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Cet inconvénient mis à part, je crois que la classification que j'ai adoptée pré avantages multiples. Elle permet de retrouver facilement une pièce donnée quand on a sous#le yeux la reproduction de la gravure-type, comme c’est le cas dans le présent ouvrage; et, cette pièce prend sa valeur suivant qu’elle est la plus ou moins fidèle reproduction d’un plus ou moins authentiques. ;
Elle permet de constater, à travers les différentes époques, la popularité dont a jou telle image, ou la diffusion qu’elle a prise, en inspirant nombre de graveurs ultérieurs.
Cette popularité et cette diffusion ne dépendent d’ailleurs en aucune manière de son cité ou de sa valeur artistique. x
Ainsi la gravure (n° 86) éditée vraisemblablement à l’occasion de l'inauguration dela « genevensis » et qui parait bien un type authentique du Calvin à cinquante ans, na j; d’imitateurs ; connue aujourd’hui à un exemplaire seulement (Bibliothèque de la Société. du protestantisme français), sa première reproduction date de 1905. |
La gravure (n° 87) sur bois de ma collection, qui n’est connue également que sous. exemplaire et que le filigrane du papier reporte à 1574 quoiqu’elle ne soit pas datée,-est duite pour la première fois dans le présent ouvrage, si l’on excepte une médaille faite modèle et frappée à l’époque de la Fronde, suivant l'opinion de M. E. Demole (voir au. des médailles). D’autre part, la gravure (n° 51) composée vers 1650 seulement par W Sandrart, a servi de base dès lors à au moins trente-cinq interprétations diverses. e
Si maintenant nous voulons nous faire une idée de la façon dont s’est constituée "+: : floraison de l’iconographie de Calvin, nous pouvons esquisser le tableau suivant. Au seizième ie pour les années de jeunesse, Léonard Limosin et l’auteur inconnu du portrait de Tours. ù turent Calvin, mais leurs œuvres n’ont pas de graveurs pour les répandre et elles restent nues du public jusqu’à ces dernières années.
Calvin, à quarante ans environ, est représenté par le portrait de Rotterdam et la gravu figure au n° ÿ du présent catalogue ; laquelle de ces deux œuvres est-elle l’inspiratnice de Impossible de le dire tant que nous ne saurons rien sur l’auteur et la date de chacune di
Ce type donne naissance à quelques copies au dix-neuvième siècle et l’une d'elles même l’original à Cranach. Mais une interprétation faite au dix-septième siècle par Allardt Dankertz allait avoir une postérité nombreuse et donner naissance au portrait à l'huile dit souche lui-même de plusieurs reproductions. Une interprétation très médiocre (n° 37 où la planche d’Allardt, faite au commencement du dix-neuvième siècle, donne elle-mème # quelques années plus tard à la célèbre gravure de Dresde par Fr. Muller et dont celui-ci pas à attribuer l'original à Holbem pour lui donner plus de valeur. Cette gravure de Dresde, gr à un si haut patronage, est copiée et interprétée à plusieurs reprises dès lors.
On peut donc dire que les groupes formés par les types de la gravure n° $ (portrait de terdam), d’Allardt-Dankertz (portrait de Bâle), et de Fr. Muller (portrait de Dresde) n’en forme en réalité qu'un seul, dont on peut suivre l’évolution à travers les compositions qui ont été rées les unes par les autres ; au premier abord il est impossible de voir dans les gravures'issues de celle de Dresde des descendants légitimes de la gravure n° 5, mais la question s’édhire th filiation s'établit par la juxtaposition des n°° 5, 13, 37 et 43.
Les années passent et les graveurs contemporains de Calvin lui donnent des traits déjà pl
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PRÉFACE
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fatigués. L’auteur anonyme de la planche éditée vraisemblablement lors de la fondation de la « Schola genevensis » en 1559, nous doäne une figure encore relativement pleine ; mais soit rareté de la planche elle-même, soit toute autre cause, elle ne donne lieu à reproduction que tout récemment. René Boyvin grave sa planche en la datant de 1562; elle devient le point de départ de nombreuses interprétations et copies. L'auteur anonyme du tableau à l’huile que Calvin donne à Bèze et qui est maintenant la propriété de M. Tronchin à Bessinge (n° 131) peut prétendre à une popularité extraordinaire, mais fâcheuse, puisqu’il nous représente le Réformateur déjà miné et ravagé par la maladie qui devait le terrasser. C’est devant son panneau qu’est venu s'inspirer Cruche pour la planche sur bois des Icones de Bèze et l’auteur du tableau à lhuile de la Bibliothèque publique. Ce dernier tableau a beau être retouché, abimé, rendu méconnaissable, il n’en a pas moins servi de type officiel des traits de Calvin ; il est répandu par la peinture, la gravure et les procédés photographiques à d’innombrables exemplaires.
