‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 3 sur 126 · CHARLEMAGNE NIMBÉ ET COURONNÉ · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE NIMBÉ ET COURONNÉ

Vitraiïl de la cathédrale de Strasbourg, xr1° et x1v° siècles !.

Le nimbe est un insigne qu'on pourrait quelquefois appeler microscopique quant à ses dimensions, mais qui est toujours majeur en importance. Un sculpteur qui fait ou refait une statue gothique, un peintre qui restaure un ancien vitrail ou une vieille peinture à fresque, un antiquaire qui s'occupe d'iconographie chrétienne, doivent faire la plus scrupuleuse attention à ce caractère qui entoure la tête de certaines figures, sous peine, sils lomettent, de rabaisser un saint et de n'en faire qu'un homme, et, s'ils en gratifient qui ne devrait pas l'avoir, de transfigurer un simple mortel en un dieu. Cette : erreur est fréquemment commise par les artistes contemporains qui représentent des scènes religieuses. Ainsi, il y a quelques années, fut exposé un vitrail où l'on avait figuré des saints et Jésus. À l'un des saints, un simple évêque, on avait

* Cette tête de Charlemagne occupe le haut d’un beau vitrail qui orne le collatéral gauche de la cathédrale de Strasbourg. Charlemagne porte la couronne royale et le nimbe; on it, dans la circonférence du nimbe, KAROLvS. MAGNvs. REx. Ce vitrail, comme la série des quinze rois ou empereurs de ce bas côté, est du x1° ou xn° siècle; mais il a été restauré au x1v°. Les fleurons de la couronne et l'inscription du nimbe datent de cette restauration,

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 27 mis l'espèce de nimbe qui ne se donne qu'à Dieu, et Jésus avait été dépouillé du signe dont les artistes chrétiens ont constamment caractérisé sa divinité; en conséquence, de Jésus on avait fait un homme,-et de l'évêque un dieu. Lenimbe est donc, en iconographie, ce que les doigts ou les mamelles sont en zoologie : un caractère assez petit pour l'œil, mais très-important pour l'idée.

Non-seulement le nimbe environne la tête, mais quelquefois aussi il orne le corps entier : dans ce cas, il doit prendre un autre nom, afin que deux ornements, toujours très-différents de dimension et presque toujours de forme, soient parfaitement distincts l'un de l'autre. Quant à présent, et cette

dénomination sera justifiée plus bas, nous appelons AURÉOLE le nimbe du corps.

2. — JÉSUS-CHRIST DANS, UNE AURÉOLE. ELLIPTIQUE. Miniature de la Bibliothèque royale, x1v° siècle !.

* Ce dessin est tiré du Speculum humanæ salvationts, beau manuscrit italien du

L’auréole est d'un usage plus restreint que le nimbe proprement dit ou lornement de la tête. L'auréole est rare en iconographie païenne; en iconographie chrétienne, on la réserve presque exclusivement aux personnes divines, à la Vierge ét'aux âmes des saints enlevées au ciel après la mort du corps.

Le nimbe de la tête et lauréole du corps différent notablement. Cependant tous deux, composés des mêmes éléments, sont quelquefois figurés de la même manière, et traduisent d’ailleurs la mêmeidée : l'idée de glorification, d'apothéose, de divinisation. Il est donc nécessaire qu'un seul mot comprenne la réunion des deux ornements et soit l'expression générique ‘de ces deux espèces de nimbe. En conséquence, nous avons dû appeler GLoIRE le nimbe et l’auréole réunis ensemble. Pour nous, le nimbe est spécial à la tête, l'auréole est spéciale au corps, et la gloire s'étend à celle-ci et à celui-là tout à la fois !.

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