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HISTOIRE DE L'AURÉOLE

Le nimbe, comme on l'a dit plus haut, est souvent absent. H existe à peine, il ne se voit pas encore dans les sarcophages et les fresques des catacombes; il disparaît à la fin du moyen âge. L'auréole, et cela devait être, puisquelle n'est qu'un nimbe agrandi, est soumise aux mêmes phases historiques ; on ne la voit pas dans les plus anciens monuments chrétiens.

* Saint Denys l'Aréopagite (de cœlesti Hierarchia, cap.xv, p.198) dit que les anges sont quelquefois revêtus d’un nuage; cette auréole qui environneles Trônes de Chartres pourrait figurer ce nuage. L’auréole, en effet, qui entoure Dieu , la Vierge et les âmes des saints, n'est autre chose que la nue sur laquelle montent ou descendent ces personnages divins ou sacrés. À Aïx-la-Chapelle, au centre de la couronne donnée par Barberousse et qui pend sur le tombeau de Charlemagne, on voit l'archange saint Michel enfermé dans une auréole en quatre-feuilles comme le Christ d'Auxerre donné plus haut, pl. 36, p. 111. L'archange descend du ciel pour combattre les ennemis de la paix, car, par un singulier contraste avec l'esprit belliqueux de Charlemagne et de Barberousse, la couronne proclame 1a béatitude des pacifiques : « Beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur, »dit une inscription prise du sermon sur la montagne ( sairit Matthieu, chap. v, verset 9 ).

Qu'on se rappelle le dessin de la page 100 qui est tiré des sarcophages chrétiens trouvés dans les catacombes. Cette gravure représente Dieu imberbe, qui condamne Adam à labourer la terre et Éve à travailler la laine : à l’une, il offre un agneau, dont elle filera la toison; à l'autre des épis de blé, image de ceux que l’homme fera croître à la sueur de son front. Dieu n’est entouré ni de nimbe à la tête, ni d’auréole au corps. Le dessin 18, page 54, se distingue également par l'absence du même caractère. L’auréole apparaît même plus tard que le nimbe, et celui-ci est déjà pratiqué dans la plupart de ses variétés, que l’auréole ne montre pas encore; elle disparaît aussi avant la disparition du nimbe, en sorte que son existence est assez restreinte. En outre, au plus fort du moyen âge, alors que le nimbe, sauf oubli, est constamment usité, l'auréole n'est pas toujours figurée. C'est donc une forme plus rare et de plus courte durée que celle qui environne la tête. Voyez, à l'Histoire de la Trinité, un dessin tiré du manuscrit du duc d'Anjou, Bibliothèque royale, xi° siècle ; la Trinité y est nimbée du nimbe croisé, mais elle n'a déjà plus d'auréole.

Vers le xv° et le xvr° siècle, le nimbe perd son rebord extérieur, et il est assez souvent dépourvu de la circonférence qui en rattache les rayons; il en est de même de l'auréole. La périphérie disparaît et le champ seul reste. Ce champ est strié de rayons ou droits ou flamboyants, et quelquelois droits et flamboyants alternativement. Un dessin quon trouvera dans l'Histoire de la Trinité et qui est tiré d'un manuscrit de la Biblio. thèque royale, de la fin du xv° siècle’, représente la Trinité sous trois personnes à forme humaine : le Père, en pape et tenant le globe; Jésus, en crucifié et tenant sa croix; le Saint- Esprit, en jeune homme et sur la tête duquel est posée la

* L’Aiquillon de l'amour divin, FAN CA n° 9094 et 7275.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 131 divine colombe, qui est son symbole. Tous trois portent le nimbe croisé; la colombe elle-même est éclairée de cet insigne. Des rayons flamboyants, c'est-à-dire l'auréole, sortent en effluve des trois personnes divines. Ces rayons ne sont pas rattachés entre eux; ils s'échappent libres et sans être reliés par une circonférence. [Il en est de même du dessin suivant,

3. — MARIE ET JÉSUS DANS UNE AURÉOLE À RAYONS DROITS ET FLAMBOYANTS. Miniature du xvi' siècle, bibliothèque Sainte-Geneviève.

qui représente Marie tenant l'enfant Jésus. La Vierge et son fils sont enveloppés dans une auréole blanche ovoïdale, et dont la circonférence est frangée de rayons droits et flamboyants. Jésus et sa mère sortent du lys mystique de la tribu de Juda”.

” Ge dessin reproduit une miniature du xvr' siècle, manuscrit n° 460, de la bibliothèque Sainte-Geneviève. On voit que la mère et l'enfant divin portent tous deux le

nimbe circulaire; mais on n’a pas croisé celui de Jésus Au xvr' siècle on commet souvent des erreurs de ce genre.

GLOIRE

Par gloire, avons-nous dit, nous entendons la réunion du nimbe et de l’auréole, comme la main est la réunion des doigts qui la composent. Il fallait un mot générique pour comprendre à la fois les deux espèces, et ce mot nous l’empruntons, mais en le précisant toutefois, au vocabulaire 1conographique.

