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JÉSCS EN BON PASTEUR

Fresque des catacombes de Rome, premiers siècles de l'Eglise.

Ces diverses représentations font allusion à ces belles paroles de Jésus-Christ : « Quel est l'homme d'entre vous qui , ayant cent brebis et venant à en perdre une seule, n'abandonne pas les quatre-vingt-dix-neuf dans le désert et ne va pas à la recherche

de deux ; il y en a sept à îa page 2 65. Le bon Pasteur semble lui-même plus ou moins fatigué ou du fardeau qu'il a sur les épaules , ou du chemin qu'il a fait pour retrouver la brebis perdue. Ordinairement il ne s'aperçoit ni de la fatigue ni du poids. Néanmoins , dans l'exemple de la page Sgi, il s'aide d'un bâton comme le voyageur au terme de sa route. Ce motif rappelle ces belles paroles du Dies irœ : « Qu^rens me sedisti lassus. » Nous voyons ainsi le bon Pasteur s'asseoir réellement de fatigue aux pages 269 et 273. A Ravenne , dans l'église de Galla Placidia , une mosaïque de l'an 4^0 montre Jésus orné d'un nimbe uni, et assis sur un tertre, au milieu d'une riche campagne. Le Sauveur tient de la main gauche une croix de résurrection et caresse une brebis de îa main droite ; cinq autres brebis regardent avec plaisir cette affection dont l'une d'elles est l'objet. (V. Ciampini, Vet. mon. l'pars. tab. 67, p. 227.) Ces bei'gers divins sont quelquefois sans instrument de musique , comme celui de Ravenne et comme ceux des pages SSg, 3ii3 , à"]?) de la Rom. sott. Les figures du bon Pasteur occupent ordinairement la place d'honneur sur les sarcophages et dans les peintures des catacombes : elles Sont au centre du tombeau , au centre des voûtes , et au milieu des archivoltes ou des tympans. En raison de la multitude des représentations, il y a une grande variété dans la manière de les traiter; il faut noter toutes ces variétés, même les moins importantes, parce qu'il y a toujours un fait et une idée à en tirer.

de la brebis perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve? Et quand il l'a retrouvée, il la met avec bonheur sur ses épaules; il revient chez lui, réunit ses amis et ses voisins et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, parce que j'ai trouvé ma brebis qui était perdue ^ » Des paroles aussi palpitantes devaient inspirer saint Thomas d'Aquin, lorsqu'il composa son office du Saint- Sacrement. Le grand docteur et poëte s'écrie, en effet, dans l'une de ses hymnes : « Bon pasteur, pain réel , Jésus , aie pitié de nous. Nourris-nous, défends-nous; fais-nous voirie bonheur dans la patrie des vivants. Toi qui sais tout et qui peux tout; toi qui nous fais vivre ici mortels, là-haut fais-nous les commensaux, les cohéritiers, les compagnons des habitants des

cieux^. »

Du reste, au moins les antiquaires païens l'affirment, ce sujet du bon pasteur n'appartient pas en propre et comme invention au christianisme ; ainsi qu'ils ont fait du nimbe, les chrétiens, à ce qu'on dit, l'auraient emprunté à l'art païen. Mais, à supposer l'assertion fondée, c'était un sujet de charité égaré dans le paganisme, et que la religion du Christ, religion d'amour, devait revendiquer comme lui appartenant. Aussi le cœur, l'imagination et l'art des chrétiens ont tourmenté ce sujet en quelque sorte, et l'ont reproduit incessamment et sous tous les

' Saint Luc , ch. xv, vers. 4-7-

"" Voici les admirables paroles de saint Thomas :

Bone pastor, panis vere , ^-^

Jesu, nostri miserere.

Tu , nos pasce , nos fuere !

Tu , nos bona fac videre In terra viventium.

