‹ Iconographie chrétienneChapitre 42 sur 141 · JÉSUS TRANSFIGURÉ, DANS ONE AURÉOLE À FORME DE ROUE · texte numérisé non relu

JÉSUS TRANSFIGURÉ, DANS ONE AURÉOLE À FORME DE ROUE

Vitrail du xu° siècle, cathédrale de Chartres.

En Sicile, au contraire, cette portion de fancienne Grande-

Voyez, à la cathédrale de Chartres, le martyre du guerrier saint Georges peint dans la nef de la même église, sur un vitrail; voyez le même martyre, sculpté au portail méridional, dans le soubassement d'une statue qui représente ce saint.

Le manuscrit d'Herrade, Hortus deliciarum, où se montrent des traces de l'école byzantine, ofFre une miniature représentant la transfiguration. Des rayons d'argent sortent

Grèce où le rite grec des offices religieux est encore observé aujourd'hui et dans plusieurs localités, ce genre de transfiguration est constant; on le remarque principalement dans les peintures à fresque qui décorent la chapelle royale de Palerme. Là on voit une auréole elliptique et non circulaire ; mais les rayons sont en nombre égal à ceux de Chartres, et tombent ou s'élèvent de la même manière en partant du divin transfiguré. L'auréole présente plusieurs autres variétés, outre celles du cercle, de l'ovale et du quatre-feuilles dont on vient de parler. Puisque l'auréole, qui est une espèce d'ombre lumineuse, embrasse la forme du corps, elle doit se partager souvent en deux : la portion supérieure, plus petite de diamètre, serre la tête et le buste jusqu'à la ceinture; la portion inférieure, plus grande, au contraire, part de la ceinture et descend jusqu'aux pieds. Cette auréole se compose de deux cercles superposés, se coupant l'un l'autre, évidés à leur intersection et donnant, pour la forme, la coupe verticale de la gourde que portent les 'pèlerins. C'est particulièrement de cette configuration que les antiquaires ont tiré le nom de vessie de poisson; mais elle est beaucoup plus rare que la forme elliptique et ovoïdale. Ainsi, outre son inconvenance, cette dénomination a le tort de se rapporter à une variété peu importante; double motif pour la repousser. Quelquefois le cercle du bas est plus étroit, le cercle du haut plus large : alors c'est une gourde renversée; quelquefois le cercle du haut est ouvert et celui du bas fermé , les pieds posant sur cette fermeture alors la tête a de l'air et peut se mouvoir à droite et à gauche, sans être arrêtée par un cadre. D'autres fois, c'est le cercle d'en bas qui est ouvert et

du corps de Jésus ; ils sont au nombre de seize , huit de chaque côté. Mais ces rayons ne sont pas reliés entre eux par une ligne circulaire; c'est une roue sans les jantes. Le byzantin n'est pas là dans toute sa pureté.

celui d'en haut qui reste fermé; d'autres fois le haut et le bas sont ouverts, et fauréole se compose seulement de lignes parallèles plus ou moins bizarres , et qui ne se rencontrent pas plus que les asymptotes de la géométrie ne rencontrent les courbes auxquelles elles appartiennent.

Toutes ces variétés et d'autres encore se voient particulièrement dans un psautier de la Bibliothèque royale, de la fin du xii*" siècle ^ Les miniatures qui ornent la fin de ce manuscrit paraissent avoir été exécutées en Italie vers le xiv'' siècle. Cette grande variété d'auréoles serait un argument de plus à joindre à la facture, à la couleur, au dessin, aux costumes, à la tournure des personnages, qui portent à croire que ce manuscrit est italien ^.

Pour les personnes qui prétendent que l'auréole est la représentation symbolique de certaines parties naturelles, espèce de sein maternel où nagerait la divinité, il y a difficulté invincible à rendre compte de ces formes si variées et si hétérogènes. Puis il faudrait expliquer pourquoi Dieu le Père , qui n'est le fils de personne, qui engendre, mais n'a pas été engendré, est enfermé dans cette auréole aussi bien que son fils, aussi bien que le Saint-Esprit.

Aux antiquaires païens, l'auréole, quand elle a la forme d'un cercle ou d'une amande, pourrait rappeler les imagines cly- PEATiE si fréquentes chez les Romains et même chez les Grecs^. Dans un manuscrit de la Bibliothèque royale, Dieu, armé d'un

' Suppl. fr. n° 1 132 bis.

Voyez f°' 27, 53, 80 , entre autres. L'Italie est la patrie de la variété archéologique, c'est-à-dire du mouvement. Chez nous l'art est beaucoup plus uniforme et d'une imagination moins active.

