‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 4 sur 126 · SA DÉFINITION · texte numérisé non relu

SA DÉFINITION

Nimbe vient du latin NimBus, qui n'est pas sans aflinité de consonnance et de signification avec le mot grec pus, lequel a pour racine v{po. Le verbe vigo, vige, signifie neiger, arroser, mouiller ; gas veut dire neige, ondée, rosée, goutte de pluie, et même grêle, par extension. Nimbus a la même signification que le substantif grec gas; de plus, il veut dire nuée,

x1v° siècle, qui appartient à la Bibliothèque royale. Le cercle elliptique, dans lequel est inscrit Jésus, est une auréole. La traverse qui coupe cette ellipse par le milieu est l’arc-en-ciel ou les nuages, tels que gs Italiens les faisaient à cette époque. Cette traverse sert d'appui au Sauveur montant au ciel après sa resurrection.

* Jésus-Christ, pl. 2, p.27, a le nimbe à la tête et l’auréole au corps ; il est par conséquent enveloppé de la gloire complète.

nuage, c'est-à-dire le lieu où se forment la pluie, la grêle, la neige, que traduit le mot grec. Par extension , nimbus désigne le char aérien, la ruée qui, dans Virgile, sert de voiture aux dieux; par métaphore, il signifie un voile de femme, un voile fin et transparent, c'est-à-dire de l'air devenu étofle, du Ÿent tissu, un nuage de lin, comme auraient dit les anciens Grecs. Ainsi Îsidore de Séville déclare, dans ses Origines, que le nimbe est une bandelette transversale, en or, cousue au voile, et que les femmes portent au front”.

Les Romains disaient nimbus florum, numbus saxorum, nimbus sagittarum, nimbus equitum, nimbus numismatum, pour désigner cette pluie de fleurs qui tombent des arbres, cette neigeodo-

* «Nimbus est fasciola transversa, ex auro, assuta linteo, quod est in fronte fœmi-

«narum. » (Orig. lib. XIX, cap. xxxi.)

1 est probable cependant que le savant évêque de Séville se trompe, et qu'il ne s'est. - pas bien rendu compte de l'expression de nimbus et nimbatus. I avait vu que Plaute, dans le Pœnulus, scène Il°, faisait dire à un valet amoureux d’une fille que son maître voulait

obtenir :

«Quam magis aspecto, tam magis est nimbata, »

et il en avait conclu que nimbata signifiait coïffée coquettement. Comparant ce passage à celui de la Satire de Pétrone, où, parmi les beautés d’une dame romaine, on note la petitesse du front (frons minima), à celui où Horace déclare que sa chère Lycoris se fait remarquer par son petit front (insignis fronte tenui); à celui où Arnobe assure, dans son livre De la nature de l'homme, ch. vrir, que les femmes curieuses de cet agrément se diminuaïent le front en le cachant sous des bandeaux, parce que c'était une preuve d'esprit, Isidore de Séville pensa qu'il fallait voir dans le nimbata de Plaute une femme qui se coiïfle avec élégance et qui, en conséquence, cherche à se diminuer le front. Dès lors il donna du nimbe la définition qui précède. Je pense qu'il faut plutôt traduire ainsi ce texte de Plaute: Plus je la regarde, plus elle me semble nimbée, c’est-à-dire lumineuse, c'est-à-dire éclatante ou belle ; puisque le nimbe, comme on Îe verra plus bas, est un rayonnement rendu visible par la sculpture ou la peinture. Du reste, Isidore de Séville lui-même dit encore : « Lumen quod circa angelorum capita pingitur, nimbus vocatur; licet et nimbus «sit densitas nubis. »

Le nimbata est donc une métaphore servant à exprimer une beauté idéale que rend trèsbien notre mot éclatant; mais ce n’est pas un mot propre et qui s'applique à uné certaine mode de s’orner la tête. Au surplus, si on veut l'entendre dans ce dernier sens, et trouver

rante du printemps, comme un illustre poëte a dit de nos jours; cette grêle de pierres ou de flèches dont on écrase et dont on perce l'ennemi; cette nuée de soldats qui obscurcissent l'air par la poussière que soulève le galop des chevaux; ces poignées ou cette grêle de monnaie qui se jetaient au peuple en signe de largesse et de joyeux avénement”. Cette pluie, cette neige, cette grêle, cette nuée, sont autant de métaphores qui complètent, en l’éclaircissant, le sens de nimbus et de nas.

Ainsi entre ces deux mots, l'un grec et l'autre latin, l’analogie est presque une identité quant au sens. Quant à la prononciation, si l'on change le b latin en 9 grec, c'est-à-dire la labiale douce en labiale aspirée, ou si l’on prononce le à comme un v, ainsi que font les Grecs modernes, les deux mots auront encore plus de similitude. On peut donc dire que nimbus vient de nas.

Les artistes ont peu respecté l’'étymologie : car le nimbe, qui devrait toujours représenter, soit un nuage, soit des flocons de neige, se montre sous la forme d'un disque, d'un cercle, tantôt opaque, tantôt lumineux, et quelquefois transparent. On le voit sous la forme d'un triangle ou d'un quadrila- tère; sous celle d'une ou de plusieurs aigrettes de flamme, ou d’une étoile à six, huit, douze rayons ou à rayons sans nombre. On ne connaît pas un exemple de nimbe dont la forme puisse se ramener exactement au sens qu'emporte le mot.

dans nimbus un voile de femme, une bandelette, ce voile et cette bandelette auraient été ainsi nommés, comme on l'a dit, à cause de la finesse et de la transparence du tissu.

” Monarchie françoise, par le P. Montfaucon, Discours préliminaire, p. xx. Servius, commentateur de Virgile, disait au 1v° siècle, après ces vers du livre I de l'Énéide:

Nimborum in patriam , loca fœta furentibus austris , OEoliam venit.

«Nimbus nunc ventos significat; plerumque nubes vel pluvias... Proprie nimbi repen- «tinæ et præcipites pluviæ. » (Virgile in-4°, édit. de Genève, 1636, p. 176.)

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