‹ Iconographie calvinienne :Chapitre 91 sur 221 · Opera IX, p. 425et ss · texte numérisé non relu

Opera IX, p. 425et ss

estoit tout farci de la doctrine qui est requise à celuy qui parle en telle qualité ; combien que chacun sache qu’il a esté tousjours plongé in ganeis et lustris. Si on demande à Lyon famosum lupanar, sa maison aura sans difficulté le premier lieu. Il n’a pas sa porte moins ouverte à toutes paillardises et autres telles vilainies, que s’il en tenoit boutique avec enseigne pendue. Il fréquente force maisons pleines de vilainies, et en flaire la puanteur, comme un chien de chasse, courant après, comme si c’estoit une odeur bien souefve [suave].. S'il ne portoit les marques de Vénus en son visage comme flétrisseure, possible que la preuve en seroit plus difficile. Mais il est expédient de savoir comment ceste playe luy est bien escheute !. »

Et Calvin raconte, avec détails et noms propres à l’appui, l’aventure ignoble, au cours de laquelle Saconay reçut sa balafre. « Ces belles armoiries, que ex lupanari retulit, le font hardi à se magnifier en un haut parler, tellement qu’il ose tonner comme si ses vilainies n’estoyent cogneues de personne, et mesme ce bon prud’homme entreprend d’estre advocat de chasteté. »

Et alors : « Comment doncques, vilain, duquel la bouche est si puante qu’il n’en pourroit y sortir que punaisie (teterrimum fœtorem), falloit-il que ceci fust adjousté pour comble de ton impudence, que tu osasses sonner un mot de chasteté? Oserois-tu bien nier, mastin, que si l’adultère estoit tenu capital à Lyon, comme il doit, que tu n’ayes mérité une centaine de morts? Et cependant, ganeo, tu te viendras ingérer en public d’estre advocat de chas- CETTE

Et les détails tombent comme coups « d’estrivières ». Et « ceste saincte pucelle » (pro virgineo suo pudore) accuse les Réformés de toutes les turpitudes, qu’ils commettraient à Paris, dans leurs assemblées, chandelles éteintes, tandis que Genève est nommée « un esgoust d’ordures, où les fugitifs se veautrent en dissolutions comme pourceaux en la fange %. » « Où est-ce, 6 pourceau, que tu as trouvé ce monstre ( porlentum), dont tu grognes ? »

Suit l’histoire de « la belle Cordière » (plebeia meretrix), et l’histoire d’un vol. « Mais c’est trop parlé des mœurs sales et vilaines de ceste beste. »

Toutefois, Calvin a quelque chose à dire encore de lui-même :

« Quant à ce que Messire Gabriel appette d’être facétieux en demandant où est la saincteté, la chasteté, les jusnes et vigiles de Calvin ; en voulant brocarder sottement, il monstre qu’il ne sait que c’est de facétie. Il seroit à désirer que les ennemis de l'Evangile, je ne di pas tels pourceaux que Saconay, mais ceux qui ont quelque belle monstre d’honnesteté, approchassent de ses vertus, lesquelles font crever de dépit les plus furieux zélateurs de la Papauté. Et quand il insiste en ce passage et dit: « Toy, quiconques es chrestien, sois icy diligemment attentif. » Je vous prie, en requérant telle attention, craignoit-il que ses aureilles d’asne ne fussent assez éminentes à telles sottises >... Mais puisque c’est un mensonge trop frivolle que rien plus, fi de la puantise de Gabriel 4! »

Après quoi Calvin montre l’ignorance de « ce gros veau » 5. — Il lui demande si « sa galle Va rendu si stupide qu’il ne sente point quand on le perce de tous costezf. » — «Si cest asnier ne sait pas les rudimens de grammaire, faut-il qu’un homme qui parlera bien latin porte la peine de ceste ignorance ?... — Ce chien osera-il encores gronder que Calvin parle sans escri-

1. Opuscules (1566), p. 1822. — 2. Jbid., p. 1823. — 3. Jbid., p. 1841. — 4. Jbid., p. 1830, 1831. — 5, Jbid., p. 1831. — 6. Jbid., p. 1833.

ture ? Plustost ayant honte de regarder le soleil, qu’il s’en aille se cacher au giron de quelque p. (in alicujus scorti gremium) !. »

Conclusion générale :

« Que tous ces pourceaux s’efforcent de deffigurer nostre doctrine avec leur groin, ou qu’ils grondent à l'encontre; que tous chiens aussi abbayent après, et s'efforcent de la mordre, et deschirer ; que Messire Gabriel face tous les deux, elle se défendra très bien contre toutes leurs

vilainies ?. »

Nous ne soutiendrons pas que-ce langage soit du plus pur atticisme. Calvin est rude, violent, grossier. Saconay est payé de sa propre monnaie. — Mais c’est une réponse. Et nous avons vu à quoi tendaient les attaques du Précenteur : à l’extermination des calvinistes. Au surplus, ce qui est en question, c’est la vérité. Saconay calomniait. Calvin calomniait-il, ou disait-il la vérité ? Un auteur aussi peu impartial que F. Z. Collombet, ancien élève du grand Séminaire d’Irénée, à Lyon, écrit : « Il est difficile de pousser l’invective aussi loin [c’est toujours la « candeur » de Saconay] et de descendre à une colère plus basse et plus avilissante que ne le fait le bénin Réformateur. » — Et cependant il ajoute: « Nous ne voulons pas dire pourtant que les reproches qu'il adresse à G. de Saconay ne fussent pas fondés. Le précenteur de Saint-Jean pouvait très bien chercher à défendre l’Eglise dans ses écrits, et s’oublier dans sa conduite ?. »

De cette satire à la caricature proprement dite, il n’y avait pas loin. Les dessins étaient prêts, burinés à gros traits. La même caricature explique, traduÿ et orne les deux ouvrages de G. de Saconay.

On voit toute la part que le rire a prise dans cette révolution de la morale et de la foi. — On voit de quel genre fut le rire particulier de Calvin. Souvent ce fut la flèche qui perce de part en part, souvent ce fut la massue qui écrase et anéantit, toujours ce fut une arme terrible. Avec lui la plaisanterie eut moins de gaieté ; presque toujours, sinon toujours, elle eut plus. de dignité : son

but légitime explique, s’il ne légitime pas, au moins pour notre époque, ses écarts.

Il y a lieu, nous semble-t-il, de parler brièvement, comime à titre d’appendice, d’un auteur et de tout un genre de littérature qui achèveront de nous faire bien connaître le milieu plus ou

moins proche de Calvin dans lequel prit naissance la caricature calviniste.

1. L'auteur vivait dans la société de Calvin et de Bèze, à Genève; nous voulons parler de l’imprimeur Conrad Badius. Né à Paris en 1510, beau-frère de l’illustre Robert Estienne, digne de lui par son esprit, et partageant sa foi, il s’était retiré presque avec lui à Genève (habitant de Genève, 1550, bourgeois, 1555). Il mourut de la peste à Orléans, où il exerçait les fonctions de pasteur, 1562 !. |

Calvin fut le parrain de sa fille aînée, 1552, et Théodore de Bèëze d’une autre fille, 1558.

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