‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 116 sur 126 · A CR · texte numérisé non relu

A CR

Quant aux Trinités dont les personnes ont toutes trois la forme humaine, type que nous avons vu poindre au 1x° siècle et se continuer jusqu à la fin du xur, pendant la période romane, c'est aux xv° et xvI° siècles surtout que nous en remar-

sion une noblesse que le moyen âge, en France particulièrement, ne montrait que trop rarement.

* Ce dessin reproduit une gravure de la fin du xvr siècle, composée et gravée par Matheus Gruter; elle appartient à M. Guénebault , qui a bien voulu me la communiquer. (Voir l'œuvre de Gruter à la Bibl. roy. au cabinet des estampes.) On remarquera le nimbe rayonnant, en dents de scie, qui environne la tête de Dieu, et l'auréole de forme semblable qui entoure une partie de son corps.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 575 quons le développement complet: Nous avons déjà donné divers exemples auxquels nous renvoyons et: que nous allons augmenter encore. La Chronique d'Isidore de Séville nous a fourni une trinité anthropomorphique offrant les têtes des personnes divines qui animent un corps unique ; mais ces têtes sont distinctes, quoique soudées. Dans l'exemple: suivant, au contraire, les têtes sont plus que juxtaposées, plus qu'adhérentes, plus que soudées; elles se mêlent, elles se confondent, et n’of- . frent plus qu'un seul crâne pour trois visages.

141.— LES TROIS VISAGES DE LA TRINITÉ SUR UNE SEULE TÊTE ET SUR UN SEUL CORPS.

Image française, xvi° siècle?.

Ici la représentation de la Trinité est aussi complète que possible. Outre le triple visage qui donne l'explication du triangle

! Cette représentation se voit particulièrement dans un livre d’'Heures , imprimé sur

échancré aux coins par les trois cercles appartenant aux trois personnes divines, nous avons une légende qui sert de glose et qui traduit la différence en même temps que l'égalité des trois hypostases. La différence se lit sur les côtés du triangle, et l'égalité vient converger au cœur, dans un cercle semblable à ceux des coins. On voit sur les côtés : «Le Père n’est pas le Fils. Le Père n'est pas l'Esprit saint. L'Esprit saint n'est pas le Fils, » — Mais, en allant des coins au centre, on lit : «Le Père est Dieu. Le Fils est Dieu. L'Esprit saint est Dieu. »

Ce curieux sujet nous fait passer des représentations purement géométriques aux représentations purement humaines ou anthropomorphiques.

C'est l'époque romane qui a créé cette manière de figurer les trois personnes sous la forme humaine, le Père aussi bien que le Fils, l'Esprit aussi bien que l'un et l'autre. Nous avons cité le manuscrit de saint Dunstan, et nous avons donné une miniature du manuscrit d'Herrade; mais nous devons ajouter qu'au philosophe Abaïlard les trois personnes apparaissaient

vélin, à Paris, en 1524, par Simon Vostre. Du reste elle est très-fréquente à partir du xv° siècle; on la voit sculptée à Bordeaux, dans une maison qu'on prétend avoir été habitée par Montaigne, dans la rue des Bahutiers. Cette sculpture occupe le tympan extérieur de la porte d'entrée. On y distingue le triangle et les inscriptions , mais les trois visages et les quatre attributs des évangélistes ne s’y trouvent pas; notre dessin est le plus complet de ce genre. M. Albert Way, directeur de la Société des antiquaires de Londres et correspondant &u comité des arts et monuments, me fait savoir que, dans les comtés de Norfolk, de Suflolk et dans l’Essex, on rencontre souvent des Trinités géométriques comme celle de Bordeaux. Ces représentations se remarquent aux portails des églises, assez souvent sur les dalles tumulaires, quelquefois sur les vitraux; elles sont toutes des xv' et xvi' siècles, et tracées sur des écussons, en guise d'armoiries. C’est uniquement, à ce qu'on assure, dans la partie orientale de l'Angleterre qu'on trouve ce sujet; on ne l'a vu ni dans le Nord ni dans l'Ouest. Cette remarque peut être précieuse, non-seulement pour l'archéologie, mais encore pour l’histoire proprement dite. Ce qui est fréquent chez nous , ‘est rare en Angleterre, et n'existe chez nos voisins que dans les comtés qui regardent la France, ou qui ont été les premiers occupés par les Normands.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 577 ainsi, et qu'il les avait fait sculpter toutes trois sous forme humaine dans l'abbaye du Paraclet. «Il parait à remarquer, dit le père Mabillon, qu'Abaïlard fit sculpter dans une seule pierre les trois personnes de la très-sainte Trinité, à laquelle l'oratoire de ce lieu (le Paraclet) est consacré. On les voit sous la figure et avec la stature humaine, manière inaccoutumée et digne d'un homme original en tout!.» Le Père était au milieu, le Fils à droite, l'Esprit à gauche et tenant ses mains en croix sur sa poitrine.

