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LES PORTRAITS DE ROTTERDAM ET DE BALE

savait pas davantage. Depuis la mort de M. Œri, le portrait est resté dans la famille et se trouve actuellement chez un petit-fils, M. le D' phil. Albert Œri, rédacteur des Basler Nachrichten. — Et la date? Auprès de ceux qui jusqu'ici en ont parlé, il passe pour une œuvre du seizième siècle.

Or, M. le professeur D' Daniel Burckhard, — que je remercie vivement, — ancien Conservateur du Musée de Bâle, ayant bien voulu, sur ma demande, examiner attentivement le portrait, m'a envoyé l’appréciation suivante, dont il est inutile de souligner l'autorité et l’importance particulières : « C’est un portrait d’une peinture large et très fluide (breit und sehr flüssig vorgelragenes), dû à un peintre qui possédait bien son métier (von guten malerischen Qualitäten). En particulier, le modelage de la tête, au moyen d’un excellent jeu d’une lumière simple, pas cherchée (durch treffliche. Durchführung eines einfachen ungesuchten Beleuchtungsmotives), est extrêmement bien (vorzüglich) réussi. La physionomie intellectuelle (die geistige Durchbildung) est aussi bien rendue. — D’après sa technique, cette peinture est sans aucun doute (ganz unzweifelhaft) une œuvre du dix-huitième siècle, probablement la copie d’une gravure du type de Calvin en trois quarts. » — À moins que, — hypothèse que nous préférerions, — ce portrait soit une excellente copie d’une peinture antérieure, peut-être du seizième siècle.

Nous reproduisons deux gravures que nous indiquons : l’une Portrait de Bâle! (page 25), l’autre Portrait de Rotterdam-Bâle ? (page 26), — avec le col du portrait de Rotterdam et la légèreté du portrait de Bâle, — et qui sont de nature à indiquer la relation étroite entre ces deux

portraits. (La légende de la seconde gravure est la même que celle de la première.)

C’est le moment de comparer le portrait de Bâle avec celui de Rotterdam.

Il y a des différences. Dans le portrait de Rotterdam les yeux sont plus grands ; les rides plus visibles ; les ombres heurtent davantage les lumières. Il y a comme l’expression d’une souffrance particulière, et impression générale n’est pas identique devant les deux images. Le col du manteau, en fourrure dans le portrait de Bâle, est en étoffe dans le portrait de Rotterdam.

Toutefois, quelles ressemblances ! Même costume dans tous les détails, bonnet, cape, petit col blanc... Même pose : ici, identité est poussée à l’extrème. Le bout du nez dépasse la joue du même nombre de millimètres. Les rides, les ombres sont placées aux mêmes endroits. Il parait impossible que l’auteur d’un portrait n’ait pas eu sous les yeux l’autre portrait, ou des reproductions exactes.

Le portrait de Bâle est donc légitimé par le portrait de Rotterdam, et il reste une œuvre remarquable et importante, des plus importantes, pour l’âge -mûr de Calvin : nous avons bien là

Calvin entre quarante et cinquante ans.

Le Pseudo-Holbein de Dresde.

Ce portrait a joui, en Allemagne surtout, d’une très grande vogue. On le trouve, en belle et grande gravure, dans une foule de maisons, encore aujourd’hui. — C’est lui, par exemple, que Herzog, professeur de dogme réformé à Erlangen, l’éditeur de la Real Encyclopædie, avait dans son cabinet, à la place d'honneur, et dont il me répétait, à une époque où je ne songeais guère à

1. Cette gravure (Coll. Maillart-Gosse, Cat. N° 13) est signée Hugo Allardt exc, qui est mort en 1694.

2. Cette gravure, grande (H. 0,285, L. 0,250) et très belle, avec le revers du manteau en soie, se trouve à la Bibliothèque du protestantisme à Paris.

n’occuper de Calvin: « C’est le meilleur des portraits gravés du Réformateur. » — C’est lui que le célèbre calviniste hollandais, Groen van Prinsterer, mettait en tête de son opuscule: La Hollande et l’influence de Calvin, 1864, avec cette indication: « Le tableau original, d’après lequel la photographie a été prise, est de Holbein et se trouve à Dresde. » — Et le succès de ce portrait ! s’explique : il donne du Réformateur une physionomie grave, imposante, avec les traits généraux habituels,

mais sans rien de maladif.…

Le seul malheur est que nous sommes en présence d’un

faux.

La gravure originale

(0,341/0,272) ? porte les indi-

Pseudo-Holbein. cations suivantes : « H. Holbein pinxit, F. Müller sculpsit, » et, en allemand : « Le tableau original se trouve dans la salle des sessions du Consistoire supérieur royal de Saxe, à Dresde. »

En voici l’histoire.

Frappé, comme tant d’autres, par ce portrait, je priai un pasteur de Dresde de me donner quelques renseignements sur l’original. À mon grand étonnement, il me répondit qu’il ne trouvait nulle part le tableau indiqué. Naturellement, j'insistai; le pasteur renouvela ses recherches; notre correspondance dura un certain temps ; elle finit par cesser : impossible de rien apprendre sur le tableau décidément mystérieux.

Quelques années après, j’eus occasion de causer, comme je lai déjà raconté, avec M. César Malan fils, du portrait de Calvin à Hanau, et ici se place la suite des renseignements que voulut bien me fournir l’ancien pasteur de Francfort, M. Charles Schrœder, à la date du 29 mai 1894:

« En quittant Francfort, sur les indications de la gravure: le tableau original se trouve à Dresde, Lugardon se rendit dans cette ville, et, à son grand étonnement, n’y trouva ni le tableau d’Holbein, ni même, sur les gravures qu’on y vendait, les indications des sources d’après

lesquelles elles avaient été faites. Il me télégraphia à ce sujet, et, d’après les renseignements que

1. La Collection Maillart-Gosse contient sept reproductions différentes de ce portrait. 2. Collection Maillart-Gosse. (Cat. No 43.)

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