Opuscules (1566), p. 1835. — 2. Zbid., p
3. F. Z. Collombet, Æfudes sur les historiens du Lyonnais, 1e série, 1839, p. 31. 4, Voir Jean Calvin, II, Appendice,
Il imprima des ouvrages aussi remarquables « par la beauté des types que par la parfaite correction du texte; » il composa des ouvrages d’édification et surtout de polémique.
Citons l’Alcoran des Cordeliers. « recueil des plus notables bourdes et blasphesmes de ceux qui ont osé comparer sainct François à Jésus-Christ. » Ce sont extraits (traduits) d’un livre de frère Barthélemi de Pise, dont Badius dit: « Ce maudit et exécrable livre est tel que quand tous les diables d’Enfer et tous les hommes aussi auroient amassé en un tous les blasphèmes et mensonges qu’ils sauroient jamais dégorger à l’encontre de Dieu, de Jésus-Christ, des Saints et de la Sacrée parole de Dieu, ils n’en sauroient plus dire qu’il en est là contenu !. »
Mais citons surtout les deux ouvrages suivants : Satyres chrestiennes de la cuisine päpale et Comédie du pape malade et tirant à la fin.
La première satire a été imprimée par Badius, 1560, et lui est attribuée, sans qu’on puisse affirmer avec une pleine certitude qu’elle ait été composée par lui. Comme il l’avait mise sous presse avant d’avoir obtenu l'autorisation du Conseil, il fut retenu en prison du vendredi $ janvier 1560 jusqu’au lundi suivant.
Voici l’avis au verso du titre :
Aux caphars, Venez, que le poil vous reviene,
Qui désire à nul ne desplaire, Tondus, pelez, ne tardez point.
De nul inviter se souvienne. Emplir vous faut (quoy qu'en adviene) A vous caphars, ne veux complaire : De ce brouet chausse et pourpoint.
Je vous invite. Or sus qu'on viene.
Suit avis au « lecteur » qui expose sa théorie satirique, fondée sur sa propre expérience :
« Encores que j’eusse ouy parler des poincts qui sont aujourd’huy en controverse, je refusoye à mon escient, de recevoir en main les graves et excellens traittez, qui démonstrent plus clair que le jour les erreurs et abus de ces Papelastres. Mais ayant jetté ma veue sur certains escrits facétieux, et toutesfois chrestiens, aussi tost nostre bon Dieu m’a tant fait sonder les secrets de sa Parole, que tout incontinent j’ay eu horreur de l’abysme où peu au paravant je m’estoye précipité. Et lors me souveint du vers d’'Horace : Qu'est-ce, dit-il, qui empesche que celuy qui rit ne die la vérité? Ainsi donc je suis venu d’un rien à un tout, comme en riant. Et de faict, il est certain que les diverses accoustumances des hommes, et les diverses natures font que la vérité se doit enseigner par divers moyens : de sorte que non seulement elle peut estre reçeue par démonstrations et graves authoritez, mais aussi sous la couverture de quelque facétie. Et pour preuve de cela, il m'a semblé bon de me présenter en exemple pour prendre les autres, ainsi que Jay esté prins pour estre mené en une très gracieuse prison. Or ayant à cest effect considéré la source de tout le mal, remué tout le mesnage de cest antechrist le Pape, je me suis rué de droite cholère en sa cuisine, là où j’ay veu ses cuisiniers sous accoustremens de simplicité et honesteté, superbes et deshonestes pautoniers ; ses ustensiles, sous couleur de pureté et bonne odeur, gras et puans instrumens ; ses vins, viandes, et services, sous artificielles douceurs, boire et manger abominablement venimeux et infets ; les frais excessifs, et, qui pis est, supportez par gens misérablement hébétez et abrutis. Et lors m’est venu en pensée, qu’ainsi que suyvant le proverbe, à bien fonder une maison, il faut commencer par la cuisine : par le contraire, à la démolir il faut semblablement donner les premiers coups à la cuisine. Ce que j’ay tasché de faire yci.... »
1, France protestante, 2° édit., article Bade.
