‹ Iconographie chrétienneChapitre 49 sur 141 · ROI l'ERSAN ORNÉ D'UN NIMBE EN PYRAMIDE FL AMBOY-ANTE · texte numérisé non relu

ROI l'ERSAN ORNÉ D'UN NIMBE EN PYRAMIDE FL AMBOY-ANTE

Manuscrit persan , Bibliothèque royale.

C'est bien une flamme qui entoure la tête de ce roi , car un autre manuscrit hindou , possédé par la Bibliothèque rovale,

sieurs manuscrits à miniatures de la Bibliothèque royale. Un des plus remarquables exemples de ces langues de flamme attachées au bout d'un rayon lumineux et se reposant sur le front des apôtres, est fourni par la grande coupole de Saint-Marc de Venise. La magnifique mosaïque qui tapisse cette coupole représente la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. — Aux Actes des Apôtres, chap. i , v. 3 , on lit : « Apparuerunt illis dispertitae « linguae tanquam ignis. »

Voyez un manuscrit persan de la bibhothèque Sainte-Geneviève, intitulé: Medcjialis. Voyez en outre le Livre des Augures, manuscrit turc de la Bibliothèque royale, et qui a

et où est représentée une veuve qui se brûle sur le bûcher de son mari , montre les flammes de ce bûcher peintes absolument comme celles qui sortent de la tête de ce roi persan. Puis vient le lambere Jlamma comas de Virgile, pour fortifier notre proposition; puis la sphère de feu, qui enveloppe l'âme de Germain, évêque de Capoue, et l'âme de saint Eloi; puis ce visage et ces cornes lumineuses qui éclairaient Moïse lorsqu'il descendait du Sinaï, après son entretien avec Dieu; puis ce Dieu lui-même qui est comme une fournaise et qui fait lumer le Sinaï à son approche ^; puis une foule de textes dont j'extrais ceux-ci : « Tout à coup le bienheureux ^Egidius est ravi en esprit, et il voit l'âme de Consalvus, débarrassée de sa masse corporelle, reluire d'une lumière éclatante; elle était emportée par les mains des anges à travers l'immensité de l'espace^. » C'est ainsi que sur la châsse de Mauzac, en Auvergne, est enlevée par deux anges l'âme de Saint-Galminius sous la forme d'un enfant nu et sans sexe. L'âme est inscrite dans un cercle parfait, découpé en quatre lobes, dont deux s'adaptent aux épaules et deux aux hanches. Une main, la main de Dieu,

été écrit et peint pour une princesse ottomane. Le Medgialis offre un saint homme nimbé d'une flamme d'or à filets verts et rouges, donnant audience à deux démons; le Livre des Augures, riche en figures de démons, nous en présente une qui sera donnée plus bas, et qui est nimbée d'une flamme comme le roi persan et comme le saint homme du Medgialis. Ces nimbes en flammes rappellent parfaitement la configuration si particulière des chapiteaux turcs ; c'est le même principe d'ornementation. Seulement, dans les chapiteaux , la base de la pyramide ou du cône est tronquée et renversée, parce que les lois de la construction le voulaient ainsi. Une colonne turque serait-elle donc comme un immense flambeau allumé de son chapiteau?

^ «Totus autem mons Sinaï fumabat, eo quod descendisse! Dominus super eum in «igné, et ascenderet fumus ex eo quasi de fornace. Eratque omnis mons terribilis. » [Liber Exodi, cap. xix, v. 18.)

^ « Vidit Consalvi animam, terrena mole jam deposita, fulgentissima luce radiantem , «per immensi aeris hujus spatia angelorum manibus sursum ferri. » ( Bollandistes , Act. SS. d>° vol. de mai, p. /ii2 , Vie du B. /Egidius, prêcheur, né en Portugal en 1 190.)

appliquée contre un nimbe crucifère, sort des nuages pour recevoir cette âme qu'on lui apporte.

