‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 7 sur 126 · D. — SAINT GRÉGOIRE IV À NIMBE CARRÉ · texte numérisé non relu

D. — SAINT GRÉGOIRE IV À NIMBE CARRÉ

Mosaïque de Rome, dans Saint-Marc, 1x° siècle.

Éd SETISSINVS DIN GREGORIVS PP

DA ue M 7 ."

Carré long, carré rectangulaire et en forme de TABLE, suivant l'expression de Jean le Diacre, comme on le voit dans le dessin précédent. Mais de plus, et cette forme se rencontre fréquemment dans les manuscrits italiens, le nimbe ressemble à un VOLUMEN, à un rouleau de parchemin déployé par le milieu et roulé encore sur les bords, à un rouleau qui na pas pris entièrement la forme plane ; on dirait d’un cylindre qui n'est pas complétement devenu une plaque et dont les extrémités,

* Mosaïque de Rome; elle représente le pape Grégoire IV offrant à Dieu l'église de Saint-Marc, qu'il avait fait bâtir et orner vers l'an 828. (Ciampini, Vetera Monimenta , 2° pars, p. 119, tab. 37.) Dans Giampini ce pape est jeune, imberbe, souriant; mais M. Paul Durand, l’auteur du dessin , et qui a vu la mosaïque, m'aflirme que Grégoire a la figure triste, comme elle est représentée ici.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. - 35 sur lesquelles ne s'exerce pas une pression suflisante, s'arrondissent et se replient sur elles-mêmes ”.

Le nimbe est en losange, à côtés droits, comme on le voit à la tête du Père éternel, dans la Dispute du saint sacrement; il est à côtés concaves, d'après un exemple donné plus bas, à l'Histoire de Dieu le père.

Quand le nimbe est circulaire et qu'il appartient aux personnes divines, il est toujours, sauf omission où ignorance de l'artiste, partagé par deux lignes qui aboutissent à la circonférence et qui se coupent au centre, à angle droit. Ces lignes forment quatre rayons, mais l'un d’eux, Finférieur, est caché par la tête.

6. — LES TROIS PERSONNES DIVINES ORNÉES DU NIMBE CRUCIFÈRE :. Miniature de la fin du x siècle, manuscrit de la Bibliothèque royale.

Quelquefois on ne conserve du disque entier que les rayons ou croisillons qui en partageaient le champ.

Souvent ces croisillons, quand ils ont la forme de rayons

* Voyez Séroux d’Agincourt, Hist. de l'art par les monuments, peinture, pl. 37. Un dessin de cette forme est donné plus bas, pl. 27. |

* Ce dessin, tiré du manuscrit Biblia sacra, n° 6829, montre les personnes divines créant Adam qu'elles soulèvent de terre. Le Saint-Esprit; sous la forme d’une colombe, a le nimbe partagé par une croix aussi bien que les deux autres personnes. Cette croix est un excellent caractère archéologique; elle est l'attribut invariable de la divinité.

lumineux, se rapprochent et tendent à recomposer le disque; mais du sommet de la tête et des tempes partent des pinceaux plus longs que les rayons d'intervalle. Dans ce cas la circonférence, brisée en trois parties, ne donne à proprement parler que la forme d'une croix grecque, plus large aux extrémités qu'au centre.

Le nimbe, outre le cercle uni ou varié d'ornements, outre le triangle simple, le triangle double ou l'étoile; outre le carré, le carré long et le losange, prend encore d'autres formes dont il ne sera pas inutile de dire‘un mot. Plus bas il sera démontré que le nimbe n'est autre chose que la représentation du rayonnement de la tête; or ce rayonnement a été figuré de diverses manières. Tantôt la tête entière verse des rayons égaux en nombre et en dimension sur tous les points; alors on a le nimbe circulaire. Tantôt des sources plus puissantes, plus épaisses et plus longues, s'échappent des tempes et du sommet du front, tandis que les autres points rayonnent faiblement; alors, en tirant une ligne de circonférence, pour réunir ces rayons d'inégale longueur, on obtient une espèce de losange à côtés concaves, comme celui qui a été signalé plus haut. Cette ligne n'est presque Jamais tirée, ainsi qu'on le voit dans ce dessin ’.

