LE PAPE PASCAL À NIMBE CARRÉ
Mosaïque de Sainte-Cécile de Rome, 1x° siècle.
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Le carré, ainsi quon l'a dit, est inférieur au rond dans les idées de Pythagore et des néoplatoniciens. Suivant ces idées, le carré est l'expression symbolique donnée par la géométrie à la terre; le rond.est le symbole du ciel. Le rond est un carré perfectionné; le carré.est un rond brisé ou diminué, suivant l'expression héraldique. Dans l'ancienne basilique de Saint- Pierre de Rome, on voyait la série des papes peinte à une époque très-reculée. Au xxr° siècle, le pape Nicolas II fit reproduire, mais un peu plus bas, cette galerie des pontites romains. Dans cette galerie nouvelle, on avait représenté le pape Libère avec un nimbe carré, parce que le peintre, employé
Le
bâtir, et où il s'était fait représenter en mosaïque. Cette mosaique est de 820. Le même pape, toujours à nimbe carré, se voit à Rome, sur deux mosaïques qu'il a fait exécuter, l'une, en 815, dans l'église de Sainte-Marie della Navicella ; l’autre, en 818, dans celle de Sainte-Praxède. (Voyez Ciampini, Veter. monim. pars secunda, tab. 44, A7 et:52.)
par le pape Nicolas, avait copié minutieusement la galerie ancienne où le pape Libère portait le nimbe rectangulaire. Cette forme pouvait convenir au portrait ancien, car ce portrait datait probablement du temps de Libère; mais elle ne pouvait s'appliquer au portrait du xin° siècle, et le peintre reproduisit le nimbe rectangulaire sans se rendre compte de cette forme et sans en avoir le sens. Cette particularité exerce encore aujourd'hui l'intelligence des antiquaires ; nous croyons en avoir donné la signification.
MM. les: bénédictins de Solesmes se sont fortement préoccupés de ce nimbe carré, et en ont donné une autre explication !. « Nous nous permettrons d'observer, disent-ils, que cette différence dans la manière de représenter Libère à pu venir aussi de la chute que fit ce pape”, par suite de laquelle la vénération de son nom avait pu saffaiblir dans l'Église romaine, qui ne paraît pas en effet l'avoir jamais honoré d'un culte particulier, ainsi qu’elle l'a fait pour tous ses prédécesseurs et pour un grand nombre de ses successeurs immédiats. Cette différence de garder sa mémoire avait pu s'exprimer aussi dans un signe extérieur.» Cette explication est ingénieuse, mais elle ne nous paraît pas archéologique. Dans tous les cas, elle viendrait encore à l'appui de notre opinion symbolique sur le nimbe carré, à savoir que cette forme est inférieure à celle du nimbe rond, et que le nimbe rectangulaire est un nimbe circulaire brisé et diminué. On l'aurait donné à Libère, selon MM. les bénédictins, pour l'abaisser devant les autres papes qui portaient le nimbe rond, comme, en blason, on diffame les armoiries d'un noble qui a forfait.
En Italie, sur plusieurs fresques, vieux émaux, 1voires,
* Origines de l'Église romaine, tome [, pag. 167-168, in-4°. Paris, 1836.
* Libère adhéra à la condamnation de saint Athanase persécuté par les ariens.
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 81 mosaïques anciennes ou miniatures de manuscrits, on voit donc des nimbes. carrés ou rectangulaires. Ni la Grèce, ni l'Allemagne, ni l'Angleterre, ni l'Espagne, n'offrent de ces sortes de nimbes qui sont particuliers à Fltalie !. En Italie on use abondamment du nimbe carré et on lui a donné plusieurs configurations : il est simplement rectangulaire, comme celui des papes Grégoire et Pascal qu'on vient de voir”; il est réellement en forme de table et avec indication de l'épaisseur, comme Ciampini en donne des exemples dans la seconde partie de son ouvrage”; il a la forme d'un triptyque, la tête posant sur la table du fond, et les deux volets étant à moitié ouverts, comme Séroux d'Agincourt en a fait graver des modèles; il est en forme de tableau carré, avec champ et encadrement, comme d'Agincourt en montre encore“; il est en forme de rouleau à demi déployé, comme l'exemple que nous donnons ici”. Peut-être existe-t-il d’autres variétés encore de cette singulière espèce de nimbe; ïl faudrait noter avec soin toutes celles quon pourrait rencontrer, pour qu'il fût permis d'arriver plus tard à une explication satisfaisante de ce fait bizarre, et dont la seule Italie donne des exemples.
* Cette particularité mériterait explication. Peut-être l'Italie, où les monuments chrétiens de tous les âges abondent, où les individualités ont toujours été plus prononcées que chez nous, devait-elle inventer une forme nouvelle et toutes les variétés de cette forme, tandis qu'ici et chez les autres peuples occidentaux on s’en tenait à un type uniforme.