[l'était hardi de représenter en homme le Père éternel, qu'on n'avait pas vu; mais il y avait un excès d'audace à faire un homme, et un homme sans ailes, du Saint-Esprit, qui ne s'était manifesté que sous la forme d'une colombe. Aussi l'époque gothique proprement dite, celle qui s'écoule de la fin du x‘ siècle à la fin du xiv°, abandonna presque complétement ce type inventé par les artistes romans; mais au déclin du gothique, à l'aurore et pendant toute la durée de la renaissance, on revint à cette manière de traiter les hypostases.

À l'exception de la miniature empruntée au manuscrit d'Herrade, les dessins que nous avons donnés et ceux que nous allons offrir encore sont tous des xv° et xvi° siècles; et même, circonstance singulière, c'est que la Trinité sculptée par ordre d'Abailard, telle que Mabillon la décrit, appartient au xvr' siècle et non au x11°. Il est possible que le groupe dont parle Mabillon en ait remplacé un autre ancien et plus ou moins semblable à celui que le savant bénédictin avait pu voir, mais ce

! Annales benedict. vol. VI, p. 85, n° 14. Mabillon se trompe. Cette manière de figurer la Trinité n’était pas insolite, puisque, dès le 1x° siècle, des monuments représentent ainsi les personnes divines , et que d'innombrables monuments des xv° et xvi° siècles nous les offrent sous la même forme. Nous allons revenir, dans un instant, sur ce texte de l'illustre bénédictin.

dernier ne pouvait être contemporain d'Abailard. En effet, le Père était en empereur, portant un globe à la main et une couronne fermée sur la tête. Il était vêtu d'une aube, d'une étole croisée et fixée sur la poitrine par une ceinture, et d'une chape qui s'étendait aux deux autres personnes qu'elle allait couvrir pour figurer l'unité divine. De l'agrafe de ce manteau tombait une banderole où on lisait : « Tu es mon Fils.» Celui-ci était à la droite du Père et portait une aube semblable à la sienne; mais il n'avait pas de ceinture. Il tenait à la main la croix qu'il appuyait contre sa poitrine. Vers la gauche pendait une banderole avec ces mots : « Tu es mon Père.» À gauche du Père était le Saint-Esprit, portant une aube pareille, croisant ses mains sur sa poitrine et tenant ces mots : « Je suis le souffle de l'un et de l'autre. » Le Fils portait une couronne d'épines, le Saint-Esprit une couronne d'olivier. Tous deux regardaient le Père qui, seul des trois, avait une chaussure. A tous trois étaient le même visage, la même physionomie, la même forme”. Excepté l'étole croisée, qui appartient au Fils et non pas au Père”, tous ces caractères désignent un

* « Videtur hic observare trium sanctissimæ Trinitatis, cui dedicatum ejus loci orato-, «rium est (le Paraclet), personarum extantes figuras ad humanam staturam, ex uno la- «pide fabrefactas, quas Abaïlardus ipse fabricari curavit, insolito, ut in omnibus inso- «itus erat, modo. Pater in medio positus est cum toga talari, stola e collo pendente et «ad pectus decussata, atque ad cingulum adstricta ; cum corona clausa in capite et globo «in sinistra manu; pallio superindutus, quod ad duas hinc inde personas extenditur, «cujus a fibula pendet lambus deauratüus his verbis adscriptis: Filius meus es tu. Ad Pa- «tris dexteram stat Filius cum. simili toga, sed absque cingulo, habens in manibus cru- «cem pectori appositam, et ad sinistram partem lambum cum his verbis : Pater meus «es tu. Ad sinistram extat Spiritus-Sanctus, consimili loga indutus , decussatas super pecvtus habens manus cum hoc dicto : Ego utriusque spiraculum. Filius coronam spineam, « Spiritus-Sanctus olearem gerit. Uterque respicit Patrem , qui calceatus est, non duæ aliæ « personæ, Eadem in tribus vultus, species et forma. » ( Annales benedict. vol. VI, p. 85, n° 14.)