■* Dans l'Iconographie grecque de Visconti, les poêles Sophocle et Ménandre sortent ainsi en imagines clypeatœ d'un disque percé comme une lucarne. Au xvi'' siècle , à la renaissance , ce motif était singulièrement en faveur et d'un grand usage dans l'ornementation.

glaive et de flèches, en buste et en saillie dans un cercle, comme sur un bouclier, ressemble entièrement à ces images sur bouclier qu'on voit sur les sarcophages romains particulièrement. Dans l'Histoire de Dieu le Père, une gravure montre Dieu en médaillon, et tenant, comme un dieu païen, un arc, des flèches, un glaive ; c'est le dieu de la force et des combats. Ce dessin est tiré du psautier du xii'= siècle, cité plus haut. Il serait donc facile de trouver dans l'archéologie romaine une des origines de l'auréole, en songeant que des bustes du Christ sont fréquemment placés au front des basiliques de forme païenne, en ce lieu où les gothiques ont depuis percé une rose; où, avant les gothiques, les architectes romans avaient ouvert un oculum; où, avant cet ociilum à jour, on remarque un oculum aveugle et rempli par le Christ et les attributs des évangélistes. Notre-Dame de Poitiers, qui est du XII*' siècle, a conservé encore la trace de cet usage : elle nous montre ainsi Jésus-Christ entouré des attributs des évangélistes et enfermé dans une espèce d'ovale, un oculum, ou une rosace aveugle ^ A Saint-Paul-hors-les-Murs , avant le désastreux incendie de 1828; à Saint-Pierre de Rome, avant sa destruction par le pape Paul V, qui a fait place au Saint-Pierre d'aujourd'hui, on voyait la série des pontifes romains peints à fresque, à des époques très-anciennes. Tous ces portraits en buste étaient encadrés dans un tableau circulaire, et ressemblaient aux images sur bouclier des Romains..

Voyez les nombreux dessins qui représentent le portail de INotre-Dame de Poitiers. « Sûr cette manière de représenter le Christ en buste , dit M. Raoul-Rochette [Discours sur l'art du christianisme, note 2 de la page 25), imitée des images en bouclier, voyez Buonarotti, qui en cite pour exemple la mosaïque , aujourd'hui détruite, du grand arc de Saint-Paul-hors-des-Murs , Dittico sacro, etc. page 262. Cet usage durait encore au vu" siècle, et l'on en a acquis la preuve par la peinture de l'oratoire de Sainte-Félicité, découvert en 1812 dans les thermes de Titus , en haut de laquelle était une image pareille du Sauveur en buste. > (Guattani , Memorie encichpediche , elc. t. I. tav. xxi.)

Le plus ordinairement l'auréole a la forme ovale; mais cet ovale est quelquefois figuré par des branches d'arbres qui se croisent, s'écartent pour laisser un espace vide, et se recroisent ensuite, composant ainsi comme une double ogive, l'une en haut et l'autre en bas ou retournée. Presque tous les arbres généalogiques, surtout ceux du xif et du xiii*' siècle, le long desquels s'échelonnent les ancêtres de la sainte Vierge et de Jésus-Christ, sont ainsi disposés. Dans chaque ovale est inscrit un aïeul, un roi; au sommet domine Jésus-Christ, assis sur un trône, et qui bénit le monde avec la main droite. Le dessin suivant est tiré du psautier de saint Louis ^ Une page entière de ce manuscrit est occupée par un de ces arbres généalogiques.

ko.

JÉSUS DANS UNE AUREOLE ELLIPTIQUE FORMEE DE RINCEAUX. Miniature du xnf siècle, psautier de saint Louis.

On n'en a donné ici que le sommet, que le dernier ovale dans

' Ce manuscrit est à la bibliothèque de l'Arsenal.

lequel Jésus est encadré. A l'extérieur de cet ovale est représenté le Saint-Esprit reproduit sept fois , parce que Jésus fut doué des sept esprits de Dieu. Chacun de ces esprits , sous la forme d'une colombe, est enfermé dans une auréole circulaire. L'esprit suprême, celui qui domine les autres et qui est tout au sommet, est non-seulement inscrit dans l'auréole, mais il porte encore un nimbe à la tête. On voit que le nimbe de ce grand esprit n'est pas croisé : c'est une erreur de l'artiste ou une imperfection de la miniature. Chacune de ces colombes devrait avoir un nimbe crucifère, car elles sont la personnification des propriétés divines de l'Esprit-Saint. A la cathédrale de Chartres, sur un vitrail de la grande nef, à gauche, on n'a pas commis cette faute. Ce vitrail représente la Vierge, qui tient Jésus. Vers l'enfant divin viennent converger, sur des rayons d'un rouge de flamme, les dons du Saint-Esprit qui ont la forme d'une colombe. Ces colombes portent toutes le nimbe crucifère.

Page 1