QUELQUES FAUSSES ATTRIBUTIONS
un an avant sa mort. Ce n’est pas la physionomie d’un homme épuisé, poitrinaire et moribond depuis des années], et je ne désespère pas de trouver, dans quelque nouvelle recherche et par une nouvelle faveur de la Providence, l’éclaircissement de ces difficultés apparentes !. »
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On a bien voulu nous signaler une peinture qui appartient à M. Adert, le fils de l’ancien directeur du Journal de Genève. On y voit un moine, à la figure émaciée, jeune et intéressante ; il est assis et joue du clavecin. A gauche est une jeune demoiselle, avec un chapeau à grande plume. À droite est un prêtre plus âgé, une crosse à la main: il regarde. — Au revers du tableau, une note au crayon dit: « In Firenze. La leçon de musique d’après Di Georgione. Le personnage qui tient le piano est le portrait de Calvin, à cette époque à la cour de Ferrare. » -- Calvin ne fut ni moine ni prêtre, et n’en porta jamais le costume: surtout pas à la cour de Ferrare. Le « portrait » ne rappelle ni de près ni de loin le Réformateur, et si l’on veut penser à quelques personnages historiques, il faudrait penser à quelque « Abélard et Héloïse ».
On a quelquefois parlé d’un Calvin qui serait au Musée Condé, à Chantilly. Avant d’aller le voir, je me permis d'écrire au directeur du Musée, qui, à la date du 15 octobre 1905, a bien voulu me répondre : « Aucun portrait de Calvin, peinture ou dessin, n’est conservé au Musée Condé: [lest vrai qu’autrefois on y donnait le nom de Calvin à un portrait peint du Réformateur Bugenhagen, par Holbein. Mais l’erreur a été rectifiée il y a une douzaine d’années et l’identification actuelle est certaine ?. »
Et le portrait du Louvre ? — On rencontre dans certaines collections une sanguine (140 X 111), portant les inscriptions suivantes: Paris Bordone pinx. M. Cosmay sculpsit. Et : Portrait de Calvin. Ce tableau peint sur toile vient de Versailles. En haut de la feuille : N° 7.
Il est vrai que l'original de ce dessin est au Louvre, sous le nom de « Portrait d'homme par Paris Bordone*. » Mais une colonne, à gauche, dans le tableau porte : Ætatis suæ ann: XXVIL, MDXXXX. Or, en 1540, Calvin n'avait pas vingt-sept ans, mais trente et un ans.
En 1886 (le 6 mai), à l'assemblée générale de la Société de l’histoire du protestantisme français, une communication intéressante fut faite sur « un nouveau portrait de Calvin ».
On avait découvert, — il y avait déjà trente-sept ans, — dans un jardin, aux environs d’Alais, un puits, et dans le puits, qu’on s’était mis à déblayer, à quelques mètres de profondeur, un
grand médaillon en métal, avec cette inscription, peu à peu dégagée : Calvin né 1509, mort 1564.
1. Bulletin, Ibid., p. 172-174. — 2. Voici une autre indication, — que nous n'avons pas pu vérifier, — de portrait de Calvin. On lit dans La Croix du 24 octobre 1905, à propos du palais royal d'Espagne et de ses statues : « Il semble que de leurs yeux de pierre, elles suivent obstinément le visiteur : comme les yeux de ce portrait de Calvin, légué jadis à Henri VIII par le cardinal Wolney (sic). »
3. En 1906, il a été reproduit par un des journaux les plus répandus de Paris, pour donner au public une idée de Calvin,
Avisé de la découverte, un géologue vint sur les lieux, et le résultat de ses études fut cette déclaration : « Le puits a dû être comblé dans le dernier tiers du dix-septième siècle, aux environs de la Révocation de l’édit de Nantes. » Jeté dans le puits il v avait deux siècles, le médaillon avait été coulé, quand ? Sans doute dans la première moïtié du dix-septième siècle, peut-être sous le règne de Henri IV. « Quoi qu’il en soit, ajoutait-on, aux yeux de bons juges, le médaillon est un chef-d'œuvre. Et ce qui doit en rehausser pour nous la valeur, c’est que le Réformateur nous y apparaît avec un caractère intense de vitalité, dans la plénitude de l’âge et de la force, etc.» Et une reproduction en terre cuite fut faite aux tuileries et briqueteries de Saint-Henri, près de Marseille.
Or la vérité exacte était celle-ci: Le médaillon représente en effet un Calvin d’après le type du bois de la collection Maillart-Gosse ; l’œuvre est bien réussie. Mais elle a été exécutée quelques années seulement avant la communication faite à l’assemblée du protestantisme, par un fondeur des environs d’Alais. C’est le fondeur lui-même qui attesta le fait à M. Vièles (alors directeur du Séminaire de Montauban), lequel avait trouvé un médaillon analogue dans la boutique du fondeur. L'histoire avait été forgée de toutes pièces et contée au trop honnête et trop confiant
historien qui lavait livrée à la publicité !.
Mais pour donner une idée des prodigieuses invraisemblances auxquelles on a pu arriver, — et dont toutes les collections renferment des spécimens risibles, — il suffira de signaler Pattribution à laquelle se rattache un nom célèbre, celui de Honoré de Balzac, et tout un ouvrage, toute une conception du calvinisme ? !
C’est un portrait, qui existe au Musée de Versailles, sous le N° 3234 (au deuxième étage). Il a été souvent reproduit, et fort bien. Nous le reproduisons. Il est vrai qu’il est aussi désigné: Portrait d'un inconnu. (Planche XVII, a.)
Le volume de H. de Balzac, écrit en 1842 #, est intitulé: Swr Catherine de Médicis. I] fait partie de la série des Etudes philosophiques, et nous présente « la grande et belle figure de Catherine, » « la majestueuse adversaire de la plus inféconde hérésie (p. 9). » « Tout s’explique, est-il dit, à la gloire de cette femme extraordinaire, » tout, y compris un double infanticide, dont notre historien n'hésite pas à la charger. D’après lui, Catherine de Médicis «a dû se reprocher la mort de François IT et celle de Charles IX, morts tous deux bien à temps pour la sauver. » En effet, « sil n’y eut pas d’empoisonnement, comme de graves auteurs l’ont dit, il y eut des combinaisons plus criminelles. Il est hors de doute qu’elle empêcha Paré de sauver l’un, et qu’elle accomplit sur autre un long assassinat moral. » Mais c’étaient des « moyens nécessaires (p. 13) ». Balzac dit encore : « Les écrivains philosophiques sont sans excuse, quand ils blâment Catherine de Médicis et Charles IX (p. 8). » — « Il y a, comme le dit Catherine dans la troisième partie de cette
étude, malheureusement, à toutes les époques, des écrivains hypocrites prêts à pleurer deux