* Le Fils est prêtre selon l'ordre de Melchisédech; le Fils est pontife et victime tout a

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 579 monument du xvr° et non du xrr° siècle. La couronne d'épines, dans les monuments où est figurée la Trinité, la croix entre les mains du Fils, la couronne fermée sur la tête du Père, la chape d'où pend une banderole et qui couvre les trois personnes à la fois, tout cela n’est pas antérieur à la fin du xv* siècle. Nous avons des Trinités contemporaines d’Abailard, et pas une n'obéit au signalement donné par Mabillon; nous possédons et nous avons reproduit des Trinités des xv° et xvi‘ siècles, et les caractères qui les distinguent viennent se. ranger au nombre de ceux qu'on attribue à la Trinité d'Abaïlard.

La renaissance et la fin du gothique affectionnèrent donc cette représentation anthropomorphique de la Trinité. Ce type fut très-multiplié; il dut, en conséquence, subir de nombreuses modifications. Pour nous en tenir à celles qui ont affecté les trois têtes divines portées par un corps unique, nous ajouterons, à ce que nous avons déjà dit, que les têtes, distinctes d'abord et isolées, puis en contact, puis adhérentes, puis soudées intimement, finirent par se confondre dans un seul cerveau. La tête fut unique alors, mais les trois faces étaient distinctes, parce quil fallait au moins marquer la triplicité des figures. Cependant quatre yeux d'abord, puis trois’, puis

la fois. De 1à vient que nous le voyons quelquefois disant la messe; souvent habillé en évêque, très-souvent portant par-dessus l'aube l’élole croisée comme les prêtres la portent sous leur chasuble. Il n’en est pas ainsi du Père. Mabillon a bien pu prêter au Père ce qui convient au Fils, puisqu'il s'est trompé de quatre siècles sur la date du monument qu'il décrit. ,

? Hparaît qu’en Bretagne, à Saint-Pol-de-Léon , une Trinité serait sculptée sur une clef de voûte, et montrerait trois figures n'ayant que trois yeux en tout. On comprend bien que quatre yeux et même deux puissent être placés convenablement et assez naturellement sur trois visages soudés, et dont un se verrait de face, tandis que les deux autres apparaîtraient de trois quarts ou de profil; mais on ne peut aisément distribuer trois yeux seulement sur trois figures. Il faut, pour cela, montrer ces figures non plus en

deux seulement furent percés dans ces trois visages, et l'on tomba enfin dans l'unité presque absolue, tout en conservant une apparence de Trinité. Trois visages, mais avec deux:yeux seulement, un seul front et un seul corps, c'est une bien faible indication de la Trinité.

1/42. — TROIS VISAGES DIVINS À DEUX YEUX ET UN SEUL CORPS. Miniature française, xvi° siècle !.

AR

D'ailleurs on tombait dans le monstrueux. Les allégoristes ont, ilest vrai, leurs licences toutes particulières, et on leur

élévation ou verticalement, mais horizontalement ou en plan. C'est effectivement ce qu'on a fait à Saint-Pol-de-Léon. Il faut dire que ces trois yeux, ces trois bouches et ces trois nez sculptés sur la clef en forme de trèfle qui s’agrafe à la voûte de l'église de Saint- Pol, désignent bien une triplicité, maïs que Dieu n'y'est peut-être pour rien ;1c'est probablement un pur caprice de l'artiste, qui aura voulu réunir trois objets tels quels dans un champ unique. Ë

* Manuscrit du roi Henri IL, Bibl. roy. Ici la Trinité est représentée créant le monde,

permet, comme aux poëtes, des métaphores audacieuses ; mais une métaphore sculptée ou peinte n'a pas plus d'autorité qu’une figure de rhétorique. Cependant la hardiesse ne connaissait pas de bornes, et plus la matière sur laquelle s’exerçait l'imagination avait d'importance, plus l'audace pouvait entraîner dans de graves conséquences. Saint Christophe porta l'enfant Jésus sur ses épaules pour lui faire traverser un bras de mer tempétueux; c'est le Christ, c'est la seconde personne de la Trinité que porte le saint, et non pas'la Trinité elle-même. Cependant une sculpture du xv° siècle, qui se voit encore dans l’église de Sedgeford, en Angleterre, présente le géant Christophe portant le petit Jésus, un enfant de trois ans, sur ses épaules. Mais cet enfant n'est pas Jésus seulement, c'esttoute la Trinité, car trois têtes s'élèvent sur ce petit corps unique. Ainsi voilà leChrist qui fait, à lui seul, la Trinité tout entière”.

ainsi que l'indique l’évangile de saint Jean, dont on voit l'aigle dominant un cartouche où se lit : In principio creavit cœlum et terram. L'aigle, attribut d'ün apôtre, est nimbé ; symbole d'un évangéliste, il porte une écritoire dans son bec. L’aigle ne:s’est pas toujours contenté de tenir l’écritoire, un des instruments matériels destinés à fixer la pensée. Aux anciennes époques, il inspire directement, il dicte cette pensée même, ainsi que font l'ange de saint Matthieu, le lion de saint Marc et le bœuf de saint Luc. Mais nous sommes au xvi' siècle, et alors les attributs des évangélistes sont de simples domestiques, et non plus des génies inspirateurs.

