‹ Iconographie chrétienneChapitre 46 sur 141 · MARIE ET JÉSUS DANS UNE AUREOLE À RAYONS DROITS ET FLAMBOYANTS · texte numérisé non relu

MARIE ET JÉSUS DANS UNE AUREOLE À RAYONS DROITS ET FLAMBOYANTS

Miniature du xvi" siècle, bibliothèque Sainte-Geneviève.

qui représente Marie tenant l'enfant Jésus. La Vierge et son fils sont enveloppés dans une auréole blanche ovoïdale , et dont la circonférence est frangée de rayons droits et flamboyants. Jésus et sa mère sortent du lys mystique de la tribu de Juda^

Ce dessin reproduit une miniature du xvi' siècle, manuscrit n" 46o, de la bibliothèque Sainte-Geneviève. On voit que la mère et l'enfant divin portent tous deux le nimbe circulaire; mais on n'a pas croisé celui de Jésus Au xvi' siècle on commet vent des erreurs de ce genre.

là.

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Par gloire, avons-nous dit, nous entendons la réunion du nimbe et de l'auréole, comme la main est la réunion des doigts qui la composent. Il fallait un mot générique pour comprendre à la fois les deux espèces, et ce mot nous l'empruntons, mais en le précisant toutefois, au vocabulaire iconographique.

Le mot de gloire (gloria) est, suivant nous, formé d'une onomatopée, ou de deux cris exprimés par les deux voyelles principales que trois consonnes relient entre elles pour faire le mot. Ce mot, dans le langage usuel , est l'expression d'un éclat extraordinaire environnant tout individu qui s'illustre par de grandes actions, par de hautes pensées, par des œuvres sublimes. Alexandre, qui conquiert l'Asie; César, qui domine l'Europe; Aristote et Platon, qui gouvernent les intelligences; Homère et Virgile, qui allument toutes les imaginations; saint Vincent de Paule, qui enflamme tous les cœurs et fait des prodiges de charité; Phidias et Raphaël, qui produisent des chefsd'œuvre de sculpture et de peinture , et bien d'autres et dans tous les ordres de l'activité humaine , sont des hommes éclatants et couverts de gloire. A l'aspect de génies analogues, dans l'enfance du monde, alors que les langues étaient naissantes et que les idées s'exprimaient surtout par gestes et par exclamations, le peuple enthousiaste traduisit son admiration par ces cris que la grammaire appelle des voyelles, et par ceux-là surtout qui étaient les plus sonores, les plus bruyants, les plus conformes à l'état des âmes qui les poussaient. Or, parmi les voyelles, les deux plus éclatantes sont Vo et l'a. Poussées successivement et répétées plusieurs fois de suite et sans interruption , ces voyelles s'unissent et se modifient. Le lien et la

modification se sont obtenus par les consonnes ^, /, qui précèdent Vo; dans le même but IV est venue se placer devant Va avec la voyelle i, voyelle sourde et servant à rendre plus facile l'émission de Ya, qui est si retentissant. Il est possible que le mot gloria, comme celui de bravo, où To vient après Y a, ne soit qu'une acclamation bruyante, et que l'expression de l'hommage rendu à un homme de génie.

Quoi qu'il en soit de la génération du mot , ce mot lui-même n'en exprime pas moins l'éclat ou la lumière morale qui environne tout homme illustre. Lorsqu'on a voulu formuler matériellement cet éclat, le peindre ou le sculpter, le rendre visible à l'œil et sensible au toucher, on l'a représenté par une ligne arrondie qui enveloppait tout le corps, et par une autre ligne circulaire, le nimbe, qui environnait la tête.

Nous donnons le nom de gloire à cette réunion du nimbe et de l'auréole, parce que c'est un nom qui emporte avec lui une signification complète, et parce qu'il est à peu près consacré dans le langage usuel.

En efPet, ce nom appliqué à cette forme est encore populaire aujourd'hui : il sert à désigner ces grands soleils qu'on étale à l'orient des églises, c'est-à-dire ces rayonnements en bois doré dont on décore quelquefois le fond du sanctuaire K D'ailleurs, les livres saints prononcent souvent le mot de gloire et l'appliquent à des rayonnements qui s'échappent du corps de Dieu, ou à des nuages qui l'environnent lorsqu'il descend sur la terre. Ainsi Ezéchiel dit : « Je vis comme une figure de feu; depuis les reins jusqu'en bas c'était du feu, depuis les reins jusqu'en haut c'était comme de la flamme et de l'airain mêlé d'or. Là était la gloire du Dieu d'IsraëP. La gloire du

' Voyez le sanctuaire de la cathédrale d'Amiens, et celui de Saint-Roch, à Paris. ' Ezéchiel, cap. vni, v. 2 et 3.

Dieu d'Israël s'éleva de dessus le Chérubin où elle était ^ La GLOIRE du Seigneur s'éleva de dessus les Chérubins jusqu'à l'entrée de la maison; et la nuée couvrit la maison , et le parvis fut rempli par l'éclat de la gloire de Dieu ^. »

Ainsi David, dans ses psaumes , dit que Dieu se montre dans sa gloire, et l'Exode même déclare que la gloire de Dieu ressemble à la flamme^.

Ainsi dans une foule de textes sacrés il est question de Jésus qui, à la fin du monde, descendra dans sa gloire et sa majesté pour juger les vivants et les morts. Or, toutes les fois que sur des sculptures , sur des vitraux, sur les miniatures des manuscrits, les scènes signalées dans ces textes sont exprimées par des personnages; toutes les fois qu'on représente Dieu ainsi rayonnant ou placé dans les nuages, ces rayonnements et ces nuages prennent précisément la forme circulaire à laquelle nous donnons le nom de gloire. C'est en l'enveloppant des lignes onduleuses ou géométriques, auxquelles nous imposons ce nom , que les artistes chrétiens ont représenté Dieu qui se montre à ses prophètes'' et le Christ qui juge le monde. Le dessin 3 7, page 89 , nous a montré ainsi Jésus descendant du ciel en terre; il est entouré de nuages et environné de ]a gloire. Une inscription : « Dominus in nubibus, et vident eum inimici « ej us et qui eum pupugerunt, » ne laisse aucun doute à cet égard \

' Ezechiel, cap. ix, v. 3.

^ Ibid. cap. X, V. 4 : « Et elevata est gloria Domini desuper Cherub ad limen domus ; « et repleta est domus nube , et atrium repletum est splendore globi.e Domini. »

^ Cap. XXIV, V. 17 : « Erat autem species glori^e Domini quasi ignis ardens. »

" Ézéchiel est des plus positifs dans sa vision prophétique. Lisez et comparez les différents versets du chapitre premier. Ces textes extraordinaires qui expliquent si bien la GLOIRE de Dieu, la nature flamboyante et la forme circulaire de cette gloire, les roues mystérieuses et les animaux symboliques qui l'accompagnent , ont été figurés par la sculpture et la peinture, à toutes les époques de l'art chrétien.

^ Apocalyp. cap. i, v. 7. uEcce venit (Christus) eum nubibus, et videbit eum omnis

Cette miniature pourrait être du ix^ ou du x*" siècle. Le manuscrit d'où elle est tirée vient de l'abbaye de Saint-Sever, en Gascogne; il est à la Bibliothèque royale.

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