AGNEAU DE DIEU EN BELIER
Sculpture française, dans la cathédrale de Troyes, fin du xiii^ siècle.
C'est bien un bélier. D'un autre côté c'est vraiment l'agneau de Dieu , puisqu'il porte la croix de résurrection comme l'agneau pascal , et le nimbe crucifère comme les personnes de la Trinité. Jusqu'à présent on ne connaît pas d'autre exemple d'une pareille particularité; mais cet exemple est en Champagne, où, comme à Reims et à Troyes, l'art est tout exceptionnel, on pourrait même dire schismatique, relativement à l'art chrétien des autres provinces de France. Ce dessin est de la dernière exactitude, il a été exécuté après un examen minutieux des formes les plus imperceptibles ^ Les cornes sont le caractère de la force matérielle; elles signifient peut-être que ce bélier divin est le symbole de la puissance divine du Fils. Dans ce cas , ces cornes seraient à l'agneau ce que le double nimbe triangulaire^ est au Père éternel, ou le nimbe croisé et
' M. Fichot, dessinateur de Troyes, a fait ce dessin après avoir constaté avec moi, au moyen d'une excellente lunette , que les cornes étaient réelles et aussi prononcées en forme et dimension que le dessin l'indique. Cette sculpture orne une clef de voûte placée à douze mètres du sol , dans une chapelle du latéral méridional de la cathédrale de Troyes. C'est un fait curieux que l'agneau se soit changé en bélier dans la Champagne, province qui nourrit de nombreux troupeaux de moutons.
^ Planche 2 i, p. Sy.
recroisé à l'agneau donné dans le chajMtre du nimbe (pi. i3, p. 22); elles annonceraient la puissance absolue.
L'art ne s'est pas contenté, dans les premiers siècles du cbristianisme, de représenter Jésus-Christ sous la forme d'un agneau ; il figura ainsi , ou sous celle de la brebis , d'autres personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament : Abraham , Moïse , saint Jean- Baptiste, les apôtres. Pour les apôtres, on les voit fréquemment sous cette forme sur les anciens sarcophages , sur les fresques de.« catacombes, sur les anciennes mosaïques des basiliques romaines. Un dessin donné ici représente Jésus, sous forme humaine, debout sur la montagne du paradis, et donnant ses dernières instructions à ses apôtres. La personne divine est accompagnée de son symbole, l'agneau qui porte une croix sur la tête ^