Sus donc, à coup plume, escritoire, Pluton tousjours y fait la feste Lecteur, je t'escriray l'histoire, De sa mignongne Proserpine, L'histoire de la grand cuisine Autrement, Papauté la fine !.….
Des voluptez de Mélusine...
Il y a plus de cent pages de satire violente, et enfin vient cet « escriteau sur la cuisine papale » :
Ceste cuisine, à coquina, Car rien que paillards coquins n'ha Proprement se nomme coquine : Avec lesquels elle coquine ?.
La « Comédie du pape malade et tirant à la fin. traduite de vulgaire arabic en bon -omman et intelligible, par Thrasibule Phénice, » 1661, est très certainement de Badius.
« L’autheur au lecteur fidèle » explique : « Ne vous offensez point, Ô Lecteur, de la liberté que je pren. Car le temps de lumière est venu qu’il faut que la vie ignominieuse de ce monstre infernal [la Papauté] et de tous ceux de sa secte soit descouverte, comme Dieu la jadis prédit par son prophète Nahum.…. Or, donques, ceux qui sont encore scrupuleux, et qui trouvent ces repréhensions satyriques trop aigres et violentes, apprennent que les douces et amiables remonstrances dont on a usé si souvent et de si longtemps n’ont de rien servi, et que le mal est teliement creu, qu’il n’est plus question de médicamens lénitifs, ains de cautères et incisions... Au reste, quand à ce que j'intitule ce présent jeu Comédie, touteffois je ne retien point la mode des anciens comiques qui ont distingué leurs Comédies en actes et scènes... Ayant esgard que j’escrivoye pour les simples, j’ay pensé qu’un fil continuel leur plairoit plus que ces interruptions qui se font ès scènes, ès l’artifice qu’on tient ès comédies. Cependant je n’ay pas laissé de donner à ce mien jeu ce nom, par ce que le définiment de la papauté est prochain... et lors il y aura matière de joye, comme c’est le naturel des Comédies d’avoir commencement fascheux et issue joyeuse ÿ. »
Les personnages sont nombreux. On y distingue l’outrecuide (qui représente Villegagnon) et ambitieux (qui représente sans doute Castellion). Et sur la pièce elle-même, voici deux jugements : « Ceste satyre, outrée et indécente, est en même temps bien écrite, et remplie de traits véritablement comiques. » (La Valière.) — « Il est à regretter que toute la pièce n’offre pas le même caractère de dignité, de convenance, et qu’on y rencontre des détails où le comique rappelle celui d’Aristophane, avec ses obscénités. » (France protestante, 2° édit.)
Citons :
Prestrise commence.
Père très sainct, appuyez-vous Sur mon espaule ; allez tout dous De peur d'esmouvoir vostre rheume.
1. La cuisine papale (réimpression), p. 7. — 2. Zbid., p. 180.
3. Lenient, La Satire en France, 1, p. 172-173, est très choqué et insiste sur la grossièreté de plusieurs passages : « De là aussi, dit-il, chez tant d'hommes austères, impitoyables pour le moindre écart de conduite, une licence et une crudité d'expression, devant laquelle notre pudeur s’effarouche. Combien de ces pages écoutées avidemment, le soir, dans les graves familles de Genève, auraient peine à être citées aujourd hui. On n'y songeait point alors. L'esprit de parti excusant les rudesses du style, ou l'indécence des Jacéties en faveur de l'intention. Il ne nous vient pas à la pensée de nier ni l'esprit de parti d’un côté ni l'indécence des facéties de l’autre. Mais nous ne croyons pas que cela explique ceci. L'explication est tout simplement dans les habitudes de langage, qui étaient fort différentes autrefois et aujourd’hui. Et la preuve c'est qu'on peut trouver une foule de passages, — dans les sermons de Calvin, — aussi difficiles à citer que les passages de ces satires.
Le pape.
Mon foye est dur comme une enclume, J'ay tant la ratelle oppilée!
