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AGNEAU NATUREL PORTE PAR SAINT JEAN

Miniature française, xiv' siècle ^

Au xv^ siècle, le naturalisme est plus prononcé encore. A cette époque l'agneau perd son nimbe, il court à terre, il broute l'herbe du désert où se repose saint Jean, il se dresse sur ses deux pattes de derrière contre son précurseur qu'il cherche à caresser. Enfin, au xvi'' siècle, un joli tableau sur bois, qu'on

' Ce dessin est tiré du Romandes trois pèlerinages, manuscrit de la bibliothèque Sainte -Geneviève. La miniature est au folio 187, verso. La cathédrale de Reims, qui devance , au moins de cent ans, les autres cathédrales de France, quant à la statuaire el à la sculpture d'ornement , offre, dès le xiif siècle, un saint Jean tenant et caressant de ses mains un charmant petit agneau. Ce joli groupe se voit parmi la population de statues qui vivifient le mur intérieur du portail occidental et qui font, de cette partie de l'admirable édifice, un chef-d'œuvre unique en France.

voit dans une chapelle latérale de Notre-Dame de Brou , à Bourg , a été plus loin encore. Saint Jean y est représenté assis sur un tertre vert, dans une forêt, au bord d'une petite rivière. Il tient sous son bras gauche l'agneau, qui n'a plus rien d'hiératique. De la main droite il lui donne à boire de l'eau qu'il a puisée dans une coquille. L'agneau de Dieu qui a soif et auquel on donne à boire , c'est peu divin ! Quelle différence de cet agneau de Brou, qui est du xvi*" siècle, avec celui qui décore un cofîret d'ivoire provenant, dit-on, du couvent de Saint-Gall, et qui doit être du ix*" ou du x^ siècle ! Sur le couvercle de ce cofFret, un agneau, qui porte le nimbe crucifère et qui est posé sur un disque comme une « imago clypeata » , est adoré par quatre anges qui se prosternent devant lui, etpar les vingtquatre vieillards de l'Apocalypse, qui lui tendent les mains, comme pour en recevoir des trésors de grâce. Pendant que ces scènes se passent dans le ciel inférieur, tout en haut, une main, la main de Dieu le père, sort des nuages et lance cinq torrents de lumière, qui tombent sur l'agneau, symbole de son fils ^ C'est ici d'une gravité, d'un mysticisme sublimes; à Brou, la réalité est presque triviale. Cependant à Brou, derrière saint Jean, est posée une petite croix de roseau avec une banderole où l'on a écrit : Ecce agnus Dei ; on est rappelé ainsi à la sévérité du symbole. Cette inscription accompagne ordinairement la représentation de l'agneau divin ; on la voit à Arles , dans la vieille église du cimetière des Dames de Saint-Césaire. A la voûte de l'abside, quatre nervures plates, terminées par des chapiteaux ou imjDOstes feuillages , viennent aboutir à une clef sur laquelle est sculpté l'agneau tenant la croix de la résurrection; cette inscription, distribuée en deux bandes semi-

' Ce curieux coffret appartient à. M. Michéli, qui l'a moulé et jeté dans le œmmerce.

circulaires, est gravée autour de l'agneau : Dei ecce ahgnus ^

Dans les vitraux et les sculptures qui représentent les événements ou les ligures de l'Ancien Testament en regard des scènes du Nouveau, on voit un jeune homme égorgeant un agneau, tandis qu'un vieillard trempe dans le sang de la victime une plume, un style avec lequel il marque du tau (t) le dessus des portes [siiperliminare) des maisons que la colère de Dieu doit épargner^.

Dans toutes les sculptures et peintures sur verre et sur parchemin qui représentent l'Apocalypse, on voit l'agneau à sept yeux et à sept cornes brisant les sceaux du livre mystérieux.

C'est toujours l'agneau que l'on voit et jamais la brebis, jamais le bélier, car les textes sont explicites: «Ecce agnus; « vidi agnum; agnus Dei; agnus qui tollis peccata mundi. » Cependant, et par une anomalie des plus extraordinaires, la cathédrale de Troyes présente sculpté à une clef de voûte un agneau de Dieu en bélier. Les formes de ce bélier sont nettement caractérisées, et le dessin qu'on en donne ici montre deux cornes très-bien indiquées et très-puissantes.

' Vh, qui est dans ahgnus, semble indiquer une aspiration qu'on faisait sentir alors , au moins dans la Provence. Nous avons déjà constaté qu'à Chartres un sculpteur du XIII* siècle avait écrit terrem pour terrant. A )a même époque, presque partout, sur les vitraux, les émaux et les sculptures, on voit Solomon, Solomonem pour Salomon, Salomonem; les manuscrits disent souvent Sulemons. Dans la vieille église de l'île Barbe, près de Lyon, on lit, au milieu d'une insci'iption relative au Christ, michi pour mihi; michi règne encore en Italie. Dans ces exemples et dans bien d'autres , il y a probablement des indices de la prononciation propre à certaines époques et à certaines localités ; il faut les signaler avec soin.

^ Voyez une grande statue colossale qui décore le portail occidental des cathédrales d'Amiens, de Reims, de SenUs; une statue semblable est au portail septentrional de Notre-Dame de Chartres. Voyez un vitrail de la cathédrale de Chartres, nef latérale du nord, et un vitrail de la cathédrale de Bourges, à l'abside. Ces deux vitraux font partie de la monographie de la cathédrale de Bourges , dont M. Arthur Martin fait ou surveille tous les dessins et dont M. Charles Cahier rédige le texte. Sur ce vitrail de Bourges, on lit sous le prophète qui écrit : « Scribe thau. »

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