‹ Iconographie chrétienneChapitre 55 sur 141 · MAIN DIVINE RAYONNANTE ET NON NIMBEE · texte numérisé non relu

MAIN DIVINE RAYONNANTE ET NON NIMBEE

Miniature grecque du x" siècle.

La gravure est prise sur un manuscrit grec , et la bénédiction ne se fait pas avec les trois premiers doigts ouverts, comme dans l'église latine, mais avec l'index ouvert, le grand et le petit doigt courbés, tandis que le pouce se croise sur l'annulaire pour former un chi (X). C'est la bénédiction grecque ^

' Bibl. royale, Psalterium cumjîguris, grec, n° iSg. — A l'Histoire du nimbe, p. 78,

On reconnaît à cette main la main de Dieu, parce qu'elle tend à Moïse les tables de la loi, parce qu'elle arrête le bras d'Abraham, qui va sacrifier Isaac , parce qu'elle apparaît au moment où Jésus-Christ baptisé et transfiguré entend cette voix qui part du ciel : « Celui-ci est mon fils bien aimé, dans lequel j'ai mis toutes mes complaisances. » C'est donc seulement à cause du sujet historique, et non par un attribut caractéristique, quon doit de pouvoir affirmer que cette main est bien celle de Dieu le père, et n'appartient pas à l'une des deux autres personnes divines, à un ange ou à quelque saint.

Néanmoins, très-souvent encore, un caractère distinctif vient s'ajouter à celui que l'on tire de fhistoire, pour empêcher qu'on ne confonde cette main avec celle d'un ange ou d'un saint, si ce n'est avec celle du Fils ou du Saint-Esprit. On a vu en effet, dans les prolégomènes \ que le nimbe crucifère distinguait Dieu de toutes ses créatures : tout personnage orné de cet attribut , et sauf les très-rares exceptions et

nous avons noté le nimbe transparent de cette belle Nuit (NTS), qui a une tournure tout à fait antique ; le voile semé d'étoiles qu'elle arrondit au-dessus de sa tête , et le flambeau qu'elle renverse , parce qu'elle est ennemie du jour, complètent cette allégorie. Le prophète Isaîe est placé entre cette personnification de la nuit et celle de l'aurore. L'Aurore ou le Point du jour [Ôpdpos) est un petit génie, un enfant de quatre ans environ, à peu près nu, qui tient un flambeau allumé, debout et non renversé. Le prophète est à la fin de la nuit et au commencement du jour; la Nuit est donc grande, et le Jour petit et à sa naissance. La nuit, qui éclaire d'une lumière d'emprunt, a moins de force que le jour, qui s'éclaire et s'échauffe à la lumière directe du soleil ; îa Nuit est donc une femme ici , et le Jour un homme , comme le genre des mots qui les nomment est féminin pour l'une et masculin pour l'autre. Ce tableau remarquable est la traduction parla peinture des divers passages où Isaïe raconte la puissance de Dieu et la mission qu'il en reçoit : « Ecce Dominus Deus in fortitudine veniet, et brachium ejus dominabitur. » (Cap. XL, V. lo.) — K Dabo in solitudinem cedrum , et spinam et myrtum, et lignum olivae; po- « nam in deserto abietem, ulmum et buxum simul, » (Cap. xli , v. 19.) — « Ut sciant hi, «qui ab ortu solis et qui ab occidente, quoniam absque me non est : ego Dominus et « non alter. Formans lucem et creans tenebras. » (Cap. xlv, v. 6 et 7.) ' Nimbe, pages \']-[xk-

erreurs signalées, et résultant ou de l'ignorance ou de la négligence de l'artiste, est infailliblement une des trois personnes divines. Or, souvent cette main est appliquée contre un nimbe partagé par une croix grecque : donc elle désigne l'une des trois personnes de la Trinité. Si, d'ailleurs, le Fils et le Saint-Esprit sont présents, il n'y a plus de doute; c'est bien la main de Dieu le père. La planche suivante montre le baptême de Jésus'. Le Christ est dans les eaux et le Saint- Esprit, en forme de colombe, descend sur sa tête; Dieu le père met hors du ciel constellé sa main droite, pour traduire aux yeux les paroles de l'Evangile; «Celui-ci est mon fils bien aimé. » Il n'y a pas de doute , cette main est et ne peut être que celle de Dieu le père.

MAIN DE DIEU LE PERE, NI RAYONNANTE, NI NIMREE , MAIS ENTIEREMENT OUVERTE.

Miniature latine, ix° siècle.

Par analogie, toutes les fois qu'on voit sortir du ciel une main

' Ce dessin vient du manuscrit Liber precum, Bibl. roy. suppl. lat. 6/4 1.

bénissante ou rayonnante , quand même les autres personnes divines seraient absentes (ce qui arrive fréquemment) et quand même le nimbe croisé ne la caractériserait pas, on peut être sûr que cette main appartient réellement à Dieu le père. Ainsi donc, de même que le nom de Jésus -Cbrist se résume dans une ou deux lettres, J. G. de même la figure totale de Jébovah se résume dans une partie de son corps, dans sa main. La main est une espèce de monogramme à l'usage des sculpteurs et des peintres.

Jusqu'au xii^ siècle, cette main représente exclusivement le Père ; mais , dans la seconde et la troisième période de l'art chrétien , pendant le règne du gothique et de la renaissance, même alors que le Père est figuré, soit en buste, soit en pied , la main se voit encore de temps en temps ; elle persiste jusqu'au xvii^ siècle. Elle se montre avec plusieurs variétés, qui sont plutôt archéologiques que chronologiques; car, à la même époque , ces variétés se produisent toutes à peu près.

Cette main est donc ou bénissante et ouverte de deux, de trois doigts seulement, suivant les exemples donnés par les planches 20 et 62 ; ou donatrice, ouverte entièrement et laissant tomber de chaque doigt des rayons de grâce , comme à la planche 2 2 , et comme on en verra d'autres variétés plus complètes à l'Histoire de Dieu le fils; ou donatrice et bénissante à la fois , à moitié ouverte et rayonnante , comme à la planche 62. Cette main est sans attribut, surtout aux époques qui se distinguent , soit par l'absence , soit par la rareté du nimbe; ou bien elle se pose sur un nimbe qui est ordinairement divisé par des croisillons , comme le nimbe de la tête même, mais que, soit par oubli, soit par ignorance, on voit sans croisillons quelquefois. L'absence du nimbe est constante dans les fresques des catacombes, les anciens sarcophages et les

plus vieilles mosaïques. Le dessin 62 , donné plus haut, ofFre

la main sans nimbe; ici la main est sur un nimbe crucifère ^

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