Tu , qui cuncta scis et vales , Qui nos pascis bic mortales Tuos ibi commensales , Cohaeredes et sodales Fac sanctorum civium.

liî.

aspects possibles. Dès les premiers siècles, le christianisme se l'était complètement assimilé. On le figurait partout, jusque sur ces vénérables calices de verre, les plus anciens vases sacrés que nous connaissions, et dont nos musées possèdent quelques fragments. Tertullien parle de calices où l'on avait peint le bon Pasteur et la brebis égarée ^

JESCS EN LION.

L'agneau n'est pas seulement le symbole du Christ, mais encore le lion; toutefois le lion est infiniment plus rare que l'agneau dans les monuments figurés. Pour les raisons données plus haut, Jésus a été assimilé au lion et quelquefois, bien que je ne connaisse jusqu'à présent que deux exemples de ce fait^, on rencontre le lion portant un nimbe crucifère. Si le nimbe était uni, le lion serait l'attribut de saint Marc, comme nous en avons vu plusieurs exemples^; mais la croix dont il est timbré dénonce positivement qu'il s'agit du lion de Juda, du lion qui a vaincu la mort par sa résurrection et qui, dans le tombeau, dormit les yeux ouverts ou le cœur éveillé. Au mont Athos, dans la grande église (catholicon) du couvent dePhilothéou, une fresque représente le sommeil de l'enfant Jésus; Marie et deux anges adorent le repos de l'enfant divin et se prosternent en prières devant lui. Aux pieds de l'enfant est couché un jeune lion, qui dort comme celui dont il est le symbole,

' « Patrocinabitur Paslor quem in calice depingitis. — A parabolis licebit incipias, «ubi esl ovis perdita, a Domino requisita et bumeris ejus revecta. Procédant ipsae pic- (1 turœ calicum vestrorum , si vel in illis perlucebit inlerpretatio pecudisillius ; utrumne 'c christiano an ethnico peccatori de reslitutione colliniat. » [De Pudicit. cap. ii etx). Dans les grands musées, on voit plusieurs de ces calices sur lesquels est figuré le bon Pasteur.

" Celui de la bible de Charles le Chauve et celui du vitrail de Suger.

^ Pages 34 et 35, à propos du nimbe uni ou croisé attribué au lion, nous avons parlé de cet animal comme symbole du Christ et de saint Marc. Nous renvoyons aux Vitraux de Bourges, p. 78-82 ; on y trouvera d'amples et curieux détails sur le lion .symbole du Christ.

et qui est entouré d'une inscription tirée des livres sacrés ^

L'agneau , le lion et la croix sont les trois symboles uniques sous lesquels on représente Jésus- Christ^. Mais, avant de prouver cette proposition , il est nécessaire de préciser la différence qu'il faudrait établir entre les expressions symbole et FIGURE, que l'on confond ordinairement, qui causent des erreurs et engendrent des disputes de mots.

On entend par symbole et ligure tout signe sensible au moyen duquel se traduit une idée : le nimbe circulaire qui environne la tête des saints est le signe matériel de leur sainteté. Sous ce rapport, le symbole et la figure sont exactement la même cbose. Voici en quoi ils diffèrent. Le symbole est la formule extérieure ou la représentation d'un dogme; c'est, comme le dogme lui-même, un article de foi. L'agneau est le symbole de Jésus-Christ; car les textes sacrés relatifs à l'agneau divin obligent à croire que fagneau est la représentation nécessaire et dogmatique du Christ. L'agneau est le Christ lui-même, le Christ en personne et sous des traits visibles. La figure, au contraire, est la représentation arbitraire d'une idée quelconque. La figure n'est pas imposée par le dogme, par un texte révélé; mais elle résulte d'une pure opération de fesprit humain. La figure est un produit variable de notre imagination. On nous oblige à recevoir un symbole, on nous engage à admettre une figure; la foi est commandée par le

^ « Àvdt7re(T(Wv , iJKoinrjdîj as Xéœv, xai tïjs hivotrat èyeipeiv avT6v;n C'est dans la Genèse, ch. xlix, verset 9 , qu'on lit ce texte. Au lieu de xai Tfjs Stirara» , il faul t/s. Les Grecs modernes, prononçant de même l'êta et l'iôta, commettent assez souvent des fautes de ce genre. Au portail occidental de Notre-Dame de Paris, porte de gauche, un petit lion est couché endormi sur le socle qui porte une statue de Marie tenant Jésus dans ses bras. C'est le motif grec exécuté en sculpture.