« Sur la paroi du mur où reposent les restes sacrés de saint Antoine, un peintre avait tracé l'image du saint. Il se préparait à placer autour de la tête de cette figure une couronne d'or, et creusait la muraille, comme il était nécessaire ^ Mais voilà que par les fentes qu'il avait pratiquées éclate tout à coup une lumière ineffable et d'un prix infini. Elle vient frapper la figure du peintre qui travaillait et qui, ne pouvant soutenir ces rayons intolérables qui se réfléchissaient dans ses . yeux, était sur le point de tomber à terre. Cependant, soutenu par la dévotion , il put achever promptement son œuvre ^. » Voilà le rayonnement du nimbe accusé positivement. Dans Floj doard ^, il est dit : « Un rayon de lumière partit du ciel et vint couronner la tête de Rémi; une liqueur divine se répandit sur sa chevelure et l'embauma tout entière de son parfum céleste. A cette vue, rassemblée des évêques de la province le proclama sans hésiter et le consacra évêque de Reims. » On dirait que l'historien chrétien s'est approprié le texte où Virgile raconte que la chevelure du jeune Ascagne fut caressée par une flamme. Des deux côtés cette lumière présage de grandes des-

' Celle pralique de modeler le nimbe avant que de le peindre, qui est constante en Grèce et en Italie, qu'on retrouve à la Sainte-Chapelle de Paris, sur le retable de Saint- Germer et dans l'église de Saint- Julien de Brioude, est très-ancienne et très-bien constatée, comme on voit.

« In latere mûri ubi sanctae ejus (S. Antonini , abbatis Surrentini) reliquiae continentur, « in imagine ipsius designata, cum pictor coronam inauralam capiti circumponere pararel , « parietem, prout necesse fuit , cavabat. Et ecce per rimas factas lux inaestimabilis et inenaru rabilis subito emicans vultum dolanlis faciebat. Quam per intolerabiles radios ocuiorum « acie reverberata non sustinens, ruinam dare in terra minabatur; sed tamen pro devo- <i tionis intentione confirmalus, opus festinanter consummavit. » [Acta SS. Ord. S. Bened 5° vol. vie de saint Antonin, abbé de Sorrenlo, vers 820, écrite par un anonyme de Sorrento.)

■^ Histoire de l'Eglise de Reims, liv. I.

tinées, la royauté à Iules, et presque l'empire ecclésiastique à saint Rémi. Sur la tête de saint Léger, le célèbre évêque martyrisé par les ordres d'Ebroïn, une lumière était également descendue du ciel , comme au milieu d'un cercle et était venue briller sur son front ^ Les gloires qui sont réservées surtout à Dieu et à la Vierge prennent leur source dans deux textes de l'Apocalypse. Le premier est relatif à Jésus- Christ, qui descend juger le monde. « Le voilà qui vient sur les nuées, s'écrie saint Jean. Et au milieu de sept chandeliers d'or, je vis comme la ressemblance du fils de fhomme, vêtu d'une robe qui lui tombait aux pieds , et ceint d'une ceinture ' d'or sous les mamelles. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche et comme de la neige; ses yeux étaient comme la flamme du feu. Ses pieds ressemblaient à l'or et à l'airain lorsqu'ils se mélangent dans la fournaise ardente ; sa voix était comme la voix des grandes eaux. Il avait dans sa main sept étoiles. De sa bouche sortait un glaive à deux tranchants. Sa face luisait comme le soleil dans sa force '^. » Quant à la vierge Marie, dont la femme de l'Apocalypse persécutée par le dragon est le symbole, nous avons vu qu'elle avait le soleil pour vêtement^, la lune pour escabeau et douze étoiles

' Vie de S. Léger, évêque cl' Autiin , par un moine anonyme contemporain, traduite par M. Guizot, Collection des Historiens de France.

^ « Ecce venit cum nubibus, et videbit eum omnis oculus et qui eum pupugerunt. . . , «Et conversus vidi septem candelabra aurea, et in medio candelabrorum aureorum si- «milem filio hominis, vestitum podere, et praecinctum ad mamillas zona aurea. Caput « autem ejus et capilli erant candidi tanquam lana alba, et tanquam nix, et oculi ejus - « tanquam' flamma ignis. Et pedes ejus similes auricbalco, sicut in camino ardenli; et vox « illius tanquam vox aquarum multarutn. Et habebat in dextera sua slellas septem ; et de « ore ejus gkdius utraque parte exibal; et faciès ejus sicut sol iucet in virlute sua. » {Apocal. cap. I, vers. 7. 12, i3, j/i, i5, 16.)

