, à quelques lignes à droite, en dedans du cordon perlé très grossier et très empâté qui entoure la médaille, les traces d’un autre cordon et, au-dessus de chaque ligne de linscription, les traces d’une autre inscription, en très grande partie lisible encore. Mais on s’aperçoit bientôt que c’est là seulement Peffet d'un tréflage, et qu’il n’y a jamais eu là qu’une seule inscription, imprimée à deux reprises par une main malhabile : Cette inscription, la voici: