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SIGNES ARCHÉOLOGIQUES QUI CARACTÉRISENT JÉSUS-CHRIST

L'âge et la physionomie ne caractérisent pas Jésus; car, on l'a vu, cet âge varie de quinze à soixante ans. Dans les catacombes, Jésus est souvent un adolescent; sur les vitraux du xvi° siècle il est quelquefois un vieillard. La physionomie et les signes extérieurs qui pourraient la’préciser sont tout aussi vagues. Au portail occidental de Notre-Dame de Paris, sur le tympan de la porte gauche où est sculptée la mort de la Vierge, il est impossible, par l'expression et la coupe de la figure, de

date du xri° siècle. Satan, pour faire succomber Jésus plus aisément, s'est fait accompagner d'un aide qui tient le fils de Dieu par le corps. Cet aide, au moyen de ses deux paires d'ailes et de sa force musculaire, dont témoignent les deux grosses cornes de son front, a transporté le Seigneur sur la montagne. L'autre, le Satan en chef, à queue de vipère, à ventre en figure humaine, tient une banderole où on lit : « Hæc omnia tibi dabo si «cadens adoraveris me.» Mais Jésus fait un gesle impérieux de commandement, et déclare à Satan qu'il doit l’adorer, comme l'indiquent ces paroles du rouleau qu'il tient

à la main gauche : « Düm Deu tuu adorabis. »

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 285 distinguer Jésus-Christ des autres apôtres qui sont là. Plusieurs de nos dessins, ceux surtout des xt et xrv° siècles, offrent la même incertitude. Les vêtements ne sont pas un meilleur caractère; Jésus est ordinairement vêtu , comme ses apôtres, de la robe et du manteau. La couronne royale qui couvre sa tête nelui est pas spéciale : les rois, certaines vertus, certains arts libéraux, comme on en voit aux cathédrales de Chartres et de Clermont-Ferrand, sont ainsi couronnés. La tiare lui est commune avec son Père, avec Melchisédech, avec Aaron , avec saint Pierre. Le livre ouvert ou fermé, qu'il tient à la main gauche, est porté par ses apôtres. Rien de tout cela ne le caractérise spécialement.

D'autres attributs cependant le distinguent de la foule, s'ils ne le séparent pas de tous les autres personnages sans exception. La nudité des pieds caractérise quelquefois les prophètes, toujours les apôtres, toujours les anges et les personnes divines. Je ne parle que des personnages représentés habillés; car Job sur son fumier, le pauvre Lazare devant le riche impie, le voyageur dépouillé par les voleurs et que recueille le Samaritain, l'enfant prodigue dans une certaine période de son existence, beaucoup de saints subissant le martyre, et d'autres encore, ont les pieds nus, puisqu'ils sont à peu près sans aucun vêtement. Mais toutes les fois qu'un personnage est habillé et que de certains caractères, le nimbe, par exemple, le font reconnaître comme saint, on peut dire avec assurance que c'est un prophète, un apôtre, un ange ou une personne divine, si ses pieds sont nus. En tous cas, c'est encore un bien insuffisant caractère pour Jésus-Christ, puisque par là il reste confondu avec tant d'autres personnages. Ajoutez, en outre, que sur des sarcophages, dans les anciennes fresques, souvent dans quelques très-vieilles mosaïques, Jésus a les pieds chaus-

sés de sandales rattachées par des cordons qui passent sur le cou-de-pied. Jésus est habillé en Romain, même pour la chaussure. Au xv° siècle, il n'est pas rare de voir à Jésus les pieds enfermés dans de riches chaussures, surtout quand il est habillé en grand prêtre ou en pape, dont il prend le costume entier. Au xrv° siècle même, quand surtout il accompagne les pèlerins d'Emmaüs, 11 porte souvent, comme un pèlerin, le chapeau à larges bords, le bourdon, la panetière et les fortes chaussures”. On fait la même exception pour saint Jacques, le patron des pèlerins. La réalité, le matérialisme des xiv° et xv° siècles répugnent à faire marcher pieds nus saint Jacques, qui va d'Asie en Europe, de Jérusalem à Compostelle. Cependant, entre le vi° et le xv° siècle, la nudité des pieds est un caractère à peu près certain pour faire distinguer le Christ entre les confesseurs, les martyrs, les vierges et les personnages allégoriques. | |

La gloire, auréole et nimbe, destinées à glorifier les personnes saintes et divines, devait être attribuée au Christ plus qu à tout autre, en raison des honneurs immenses qui ont toujours été rendus à la seconde personne divine. Les monuments nous présentent, en effet, le fils de Dieu orné des auréoles les plus lumineuses et des nimbes les-plus éclatants. Dans le sein de sa mère, le Verbe incarné est déjà tout rayonnant, ainsi que la planche suivante en donne un exemple curieux.