^ « Amicta sole, et luna sub pedibus, et in capite ejus corona stellarum duodecim. » [Apocalyp. cap. xii, v. i.) Dans l'église de Solesmes, parmi les charmantes figui'es qui représentent l'histoire de la Vierge, on lit un éloge de Marie, à côté de la bête à sept têtes.

pour couronne. C'est non-seulement dans l'Apocalypse mais dans les livres apocryphes que les artistes ont puisé le nimbe, l'auréole, la gloire de clarté dont ils rehaussent la figure de Marie. Ainsi l'un de ces principaux ouvrages raconte l'agonie et le trépas de la Vierge. Les anges ayant déposé dans un cercueil la mère de leur Dieu, les apôtres mirent sur leurs épaules le précieux fardeau \ et le portèrent au tombeau dans la vallée de Gethsémani. «Devant le cercueil de la vierge Marie était portée la palme merveilleuse qui jetait un grand éclat. La nature entière fut attentive à ce spectacle. Au moment où le corps sortit de la maison, un nuage brillant apparut dans fair et vint se placer au-devant de la Vierge, formant sur son front une couronne transparente comme f auréole qui accompagne la lune à son lever ^. »

Il n'y a rien de plus resplendissant que tous ces textes, rien de plus concluant pour montrer que la gloire n'est que de la lumière figurée par le dessin. Rien n'est plus éclatant que le soleil, la lune, les étoiles, la laine blanche, la neige, for.

La fin de ce panégyrique se termine ainsi : « O tu mystica a Johanne visa mulier amicta «sole, habens sub pedibus lunam , id est affeclionibus pervanitatum contemptum domi- « nari ; et in capite tuo coronam slellarum duodecim morabum , seu omnium virtutum « perfectionem : habensque in utero tum mentis, tum corporis, quasi speculo et rorida « nube, sapienliam Dei se in eis efformantem. » La femme apocalyptique est donc bien la figure de la vierge Marie, comme nous l'a déjà montré le vitrail de Moulins. Le manuscrit d'Herrade [Hortus deliciarum) donne un des plus beaux exemples de cette femme mystique contre laquelle la bête vomit un fleuve. La femme est debout sur le croissant de la lune, et elle aie corps appliqué contre le disque du soleil; un disque plus petit, un nimbe , lui cerne la tête, que couronne un diadème byzantin. Ce diadème est orné de douze étoiles en guise de diamants. [Peintures et ornemenls des manuscrits.)

' Voir les bas-reliefs encastrés dans le mur latéral nord de Notre-Dame de Paris. La mort, le convoi, l'assomption et le couronnement de Marie y sont sculptés en détail. C'est la traduction en pierre du livre des apocryphes.

^ «De Transilu B. Mariae Virginis , ap. Fabricium, Codex Apocryphorum Novi Testamenti. » Voyez aussi les apocryphes recueillis par Thilo.

l'acier poli, l'airain et l'or fondus dans la fournaise. C'est pour cela que les monuments eux-mêmes montrent ces auréoles, où Dieu et Marie se renferment, sillonnées par des traits de flammes. Quelquefois la gloire entière n'est faite que de flammes et que de rayons qui s'échappent de tous les points d'un centre \

