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En opposition à cet anthropomorphisme aussi complet, aussi matériel, on représente la Trinité sous la forme la plus abstraite et la plus sèche. On emprunte le triangle à la géométrie. C'est alors que’ le triangle où est bâti le couvent de Fleury prend une signification mystique; cest alors que saint Angilbert élève le cloitre de Saint-Riquier sur un plan triangulaire et pour honorer la Trinité. Le triangle, qui comprend trois angles dans une seule aire, est l'image des trois personnes se résolvant dans un seul Dieu.
La gloire éternelle du xmm° siècle, c'est non-seulement d'a-
1 Hortus deliciarum. C’est à la création, au moment où Dieu dit, avant de créer l’homme, Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram, et præsit cunctis animantibus terræ, qu'on voit celte Trinité. Ce passage de la Genèse est écrit sur la banderole que les trois personnes tiennent en commun.
voir trouvé, inventé des éléments nouveaux, qu'il a jetés dans le creuset où la civilisation chrétienne et catholique se cristallisait, en quelque sorte, après s'être élaborée dans les siècles antérieurs; mais C'est encore et surtout d'avoir développé ce qui n'était qu'en germe aux époques précédentes. Le mérite immortel de cette époque est d'avoir fait monter en tige ce que les périodes précédentes s'étaient contentées de semer. La sonnette latine, nous l'avons dit ailleurs !, se fait cloche à l'époque romane; mais elle devient bourdon à partir du xrn° siècle. La flèche devient clocher, et se fait tour au x‘ siècle. Il en est de même en iconographie. Les Trinités, hétéromorphes sous la première période et de formes semblables durant la seconde, subsistent pendant la troisième; mais elles se complètent, se perfectionnent et se multiplient. Pour une Trinité latine, pour deux Trinités romanes, on rencontre peutêtre vingt ou trente Trinités gothiques; c'est dans cette proportion qu'on les trouve, même à partir de la fin du xn° siècle.
Alors on voit, comme dans la première époque, des Trinités où le Père se révèle par sa main; le Fils, par sa croix, son agneau ou sa forme humaine; le Saint-Esprit, par sa colombe. Comme dans fa première époque, les symboles de ces trois personnes se groupent verticalement ou horizontalement. Comme dans la seconde, nous avons des Trinités géométriques et des Trinités anthropomorphiques.
Mais la troisième période ne se contente pas de multipher, de reproduire, en nombre considérable, les groupes trouvés antérieurement; elle les modifie et les perfectionne. Sur la croix de l'époque latine, on étendit, à l'époque romane, le divin Crucifié; de même l'égalité des personnes divines, qui naît sous la période romane, se prononça énergiquementpendant la période
: Monographie de Notre-Dame de Brou, dans l'introduction.
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 567 gothique. Le manuscrit d'Herrade nous offre les trois personnes sous la forme humaine et aussi égales que possible. Cependant ces personnes, quoique assises sur un même trône, quoique tenant une banderole unique, quoique portant le même âge, sont encore très-distinctes néanmoins; elles sont rapprochées, mais elles ne se touchent pas. Or, dès le xrni° siècle, non-seulement les personnes divines se touchent, mais elles sont adhérentes; les trois corps n’en font plus qu'un seul portant trois têtes, lesquelles, à leur tour, sont parfaitement soudées entre elles.