* Je dois à l'obligeance de M. Thomas Wright, antiquaire anglais, correspondant de l’Institut de France et du comité des arts et monuments, communication d’un dessin trèsfidèle représentant ce saint Christophe qui tientsur ses épaules l'enfant Jésus à trois têtes. Une seule des trois têtes porte un nimbe; les deux autres sont privées de cet ornement distinctif. Il faut ajouter en outre que ces têtes, couvertes d’un badigeon qu'on vient d'enlever, sont assez indistinctes aujourd'hui. M. le baron Taylor, auquel ce dessin a été communiqué, croit avec raison que deux de ces têtes sont probablement un essai, un repentir du peintre. L'artiste aura essayé à trois reprises différentes de poser la tête sur le corps de l'enfant qu’il venait de dessiner, et c’est à la troisième fois seulement qu'il se sera arrêté : de là ces trois têtes: Cette explication est fort plausible et nous l'adoptons volontiers. Cependant nous ferons remarquer que la tête définitive, celle qui porte le nimbe, est plus indistincte que les deux autres encore : celles-ci ont parfaitement tracés les yeux'et la bouche, qu'on ne voit pas dans la première. D'ailleurs le fait que

On alla plus loin encore, mais en partant de la même idée. La seconde personne de la Trinité, le Fils de Dieu, est descendue seule dans le sein de Marie : ni le Père, ni l'Esprit nese sont inçarnés dans les entrailles de la Vierge. Cependant un manuscrit de la fin du xrv° siècle renferme une prière adressée à Marie, et dont l'écriture paraît dater du xv°. On lit dans cette prière, qui est assez remarquable, le passage suivant: «S1 vous souveigne, doulce dame, de la doulce annunciacion que le Sauveur de tout le, monde vous envoya quand il se voulut tant humilier que il voulut en vous descendre et en vos précieulx flans prendre cher humaine, pour nous pores pécheurs rachepter. Vuelliés ouvrir des oreilles de vostre très-grant doulceur à escouter les prières de moy povre pécheresse, quant pour les pécheurs se voust en vous herbergier le Père, le Filz et le Seint-Esperit. Pour quoy, doulce dame, à vous appartient estre advocate aux povres pécheurs, et par quoy vous estes la chambre de toute la Trinité ‘. »

Dès la fin du xrv° siècle, ou vers le commencement du xv°, on avait fait du sein de Marie la chambre de toute la Trinité, et ie chancelier Gerson n'avait pu retenir son indignation en voyant dans l'église des Carmes, à Paris, un tableau où l'on avait figuré ce que le texte de Troyes disait environ cent ans plus tard. « On. se doit bien garder, s'écrie Gerson *, de paindre

présente la peinture de Sedgeford, pour être étrange, n'est pas unique, et nous avons une foule d'exemples démontrant que le Christ a été figuré absorbant en lui seul les deux autres presonnes divines. — Le saint Christophele plus ancien, à notre connaissance, est peint sur verre dans. le transsept méridional de la cathédrale de Strasbourg; il est byzantin de forme: et doit dater du xr° siècle. Du reste le petit Christ qu'il porte n’a qu'une seule tête.

*.Ce manuscrit a été communiqué à M. Léon Aubineau, archiviste à Tours et correspondant du comité des-arts, par, M. l'abbé Tridon, professeur d'archéologie au petit séminaire de Troyes.

* Bibl roy. Ms. 7282, f 60. On doit ce texte, curieux sous plusieurs rapports, à

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 583 faulsement une histoire de la saincte Escripture:, tant que bonnement se peut faire. Je le dy partie pour une ymage qui est aux Carmes et semblables, qui ont dedens leur ventre une Trinité, aussi comme toutte la Trinité eust prins char humaine en la vierge Marie. Et, qui plus merveille est, il y a enfer dedens peint, et ne voy point pour quelle cause on œuvre ainsi ; car, en mon jugement, il n y a baulté ne dévocion en telles paintures; et ce doit estre cause d'erreur et de indignation ou indévocion. »

Le cri d'alarme poussé à bon droit par Gerson fut entendu à Rome. Il ÿ avait inconvenance à ouvrir les entraïlles de la Vierge pour y mettre les personnes divines, et, chose inouïe, l'enfer lui-même; il y avait hérésie à faire incarner la Trinité ;11 y avait témérité à montrer les trois hypostases soudées et confondues monstrueusement. En 1628, le 11 d'août, le pape Urbain VIIE défendit de représenter la Trinité sous la

M. R. Thomassy, qui l'a trouvé dans un sermon sur le jour de Noël , prononcé par le chancelier Gerson. Nous avons bien vu des tableaux représentant Jésus dans les entrailles de Marie, et saint Jean dans celles d'Élisabeth; nous avons même donné (pl. 71, p.287) le dessin d’un vitraïl où l’on voit Jésus nu, debout et les mains jointes, dans le sein de sa mère. Mais les tableaux signalés par Gerson, et que semble rappeler le manuscrit de Troyes, sont inconnus jusqu’à présent ; il est présumable qu'on les aura détruits. Si l'on pouvait en retrouver, il faudrait les signaler et les conserver précieusement.

* De nos jours, sans le savoir et sans le vouloir, on est hérétique au même chef lorsqu'on place sur le dos des chasubles modernes, à l'intersection des bras de la croix, le triangle qui est l'emblème de la Trinité. Par 1à, en effet, on semble incarner et crucifer la Trinité tout entière, tandis que le Christ seul s’est incarné et seul est mort sur la croix. De pareilles chasubles, et elles sont nombreuses, ne devraient pas servir aux offices divins. Et cependant tous les jours on les annonce et on en montre le dessin dans les journaux religieux, et tous les jours le clergé, qui devrait être plus scrupuleux sur le dogme théologique, en achète et s'en habille. Le R. P. dom Guéranger, qui m'a signalé cette erreur involontaire, déplore, avec juste raison, que la confection des ornements sacerdotaux soit livrée à des ignorants ou à des indifférents, et que le clergé accepte; sans y prendre garde, absolument tout ce qu’on lui présente. Dire la messe avec une hérésie flagrante sur le dos, c’est assez extraordinaire.

figure d'un ‘homme à trois bouches, trois nez, quatre yeux; il proscrivit d'autres images semblables. La contravention est frappée d'anathème, et le pape ordonne de brüler les Trinités de ce genre !. Dans un bref adressé à l'évêque d'Augsbourg, en 1745 , Benoît XIV rappelle, pour la confirmer, la condamnation portée par son prédécesseur ?..

Les Grecs sont bien prompts d'imagination, bien portés à la métaphore vivante .et à la personnification ; cependant ils n'ont osé qu'une seule fois , à notre connaissance, représenter la Trinité comme nous l'avons fait. Ils suivent de plus près la Bible et ne se permettent pas les écarts où la raison, dominée par l'imagination, nous entraîne quelquelois. Cette Trinité, offrant trois figures humaines sur un seul corps, est peinte à fresque dans la chapelle du cimetière de Saint-Grégoire, couvent du mont Athos. Du reste, cette peinture est de 1736; les trois figures divines ont quatre yeux; trois nez, trois bouches et un seul nimbe, lequel est crucifère et porte 6 & sur les branches de la croix. Un exemple unique et du xvirr° siècle n'est pas d'une grande importance. Le manuscrit byzantin que nous citons souvent, et qui a pour titre Guide de la peinture, enseigne la manière de figurer les Trinités et chacune des trois personnes ; or il ne parle en aucune façon des trois têtes ni des trois visages portés sur un corps unique, mais il se contente de dire : «Nous représentons en peinture le Christ sous une forme humaine, parce qu'il a paru sur la terre conversant avec les hommes et qu'il s'est fait homme mortel,

! Lucius Ferraris, Prompta Bibliotheca canonica , in-4°, Romæ 1787, dit au mot Imagines : « Urbanus VIIL comburi jussit imaginem cum tribus buccis, tribus nasis et qua- «tuor oculis, et alias si quæ invenirentur similes. Hæc enim nova inventio (nouvelle «en Italie, mais déjà ancienne en France) repræsentandi sanctissimam Trinitatem tole- «rabilis non videtur.»

* Voyez le Bullaire de Benoît XIV, t. 1, p. 166, $ 28.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 585 semblable à nous, excepté pour'le péché. De même nous représentons le Père éternel comme un vieillard parce que c'est ainsi que l'a vu Daniel (chap. vir): Nous représentons le Saint-Esprit comme une colombe, parce que c'est ainsi qu'il a été vu dans le Jourdain. » = On ‘en conviendra, lés Grecs sont fort loin des hardiesses et dés témérités des Latins.

Page 1