Dans nos églises, l'eucharistie est toute lumineuse au sein de ces ostensoirs en or qu'on expose aux grands jours de fêtes. De la circonférence de ces auréoles de métal, que du reste on appelle des soleils, s'échappent des rayons sans nombre, comme il en sort des auréoles qui entourent les images de Dieu et de la Vierge que nous avons déjà données. La croix elle-même, celle qui est peinte dans les mosaïques à fond d'or de l'Italie et de la Grèce, répand la lumière de tous côtés, sous la forme de rayonnements en pierreries ou en étoiles, d'où lui vient son nom : crux gemmata, crux stellata. Voici comme Dante ^ parle de la croix vivante et du Crucifié qu'il a vu en paradis : « De même que la voie lactée, parsemée de petites et de grandes étoiles, forme une trace blanche de l'un à l'autre pôle, grand sujet de doutes pour les savants; ainsi, dans la profondeur de Mars, ces rayons constellés formaient le signe vénérable que produit

dans le cercle la réunion des cadrans Le Christ flamboyait

sur cette, croix, et je ne saurais trouver de comparaison pour la décrire. Mais celui qui prend la croix et qui suit le Christ >.xcusera bien mieux encore ce que je laisse, en songeant que Jésus lui-même brillait dans cette splendeur. D'un bras à l'autre de cette croix et de la cime à sa base couraient des lumières scintillant avec force, lorsqu'elles se rencontraient et qu'elles passaient outre. C'est ainsi qu'on voit des atomes

* « Erat autem species glorIjE Domini quasi ignis ardens. « [Liber Exodi, cap. xxiv, V. 17.)

* Paradis, chant xiv ; Iracluction de M. Pier-Angelo Fiorenlino.

courant et tourbillonnant, rapides ou lents, longs ou courts, se mouvoir dans le rayon qui sillonne l'ombre de la chambre, cet abri que l'homme s'est fait par son art et par son adresse. »

Puisque nous avons nommé Dante, en qui se résume l'art écrit du christianisme, comme dans la cathédrale de Reims vient se concentrer l'art figuré, il convient d'en extraire encore ce qui peut intéresser notre sujet. Tout le Paradis de Dante est rempli de clartés qui entourent chaque saint, comme le corps, ici-bas, entoure chaque âme; ou plutôt tous ces saints, la Vierge et les apôtres, les confesseurs et les martyrs, ne sont que des lumières qui s'avivent l'une l'autre. Le grand poëte dit, par exemple^ : «Telle que, dans la sérénité des pleines lunes, Hécate rit au milieu des nymphes éternelles qui brillent dans toutes les profondeurs du ciel, tel je vis, parmi des milliers de clartés, un soleil qui les allumait toutes, comme fait le nôtre des étoiles; et à travers ces vives lumières apparaissait la substance divine, si éblouissante à mes yeux que je n'en pouvais soutenir l'éclat. » Plus haut ^, Dante avait déjà dit, en parlant de divers saints : « Je vis cent petites sphères qui s'embellissaient en s'éclairant de leurs rayons mutuels. La plus grande et la plus brillante de ces perles s'avança pour satisfaire ma curiosité. »

Quittons la poésie pour l'histoire, et nous verrons qu'à sa transfiguration Jésus fut entouré d'une gloire. Cette gloire était faite de lumière, et c'est ainsi que les peintres chrétiens nous ont représenté cette scène. Voici ce que dit l'Evangile: «Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, son frère. Il les mena seuls sur une haute montagne à l'écart, où il monta pour prier. Pendant qu'il priait, la forme de son visage parut tout autre , et il se transfigura en leur présence. Sa face devint

' Paradis, chant xxiii.

* Ihicl. chant xxii.

resplendissante comme le soleil. Ses vêtements parurent tout brillants de lumière, et d'une blancheur vive comme celle de la neige. Tout à coup se montrèrent deux hommes qui s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elie. Ils parurent dans un état de gloire. Les trois apôtres virent la gloire de Jésus et les deux personnes qui étaient avec lui^ » Cette transfiguration du Fils de l'homme en Dieu resplendissant rappelle ces paroles de Salomon, qui, du reste, ont été appliquées à Jésus-Christ par les Pères de l'Eglise, en commençant par saint Paul : « Il est la vapeur de la vertu divine et une pure émanation de la clarté du Tout-Puissant : il est le rayonnement de la lumière éternelle et le miroir sans tache de la gloire de Dieu^. » Saint Paul, faisant allusion à ce passage, dit que Jésus est la splendeur de la gloire^. Après tous ces faits, et lorsque tous les monuments figurés montrent Jésus-Christ ainsi resplendissant au milieu de ces auréoles en cercle, en ovale, en ellipse, en quatre-feuilles, on ne peut plus douter que la nature des auréoles ne soit ignée, et que la flamme , sous les diverses formes qui entourent là tête et le corps, ne soit un attribut spécial de la divinité du Créateur, ou de la sainteté des anges, ou de la vertu de la Vierge et des âmes innocentes, créatures qui se rapprochent le plus de la divinité. On a donc dû affirmer que la nature du nimbe et de l'auréole était celle de la lumière; que le nimbe était la chevelure lumineuse de la tête , et que l'auréole était le vêtement resplendissant de tout le corps. C'est

