‹ Iconographie chrétienneChapitre 89 sur 141 · JESUS EN BON PASTEUR · texte numérisé non relu

JESUS EN BON PASTEUR

Le Christ a donc été représenté constamment sous l'apparence d'un agneau; mais, en outre, on l'a figuré sous celle du berger qui garde l'agneau. Jésus, comme l'agneau, a donné sa vie sans se plaindre, et de plus, comme le berger plein de sollicitude pour son troupeau, il a été chercher l'homme perdu et l'a ramené dans le sein de Dieu. Jésus, lui-même l'a dit, est le bon pasteur qui va chercher sur ses épaules la brebis égarée, l'âme infidèle, et la ramène au bercail. «C'est moi, » dit Jésus par l'organe de saint Jean, « c'est moi qui suis le bon pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme mon père me connaît et comme je connais mon père. Je donne ma vie pour mes brebis. J'ai encore d'autres brebis qui ne sont point de cette bergerie : il faut que je les amène ; elles entendront ma voix , et i] n'y aura plus qu'une seule bergerie et qu'un seul pasteur K » Plus bas, on va voir que le Christ a

l'ai t ou plutôt dans les textes italiens. Le liturgiste français vivait au milieu des sculpteurs et des peintres qui peuplaient alors nos plus célèbres cathédrales de statues et de figures , et cependant il n'a vu ni ces figures ni ces statues. Il fermait les yeux à l'art monumental de son pays : il ne les ouvrait que pour lire , souvent sans les comprendre , les textes des écrivains étrangers. Ainsi, chez nous , on ne peint pas en même temps Jésus à la croix et l'agneau au pied de cette croix ; mais en Italie , du iv* au v° siècle , on figurait la croix, probablement sans le Christ, mais avec l'agneau divin au pied. On lit, en effet, les vers suivants dans les œuvres de saint Paulin, évéque de Noie, au milieu de la douzième épître qu'il adresse à Sulpice-Sévère :

Sub cruce sanguinea niveo stat Christus in agno , Agnus ut innocua injuste datus hostia lelo.

' Saint Jean , ch. X , vers. i4, i5, 16.

été figuré comme le poisson et, tout à la fois, comme le pêcheur qui prend le poisson; ici, il est agneau et berger. Dans féglise de Sainte-Pudentienne , à Rome , on voit sur la porte un agneau de Dieu dans un médaillon , avec cette inscription : « Mort et vivant, je ne fais qu'un; je suis à la fois le berger et fagneau^» Les monuments figurés des catacombes, les sarcophages et surtout les peintures à fresque montrent très-souvent un berger, jeune, imberbe, en tunique courte et rayée de deux bandes longitudinales, debout, tenant sur ses épaules la brebis égarée, la brebis chérie. A ses pieds broutent ou sont couchées les brebis fidèles. Ici, dans ce dessin qui reproduit une fresque des catacombes , le berger tient une flûte de Pan à la main droite, tandis que de la gauche il affermit la brebis sur ses épaules ^.

' « Hic agnus mundum restaurât sanguine lapsum. — Mortuus et vivus idem sum , « paslor et agnus.» (Ciampini, Vei. monim. pars i% cap. m, page 2 3.) — Saint Paulin {Epist. III ad Florent.) dit encore : «Idem agnus et pastor reget. nos in saecula, qui nos «de lupis agnos fecit; earumque nunc ovium pastor est ad custodiam, pro quibus fuit a agnus in viclimam. »

" Ce dessin est gravé dans Bosio , Piom.. sotterr. p. 35 1. Le bon Pasteur, portant la brebis sur ses épaules et tenant en main la flûte de Pan , est irès-fréquent dans les premiers siècles du christianisme où la religion est d'une merveilleuse douceur. Bosio en a fait graver plusieurs exemples ; voyez notamment pages 339» 3/i8, 3/19, 373 , 383, 387. Sauf la tunique qu'ils portent tout unie et toute seule, sans les deux bandes longitudinales et sans le manteau, les deux derniers pasteurs ressemblent entièrement à celui de notre dessin. Ces bergers assujettissent plus ou moins fermement sur leurs épaules la brebis perdue, et semblent ainsi craindre plus ou moins qu'elle ne prenne une seconde fois la fuite. Ordinairement ils la tiennent à deux mains , parles quatre pieds, comme dans les exemples des pages 339 , 383 , 455 , 46i. D'autres fois , surtout quand la main droite est occupée par un instrument de musique, comme dans le dessin donné ici, la brebis n'est retenue que par une seule main. Enfin , à la page 391 de la Rom. sotterr. la brebis est assise affectueusement sur les épaules de son bon Pasteur, qui ne craint pas, tant elle est fatiguée ou tant elle est heureuse de revenir au bercail, qu'elle s'échappe de nouveau. A la page 373 , le bercail où va rentrer la brebis est figuré dans la scène , et le sujet est ainsi plus complet. Le nombre des brebis fidèles, couchées sur le gazon , ou broutant aux pieds du bon Pasteur, varie également : il est ordinairement

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