Pierre Woeiriot nous donne deux portraits gravés (n° 171 et 189) du Réformateur, tous deux le représentant lors de ses dernières années ; ces deux gravures font également souche à toutes les époques jusqu’à nos jours.
Bourgoing, étudiant de l'Académie, qui, sans prétention artistique, a dessiné son professeur sur une page d’un de ses livres d’étude (n° 169), n’a pas trouvé d’imitateur, son œuvre étant restée absolument ignorée jusqu’à l’entrée du livre en question à la Bibliothèque publique de Genève.
En fait de types originaux remontant au seizième siècle, il ne nous reste plus que la gravure sur bois de ma collection (n° 87) et celle de Tobias Stimmer, publiée par Reusner (n° 88). Mais, alors que tous les types précédents concordent dans leurs grandes lignes et que, facilement, on peut y retrouver la physionomie d’un mème homme toujours maigre, mais d'apparence saine et sur lequel les années et la maladie gravent peu à peu leur empreinte, ces deux dernières gravures nous montrent un Calvin de structure beaucoup plus puissante ; la figure en est beaucoup plus pleine et plus large, la barbe plus fournie, plus longue, frisée, occupe une beaucoup plus grande partie du visage et il reste fort difficile d’intercaler ces deux portraits entre les autres.
Le bois de ma collection, malgré sa grande valeur artistique et son étonnante vitalité, n’a inspiré qu’un médailleur, mais aucun graveur. Le bois de Stimmer, au contraire, a eu jusqu’à nos jours une quantité d’imitateurs, dont le premier a été Théodore de Bry.
Pendant le dix-septième siècle apparaissent deux nouvelles compositions.
Visscher édite une très belle planche (n° 51) représentant Calvin dans son cabinet de travail ; il est facile de voir que pour le visage autant que pour le reste il a davantage puisé dans son imagination que dans les documents antérieurs ; il a dessiné en particulier une barbe spéciale, très régulièrement ondulée et qu’on ne retrouve pas auparavant. Ce type donna naissance dès lors à quantité de gravures ; c’est encore dans ce groupe qu’on trouve des attributions à Holbein.
Conrad Meyer édite aussi une planche fort bien venue (n° 100), mais peu fidèle, comme on peut s’en rendre compte. Son premier et seul commentateur est H. Pfenninger à la fin du dixhuitième siècle, mais celui-ci par contre est répété nombre de fois par différents auteurs.
Pendant le dix-huitième siècle n’apparaït qu’un type nouveau, c’est celui de Gardelle (n° 130), resté sans imitateurs.
La miniature de Mussard, qui date aussi du dix-huitième siècle, me paraît moins un type nouveau qu'une copie d’un des tableaux qui devaient exister à la Bibliothèque, mais perdu dès lors,
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Enfin, au dix-neuvième siècle, Hornung, Lugardon, Labouchère, Ary Scheffer s’attaquent à la figure de Calvin et, quoique certainement inspirés par des documents antérieurs, font création d'artistes et donnent naissance à des types nouveaux dont ceux d’Hornung et d’Ary Scheffer ont été fréquemment reproduits.
Enfin, à toute période, de nombreux graveurs ont créé des Calvin purement fantaisistes et dont la plupart d’ailleurs sont heureusement restés sans postérité, probablement grâce à leur manque total de valeur artistique. La première moitié du dix-neuvième siècle en a vu une éclosion particulièrement riche.
Il existe aussi des portraits authentiquement peints au seizième siècle ; ce n’est que dans la suite que les graveurs ont cru qu’ils se rapportaient à Calvin, quoique de simples rapprochements de dates ou de lieux les eussent facilement détrompés. Ces erreurs, très fréquentes au début du dix-neuvième siècle, se perpétuent encore de nos jours. Si les originaux de Holbein et de Cranach n’ont existé que dans limagination des graveurs, le portrait peint par Paris Bordone, par exemple, existe bien au Louvre, mais il ne représente pas Calvin, quoi qu’en veuille prétendre Cosway (n° 268).