Le visage et la face sont illuminés du nimbe; les vêtements sont embrassés par l'auréole, et le tout fait une gloire complète. Voyez Saint Matthieu, ch. xvii; saint Marc et saint Luc, ch. ix.

' Liber Sapientiœ, cap. vu, v. 25 et 26. «Vapor est enim virtutis Dei, et emanatio « quaedam est clarilatis omnipotentis Dei sincera. . . . Candor est enim lucis aeternae et « spéculum sine macula Dei majestatis. »

AdHehrœos, cap. i, v. 3 : « Splendor gloriae. »

une belle idée que d'avoir choisi le feu comme attribut de la puissance humaine, comme signe de l'apothéose et comme symbole de la toute-puissance divine. Le feu est le plus fort, le plus mystérieux et le plus irrésistible des éléments; voici ce que saint Denys l'Aréopagite en dit ^ :

«Le feu existe dans tout, pénètre tout, est reçu par tout. Quoiqu'il donne sa lumière en entier, il la tient cachée tout à la fois. On fignore quand on ne lui donne pas une matière pour exercer sa force; il est^ invisible, mais indomptable, et il a le pouvoir de transformer en lui tout ce qu'il touche. Il rajeunit tout par sa chaleur vitale; il illumine par des éclairs brillants. On ne saurait le tenir ni le mélanger; il divise et il est immuable. Il monte toujours.... et il est toujours en mouvement; il se meut de lui-même, et il meut toute chose. Il a la puissance de saisir, et on ne peut le prendre. Il n'a besoin de personne; il se gonfle en secret, et sur toutes choses fait éclater sa majesté. Il produit, il est puissant, il est invisible et présent à tout. Qu'on le néglige,- on croirait qu'il n'existe pas ; mais qu'on frotte une substance , et soudain , comme un glaive du fourreau, il s'en échappe, reluit par sa propre nature et s'envole en l'air.... On lui touverait bien d'autres propriétés encor-e. Voilà pourquoi les théologiens ont déclaré que les substances célestes étaient formées de feu, et par cela faites autant que possible à l'image de Dieu. »

Ainsi Dieu n'est qu'un foyer immense qui souffle sur Adam et lui met dans le corps une âme ou un rayon divin ; c'est une effluve qui tombe sur les apôtres en langues de flamme; c'est un brasier projetant sur tous les saints une auréole qui est comme une partie de lui-même. Le soleil enfin serait l'image visible et finie de cette flamme infinie et invisible qui

' De cœlesti Hierarchia, cap. xv, p. igS-igA, édit. d'Anvers, i63/j, I" vol.

est Dieu. La puissance, espèce de démembrement de la divinité , devait donc s'exprimer matériellement par la flamme qui compose la substance divine.

Un mot pour expliquer cette dernière idée.

