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LE.TEMPS À TROIS FACES

Miniature française du x1v° siècle !.

C'est effectivement un Janus que ce petit homme à trois visages sur un seul tronc, qui mange et qui boit pour commencer l’année: il sert de frontispice au mois de janvier, en tête d'un calendrier. Mais c’est un Janus chrétien, une image complète du temps. Qu'est-ce que la vie en eflet sans le présent? Les souvenirs du passé et les espérances de l'avenir ne peuvent être, sans les réalités du présent, que des songes évanouis ou des rêves non éclos. Le présent seul gagne le pardon pour le passé et la grâce pour l'avenir.

Le présent, fils du passé, est, suivant la pensée profondément chrétienne de Leibnitz, gros de l'avenir. Ainsi donc, ici comme ailleurs, le christianisme dépasse la civilisation antique.

! Cette Année à trois visages est à la bibliothèque de l’Arsenal, ms. théol. lat. 133°; Officium ecclesiasticum. On la voit à l'entrée du manuscrit, au bas du mois de janvier. C'est le présent qui boit, qui se nourrit. Le passé et l'avenir se contentent de méditer :

l'un semble se souvenir pour la dernière fois, et l’autre peut déjà se prendre à espérer.

Le christianisme a renouvelé toutes les choses anciennes ; quand il les conservait, il se faisait gloire de les enrichir au moins d'un élément nouveau. k

Le nombre trois devint de plus en plus sacré; le christianisme le proclama comme le nombre souverain par excellence, comme le vrai nombre divin. Précisant et circonscrivant l'axiome païen qui disait, numero Deus impare qaudet, il limita le nombre impair au nombre trois. Une fois le dogme de la Trinité révélé, on fit souvent violence aux choses les plus compactes, les plus homogènes, les plus indivisibles pour les partager en trois et les recomposer ensuite en unité. Toute une histoire d'hommes et de choses, l’histoire des Celtes de la Grande-Bretagne, fut forcée d'entrer de gré ou de force dans des cases à trois compartiments; c'est comme un morceau de musique réglé, du commencement à la fin, par la mesure en trois temps. Ces mésures historiques s'appellent des triades ”.

1, Nous nous contenterons de donner les têtes de chapitre de cette bizarre histoire, faussée constamment par le système ternaire et le symbolisme.

«Triadés de l'ile de Bretagne, qui sont des triades de choses mémorables, de souvenirs et de sciences concernant les hommes et les faits fameux qui furent en Bretagne, et concernant des circonstances et infortunes qui ont désolé la nation des Cambriens à plusieurs époques. — Voici les trois noms donnés à l’île de Bretagne. — Les trois principales divisions de l'île de Bretagne. — Les trois piliers de la nation dans l'ile de Bretagne. — Les trois tribus sociales de l'île de Bretagne. — Les trois tribus réfugiées. — Les trois envahisseurs sédentaires. — Les trois envahisseurs passagers. — Les trois envahisseurs tricheurs. — Les trois disparitions de l’île de Bretagne. — Les trois événements terribles de l'ile de Bretagne. — Les trois expéditions combinées qui partirent de l'île de Bretagne. — Les trois perfides rencontres qui eurent dieu dans l'île de Bretagne. — Les trois insignes traîtres de l'île de Bretagne. — Les trois traîtres méprisables qui mirent les Saxons à même d'enlever la couronne de l’île de Bretagne aux Cambriens. — Les trois bardes qui commirent les trois assassinats bienfaisants de l'ile de Bretagne. — Les trois causes frivoles du combat dans l’île de Bretagne. — Les trois recèlements et décèlements de l'île de Bretagne. — Les trois énergies dominatrices de l'île de Bretagne. — Les trois hommes vigoureux de l’île de Bretagne. —Les trois faits qui causèrent la réduction de la-Liloegrie et l’arrachèrent aux Cambriens. — Les trois

Avec les études sur le moyen âge le mysticisme a repris de nos jours. On ne se contente pas de signaler le nombre trois et la Trinité elle-même dans les objets qui décèlent évidemment ce symbole, mais on le découvre où 11 n’est probablement pas. On proclame, par exemple, que les artistes du moyen âge ont bâti un hymne en lhonneur du nombre trois, et qu'ils ont construit l'image géométrique de la Trinité en élevant les portails de nos cathédrales où l'on se plaît à retrouver trois étages en hauteur divisés par trois tranches en largeur. Letrèfle, qui abonde dans l'ornementation gothique, n’y serait encore que pour faire honneur à la Trinité. Mais, comme les portails à quatre et à cinq étages sur quatre et cinq pans de murs sont aussi nombreux que les fleurons à quatre, cinq, six et sept lobes, il en résulte:que l'idée de la Trinité n'était pas si constamment présente à l'esprit des artistes qu'on le suppose de nos jours . Toutes les fois qu'on voit trois objets

