‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 26 sur 126 · AURÉOLE · texte numérisé non relu

AURÉOLE

L'AURÉOLE, comme l'on a dit plus haut, est le nimbe de tout le corps, de même que le nimbe est l’auréole de la tête.

Ge mot vient du latin AUREOLA, diminutif d'AURA, petit vent, air, souffle. Aura veut dire aussi jour et lumière, parce que le jour et la lumière se lèvent le matin avec le petit vent de l'aurore; où bien encore éclat et flamme, qui sont l'efflorescence de la lumière et du jour. Dans Horace, ce mot désigne une odeur suave, un parfum léger.

Aura vient du-grec abpæ, vent doux, zéphyr, exhalaison, vapeur, aurore enfin. Toutes ces significations, qui se ramènent à une seule — souffle lumineux — , désignent bien la nature de l'auréole, qui est une flamme; elle se traduit, en iconographie, par des ondulations qui entourent le corps, ou par des raies qui figurent des rayons. L'auréole et le nimbe sont donc de même nature, un nuage transparent, une lumière solide. C'est une auréole surtout, plutôt qu'un nimbe encore, qui

enveloppait Minerve de son atmosphère lumineuse, lorsque Virgile montre cette déesse NIMBO EFFULGENS !.

L’auréole est un nimbe agrandi, comme le nimbe est une auréole diminuée. Le nimbe ceint la tête; l'auréole entoure le corps tout entier. L’auréole est comme une draperie, comme un manteau de lumière qui enveloppe tout le corps depuis les pieds jusqu'au sommet du crâne. Le: mot d'auréole est très-usité en iconographie chrétienne; mais il est vague, et on l'applique tantôt à l'ornement de la tête, tantôt à celui du corps. Ici nous le restreignons et nous l'affectons uniquement à ce grand nimbe qui encadre presque toujours Jésus- Christ et quelquefois la Vierge. Cependant les antiquaires appellent ce nimbe vessie de poisson (vEsica piscis); mais une terminologie qui se respecte doit repousser, pour sa grossièreté, une pareïlle expression; elle a été inventée par les antiquaires anglais, qui en abusent. Du reste cette dénomination est fausse, car très-souvent l'auréole n’a pas la forme d’une vessie, comme nous allons le voir. On l'a aussi appelée ovale divin où amande mystique ; le mot de mystique préjuge, avant tout examen, une intention symbolique dont on peut fort raisonnablement douter. D'ailleurs elle n’est souvent ni un ovale ni une amande; cest tout simplement le nimbe de la tête. La tête est ronde, le nimbe est rond; le corps debout forme un ovale allongé, l'auréole aussi s'allonge ordinairement à peu près en forme d'ovale. Mais, quand le corps est assis,

| Énéide, iv. IL. v. 615 :

Jam summas arces Tritonia, respice, Pallas Insedit, nimbo effulgens et Gorgone sæva.

« Nimbo effulgens. Nube divina. Estenim fulvidum lumen quod deorum capita tinguit. » { sic.) Ce sont les expressions de Servius, commentateur de Virgile, qui vivait au

rv* siècle. Voyez l'édition in-4° de Virgile, Genève, 1636, p. 260.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 111 l'ovale se ramasse en cercle *, quelquefois en quatre-feuilles; parce qu'alors les quatre portions saïllantes du corps, la tête, les jambes et les deux bras, ont chacune leur lobe particulier, leur section de nimbe, et que le torse vient s'encadrer dans le centre de ce quatre-feuilles.

36.— DIEU DANS UNE AURÉOLE EN QUATRE-FEUILLES. Fresque de la cathédrale d'Auxerre, dans la crypte, à l’abside; fin du xn siècle.

LAN O \ PS br et

Page 1