‹ Iconographie chrétienneChapitre 2 sur 141 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

En 102 5, un synode d'Arras déclarait, comme Benoît Biscop, que les illettrés contemplaient dans les linéaments de la peinture ce qu'ils n'avaient pas appris à lire et ce qu'ils ne pouvaient voir dans l'écriture \ Un chroniqueur ecclésiastique d'Auxerre vient appuyer d'un texte intéressant les textes qui précèdent et confirmer la doctrine religieuse relative aux images. On lit dans son Histoire des évêques d'Auxerre que sous l'évêque Geoffroi, fils de Hugues, vicomte de Nevers, au temps du roi Henri P'", la cathédrale d'Auxerre fut ravagée par un incendie. En un an l'évêque la fit restaurer, réparer en vitraux, et couvrir d'un toit en charpente et en tuiles. Sur le mur circulaire de clôture qui environnait l'autel, il fit peindre les portraits des saints prélats ses prédécesseurs. Il voulait , par ce moyen , non-seulement écarter de l'œil des prêtres officiants la vue des objets vains et profanes, mais encore et surtout venir en aide à ceux que la vanité ou l'ennui distrairaient d'eux-mêmes. Ainsi, à la présence de ces images et au souvenir de tous ces personnages vertueux exhumés par la peinture , l'esprit de chacun était rappelé , comme par un conseil vivant, au courage de la piété ^. A ce passage explicite, et qui est du xi^ siècle, comme le concile d'Arras, nous ajouterons pour complément ce que saint Paulin , évêque de Noie, près de Naples, écrivait au commencement du v^, antérieure-

" aemulemur. » (Opéra S. Johannis Damasceni , Adversus Constantinum Cabalinum oratio, vol. I , p. 6 1 9 , édit. de 1712, in-fol. )

« niiterati , quod per scripturam non possunt intueri , hoc per quaedam picturae linea- " menta contemplanlur. » Suger (de Administratione sua, ap. Félibien, Histoire de l'abbaye de Saint-Denis, Pièces justificatives) s'exprime absolument de même cent quinze ans après le concile d'Arras.

« Neque de corona mûri claudentis altare , sanctorumque praesulum pictas habentis « effigies silere justum est, quem canentium oculis sacerdotum non solum ideo opposuit « ut ab eis visus inanes et illicites excluderet , verum et idcirco , ut si quis vanitate vel « taedio gravatus extra se duceretur, sicut saepe contingere ex nostrae fragilitatis vitio solet, « illa praesenti visione et aperta tôt bonorum per picturam memoria mentem et omnium « quasi vivo revocatus consilio ad fortitudinem pietatis relevaret. » [Nova Bibliotheca manuscriptomm librorum, par le P. Labbe, tom. I, p. 452 ; Historia episcoporum Autissiodorensiiim. Paris, 1662, in-fol.)

INTRODUCTION. v

ment aux textes qu'on vient de ]ire. Saint Paulin décrit les peintures qu'il avait fait exécuter dans la basilique de Saint-Félix, bâtie par lui à Fondi : « A qui me demanderait , dit-il , pourquoi , ce qui est peu commun, j'ai fait peindre des sujets à personnages dans cette demeure sacrée, je répondrais : Dans la foule qu'attire la gloire de saint Félix , il y a des paysans à foi toute récente , qui ne savent pas lire, et qui ne se sont convertis à Jésus-Christ qu'après avoir longtemps sacrifié aux usages profanes et avoir obéi à leur ventre comme à un dieu. Ils arrivent de loin et de toutes les campagnes. Fiéchauffés par la foi, ils méprisent la gelée; ils passent la nuit entière dans des veilles joyeuses; ils chassent le sommeil par la gaieté, et les ténèbres par les flambeaux. Mais ils mêlent les festins aux prières, et, après les hymnes chantés à Dieu, ils se livrent à la bonne chère; ils rougissent joyeusement d'un vin odorant les tombeaux des saints. Ils chantent au milieu des verres , et , par leur bouche , le démon ivre insulte saint Félix. Il m'a donc semblé utile d'égayer par des peintures l'habitation tout entière du saint patron; peut-être que des images tracées avec des couleurs feront un spectacle à surprendre d'étonnement ces esprits grossiers. En tête des sujets sont placées des inscriptions, pour que la lettre explique ce que la main a développé. Tandis qu'ils se montrent et se relisent ainsi tour à tour à eux-mêmes ces objets peints, ils ne songent que plus tard à manger; ils nourrissent le jeûne avec leurs yeux. La peinture trompe la faim , et des habitudes meilleures s'emparent de ces hommes étonnés. En lisant ces saintes histoires, la chasteté et la vertu naissent engendrées par de pieux exemples. Les chrétiens altérés s'enivrent de sobriété et oublient l'excès du vin. Tandis qu'ils passent une grande partie du jour à regarder ces peintures, ils boivent beaucoup moins, car il ne reste plus pour le repas que de trop courts instants ^ »

Ainsi donc, à ces hommes du moyen âge, à tous ces chrétiens impressionnables, mais qui ne savaient pas lire, le clergé livrait des

' « Forte requiratur quanam ratione gerendi « Sederit hœc nobis sententia pingere sanctas ,

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