Le mot de gloire {GLorrA) est, suivant nous, formé d'une onomatopée, ou de deux cris exprimés par les deux voyelles principales que trois consonnes relient entre elles pour faire le mot. Ce mot, dans le langage usuel, est l'expression d'un éclat extraordinaire environnant tout individu qui s'illustre par de grandes actions, par de hautes pensées, par des œuvres sublimes. Alexandre, qui conquiert l'Asie; César, qui domine l'Europe; Aristote et Platon, qui gouvernent les intelligences; Homère et Virgile, qui allument toutes les imaginations; saint Vincent de Paule, qui enflamme tous les cœurs et fait des prodiges de charité; Phidias et Raphaël, qui produisent des chefsd'œuvre de sculpture et de peinture, et bien d’autres et dans tous les ordres de l’activité humaine , sont des hommes éclatants et couverts de gloire. À l'aspect de génies analogues, dans l'enfance du monde, alors que les langues étaient naissantes et que les idées s'exprimaient surtout par gestes et par exclamations, le peuple enthousiaste traduisit son admiration par ces cris que la grammaire appelle des voyelles, et par ceux-là surtout qui étaient les plus sonores, les plus bruyants, les plus conformes à l'état des âmes qui les poussaient. Or, parmi les voyelles, les deux plus éclatantes sont l'o et l'a. Poussées successivement et répétées plusieurs fois de suite et sans interruption, ces voyelles s'unissent et se modifient. Le lien et la

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 133 modification se sont obtenus par les consonnes 4, !, qui précèdent lo; dans le même but Îr est venue se placer devant l'a avec la voyelle 1, voyelle sourde et servant à rendre plus facile l'émission de l'a, qui est si retentissant. Il est possible que le mot gloria, comme celui de bravo, où lo vient après l'a, ne soit qu'une acclamation bruyante, et que l'expression de l'hommage rendu à un homme de génie.

Quoi qu'il en soit de la génération du mot, ce mot lui-même n'en exprime pas moins l'éclat ou la lumière morale qui environne tout homme illustre. Lorsqu'on a voulu formuler matériellement cet éclat, le peindre ou le sculpter, le rendre visible à l'œil et sensible au toucher, on l'a représenté par une ligne arrondie qui enveloppait tout le corps, et par une autre ligne circulaire , le nimbe, qui environnait la tête.

Nous donnons le nom de gloire à cette réunion du nimbe et de l'auréole, parce que c'est un nom qui emporte avec lui une signification complète, et parce quil est à peu près consacré dans le langage usuel.

. En effet, ce nom appliqué à cette forme est encore populaire aujourd'hui : il sert à désigner ces grands soleils qu'on étale à lorient des églises, c'est-à-dire ces rayonnements en bois doré dont on décore quelquefois le fond du sanctuaire ! D'ailleurs, les livres saints prononcent souvent le mot de gloire et aa E à des rayonnements qui s'échappent du corps de Dieu, ou à des nuages qui l'environnent lorsqu'il descend sur la terre. Ainsi Ézéchiel dit : « Je vis comme une figure de feu; depuis les reins jusqu'en bas c'était du feu, depuis les reins jusqu'en haut c'était comme de la flamme et de l'airain mêlé d'or. Là était la GLoiRE du Dieu d'Israël?. La cLoirE du

* Voyez le sanctuaire de la cathédrale d'Amiens, et celui de Saint-Roch, à Paris. * Ezechiel, cap. vins, v. 2 et 3.

Dieu d'Israël s'éleva-de dessus le Ghérubin:où-elle était !. La eLoIRE du Seigneur s'éleva de dessus les Chérubins jusqu’à l'entrée de la maison; et la nuée couvrit la maison, et le parvis fut rempli par l'éclat de la cLomme de Dieu *.»

Ainsi David, dans ses psaumes, dit que Dieu se montre dans sa gloire, et l'Exode même déclare que la gloire de Dieu ressemble à la flamme *.

Ainsi dans une foule de textes sacrés il est question de Jésus qui, à la fin du monde, descendra dans sa gloire et sa majesté pour juger les vivants et les morts. Or, toutes les fois que sur des sculptures, sur des vitraux, sur les miniatures des manuscrits, des scènes signalées dans ces textes sont exprimées par des personnages; toutes les fois qu'on représente Dieu ainsi rayonnant ou placé dans les nuages, ces rayonnements et ces nuages prennent précisément la forme circulaire à laquelle nous donnons le nom de gloire. C'est en l'enveloppant des lignes onduleuses ou géométriques, auxquelles nous imposons ce nom, que les artistes chrétiens ont représenté Dieu qui se montre à ses prophètes “ et le Christ qui juge le monde. Le dessin 37, page 1 13, nous a montré ainsi Jésus descendant du cielen terre;il est entouré de nuages et environné de la gloire. Une inscription : « Dominus in nubibus, et vident eum inimici «ejus et qui eum pupugerunt,» ne laisseaucun doute à cetégard”.

* Ezechiel, cap. 1x, v. 3.

* Ibid. cap. x, v. 4 : « Et elevata est GLorrA Domini desuper Cherub ad limen domus ; «et repleta est domus.nube, et atrium repletum est splendore czor1æ Domini. »

© Cap. xxiv, v. 17 : « Érat autem species GLor1Æ Domini quasi ignis ardens. »

* Ézéchiel est des plus positifs dans sa vision prophétique. Lisez et comparez les différents versets du chapitre premier. Ces textes extraordinaires qui expliquent si bien la GLOIRE de Dieu, la nature flamboyante et la forme circulaire de cette gloire, Îles roues mystérieuses et les animaux symboliques qui l'accompagnent, ont été figurés par la sculpture et la peinture, à toutes les époques de l’art chrétien.

* Apocalyp. cap. 1, v. 7. « Ecce venit (Christus) cum nubibus, et videbit eum omnis

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 135 Cette miniature pourrait être du 1x° ou du x° siècle. Le manuscrit d'où elle est tirée vient de l'abbaye de Saint-Sever, en Gascogne; il est à la Bibliothèque royale.

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