^ Il ne s'agit ici que des symboles purement iconographiques. L'Ancien Testament est tout rempli de figures dont Jésus-Christ est le type; ces figures sont de vrais symboles, mais des symboles historiques et qui ne rentrent pas dans notre travail.

premier, l'esprit est séduit par la seconde. Le Christ est symbolisé par le lion, mieux encore par l'agneau; mais il est seulement figuré par le pélican. Le pélican, qui s'ouvre le sein pour nourrir ses petits avec son sang, est la figure de Jésus qui meurt et verse tout le sang de ses veines pour racheter les hommes. Mais jamais le pélican ne porte de nimbe, encore moins de nimbe croisé; jamais, dans la cour céleste, le pélican ne représente Jésus-Christ, et n'assiste en cette qualité aux événements qui s'y accomplissent. Au contraire l'agneau, orné du nimbe que partage une croix, est très-souvent représenté dans les scènes de l'Apocalypse et de TÉvangile ; il n'est autre que Jésus lui-même sous la forme et l'apparence d'un agneau. Enfin le symbole développé devient un mythe; mais la figure, déroulée dans ses détails, ne donne jamais qu'une allégorie. Un mythe est une croyance, un ensemble de dogmes; une allégorie n'est qu'une réunion de métaphores : y croit qui veut. Un mythe est de foi, une allégorie n'est que d'opinion. C'est Dieu qui crée le symbole et qui le révèle; c'est l'homme qui invente et qui manifeste la figure. L'eau dans le baptême, le pain et le vin dans l'eucharistie, sont des signes, sont des symboles. On ne peut remplacer, dans l'eucharistie, le vin par l'eau, ni, dans le baptême, l'eau par le vin; carie symbole est un, invariable et éternel. Une figure, au contraire, peut se substituer parfaitement à une autre figure; la vigne, qui donne son jus pour nourrir les hommes, peut remplacer le pélican qui donne son sang pour ses petits. Enfin, avec de l'imagination, on crée des figures tant qu'on veut, mais non pas des symboles ^

' Voyez clans Baluze [MisceUanea, II' \6\.) un ouvrage de saint Hildefonse, évêque de Tolède, et disciple d'Isidore de Séville.Cet ouvrage, intitulé Liber adnotationiim, donne 1 explication allégorique de plusieurs plantes, fleurs, fruits, animaux, minéraux qui

Cela posé, nous disons que l'agneau avant tout, le lion et la croix secon cl airement sont les uniques symboles du Christ. Mais , comme figures du Christ, on offre à notre choix une foule d'objets pris dans les trois règnes de la nature. Nous avons le poisson, le péhcan , faigle , la poule, le serpent , et bien d'autres êtres, parmi les animaux; entre mille, les végétaux nous donnent la vigne, le figuier, f olivier, le cèdre. Entre les minéraux, toutes les pierres précieuses, pour leur couleur, leur solidité ou leur transparence, figurent le Christ, aussi bien que les montagnes en masse. Les principales constellations , surtout le soleil et la lune, ont été regardées comme des reflets du Fils de Dieu ^ ^ Une fois dans le domaine de fimagination , on tombe dans un océan ; on ne peut et on ne doit donc pas tenir compte des images innombrables sous lesquelles on a figuré le Christ. Cependant, comme fune de ces images a spécialement attiré f attention et les études des antiquaires, il convient de la signaler ici, ne serait-ce que pour relever des erreurs accréditées à ce sujet: cette image c'est le poisson.

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