‹ Iconographie chrétienneChapitre 60 sur 141 · DIEU IMBERBE, PERE OU FILS · texte numérisé non relu

DIEU IMBERBE, PERE OU FILS

Miniature française du xi° siècle.

Si c'est le Père, il eût été convenable de lui donner de la barbe; si c'est le Fils, on aurait dû lui ôter le globe pour y

' Je dois ces renseignements à M. Ferdinand de Guilhermy. En pendant au chérubin qui se tient à k droite du Père, on voit un séraphin qui se tient à la gauche. Les deux

substituer la croix de la résurrection ou le livre de ses Evangiles. Ce dessin est extrait d'un manuscrit qui est à Beauvais, et qui contient un traité de saint Augustin sur la Genèse. Or, dans ce traité, il n'est pas question du Fils, mais du Père, du Tout-puissant qui crée spécialement le ciel et la terre, suivant le symbole des apôtres ^ Je crois donc que cette image est celle de Dieu le père, mais du Père cacbé, pour ainsi dire, sous les traits de son Fils, car le Père n'a pas encore de figure à lui.

Cependant, déjà au xiv^ siècle, surtout dans les manuscrits à miniatures, on surprend la tendance qui s'empare des artistes à donner enfin une figure spéciale à Jéhovah. Pùen n'est curieux comme d'assister à ces essais timides et successifs d'un art qui , jusqu'alors, n'avait pas voulu ou n'avait pas pu figurer la toute-puissance divine. Dieu le père, le Créateur. Ils s'efforcent de le caractériser de plus en plus et de le différencier d'avec son fils. On assiste réellement à la naissance et au développement de la figure du Père éternel. D'abord , comme nous l'avons vu , il y a identité entre les deux figures ; il est impossible de les distinguer. Le Père ressemble au Fils comme deux exemplaires d'un même ouvrage. Ainsi , page 1 1 , planche 6, on voit la création d'Adam s'effectuant par la coopération des trois personnes divines; il est absolument impossible de dire qui est le Père, qui est le Fils. Dans le dessin précédent, le Père est imberbe comme on représente souvent le Fils; dans le suivant, où le Père et le Fils sont barbus, on

anges sont absolument semblables entre eux; il ne serait pas possible de les caractériser sans l'inscription qui les distingue. Aulour du séraphin on lit : «Possidetinde sacram séraphin sine fine sinistram.»

^ Le traité de saint Augustin a pour titre : de Genesi ad litteram. M. l'abbé Barraud , professeur d'archéologie chrétienne au grand séminaire de Beauvais , ne doute pas que le personnage représenté dans cette vignette ne soit Dieu le père. L'encadrement où est la figure forme un 0 ; la première lettre du traité commence par : Omnis divina scriptura.

ne peut distinguer l'un de l'autre. Est-ce le Père qui est assis et qui reçoit son Fils? mais il tient à la main une croix de résurrection, qui est invariablement l'attribut du Christ. Est-ce le Fils ? mais il est assis à la gauche de l'autre personne et , d'après le texte \ le Fils doit être à la droite du Père. D'ailleurs ces deux personnes ont le même âge et la même figure ^.

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