XIV INTRODUCTION
malédiction de i'homme par Dieu. Cette première partie , ce que Vincent de Beauvais appelle le Miroir naturel , est sculptée dans l'arcade centrale du porche septentrional.
Mais- cet homme qui a péché dans Adam et qui , dans lui , est condamné à la mort du corps et aux douleurs de l'âme, peut se racheter par le travail. En les chassant du paradis , Dieu eut pitié de nos premiers parents; il leur donna des habits de peau et leur apprit à s'en vêtir. De là le sculpteur chrétien prit occasion d'enseigner aux Beaucerons la manière de travailler des bras et de la tête. Donc, à droite de la chute d'Adam, il sculpta sous les yeux et pour la perpétuelle instruction de tous, d'abord un calendrier de pierre avec tous les travaux de la campagne ; puis un catéchisme industriel avec les travaux de la ville ; enfin , et pour les occupations intellectuelles, un manuel des arts libéraux personnifiés, de préférence, dans un philosophe, un géomètre et un magicien. Le tout se développe en cent trois figures, au porche du nord, et principalement dans l'arcade de droite. Telle est la seconde division qui fait passer sous les yeux la représentation historique et allégorique à la fois de l'industrie agricole et manufacturière, du commerce et de l'art.
Il ne suffit pas que l'homme travaille, il faut encore qu'il fasse un bon usage de sa force musculaire et de sa capacité intellectuelle; il faut qu'il emploie convenablement les facultés que Dieu lui a réparties, les richesses qu'il a acquises par son industrie. Il ne suffit pas de marcher, il faut marcher droit; il ne suffit pas d'agir, il faut agir bien, il faut être vertueux. Dès lors, la religion a dû incruster dans les porches de Notre-Dame de Chartres cent quarante-huit statues représentant toutes les vertus qu'il faut embrasser, tous les vices qu'il faut terrasser. L'homme , créé par Dieu , a des devoirs à remplir envers Dieu de qui il sort ; envers la société au sein de laquelle il vit; envers la famille qui l'a élevé et qu'il élève à son tour; enfin envers lui-même, dont le corps est à conserver, le cœur à échauffer, l'intelligence à éclairer. De là naissent quatre ordres de vertus : les
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théologales, les politiques, les domestiques, les intimes, toutes opposées aux vices contraires, comme la lumière aux ténèbres. Toutes ces vertus sont personnifiées et sculptées dans les différents cordons des voussures. Les vertus théologales et politiques, vertus tout extérieures et de la place publique, sont placées au dehors; les vertus domestiques et intimes, qui concernent la famille et findividu , ont été retirées au dedans du porche , où elles s'abritent dans l'ombre et le silence. Telle est la troisième partie, le Miroir moral, qui se déroule dans farcade de gauche, et toujours au porche du nord.
Maintenant que f homme est créé; qu'il sait travailler et se conduire ; que d'une main il prend le travail pour appui , et de l'autre la vertu pour guide , il peut aller sans crainte de s'égarer, il peut vivre et faire son histoire : il arrivera au bu^ à point nommé. Il va donc reprendre sa carrière de la création au jugement dernier, comme le soleil sa course d'orient en occident. Le reste de la statuaire sera donc destiné à représenter l'histoire du monde depuis Eve et Adam , que nous avons laissés filant et bêchant hors du paradis, jusqu'à la fin des siècles. En effet, le sculpteur inspiré a prévu, les prophètes et l'Apocalypse en main, ce qui adviendrait de l'humanité bien après que lui, pauvre homme, n'existerait plus. Il ne fallait pas moins que les quatorze cent quatre-vingt-huit statues qui nous restent encore pour figurer cette histoire qui comprend tant de siècles, tant d'événements et tant d'hommes. C'est la quatrième et dernière division; elle occupe les trois baies du portail du nord , le porche entier et les trois baies du portail méridional.
Cette statuaire est donc bien, dans toute l'ampleur du mot, l'image ou le miroir de l'univers, comme on disait au moyen âge. C'est un poëme entier où se réfléchit l'image de la nature brute et organisée dans le premier chant; celle de la science, dans le second; de la morale, dans le troisième; de l'homme, dans le quatrième; et dans le tout , enfin , du monde entier. Telle est la charpente intellectuelle de cette encyclopédie de pierre , tel est son plan et son