Dieu n'a pas de corps, Dieu est un pur esprit; toutes les fois donc qu'on a voulu le montrer, lui qui est immatériel et invisible, on a dû lui composer un corps avec la substance la plus ténue et la plus spirituelle. Si le corps de l'homme est de l'argile vivante, son âme, qui est faite à l'image de Dieu et qui est un souffle de la divinité , est quelque chose qui participe du feu et de la flamme. Le feu, qui est une des manifestations visibles de l'électricité, devait composer le corps de Dieu, comme les os et les muscles composent celui de l'homme. Aussi Dieu, dans la Bible, dans l'Évangile, dans la Divine comédie, est-il constamment représenté environné de feu, de flammes, d'éclairs qui sortent de son corps comme l'eau jaillit d'une source. Sous sa forme visible. Dieu est une lumière; son symbole naturel le plus fréquent, le plus adoré en Orient c'est le soleil, foyer de toute lumière pour les hommes. Lorsque Jésus-Christ dit : « Je suis la lumière du monde ^ » , cette parole peut s'entendre au réel autant qu'au figuré.

En Orient les rois, les empereurs, les prophètes sont considérés, non-seulement comme des délégués de la divinité, ainsi qu'on les accepte chez nous, mais comme des émanations de Dieu, comme des fils directs de Dieu et presque comme des dieux incarnés. Par suite de la même idée, et puisque le soleil est le symbole visible de Dieu , ces mêmes rois, empereurs et prophètes sont regardés comme des descendants du soleil. Zoroastre chez les Perses , Manou chez les

Evangile de saint Jean , ch. viii, v. 12; ch. xii, v. A6. «Ego sum lux naundi. — «Ego lux in mundum veni; ut omnis qui crédit in me in tenebris non maneat. i>

Indiens, Confucius chez les Chinois, Hermès chez les Egyptiens, sont autant de fils de Dieu.

Dans les cartouches royaux qui couvrent les temples et les obélisques de TEgypte, et qu'on est parvenu à déchiffrer, les Pharaons sont nommés fils du soleil, fils de Dieu. Les mages ne sont pas autre chose en Perse.

Puisque Dieu est la lumière, puisque le soleil est son image, les fils de Dieu et du soleil , les rois de Perse , les rois d'Egypte , les empereurs de la Chine, peut-être même les empereurs de Constantinople , devaient hériter de Dieu , leur père , un peu de cette lumière dont il est composé. Dieu et le soleil rayonnent; leurs enfants devaient rayonner aussi et porter le nimbe, qui est la forme de ce rayonnement.

Chez les Occidentaux, nations plus froides, les rois régnent bien parla grâce de Dieu, mais ne sont pas fils de Dieu; aussi, rarement orne-t-on leur tête d'un nimbe ^ Les saints , au contraire, émanent plus directement de la divinité par leurs vertus, par leurs actions; le nimbe, moins lumineux toutefois

^ Il faut dire qu'à la cathédrale de Strasbourg une galerie de rois , dont nous avons ' extrait pour ces instructions Charlemagne et Henri le Boiteux, est peinte sur verre dans la nef latérale du nord ; or ces rois sont tous nimbés sans exception. Que Henri , qui est saint, porte le nimbe, rien de plus juste; que Charlemagne lui-même, qui a été canonisé (par un anti-pape, il est vrai), soit nimbé, on le conçoit encore; mais certainement le nimbe n'est pas un signe de sainteté pour Charles-Martel, qui donna les biens et les ofiices du clergé à ses soldats brutaux et libertins. La légende dit que , pour ce fait. Martel après sa mort et dans sa tombe, fut dévoré par le diable. Certainement ce ne peut être un signe de sainteté pour le terrible Frédéric - Barberousse , qui fut excommunié, qui créa des anti-papes, qui mena une vie assez scandaleuse, et qui, dit-on, est l'auteur d'un écrit impie, si ce n'est athée. Cependant Charles-Martel et Barberousse portent un nimbe très-riche et très-large sur les vitraux de Strasbourg; c'est donc comme chefs politiques , comme délégués de Dieu , comme émanation du soleil éternel, et non pas comme saints, qu'ils sont décorés du nimbe. Ce fait curieux sui£rait à lui seul pour démontrer que ces vitraux sont byzantins, quand le costume que portent ces empereurs et ces rois, depuis leur couronne jusqu'à leur chaussure, ne viendrait pas lé prouver évidemment.

