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AGNEAU DE DIEU, SYMBOLE DE TÉSUS CBUCIFIÉ

Cuivre gravé, Xi° siècle.

Le monument d'où est tiré ce dessin est du xi^ siècle; c'est une plaque de cuivre ciselée et découpée à jour. Cette plaque était probablement appliquée sur la couverture d'un livre d'évangiles. De forme carrée , elle montre l'agneau dans le centre, et sur les côtés la personnification des quatre fleuves du paradis : le Tigre, l'Euphrate, le Phison et le Géhon ^ Les vers suivants, gravés sur les côtés de la plaque, expliquent le sens allégorique attaché à la présence des quatre fleuves :

Fons paradisiacus per flumina quatuor exit; Hec {sic) quadriga levis te X^ per omnia vexit.

L'agneau de Dieu , ainsi entouré des fleuves mystiques , ou dominant la montagne d'où sortent les quatre sources , est bien antérieur au xf siècle : la planche 28, page 44, nous en

' Ce monument fait partie de la collection de M. du Sommerard. Les fleuves sont nommés Gyon , Phison, Tygris, Eufrates, et sont représentés à la manière antique : ce sont des hommes presque nus, coiffés du bonnet phrygien, et tenant une urne d'où s'échappent des flots. C'est à peu près ainsi qu'ils sont sculptés au portail occidental de la cathédrale de Reims.

a donné un exemple tiré des catacombes et qui date du v' ou vi^ siècle de notre ère ^ De nos jours, sur les chasubles ou les devants d'autel, on voit fréquemment l'agneau couché comme mort sur le livre aux sept sceaux , ou debout et tenant avec l'un de ses pieds, tantôt de derrière et tantôt de devant, l'étendard de la résurrection. Cette seconde manière de le figurer est plus populaire et plus fréquente que la première; elle entre même comme armoiries dans le blason de plusieurs villes et de plusieurs familles nobles : la ville de Rouen porte de gueules, à un agneau pascal d'argent, et la famille Pascal possède l'agneau également d'argent, mais sur champ d'azur^.

Saint Jean-Baptiste est très-souvent représenté tenant l'agneau de Dieu; c'est même l'attribut par lequel on le distingue plus particulièrement. Ainsi la planche suivante donne le dessin d'une statue colossale qui orne les parois du portail septentrional delà cathédrale de Chartres. Saint Jean, pieds nus, comme s'il était un apôtre du Nouveau Testament, nimbé comme un saint, vêtu d'une robe en poil de chameau^, montre de la main droite l'agneau qu'il tient avec la main gauche.

' Dans les monuments de la primitive Eglise, on voit fréquemment l'agneau debout sur la montagne d'où s'écoulent les quatre fleuves du paradis terrestre, ou bien entouré de la personnification de ces fleuves. L'agneau, c'est le Christ; les fleuves, ce sont les évangélisles : « Quatuor flumina, quatuor evangelistae, » comme disent les docteurs chrétiens. On a été plus loin dans l'assimilation, et G. Durand [Rat. div. ojf. lib. VII) dit que le Géhon est saint Matthieu ; le Phison, saint Jean; le Tigre, saint Marc; l'Euphrate, saint Luc. Durand et le pape Innocent III trouvent de curieuses ressemblances entre les qualités de chaque évangélisle comparé à son fleuve correspondant. « Per Physon Johannes, «per Gion Mattheus, per Tigrim Marcus, per Eufratem Lucas designati sunt. Sic enim Il clare probat Innocentius III de evangelistis in sermone. »

' L'Art héraldique , par Baron ; in-12 , Paris , 1696. « Ipse autem Johannes habebat vestimentum de pilis camelorum, et zonam pelliceam «circalumbosejus... » (Saint Matthieu, ch. iii,v. à.) — A la ceinture de cuir et à la robe en poil de chameau les Grecs ajoutent constamment , dans leurs représentations de saint Jean- Baptiste, les cheveux incultes ou hérissés. Nous en avons vu un exemple planche 2/i , p. 48.

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