premiers ouvrages extraordinaires de l’île de Bretagne. — Les trois hommes amoureux de l'ile de Bretagne. — Les trois premières maîtresses d'Arthur. — Les trois chevaliers de la cour d'Arthur qui gardaient le Graal. — Les trois hommes qui portaient des souliers d’or dans l'île de Bretagne.— Les trois royaux domaines qui furent établis par Rhadri le Grand en Cambrie. » — « Un roi d'Irlande, nommé Cormac, ajoute M. J. Michelet, écrivit, en 260, De Triadibus ; quelques triades sont restées dans la tradition irlandaise sous le nom de Fingal. Les Irlandais marchaient au combat trois par trois; les higlanders d'Écosse sur trois de profondeur. » (Voyez Histoire de France, par M. Michelet, vol. I, p. 461-721, édit. in-8°.)

* L'illustre et savant M. Boisserée, Description de lu cathédrale de Cologne, in-f°, Paris, 1825, dit: « Les principes fondamentaux de l’ancienne architecture d'église se trouvent : 1° dans le triangle équilatéral adopté d’abord par les pythagoriciens comme le symbole de Minerve ou de la sagesse, et ensuite par nos ancêtres comme symbole de la Trinité; 2° dans le dodécagone résultant de l'application de ce triangle au cercle, combinaison que les anciens, ainsi que nos ancêtres, regardaient comme contenant toute proportion musicale et astronomique.» Nous regrettons de ne pouvoir admettre ces idées, tout ingénieuses qu'elles soient. — Dans un récent ouvrage (Manuel de l'histoire générale de l'architecture, par M. Daniel Ramée, 2 vol. in-12; Paris, 1843), on a repris, pour la pousser à l'absurde la théorie symbolique des nombres, et du nombre trois en parti-

réunis, plantes, bêtes, monstres ou hommes, immédiatement l'idée de la Trinité divine apparaît aux yeux de certains mystiques. Que trois poissons soient sculptés sur une cuve baptismale du Danemark, que trois singes hideux soient gravés sur une cuve baptismale de France, que trois personnages fantastiques se découpent en relief sur le tympan d’une porte d'éghse, et l'on voit la représentation de Dieu le Père, de Jésus- Christ et du Saint-Esprit dans ces êtres bizarres et même dans ces monstres. S’efforcer d'extraire une idée de tous les faits est une opération très-louable assurément; mais la raison doit l'éclairer et la contenir !. Les objets où la Trinité apparaît certainement en intention et même en réalité sont assez nombreux pour qu'on ne cherche pas à en créer de fictifs. Nous en allons indiquer plusieurs en parlant du culte direct ou indirect

culier ; cette imagination est à la réalité ce que le rêve est à la claire pensée d’un homme sain et bien éveillé. L'architecture, même dans son histoire, a plus à perdre qu'à gagner dans des songes de cette espèce : l'esprit net et positif de la France a raïson de reléguer dans les aberrations de l'esprit toutes ces inventions bizarres.

© Frédéric Münter, évêque de Seeland en Danemark, que nous avons déjà cité, a publié, en 1825, à Altona, les parties [ et IT d’un ouvrage in-4° intitulé : Sinnbilder und Kunstvorstellungen der alten Christer (Images symboliques et représentations fiqurées des anciens chrétiens). C'est là qu’il est question de ces rois poissons figurant la Trinité sur la cuve baptismale d’une église de Danemark, à Beigetad. C’est de Allemagne et du nord de l'Europe que nous arrivent toutes ces singulières et nébuleuses explications. Dans un rapport adressé par M. Schmit au comité historique des arts et monuments, et imprimé en 1842 sous le titre de Souvenirs d’un voyage archéologique dans l'Ouest, nous lisons, à la page 33 : « Sur le flanc méridional de l’église de Notre-Damedes-Neiges, à Brelevenez ( Bretagne), s'élèvent trois piliers dont la partie inférieure sert de contre-fort au bas-côté; ils s’élancent ensuite isolés jusqu'à la hauteur (d’ailleurs fort médiocre) de l’arête de la toiture. Celui de droite et celui de gauche, un peu moins élevés que celui du centre, sont tronqués carrément ; le troisième est chaperonné. Le portail à plein cintre, couronné par un pignon formant'comble à deux égouts, est placé entre le second et le troisième pilier. La tradition locale veut voir ici un emblème de la Trinité adopté par l’ordre du Temple dans la construction de ses églises. Je ne sais si cet usage est bien constaté; sinon, on pourrait voir tout aussi bien dans ces trois piliers une représentation du Calvaire, surtout au sommet d’une montagne passa-

rendu au dogme de la Trinité, ou à Dieu se révélant dans ses trois hypostases.

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