et moins riche que celui de Dieu , devait reluire à leur tête. Mais de plus ils sont souvent enveloppés dans la gloire de Dieu, qui les éclaire d'une manière éblouissante. Ainsi, dans nos cathédrales, le portail occidental principalement est percé d'un trou circulaire immense, auquel on donne le nom de rose ou de rosace. Cette baie est remplie de vitraux coloriés disposés en quatre, cinq ou six cercles concentriques, diminuant d'étendue à mesure que l'on va de la circonférence au centre. Dans le cercle central brille Dieu assis sur un trône, ou la Vierge qui tient l'enfant Jésus. Un cordon d'anges environne le créateur ou la céleste créature ; puis un cordon de patriarches; puis viennent les apôtres, les martyrs, les confesseurs; enfin le cordon extérieur, celui qui confine à la circonférence, est occupé parles vierges. Tout ce personnel est enchâssé dans des médaillons de verre, transparents et lumineux autant que les saints eux-mêmes, comme des cercles de rubis, d'émeraudes ou de saphir, dans lesquels seraient saisis des diamants. Ces rosaces sont des gloires qui embrassent un monde entier, et qui entourent une multitude, au lieu de cerner un seul individu. En sculpture, il en est de même. Les voussures de ces portails sont partagées en plusieurs demi-cercles concentriques, en plusieurs cordons affectés chacun à une classe de saints. Dante lui-même donnait le nom de rose à ces épanouissements circulaires où se rangent les saints et qu'une lumière divine, qui s'échappe du centre où est Dieu, éclaire vivement. On me permettra encore de terminer ce paragraphe par un passage du Paradis qui achèvera de prouver que nimbe, auréole et gloire sont l'image de la lumière figurée par le dessin :

«Je vis une lumière qui était comme un fleuve éblouissant de splendeur, entre deux rives émaillées par un printemps merveilleux. De ce fleuve jaillissaient de vives étincelles qui

s'éparpillaient de tous côtés sur les fleurs, comme des rubis enchâssés dans l'or. Puis, comme enivrées de ces parfums, elles se replongeaient dans le fleuve admirable, et lorsqu'une y entrait, une autre en sortait.... » La rivière et les topazes qui entrent et qui sortent, et les gazons qui sourient, sont les préludes par lesquels t'est cachée la vérité, dit Béatrix à Dante. Le poëte ajoute : « Je me penchai sur ces eaux , et lorsque le bord de mes paupières s'y fut plongé , je vis ce fleuve , de long qu'il était, devenir rond; puis, comme des gens cachés sous le masque paraissent autres qu'ils n'étaient d'abord, s'ils dépouillent l'aspect étranger sous lequel ils étaient couverts , ainsi se transformèrent en une plus grande joie les fleurs et les étincelles, et j'aperçus sans voile les deux cours du ciel ^ » — Ce fleuve devenu rond, et cette surface, longue d'abord, s'étant ramassée en disque, Dante raconte^ ce qu'il aperçoit dans cette ROSE, et dit : « Sous la forme d'une rose éblouissante se montrait donc à moi la sainte milice que le Christ épousa avec son sang; mais l'autre, qui en volant voit et chante la gloire de celui qu'elle aime , et dont la bonté la fit si grande , comme un essaim d'abeilles tantôt se plongeant dans les fleurs, et tantôt s'en retournant à la ruche où déjà se forme la saveur de son miel , descendait dans l'immense rose ornée de tant de feuilles; puis elle en ressortait pour revenir là où son amour demeure sans cesse. Ces esprits avaient tous le visage de flamme et les ailes d'or, et le reste était d'une telle blancheur, qu'aucune neige n'en approche. Lorsqu'ils descendaient dans la fleur de degré en degré, ils répandaient, en secouant leurs ailes, la paix et l'ardeur qu'ils venaient de puiser dans le sein de Dieu. Et ces multitudes volantes, quoique interposées entre la fleur,

^ Paradis, chant xxx.

^ Ibidem, chant xxxi.

et le haut, n'arrêtaient ni la vue, ni la splendeur; car la lumière divine pénètre tellement l'univers, selon qu'il en est digne , que rien ne peut lui faire obstacle. »

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