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EST SANS NIMBE

Miniature du^xii' siècle, Psalterium cum figuris, Bibliothèque royale.

Puisque chez les Orientaux le nimbe désigne la puissance, une tête à l'agonie ne devait plus avoir de nimbe. Quand un individu est dans sa force , on l'honore du nimbe ; mais lorsqu'il faiblit, lorsqu'il ne peut résister à une attaque, lorsque la maladie ou la mort en triomphent, alors il est dégradé et dépouillé de son auréole. Tout cela est conséquent. Sur les fresques romanes de Saint-Savin, près de Poitiers, où paraît se trahir en plusieurs endroits une influence byzantine , on remarque d'abord le grand dragon apocalyptique, au moment où il attaque la femme de laquelle naît un enfant qui doit gouverner les nations^; puis le même monstre, lorsqu'à son tour il est attaqué par saint Michel et ses anges ^. Sur le premier

^ Apocalypse, cliap. xii , v. i3, i5.

* Ibidem, v. 7, 8, 9.

tableau, ce dragon roux est plein de vie et de puissance; il vomit de sa gueule un fleuve d'eau pour y engloutir la femme. Là aussi il est et il devait être nimbé. Il porte un nimbe jaune, un nimbe d'or comme l'ange qui arrache l'enfant à la colère du monstre. Mais sur le second tableau il est assailli par les anges, il va être précipité en terre et vaincu, et déjà sa tête est dépouillée du nimbe; son front ne lance plus de rayonnement, parce que sa puissance s'éteint. La rose occidentale de la Sainte- Chapelle de Paris présente les mêmes particularités. La bête à sept têtes, chargées de cornes et de couronnes, y est figurée plusieurs fois. Chaque tête est nimbée, parce que le monstre est adoré par les infidèles, et parce qu'il entraîne avec sa queue la troisième partie des étoiles du ciel; il est tout-puissant alors; il est dans sa force et dans son triomphe. Mais lorsque l'ange qui a la clef de l'abîme l'enchaîne et le scelle pour mille ans dans le gouffre, alors il est vaincu, dégradé, et par conséquent dépouillé du nimbe; il n'a plus sur sa tête que les couronnes royales ^

Ainsi donc, en Orient, le nimbe est l'attribut de la puissance bonne ou mauvaise : qu'on soit diable ou archange, qu'on soit criminel ou vertueux, qu'on soit grand traître ou Dieu, on est fameux, et, à ce titre, nimbé. Cette idée s'est infiltrée chez nous, surtout aux époques de nos relations avec Constantinople; mais elle n'a pu prendre racine , et la tendance à ne décorer du nimbe que la sainteté, que la vertu morale, a fini par prévaloir. Nous avons été plus avares d'un attribut que nous avions emprunté et non pas inventé; d'ordinaire, en effet, on ne prodigue que les richesses qui coulent de source. Cependant à Troyes et à Reims, dans toute la Cham-

^ Cette verrière date de Charles VIII; ce roi l'a fait marquer de son chiffre, que surmoDte une couronne royale de couleur jaune et simulant l'or.

pagne, depuis Ville-Hardouin et Joinville jusqu'à nos jours, a soufflé une brise orientale et byzantine qui a fait épanouir une foule d'idées et d'images propres à l'Orient. On se contentera de citer une peinture sur verre qui date du xvi^ siècle, et qui brille dans la grande nef de Saint-Nizier de Troyes. Là aussi est représentée la bête à sept têtes et dix cornes, et le nimbe, attribut oriental de la puissance, brille autour de chacune des têtes. On en donnera le dessin à l'Histoire du diable.

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