Une kyrielle pilée,
Avecques un Fidelium,
Et de l'Intesperantium,
Un peu de poudre d'Oremus Et autant de Te Rogamus, Serviroit bien de cataplasme.
Satan arrive et dépouille son courrier, si l’on peut s’exprimer ainsi :
Mémoire de fermer la porte Par où les livres on apporte Qui font les gens Luthériens
- Ou pour le moins bien gros chrestiens.
— Et qui diable en viendroit à bout, Quand il y a breche par tout?
Mémoire d'aller visiter Et grandement soliciter
De son devoir Monsieur le Pape.
— J'ay grand peur que la mort le happe.
Il est ja bien intéressé,
Ladre, pourri, vieil et cassé.
Si faut-il faire mon message
Pour luy eschauffer le courage
A tenir bon par monts et vaux
Contre ces maudits Huguenaux.
Satan a de grandes craintes pour l’avenir et prévoit beaucoup de malheurs :
Poures porteurs de rogatons Vous n'aurez plus le vent en poupe.
Adieu marmite, adieu la soupe,
Il aperçoit le pape :
Adieu bon temps, adieu repos, Adieu les verres, adieu les pots.
Or ça, je vois le Père sainct Qui tousse, qui crache et se plainct, Accompagné de fils et fille...
Et il le salue :
Père très sainct je te salue Par un prince de grand value, Belzébuh ton seigneur et père,
Et le danger où tu es mis, Comme au meilleur de ses amis M'envoye pour te secourir !.
Lequel entendant ta misère,
On voit le cadre et le procédé.
2. Il est naturel que le vers satirique ait accompagné et même précédé l’image satirique. Car il est plus facile de faire et surtout de répandre une chanson qu’une caricature. Et si nous avions la série complète des chansons et des caricatures nous pourrions sans doute constater bien des rapports curieux.
* Mais nous n’avons que quelques chansons et quelques caricatures et nous nous bornons à deux ou trois indications.
Le cerveau des chansonniers est hanté par la comparaison des adversaires avec des bêtes.
Contre le pape (1555) :
Le pape et les siens, tout C'est un troupeau de loups...
Le pape et tous les siens Est un troupeau de chiens ?.
1. Les Satyres chrestiennes de la cuisine papale et la Comédie du pape malade ont été réimprimés par Fick, en 1857 et 1859, pour M. Gustave Revilliod. (Bibl. de Genève.) 2. H.-L. Bordier. Le Chansonnier huguenot du seizième siècle, 1870, p. 129-132.
L’âne apparaît devant l’autel ou la chaire :
« Noël nouveau de la description ou forme et manière de dire la messe. » (1564.)
L'on sonne une cloche Le prestre se vest Dix ou douze coups, Hari Hari l’asne, le prestre se vest, Le peuple s'approche Hari bouriquet !.
Se met à genoux:
Ou bien voici un de ces lits de mort symboliques comme nous en retrouverons plusieurs. La messe est personnifiée : c’est une personne qui meurt. « Chanson nouvelle de la messe désespérée
et enragée voyant approcher sa fin et horrible ruyne. » (1552)
Même genre:
« Désolation de la messe expirant en chantant. » Avant 1555.
Spiritus, Salve, requiem, Feray-je des martyrs ou vierges ? Je ne sçay si je diray bien. De ventre ad te clamamus ! Quel /ntroite, noremus Sonnez là, allumez ces cierges.
e prenne: Sancte, Agimus, Y a-t-il du pain et du vin ?? P & P
Notons enfin une pièce curieuse, retrouvée, croyons-nous, par M. Amphoux, pasteur au Havre :
J'abjure de bon cœur Le pape et son empire; Luther, ce grand docteur, : Est l'objet qui m'attire; Etc: Etc.
Si l’on lit une colonne après l’autre, c’est une chanson catholique. Mais si l’on lit chaque ligne des deux colonnes :
J'abjure de bon cœur le pape et son empire; Luther, ce grand docteur, est l'objet qui m'attire; Ete
on a une chanson protestante. — Aïnsi les huguenots s’ingéniaient à tromper la surveillance de
leurs persécuteurs.