‹ Iconographie chrétienneChapitre 5 sur 141 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

cette science se divise en théorie, en pratique et en logique; puis il subdivise chacune de ces divisions : la théorie en intellectuelle, naturelle et mathématique; la pratique en éthique, économique et politique; la logique en démonstrative, probable et sophistique ^

La mode et le besoin étaient donc au classement de toutes choses, aux encyclopédies. Puisque les penseurs qui trouvent les idées, et les savants qui constatent les faits coordonnaient alors les unes et les autres , il fallait bien que les artistes , qui traduisent par une forme propre et spéciale tout ce qui a cours au temps où ils vivent, se ressentissent de la mode générale : ils ne pouvaient pas respirer cette atmosphère encyclopédique sans formuler à leur façon l'idée dominante. Ainsi, quant au but, l'art enseignait; quant au plan, il devait être encyclopédique, et c'est ce qu'il fut effectivement.

Parmi les nombreuses et différentes encyclopédies qui furent composées à cette époque, la plus complète, parce qu'elle fut une des dernières venues, la plus remarquable, parce qu'elle fut l'œuvre d'une tête bien organisée , fut celle de Vincent de Beauvais : cette œuvre porte, comme on vient de dire, le nom de Miroir universel. Vincent de Beauvais, précepteur des enfants de saint Louis, homme d'une extraordinaire érudition , qui avait lu au moins autant que Pline l'ancien , qui savait tout ce qu'on pouvait savoir à la fin du xiii^ siècle , classa toutes les connaissances humaines suivant un ordre qui est le meilleur qu'on ait imaginé encore. Dans cet ordre, la chronologie, prise au plus haut point, concourt excellemment avec la méthode la plus claire, avec l'analyse la plus rigoureuse. Il suit les temps de siècle en siècle , d'année en année , et y fait entrer logiquement et nécessairement tous les faits naturels et humains dont l'analyse lui a fait trouver la division et l'enchaînement.

Il classe d'abord les objets de nos connaissances d'après la nature de ces objets eux-mêmes, et ainsi qu'on fait en botanique, par exemple , où l'on distribue les plantes d'après leurs organes. Cette méthode est immuable comme la nature des choses; elle est

Légende dorée, De nativitate Domini. — De sancta Ratarina virgine.

INTRODUCTION. xi

bien supérieure à celle des encyclopédistes français du xviii*^ siècle qui ont partagé nos connaissances d'après l'ordre et la prétendue fdiation de nos facultés. La classification des philosophes français est artificielle et arbitraire ; c'est une classification variable avec toute variation de système psychologique. Vincetit de Beauvais établit donc quatre ordres de sciences : les sciences historiques, les sciences morales, les sciences abstraites et industrielles, les sciences naturelles. Cette division , tranchée par l'analyse , s'ordonne par la chronologie : la nature d'abord , puis la science , ensuite la morale , et enfin l'histoire. Ce n'est pas une classification pure et sèche, un simple tableau, mais un cadre qui se remplit au fur et à mesure; car après chaque titre vient son chapitre, et le traité scientifique suit immédiatement l'énonciation de la science elle-même.

Avant le monde, d'après Vincent de Beauvais, Dieu seul était; il vivait solitaire dans son éternité et son immensité. Mais, pour se réfléchir dans ses œuvres, et pour se faire adorer, aimer et comprendre par des créatures, cet être suprême se décide d'abord à donner la vie aux anges. A ce propos , l'encyclopédiste chrétien vous dit ce que c'est que Dieu; s'il y en a un ou deux, ou plusieurs , ou point ; il vous dit la nature et les attributs de la divinité. Puis il passe aux esprits célestes : à l'ange qui est le bon , au démon qui est le mauvais, et qui tous deux sont les premières créatures. Ensuite Dieu crée le ciel et la terre , et alors vient un traité de géographie et de minéralogie. A la création du soleil, de la lune et des astres, sont attachées f astronomie et l'astrologie; au jour où la terre germe, un traité de botanique, et son application à l'agriculture et à l'horticulture; aux jours des oiseaux, des poissons et des animaux terrestres, toute une zoologie. Enfin arrive l'homme; alors une anthropologie, assez complète et très-remarquable pour le temps, étudie f homme dans son corps, dans son âme, dans ses races; en fait l'anatomie et la physiologie. Puis Dieu se repose, et à ce point Vincent examine et discute la disposition, la beauté et fharmonie de l'univers. Cette harmonie est bientôt

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