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LE PÈRE, CRÉATEUR, EN VIEILLARD ET EN PAPE

Vitrail français du x\f siècle.

Il y a plus, avant le xv^ siècle, dans les représentations de la Trinité, c'est le principe de l'égalité des trois personnes qui prédomine presque constamment. Lorsqu'on figure la Trinité, on fait les trois personnes aussi égales que possible. Le Père , le Fils , le Saint-Esprit , comme on le verra au chapitre de la Trinité, sont exactement de même âge, portent le même vêtement, sont ornés du même nimbe et ont quelquefois le même attribut. Au xv^ siècle, et à plus forte raison au xvf, c'est la difîerence qu'on cherche surtout à caractériser. Ainsi, ou les trois personnes sont distinctes et représentées une à une ,

comme dans le manuscrit de TAiguillon de l'amour divin , ou elles sont soudées, incorporées Tune à l'autre, comme dans un Dante imprimé à Florence en i^gi- Dans le premier cas (ceci arrive déjà vers la fin du xiv^ siècle) le Père est un vieillard de soixante à quatre-vingts ans; le Fils, un homme de trente à trente-cinq; le Saint-Esprit, un adolescent de douze à dix -huit ^ Dans le second cas, les trois personnes n'ont qu'un seul corps et que deux hras pour elles trois; la main droite bénit, la main gauche porte un gros globe, qui appartient aux trois personnes à la fois; un seul nimbe est à la tête. C'est bien l'égalité ; mais il y a trois têtes sur ce tronc unique , et les trois visages sont complètement distincts. Ainsi le Père est toujours un vieillard; le Fils, toujours un homme mûr; le Saint-Esprit, toujours un adolescent.

Au xiii^ siècle, lorsqu'on fait les trois personnes égales, alors que le Fils et le Père ne peuvent se distinguer, le Père revêt l'âge et la physionomie du Fils^. Aux xv*' et xvi^, on observe quelquefois le phénomène contraire : c'est le fils qui vieillit et qui prend l'âge de son Père. Le Fils suit; le Père entraîne. Entre autres exemples, on citera une Trinité peinte sur le beau manuscrit in-folio de la bibliothèque Sainte-Geneviève, et qui contient la traduction, par Raoul de Presles, de la Cité de Dieu. Le Père et le Fils sont unis par le Saint-Esprit, qui a la forme d'une colombe et qui touche les deux personnes divines par l'extrémité de ses ailes. Le Père est eiî pape, comme on le représente assez souvent à cette époque ; sa figure est celle d'un vieillard à longue barbe, à longs cheveux. Le Christ,

' Voir le Roman des trois pèlerinages , manuscrit à miniatures , du xiv' siècle , et cité plus haut.

Nous en avons déjà vu plusieurs exemples, notamment pages 1 1 et 18, pi. 6 et 1 1 ; plus bas, à l'Histoire de la Trinité, nous en aurons d'autres encore. Il y a surabondance de preuves.

qui est à sa droite , semble son reflet , car il est presque aussi vieux. Sa barbe est un peu moins longue; mais on ne saisirait pas une différence d'âge dans les traits et les cheveux : la tiare et le nimbe de Jésus et de son père sont identiques ^

Le Saint-Esprit lui-même , qui affecte presque toujours l'âge d'un adolescent , rarement celui d'un homme , suit le mouvement de l'époque et se montre quelquefois vieux à l'égal du Père ^. On peut donc, relativement à Dieu le père, partager le moyen âge en deux périodes. Dans la première, qui est antérieure au xiv^ siècle, la figure du Père se confond avec celle du Fils; c'est le Fils qui est tout-puissant et qui fait son père à son image et ressemblance. Dans la seconde période, après le xiii^ siècle, jusqu'au xvi% Jésus -Christ perd sa force d'assimilation iconographique, et se laisse vaincre par son père; c'est au tour du Fils à se revêtir des traits du Père, à vieillir et à se rider comme lui. Quant au Saint-Esprit, lorsqu'il prend la figure humaine, il est absorbé dans la première période par le Fils , et dans la seconde par le Père; il subit presque toujours, mais il n'influence jamais les révolutions iconographiques qui se font autour de lui. L'Esprit se laisse figurer comme on veut. Enfin , depuis les premiers siècles du christianisme jusqu'à nos jours, nous voyons le Père croître en importance : son portrait , d'abord interdit par les gnostiques, se montre timidement ensuite, et comme déguisé sous la figure de son fils; puis il rejette tout accoutrement* étranger, et prend une figure spéciale ; puis , par Raphaël et enfin par TAnglais Martin, il gagne une grave et une admirable physionomie qui n'appartient qu'à lui.

Le dessin de cette miniature sera donné à l'Histoire du Saint-Esprit.

Cité de Dieu, traduction de Raoul de Presles, bibliothèque Sainte-Geneviève. Le manuscrit du duc d'Anjou lui-même ofFre une Trinité dont le Saint-Esprit a la figure d un vieillard comme les deux autres personnes.

Puisque le temps est arrivé où le Père a sa figure spéciale, il faut tâcher d'indiquer à quels signes on distingue cette personne divine des deux autres.

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