7. — NIMBE SANS LIGNE DE CIRCONFÉRENCE, À RAYONS INÉGAUX. Miniature du xvi° siècle, manuscrit de la Bibliothèque royale.

* En unissant tous ces rayons par une ligne de circonférence, on aurait un mimbe en

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 37 Tantôt l'espace intermédiaire entre les trois grandes sources lumineuses ne rayonne nullement; alors le nimbe se résume en trois aigettes composées chacune ordinairement de trois rayons seulement. Souvent un cercle relie ces trois pinceaux et forme le nimbe crucifère qui est si commun; mais d'autres fois les trois faisceaux lumineux dépassent énergiquement cette circonférence, qui ne peut les contenir.

8. — CROISILLONS OU GERBES LUMINEUSES DÉPASSANT LA CIRCONFÉRENCE DU NIMBE

Miniature du 1x° siècle, manuscrit de la Bibliothèque royale.

On verra que ces rayons vont tous en divergeant du centre à la circonférence, c'est-à-dire qu'ils sont resserrés à la base, larges et diffus à leur extrémité.

On remarque, surtout dans l'iconographie païenne, des nimbes dont les rayons, larges à la base et aigus à l'extrémité, sont également espacés et sortent de tous les points de la tête *.

losange et à côtés concaves. Ce dessin est tiré du ms: 920 de la Bibl. roy. La miniature est du xvi° siècle.

* Cette belle figure de Jésus imberbe, mais sérieux et d'un âge assez avancé, a été reproduite par M. de Bastard, dans son grand ouvrage, Peintures et Ornements des manuscruls, 4° livraison. Les croisillons du nimbe sont formés de trois faisceaux à trois rayons chacun ; les faisceaux, comme on le voit, partent du front el des tempes.

* Montfaucon (Antiq. expliq.) donne plusieurs exemples de ces rayons, qui sont ainsi aiguisés au sommet.

9. — APOLLON EN SOLEIL, ORNÉ DU NIMBE ET COURONNÉ DE SEPT RAYONS‘. Sculpture romaine.

Cette forme, semblable à celle que les artistes donnent aux étoiles, rappelle exactement les couronnes radiées si fréquentes sur les monnaies grecques et romaines. Ces rayons offrent un contre-sens avec les faisceaux de lumière dont il vient d'être parlé, et un contre-sens, il faut le dire, avec la nature physique du rayon lumineux; car du centre à la circonférence la lumière est divergente et non pas convergente. Dans ce dessin, les rayons sont reliés, non à leur extrémité, maïs à mi-longueur, par un cercle ou un fil qui semble les assujettir. Quelquefois ce filet de circonférence est plus rapproché de la tête, et alors les rayons, au lieu de sortir de la tête, séchappent de cette circonférence même sur laquelle ils sont fixés. Le nimbe, avons-nous dit, ést un disque dont le champ ést quel-

quefois strié de raÿons; dans ce cas, les rayons sont à linté-

* Ces sept rayons également séparés dépassent la circonférence du nimbe qui entoure la tête. Cette figure représente le Soleil; elle est ürée de l'Antiquité expliquée de Montfaucon , tom. I, pl. 54, p. 118. Lucien dit également que la tête de la déesse syrienne était rayonnante : ri +ÿ16@aÿ duvivas: Gépes. — Ciampini ( Vei. monim. pars 1°) dit: « Publ. Victor, in colosso Solis, quem: Zenodorus Neroni dicavit, de quo Plin. cap. xx1v, «Hb. vi, SEPTENIS caput ejus radis coruséasse tradit, quorum singuk viginti duos pedes «et semis in longitudine præstabant. »— On fera attention que le nombre des rayons qui entouraient la tête du Scleil colossal de Zénodore est précisément le même que celui du

jeune Soleil dont nous donnons la gravure; chaque rayon allume une, planète dont le soleil est le centre. L'étoile de Jules César, dit Suétone, brilla sept jours de suite.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. . 89 rieur de la circonférence. Ici la-circonférence est en dedans et les rayons en dehors: c'est absolument l'opposé.

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