‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 54 sur 126 · NON OBSTANT QUE GRANS COUSTEMENS J'AYE MIS ET GRANS DESPENS · texte numérisé non relu

NON OBSTANT QUE GRANS COUSTEMENS J'AYE MIS ET GRANS DESPENS

Aussi, dist Jhésus, mon bourdon Ay aporté, et est raison,

Ce me semble, que mis il soit Avec l'escherpe cy endroit,

Afin que ne soit oublié Comment pélerin ay esté.

les trois personnes. Le nimbe du Père, avec son double filet de bordure, semble plus riche que les deux autres; en outre, les croisillons du nimbe que porte le Fils approchent de la circonférence du disque plus près que ceux du nimbe qui décore le Saint- Esprit. [n'est guère possible qu'on ait voulu, par ces caractères si peu importants, établir la différence de relation qui existe entre les trois personnes; mais dans la miniature originale les trois nimbes sont identiques. Les différences proviennent sans doute de l'inattention du dessinateur. Le livre que porte le Saint-Esprit, et qui est un attribut de l'intelligence , nous servira d'appui pour une opinion que nous développerons dans l’histoire de la troisième personne de la Trinité. Le Père, en se reculant un peu sur son, banc, va faire place à Jésus, qui sera ainsi à sa droile, tandis que le Saint-Esprit occupera sa gauche.

Le Père et l'Esprit consentent à ce que Jésus demande, et Jésus attache à un clou, contre la muraille, le bourdon et la panetière, comme un guerrier en retraite accroche au mur de sa maison ses armes glorieuses:

Ainsi fu accordé. Là sont; Jamais remeus n’en seront.

On ne saurait rien voir de plus trivial que cette scène. Le Christ n'est pas autre chose qu'un voyageur ordinaire; il regrette de s'être fatigué pour rien ou pour peu, et dit, de la façon la plus vulgaire, qu'il ne recommencera plus. Ce voyage, comme il le déclare, lui a coûté cher, et il s’en serait fort bien passé.

À propos du départ de la seconde personne divine pour la terre, nous avons constaté la grandeur de l'art grec et la simplicité assez puérile de l'art occidental; ici, dans l'Église 1atine, mais chez deux peuples distincts, nous allons voir la même différence. L'art français est commun; l’art italien de la même époque arrive à la distinction la plus remarquable et monte jusqu à la sublimité. Tandis que, dans le pèlerinage qui est à la bibliothèque Sainte-Geneviève, le Christ se répand en un flux de paroles vulgaires et en regrets inconvenants , dans un manuscrit exécuté en ltalie, que possède la Bibliothèque royale, il n'y a qu'un geste et pas de paroles. Le Père éternel paraît au milieu d'une auréole ovale, traversée en tous sens par des jets de lumière qui sortent de Dieu; la divinité rayonneellemême sur tous les points de sa circonférence. Le banc grossier du précédent dessin est ici une sorte d’arc-en-ciel bleuâtre sur lequel le Père est assis. On n'est pas dans une chambre, comme plus haut, mais en plein air, au sommet d'une montagne semée de fleurs. Jésus en crucifié et descendant de la croix, pour ainsi dire nu, couvert seulement du jupon court qu'il portait sur le gibet, paraît devant son Père, pour lui rendre

compte de la mission qui lui avait été donnée. De ses pieds percés coule du sang, et son côté ouvert pleure également des larmes de sang. Jésus ouvre les mains, montre le sang coulant des plaies qui traversent de part en part, et se contente de dire: « Voilà ce que j'ai fait.» Alors le Père pardonne au monde et, de la main droite, donne sa bénédiction à Jésus. Voici le dessin :

79: — JÉSUS MONTRANT SES PLAIES SAIGNANTES À SON PÈRE ! Miniature italienne, x1y° siècle.

= JEL dé

* Ce dessin rappelle, mais cependant d’unemanière incomplète, les expressions de saint

La physionomie est élevée et digne de la grandeur d’une pareille scène !.

Revenu dans le ciel, le Christ continue d'intercéder pour les hommes ; il est alors prêtre et victime tout à la fois, et les artistes grecs aiment à le peindre sous le costume d’un archevêque ou d'un patriarche, recevant les honneurs des deux autres personnes de la Trinité et les adorations de la foule des saints et des anges. Le Père éternel, en empereur byzantin, tenant le globe d'une main et le sceptre de l’autre, sort des nuages, tout en haut du cadre. Sous lui, dans un cercle lumineux, rayonne le Saint-Esprit, qui a la forme d'une colombe. Les archanges Michel et Gabriel, la Vierge, saint Jean-Baptiste, les grands saints grecs Georges et Démétrius s’inclinent devant le Christ et représentent les divers ordres des anges et des saints. Le Christ, comme son Père, porte le nimbe crucifère et marqué des lettres o &v. Les noms de saint Georges et de saint Démétrius sont écrits en entier sur une banderole, audessus de leur tête; ceux de la mère de Dieu et de saint Jean le précurseur sont tracés en abrégé dans le champ même de l'auréole; ceux des deux archanges sont indiqués seulement par la première lettre, M pour saint Michel et T pour Gabriel.

Anschaire , archevêque.de Hambourg; qui fut enlevé en esprit dans le ciel, et vit Dieu éclatant de lumière et assis au milieu des vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse : « Ab ipso «(Deo) claritas immensa procedebat, ex qua omnis longitudo et lalitudo sanctorum il- «lustrabatur.... Sed neque ita claritas talis erat quæ oculos contemplantium impediret, «sed quæ oculos gratissime satiaret. Et cum seniores sedentes dixerim , in 1P50 qua- « dammodo sedebant ; nam nil corporeum erat ibi, sed erant cuncta incorporea, licet «speciem corporum habentia, et ideo ineffabilia. Circa sedentes vero splendor, ab 1Pso « procedens , similis arcui nubium tenebatur.» — Sur la rose orientale de la cathédrale de Laon , les vingt-quatre vieillards sont assis sur un croissant ou arc-en-ciel de couleur lumineuse ou jaunâtre. {Voyez les Act. SS. ord. S. Bened. VI° vol. Vie de saint Anschaire, mort en 864; cette vie a été écrite par saint Rembert, disciple et successeur d’Anschaire.)

* Bibliothèque royale, Speculum humanæ salvationis, suppl. lat. 104 1. À la bibliothèque de l’Arsenal, il existe un ms. semblable (Théol. lat. 42 B.) exécuté en Italie au xiv

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