Pour Titien il en est autrement : c’est sur l’original même que figurent les noms de Calvin et de Titien, mais l’authenticité n’en est pas moins plus que douteuse (n° 3).
On a ainsi toutes les variétés d’erreurs : Cosway croit voir Calvin dans un tableau authentique de Paris Bordone, Cazenave croit pouvoir attribuer à Cranach le tableau de Rotterdam, Fr. Muller invente de toutes pièces l'existence d’un tableau de Holbein et on met le nom de Titien et de Calvin sur un tableau qui n’est probablement pas de Titien et ne représente pas Calvin.
Arrivés au terme de cette rapide étude, nous pouvons dire que ceux qui, dans l’avenir, voudront reproduire les traits de Calvin avec quelque chance de ressemblance, feront bien, pour l’âge mür, de se référer à la gravure n° $ ou au portrait de Rotterdam et à la gravure de la Fondation de la Schola ; pour les dernières années le tableau Tronchin, les gravures de Boyvin, de Cruche
et celles de Woeïriot leur donneront les renseignements voulus.
Dans le présent catalogue j'ai délibérément omis tous les portraits « manuscrits », c’est-à-dire peints ou dessinés, leur histoire et leur description étant faite par M. Doumergue dans la première. partie de ce volume; je me suis borné aux portraits imprimés, depuis ceux dus à la gravure sur métal ou sur pierre jusqu’à ceux obtenus par les procédés de reproduction photographique. Les groupes se suivent autant que possible dans le même ordre que dans l’histoire qu’a faite M. Doumergue des différents portraits.
J'ai séparé comme types spéciaux les gravures de Allardt (portrait de Bâle) et de Fr. Muller (portrait de Dresde), mais, comme je l’ai dit plus haut, je les considère comme des descendants du type de la gravure n° 5 ou du portrait de Rotterdam.
Par contre j'ai groupé ensemble les dérivés du portrait Tronchin, du portrait Rilliet et de celui de la Bibliothèque publique, ces derniers étant des dérivés du premier.
Jai fait pour les créations d’Hornung et d’Ary Scheffer des groupes spéciaux.
Toutes les gravures ne se rapportant pas à un des types précédents ont été rassemblées sous
l'étiquette de « Portraits de fantaisie », groupe sur lequel je me suis expliqué plus haut,
PRÉFACE 229
Le groupe suivant comprend celui des gravures qui reproduisent sous le nom de Calvin un portrait du seizième siècle qui était celui d’un autre personnage.
Enfin dans les deux derniers groupes j'ai réuni les gravures représentant des scènes de la vie de Calvin (Calvin retenu à Genève par Farel, etc.) et des statues.
Je me suis arrêté, pour tout le catalogue, aux pièces parues avant le 31 décembre 1908.
J'ai délibérément exclu toutes les gravures représentant des satires ou des allégories calviniennes et celles qui reproduisent des médailles. Le premier de ces groupes est traité dans tous ses détails par M. Doumergue, et, pour le deuxième, son inutilité résultait de l’exacte bibliographie dont M. Demole accompagne le catalogue des médailles calviniennes.
Chaque description commence par un numéro d’ordre. Puis vient le procédé employé (cuivre, bois, lithographie, etc.), l’époque précise ou approximative de la composition de l’image ; ensuite sont données les dimensions en millimètres, la hauteur précédant toujours la largeur ; toutes les fois que la chose était possible, j'ai donné les dimensions non de l’espace couvert par l’encre, mais celles de la plaque de métal sur laquelle original était gravé ; pour la lithographie la chose n’est pas possible, la pierre ne laissant pas d’empreinte sur le papier, et ce sont les dimensions de l’espace couvert d’encre qui sont données.
Puis vient la description de la gravure, les signatures qui y sont apposées, les légendes qui la couvrent ou l’accompagnent.
Enfin, quand j'ai pu la retrouver, j'ai noté la provenance bibliographique.
Toutes-les planches qui ne portent aucune indication figurent dans ma collection.
