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II INTRODUCTION

De ces personnages exécutés par des sculpteurs, des ciseleurs ou des peintres, les intempéries des saisons, la succession des siècles, les révolutions humaines en ont singulièrement diminué le nombre; cependant tout le personnel figuré de Chartres et de Bourges existe en entier, et celui de Lyon aux trois quarts; de celui de Reims et de Strasbourg il reste plus de la moitié. Les grandes cathédrales, celles qui étaient le plus peuplées, ont moins souffert que les églises de second ou de troisième ordre; en sorte que la France est même aujourd'hui d'une richesse incroyable en statues et en vitraux. La seule ville de Troyes possède neuf églises éclairées encore de verrières historiées, et qui vont du xiii*^ au xvii^ siècle.

Tous ces personnages sculptés et peints dans les églises sont religieux, à peu d'exceptions près : c'est toujours dans la Bible et la Légende dorée, quelquefois dans les fabliaux et autres poésies populaires, raremient dans les chroniques, presque jamais dans fhistoire proprement dite, qu'il faut en chercher fexplication. C'est avec les deux premiers ouvrages en main, la Bible et la Légende, qu'on doit étudier fart figuré de nos cathédrales, et non pas avec les Monuments de la monarchie françoise , du P. Montfaucon , dont le système pourrait faire tomber dans de graves erreurs.

L'instruction du peuple et f édification des fidèles semblent avoir été le but principal et général que se proposait le christianisme en adoptant ce mode curieux d'ornementation historiée. Des textes de toutes les époques témoignent que telle était la pensée qui a présidé à f exécution et à l'ordonnance des figures et des statues qui remplissent les monuments religieux. Ces textes sont nombreux; on se contentera d'en rappeler quelques-uns, en commençant par le plus nouveau, par une inscription qui se lisait autrefois dans f église de Saint-Nizier de Troyes, et qui a disparu avec la fenêtre historiée de personnages au bas de laquelle elle étaitpeinte. Un curé de Saint-Nizier fit peindre sur verre , au xvi^ siècle , les principaux sujets de l'Evangile , de la Légende et du dogme, et les plaça dans les fenêtres de la nef, du chœur, de f abside et des bas-côtés, où on les voit encore aujour-

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d'hui. Au bas de la fenêtre occidentale, il écrivit : Sanctœ plebi Dei. A une époque bien différente, en 433, le pape Sixte III dédiait aussi au peuple de Dieu la mosaïque de Sainte-Marie-Majeure, à Rome, et sous les personnages sacrés qu'il avait fait représenter plaçait cette inscription : Xistus episcopus plebi Dei^. Donc, aux deux extrémités du moyen âge , au v*^ et au xvf siècle , vivait la même pensée formulée par les mêmes paroles; entre ces deux limites, cette pensée a été développée en détail et souvent commentée avec éloquence. Ainsi, à la fin du vii^ siècle, Benoît Biscop, abbé de Weremouth, en Angleterre , orna de peintures rapportées d'Italie une église qu'il avait fait bâtir. Il voulait qu'en entrant dans la maison de Dieu tous, même ceux qui ne savaient pas lire, eussent sous leurs regards, partout où ils les dirigeraient, l'image toujours aimable du Christ et de ses saints. Il provoquait ainsi la méditation sur le bienfait de l'incarnation divine, et rappelait, en montrant le jugement dernier, qu'on devait s'examiner avec sévérité ^. Pour le même motif saint Jean Damascène, au viii^ siècle, défendait les images. «Les images parlent, s'écrie l'éloquent apologiste; elles ne sont ni muettes, ni privées de vie comme les idoles des païens. En effet, toute peinture que nous lisons dans l'église raconte, comme si elle parlait, l'abaissement du Christ pour nous, les miracles de la mère de Dieu, les actions et les combats des saints. Toute image ouvre le cœur et l'intelligence; elle nous engage à imiter d'une façon merveilleuse et ineffable les personnes qu'elle représente ^. »

' Ciampini , Vetera monimenta , p. 49, pars prima.

" « Quatenus intrantes ecclesiam omnes , eliam litterarum ignari , quaquaversum inten- « derent, vel semper amabilem Christi sanctorumque ejus , quamvis in imagine, contem- « plarenlur adspectum ; vel dominicae incarnationis gratiam vigilantiore mente recole- «rent; vel extremi discrimen examinis, quasi coram oculis habenles, districtius se ipsi « examinare meminissent. » {Act. SS. ord. S. Bened. 2° vol. ou if siècle bénédict. — Vie de S. Benoît Biscop, premier ahhé de Weremouth, écrite par Bède le Vénérable, son disciple.) « Etiam loquunlur (imagines), nec mutae prorsus sunt omnisve sensus expertes, uti « gentium idola. Omnis enim pictura quam in ecclesia legimus , aut Christi ad nos demis- « sionem , aut Dei genitricis miracula, aut sanctorum certamina et res gestas, velut ima- « gine loquente, enarrat; sensumque ac mentem aperit, ut miris eos infandisque modis

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