* Une grande statue de Jésus en pèlerin, à Notre-Dame de Reims, est chaussée comme le serait un saint ordinaire. Elle porte un chapeau de pèlerinage, à bords larges et faits pour abriter le voyageur contre le soleil et la pluie. Le nimbe timbré d’une croix fait seul reconnaître le Christ. Dans nos légendes du moyen-âge, Jésus se déguise fréquemment en pèlerin; on le voit surtout passant un fleuve dans une barque dirigée et conduite par Julien le Pauvre et sa femme. Dans ce cas, Jésus est ordinairement habillé comme le grand Christ de Reims. Le nimbe marqué d’une croix est le seul attribut

qui le caractérise, car son grand chapeau et ses vêtements à la mode le feraient prendrepour un pèlerin ordinaire. (Voyez un bas-relief représentant saint Julien et qui est de la

7l. — JÉSUS DANS UNE AURÉOLE FLAMBOYANTE ..

Vitrail français, xvi° siècle.

Cette auréole, formée par des rayons droits et flamboyants,

fin da x siècle; il est aujourd'hui dans la rue Galande, n° 42, à Paris. Ce bas-relief intéressant provient de l’église Saint-Julien, qui est près de là.)

* Ge dessin reproduit un vitrail du xvr° siècle, qui se voit dans la pauvre église de Jouy, petit village de l'arrondissement de Reims. En 1836, j'ai vu à Lyon, chez l'architecte Pollet, qui est mort depuis, deux voleis en bois où l'on avait peint au xv° siècle une Visitation. La Vierge el sainte Élisabeth, toutes deux enceintes, se saluaient afflectueusement. Le peintre avait eu la hardiesse de représenter sur le ventre des deux cousines deux petits êtres humains qui figuraient Jésus et saint Jean-Baptiste. Les deux enfants se saluaient également. Le petit saint Jean tressaillait et s’inclinait pieusement sous la bénédiction que le petit Jésus lui donnait de ses doigts presque imperceptibles. En mourant, Pollet a fait don à la ville de Lyon, comme on me l'a dit, de ces peintures intéressantes, qui ont bien quelque rapport avec notre vitrail de Jouy, et qui ne seront pas une des moindres curiosités du musée de Lyon. Outre leur intérêt archéologique, ces peintures ont encore de la valeur comme œuvres d'art.

est analogue à celle que nous avons donnée plus haut; seulement ici, le petit Jésus est plongé tout seul dans cet ovale lumineux qui est plus accentué et qui épouse mieux ile contour général du corps.

La Te de l'auréole qui entoure le Fils de Dieu est extrémement variée : elle est elliptique, ovoïdale, circulaire, tétrafoliée, comme nous en avons donné plusieurs exemples”? ; elle affecte les formes les plus simples et les plus complexes de la géométrie. L’auréole étant un signe matériel du culte quon rendait au Christ, du respect et de l'admiration qu'on avait pour son dévouement et sa doctrine, l'imagination, celle des Grecs surtout, s’est agitée en tous sens pour inventer des formes nouvelles; on cherchait à témoigner ainsi de l'amour infiniment varié qu'on portait au Sauveur. Le triangle, nous l'avons dit en détail’, est la figure de la divinité : deux triangles accusent la divinité plus fortement encore, et plusieurs triangles désignent l'absolu de la puissance divine. Dans la planche 21°, nous avons donné un double triangle ; mais c'est au nimbe et non à l'auréole, à la tête seulement et non pas au corps qu'est appliqué cet attribut bi-triangulaire. Ici, nous avons quatre triangles et non plus deux seulement, qui s'intersectent, et de ces quatre triangles émerge le corps du Fils de

Un ancien émail de Limoges, que possède M. l'abbé Texier, curé d'Auriat (Creuse), et correspondant du comité des arts et monuments, offre un sujet entièrement semblable à celui de Jouy. La Vierge y est vêtue d'une robe blanche, retroussée en partie et laissant apercevoir une robe de dessous, rouge et dorée. Dieu le père, qui plane dans les cieux, bénit la mère de son fils. Sur le ventre de la Vierge est figuré, dans une auréole dorée, un petit être humain nu et joignant les mains. Marie se détache sur un fond bleu ; elle est entourée de la lune, d’une étoile, d’une tour, d’un lys, etc. attributs qui la caractérisent, surtout au xv° siècle.

* Planche 43, page 131.

* Entre autres, planches 36, 37, 38 et Lo, pages 111, 113, 117 et 123.

* Histoire du nimbe, p. 59-64.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 289 Dieu. Les trois grands archanges Raphaël, Michel et Gabriel!, portent en triomphe ce jeune Dieu, qui bénit le monde des deux mains à la fois. Jésus a des ailes comme les archanges eux-mêmes, parce qu'il a été le messager, l'ange (&yyeAos) de la grande volonté de Dieu, comme les Grecs s'expriment dans leur magnifique langage.

72. — JÉSUS EN ANGE, DANS UNE AURÉOLE COMPOSÉE DE TRIANGLES *. Peinture grecque, xv° siècle.

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