‹ Iconographie chrétienneChapitre 4 sur 141 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

les écrivains choisirent dans les auteurs sacrés le texte du dogme, et dans les écrivains didactiques de l'époque le texte scientifique. Le livre composé par les uns, ou les théologiens, c'est la Bible historiale, où l'on fondit ensemble TAncien et le Nouveau Testament ; celui que firent les autres, ou les savants, porta des noms divers, mais qui se résument en celui de livres de clergie : clergie signifie science. De ces deux Bibles, l'une sacrée et dogmatique, fautre civile et scientifique, fut composé un livre unique, une encyclopédie qui s'appela aussi de noms assez divers, mais dont les plus populaires sont le Jardin des délices ou le Vergier de Solas, la Somme, le Miroir universel, l'Image du monde, le Propriétaire des choses, le Lucidaire.

Au xi^, au xif , au xiii^ siècle , les savants et les penseurs ne songeaient qu'aux encyclopédies. La multitude des faits naturels et humains, accumulés jusqu'à cette époque par les Grecs, les Romains, les Alexandrins, les Byzantins, était devenue un chaos; on fit alors des efforts inouïs pour porter la lumière dans cette nuit de fintelligence où tout était dispersé, incohérent, égaré. Avant que de continuer finvestigation sur des faits nouveaux, avant que de donner le jour à d'autres idées, force était de s'arrêter un instant et de se recueillir; on éprouvait le besoin de dresser un inventaire des richesses acquises , de ranger, comme dans un musée ou une bibliothèque , ces masses d'objets qui jusqu'alors avaient été entassés pêlemêle, ainsi que dans un magasin, confusément et sans ordre. On voulut jeter un regard en arrière avant que d'aller plus loin.

Ce besoin, cette préoccupation de classement respire dans toutes les œuvres scientifiques ou littéraires du moyen âge. Ainsi , et pour citer quelques exemples seulement , les innombrables légendes étaient disséminées dans une foule de volumes. Un archevêque de Gênes, Jacques de Vorage , les recueillit en un seul livre , qu'il appela la Légende. dorée [Legenda aurea^). La science théologique était dispersée dans une multitude de traités ; saint Thomas la concentra

^ 11 faudrait dire Légende d'or, comme on disait Livre d'or, puisqu'il y a aiirea et non auraia; mais dorée a prévalu.

INTRODUCTION. ix

dans son grand ouvrage qui porte le nom de Somme. Les livres saints eux-mêmes étaient épars : l'Ancien Testament se distinguait du Nouveau. Puis dans le Nouveau Testament, les Actes des apôtres, les quatre Évangiles étaient séparés ; on réunit les Actes aux Evangiles , l'Ancien Testament au Nouveau , et l'on en fit un seul livre qui porta le nom d'Histoire scholastique. On procédait comme en histoire naturelle, où l'on groupe plusieurs espèces pour faire des genres; où plusieurs genres font une famille, plusieurs familles un règne. On peut assimiler la Légende dorée, résultat de toutes les familles de légendes, l'Histoire scholastique ou la Bible historiale, résultat de toutes les familles de livres saints, aux règnes de la nature. Un homme de profond savoir, Vincent de Beauvais, alla plus loin encore, et, de tous ces règnes littéraires réunis, il fit un empire général sous le nom de Miroir universel [Spéculum universale). Vincent de Beauvais renferma dans son livre tous les faits et toutes les idées qui avaient eu cours avant lui dans le monde chrétien.

Le classement était devenu presque une manie. Ainsi, dans la narration d'une histoire, dans le récit d'un fait, on trouvait toujours moyen, mais c'était constamment un hors-d'œuvre , de dresser un catalogue d'objets plus ou moins analogues, plus ou moins étrangers. Jacques de Vorage raconte, à la fête de Noël, que la nature entière, la création universelle, reconnut et célébra la naissance de Jésus; en conséquence il s'empresse de saisir l'occasion d'expliquer en combien de familles ou de règnes il faut partager les objets naturels, les êtres créés par Dieu. Il y a, dit-il , les êtres qui existent, mais ne vivent pas, comme les astres; les êtres qui existent et vivent, mais ne sentent pas, comme les plantes; les êtres qui existent, vivent et sentent, mais ne pensent pas, comme les animaux; les êtres qui existent, vivent, sentent et pensent, mais ne discernent pas, comme les hommes; enfin ceux qui ont toutes les qualités précédentes réunies et jointes au discernement, comme les anges. Dans la légende de sainte Catherine, qui était philosophe, le même encyclopédiste de Gênes explique ce qu'on entend par philosophie. Il veut que

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