J'ai aussi fait des recherches à la Bibliothèque publique et universitaire et au Musée historique de la Réformation à Genève, à la Landesbibliothek et aux Archives de la famille de Mülinen à Berne, à la Stadtbibliothek de Zurich. Enfin j'ai eu en mains des documents provenant de collections privées à Genève et à Lausanne. Les pièces possédées par ces diverses institutions et ne figurant pas dans ma collection ont été chargées de signes spéciaux.
Pour faciliter aux propriétaires de portraits de Calvin la recherche d’une pièce donnée dans mon catalogue, jai fait suivre le catalogue d’une table alphabétique des noms dé peintres, graveurs, lithographes et même imprimeurs ou éditeurs mentionnés sur les planches elles-mêmes ; étant donnée une planche qui porte un nom quelconque, il suffira de se reporter à ce nom dans la table, pour trouver le numéro sous lequel est décrite la planche, et par conséquent le groupe auquel elle appartient.
Il me reste à faire en terminant des excuses et des remerciements.
Des excuses au lecteur, de lui présenter un travail très incomplet et certainement inexact sur bien des points. Que de gravures sans date ni indication d’origine ! Que d’indications incomplètes ou manquantes, surtout maintenant que la facilité des reproductions typographiques a rendu si grande la diffusion des livres illustrés! Combien de portraits de Calvin répandus dans les livres modernes et anciens ont dû ainsi m’échapper ? — Comme circonstances atténuantes j’invoquerai la nouveauté du travail que je présente au public, puisque c’est le premier catalogue iconographique sur Calvin, mon peu d’expérience technique et historique, et les obligations souvent impérieuses d’une profession qui ne permet pas les longues stations dans les archives et les bibliothèques.
Puissent ces graves lacunes, que je suis le premier à reconnaitre, encourager d’autres chercheurs à corriger et à compléter mon modeste travail; s’il est le point de départ de nouvelles décou-
vertes, je ne serai pas le dernier à y applaudir. En attendant, s’il peut être utile à ceux qui s’intéressent à la grande figure de notre Réformateur, ainsi qu’aux collectionneurs ou aux amateurs de gravures, j'estimerai n’avoir point perdu mon temps.
Qu'on me permette maintenant de remercier tous ceux qui m'ont aidé. Et d’abord M. Doumergue, qui n’a permis de puiser si largement dans la riche documentation qu’il accumule depuis de nombreuses années ; ces renseignements, récoltés dans les bibliothèques, les collections et les musées de Suisse, de France, de Hollande et d'Allemagne, m'ont été libéralement soumis; jai même eu entre les mains, à mesure qu’elles sortaient de presse, les épreuves du travail qui ouvre ce volume. Ma tache de groupement des gravures, de filiation des différents types en a été singulièrement facilitée et je puis même dire que sans cela je n’aurais pu arriver à chef. Mais, de plus, sans ses conseils pressants, le présent catalogue serait probablement encore à l’état d'œuvre embryonnaire, et sans son aimable hospitalité il n’aurait pas recu le haut patronage sous lequel il est présenté aujourd’hui au public.
Le directeur de notre Bibliothèque publique et universitaire et tous ses collaborateurs, que j'ai
souvent mis à contribution pour un renseignement ou un autre, voudront bien accepter ici un
juste tribut de reconnaissance, ainsi que le président et le conservateur du Musée historique de la Réformation qui ont fort obligeamment mis à ma disposition leur riche collection.
Enfin qu’il me soit permis d'adresser un hommage tout spécial à M. de Mülinen, le savant directeur de la Bibliothèque de Berne, qui à ouvert pour moi ses archives de famille renfermant une magnifique collection de portraits suisses.
À tous, nommés ou non, qui m'ont facilité la tâche, un cordial merci !
Genève, mars 1900.
Liste des abréviations.
Sig. Signatures. BP: Bibliothèque publique et universit. à Genève.
Léo. Légendes. B.S.H.P.F. Bibliothèque de la Société d’histoire du
Orig. Origine bibliographique. protestantisme français à Paris.
H. Hauteur. B7. Stadtbibliothek à Zurich.
Le Largeur. CD: Collection Doumergue. [sanne.
B. N. Landesbibliothek (Bibliothèque nationale) à CP: Collections particulières à Genève et à Lau- Berne. M. H. R. Musée historique de la Réformation à Genève.
Portrait à l'huile de la Touraine.
(Reproduit, pl. L.)