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NIMBE EN PERSPECTIVE, À SIMPLE FILET DE LUMIERE

Dispute du saint sacrement de Raphaël.

Les monuments qui fournissent ces variétés du nimbe et d'autres encore sont à la portée de tout le monde. Les églises de Paris, par exemple, depuis Saint-Germain-des-Prés jusqu'à Saint-Sulpice , en passant par la cathédrale , la Sainte-Chapelle, Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint -Eustache et Saint- Etienne-du-Mont , donnent sur tous les points la plus complète satisfaction. Toutes les espèces et toutes les phases du nimbe abondent sur les sculptures et les vitraux qui décorent ces monuments, et qui fournissent une période de sept et peutêtre de neuf siècles.

Enfin, comme toutes choses, le nimbe s'évanouit. A la fin du xvi*' siècle, non-seulement les saints, non-seulement les apôtres et la Vierge, mais les anges, mais Dieu le Père et Jésus-Christ furent dépouillés de cet attribut caractéristique. Quand le nimbe par hasard apparaît encore, illuminant quelque statue ou figure, c'est que l'artiste, luttant contre la mode, a fait de farchaïsme. Une foule de monuments qui datent de cette époque et se prolongent jusqu'à la nôtre nous

montrent sans nimbe les personnages divins, angéliques ou sanctifiés ^ Ainsi, à la fin du moyen âge se reproduisit un fait qui avait signalé son commencement : Dieu et ses saints furent représentés sans nimbe. Aux premiers jours du christianisme le nimbe n'existait pas encore; aux derniers jours du xv'' siècle il n'existait déjà plus ^. Prenez l'ange pour exemple, et appliquez cet exemple à Dieu et à tous les saints. Dans l'Histoire de l'ange , une planche est prise d'un sarcophage des plus anciennes époques chrétiennes, et montre deux créatures humaines et ailées tenant des livres sur une frise dont le centre est occupé par une croix pâtée; une autre planche est tirée d'un manuscrit du xvi^ siècle, et donne deux anges qui tiennent les armes du cardinal de Lorraine, archevêque de Reims. Les premiers anges n'ont pas encore de nimbe, les seconds n'en ont plus; mais les seconds comme les premiers ressemblent aux génies antiques, dont, au reste, ils exercent à peu près les fonctions.

Pourtant, de nos jours où l'on comprend mieux le christianisme, où surtout on l'étudié avec plus d'intelligence, le nimbe a été réhabilité. Mais nous vivons à une époque d'éclectisme où l'on adopte toutes les formes et toutes les idées antérieures sans trop s'inquiéter de la confusion , de l'amalgame

' Voyez , à l'Histoire de Jésus-Christ et de la Trinité, les personnes divines tirées d'une sculpture en pierie , des environs de Troyes. Ce bas-relief est de la fin du xvi° siècle et représente la Trinité couronnant la vierge Marie après son assomption. Marie, les deux anges qui l'ont emportée au ciel et les trois personnes qui la couronnent n'offrent pas la moindre trace de nimbe ni de gloire. Rien n'est plus huinain , ni plus froidement réel.

^ Le Bréviaire de Salisbury, qui est de iA34 , à la Bibliothèque royale, montre dès cette époque l'indifférence qu'on avait pour le nimbe. A la cène, Jésus-Christ a le nimbe, mais non crucifère; à l'Annonciation, le Saint-Esprit n'a pas de croix non plus sur son nimbe. Presque tous les anges, et ils sont nombreux dans ce manuscrit, l'un des plus riches en miniatures, sont déjà dépouillés de toute espèce de nimbe.

où cet esprit de compréhension absolue nous entraine. Nos artistes décorent donc leurs figures de nimbes en disque, de nimbes en cercle, de nimbes en triangle et de nimbes en auréole, à peu près arbitrairement; puis, comme ils sont assez peu versés en archéologie, ils croisent ces nimbes à de simples saints, indignes d'un pareil honneur, ou bien, par contre, décorent Dieu d'un nimbe tout uni, en le dépouillant de sa croix divine. Ainsi l'on voit des tableaux qui représentent la sainte Famille , et là souvent saint Joseph est nimbé d'un nimbe croisé , tandis que l'enfant Jésus a un nimbe sans croix. L'artiste, d'un coup de pinceau, dérobe donc à Jésus sa divinité pour en gratifier un homme.

L'auréole, comme Ton a dit plus haut, est le nimbe de tout le corps, de même que le nimbe est fauréole de la tête.

Ce mot vient du latin auréola, diminutif d'AURA, petit vent, air, souffle. Aura veut dire aussi jour et lumière, parce que le jour et la lumière se lèvent le matin avec le petit vent de l'aurore; ou bien encore éclat et flamme, qui sont fefflorescence de la lumière et du jour. Dans Horace, ce mot désigne une odeur suave, un parfum léger.

Jura vient du grec clvocl, vent doux, zéphyr, exhalaison, vapeur, aurore enfin. Toutes ces significations, qui se ramènent à une seule — souffle lumineux — , désignent bien la nature de fauréole, qui est une flamme; elle se traduit, en iconographie, par des ondulations qui entourent le corps, ou par des raies qui figurent des rayons. L'auréole et le nimbe sont donc de même nature, un nuage transparent, une lumière solide. C'est une auréole surtout, plutôt qu'un nimbe encore, qui

enveloppait Minerve de son atmosphère lumineuse, lorsque

Virgile montre cette déesse nimbo effulgens ^ *

L'auréole est un nimbe agrandi, comme le nimbe est une auréole diminuée. Le nimbe ceint la tête; l'auréole entoure le corps tout entier. L'auréole est comme une draperie , comme un manteau de lumière qui enveloppe tout le corps depuis les pieds jusqu'au sommet du crâne. Le mot d'auréole est très-usité en iconographie chrétienne; mais il est vague, et on l'applique tantôt à l'ornement de la tête , tantôt à celui du corps. Ici nous le restreignons et nous l'afl'ectons uniquement à ce grand nimbe qui encadre presque toujours Jésus- Christ et quelquefois la Vierge. Cependant les antiquaires appellent ce nimbe vessie de poisson (vesica piscis); mais une terminologie qui se respecte doit repousser, pour sa grossièreté, une pareille expression; elle a été inventée par les antiquaires anglais, qui en abusent. Du reste cette dénomination est fausse, car très-souvent l'auréole n'a pas la forme d'une vessie, comme nous allons le voir. On Ta aussi appelée ovale divin ou amande mystique; le mot de mystique préjuge, avant tout examen, une intention symbolique dont on peut iort raisonnablement douter. D'ailleurs elle n'est souvent ni un ovale ni une amande; c'est tout simplement le nimbe de la tête. La tête est ronde, le nimbe est rond; le corps debout lorme un ovale allongé, fauréole aussi s'allonge ordinairement à peu près en forme d'ovale. Mais, quand le corps est assis,

' Enéide, lib IL v. 6i5 :

Jam summas arces Tritonia , respice , Pallas Insedit, nimbo effulgens et Gorgone saeva.

(1 Nimbo effulgens. Nube divina. Estenim fulvidum lumen quod deorum capita tinguit. )> [sic.) Ce sont les expressions de Servius, commentateur de Virgile, qui vivait au iv° siècle. Voyez l'édition in-/4'' de Virgile, Genève, i636, p. 260.

l'ovale se ramasse en cercle \ quelquefois en quatre-feuiiles; parce qu'alors les quatre portions saillantes du corps, la tête, les jambes et les deux bras, ont chacune leur lobe particulier, leur section de nimbe, et que le torse vient s'encadrer dans le centre de ce quatre-feuiiles.

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